Catégorie : Moi, je

  • Vivre ensemble

     

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    Je ne sais plus trop où j'en suis. Les événements de ces dernières semaines me laissent perplexe. J'ai longtemps voulu croire à la bonté innée de l'être humain. Je suppose que ça m'arrangeait. Mademoiselle Bisounours préfère regarder la vie avec des lunettes étoilées sur le nez.

    Mais depuis la semaine dernière, les lunettes se sont un peu embuées. 

    Je me raccroche à ce que je peux. L'amour sans failles et la tendresse des miens, de l'Homme, de mes enfants, de mes parents, de mes soeurs, de mes amis proches. Ces signes d'affection si palpables, si tactiles, si chaleureux.

    Et je continue de chercher dans les gestes anodins – sont-ils si anodins ? – dans la vie  de tous les jours des signes que la bienveillance existe encore. Dans la porte tenue et le sourire qui l'accompagne, dans le bonjour du chauffeur de bus, dans la place offerte d'un petit mot gentil, dans la pile de livres offerts par mes collègues pour mon anniversaire, dans les réactions de soutien à une copine de blog qui se fait insulter, dans les souhaits d'anniversaire de tous les horizons, dans la bienveillance de l'un qui s'inquiète de la santé de l'autre….

    Je regarde le sapin de Noël que nous n'avons toujours pas démonté. Les autres années, à pareille date, je piaffe pour qu'on le démonte parce que Noël est bien passé, qu'il est temps de passer à autre chose. Et là, je n'y arrive pas, comme si je voulais croire que Noël peut durer encore.

    Fleur bleue envers et contre tout. Mais un peu désabusée malgré tout….

  • 2014

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    Une année entre gris clair et gris foncé. Je ne peux pas dire que ce fut une mauvaise année. Mais elle a eu un parfum de crabe un peu trop prononcé. Le papa de JD, Nanou et puis, et puis Hanka, mon Hanka, notre Hanka. De l'écrire, j'en ai encore les larmes au coeur. Nous nous sommes retrouvées mardi dernier, les 4 sorcières sans elle pour la première fois. Je leur ai offert à chacune une de ses paires de boucles d'oreille et un collier pour Véro (qui l'a accepté en souvenir d'elle, même si elle n'aime pas porter les bijoux de quelqu'un de décédé). Je la sentais vraiment parmi nous à ce moment là et je sais que c'est ce qu'elle aurait voulu que je fasse. Mission accomplie. Et nous avons fixé le prochain congrès en avril. On voulait aller au Mont St Michel mais c'est tellement compliqué à atteindre pour la Turinoise. Alors ce sera Turin, berceau de notre rencontre et la Sagra di San Michele (qui n'est pas sans lien avec le Mont St Michel).

    Mais 2014 c'est aussi la Provence, la Camargue enfin, Copenhague sublime, un joli weekend à Paris avec Maîté et JD et last but not least Venise en amoureux et la découverte magique de Torcello.

    C'est aussi 30 ans d'amour fou. Je n'arrive même pas à imaginer que le temps soit passé si vite. 

    Anaïs s'est envolée elle aussi pour d'autres cieux et nous voilà à trois seulement. Mais paradoxalement, je vois presque plus mes filles depuis qu'elles ont quitté la maison. Soit elles viennent manger quand leur moitié est occupée ailleurs, soit ils passent ensemble au détour d'un passage downtown. Et tous ces moments sont bons à prendre. Et il y a maintenant ces rendez-vous à sept qui sont encore autant de pépites, le déménagement d'Anaïs et Simon puis celui de Maïté et JD dans leur nouveau palace, les anniversaires, la St Nicolas.

    Je poursuis les cours de portugais, j'ai repris des cours d'espagnol en ligne. Je poursuis vaille que vaille les cours de Pilates, je néglige le yoga et je maintiens le badminton autant que je peux. 

    J'en ai fait encore et toujours un peu trop mais je ne veux même pas renoncer. J'en veux encore et toujours plus. 

    Toujours plus de théâtre, de cours de langues, de sport, de lectures, de voyages, mais aussi d'amour, d'amitié, de temps à donner, de tendresse, de bonheur.

    2015, attention, me voilà !

     

  • Emotions

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    Elle me parle de son fils. Je lui dis "Ton fils Rodrigo ?" Et son sourire qui s'illumine me renvoie tout l'écho de ce prénom donné à son petit dernier qu'elle a quitté il y a bientôt dix ans pour s'exiler de l'autre côté de l'Atlantique pour assurer un avenir décent à ses trois enfants. Elle est tout simplement extraordinaire.

    Je lis "Réparer les vivants" de Maylis de Kerégual et je dois m'arrêter de temps en temps. Surtout quand je lis dans le bus. Je me projette trop dans cette maman qui doit donner le jour même de l'accident de son fils son accord pour le don d'organes. Il est cérébralement mort et le temps presse si on veut transplanter des organes en bonne santé. Mais comment accepter que son fils est mort alors que son coeur bat, qu'il est là tout chaud, alité comme s'il était simplement endormi. Je ne suis plus qu'une boule d'émotions.

    Elle travaille au "bureau de maman" pour quelques mois. Cela ne se passe pas sans mal parce que, même si ce bureau est une grande famille – on ne compte plus les cousins, neveux, maris, femmes, soeurs, frères, filles, tantes, nièces, cousines des uns et des autres dans cette boîte -, la position de sa maman offre trop le flanc à la critique. Mais elle tient le coup malgré les difficultés. Elle vient parfois le midi un petit quart d'heure, rien que pour nous deux, elle passe encore le soir avant de partir, vite un coucou furtif. Et puis un soir, un baiser rapide sur la tête de sa maman assise de dos. Et le chef de sa maman se retrouve tout ému d'avoir surpris ce baiser aussi discret que naturel.

    C'est notre dernier jour de travail. Ce soir, on ferme la boutique pour deux semaines. Et chacun part dans sa famille, ici à Bruxelles, ou en France, qui en Grèce, qui en Italie. On s'embrasse, on se souhaite tout le meilleur pour Noël, on promet de se retrouver en plein forme l'année prochaine. Et lui le chef bougon, si parano qu'il croit toujours qu'on le dénigre à chaque fois qu'on lui tourne le dos ou que tout le monde lui en veut, il m'embrasse aussi mais me retient un peu plus longtemps dans ses bras et je comprends, émue, qu'il reconnaît enfin ma loyauté et mon affection pour lui. 

    Ils sont trois animateurs de radio/TV et ils se sont engagés pour un marathon de cinq jours d'animation 24 heures sur 24, enfermés dans un cube de verre sur une place à Liège, ne se nourrissant que de liquides, et animant sans relâche une action pour récolter des fonds pour les 40 000 enfants de familles vivant sous le seuil de pauvreté en Belgique. Ils sont tout simplement géniaux. Et émouvants de générosité.

     

     

     

  • C’est la sortie !

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    Pour tout le monde, aujourd'hui, c'est la rentrée. Et pour moi, aujourd'hui, c'est la sortie. Ca y est, je suis officiellement ménopausée. "Avec des résultats comme ceux-là, ma petite dame, y'a pas photo, si vous faites un bébé, on vous met dans le Guinness Book!". 

    Anaïs m'a demandé si j'étais triste. Oui, un peu. Pas vraiment triste désespérée. Mais tristounette. C'est une page qui se tourne, une sortie de scène, l'adieu au charme.

    Oh oui, je sais, une vieille dame a toujours du charme. Certes. Oui, je sais, on sort côté cour et on revient côté jardin. Bien sûr. Oui, je sais on tourne une page, on ne ferme pas le livre. Je n'en doute pas.

    Mais on ne revient jamais en arrière. Et qu'on ne se méprenne pas, loin de moi l'idée de revivre les joies de la maternité à 54 ans, il y a un temps pour tout. Mais tout ce remue-manège intérieur est quand même épicé d'une belle pointe de nostalgie. C'est le côté irréversible et inéluctable du phénomène qui donne le vertige.

    Vertige et mélancolie, ce sont là les couleurs qui teintent cette rentrée, celle de mon automne à moi….

     

  • Fin juin

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    crédit dessin: http://toujoursrienaditmonsieurlouis.blogspot.be

     

    Lundi: Tout moi est fatigué. Ma tête, mon corps, ma peau, mes cheveux. Onze mois que je n'ai plus pris de vacances et chaque année qui passe, je le sens un peu plus. Je n'ai plus d'énergie, je pleure pour un rien, je désespère de voir Quentin étudier fructueusement, je ne vois pas le bout du tunnel. Fatigue, donc. 

    Mardi: Pour une fois, j'ai quitté le bureau plus tôt et j'ai retrouvé mes deux filles chéries pour une petite heure de shopping. Un moment délicieux. Rien que nous trois, le temps de les renipper pour mon plus grand plaisir.

    Mercredi: La session d'examens de Quentin n'en finit pas. 4 semaines de tension tant pour lui que pour nous pour finalement un résultat très peu gratifiant. Et on est là, à se demander où est l'erreur, qu'avons-nous raté dans notre approche aux études pour nos enfants. Avons-nous trop poussé, pas assez, trop peu encouragé à l'autonomie, trop aidé, trop pensé à leur place ? Impossible d'éviter ces questionnements lourds dans nos coeurs fatigués. 

    Jeudi: Fin de l'année scolaire. Anaïs a fait mouche, Quentin est sur la touche et Maïté s'est pris une douche. End of the story. Joker. No comments. Question suivante svp.

    Vendredi: Ambiance bac à sable au bureau. Le matin, le Directeur envoie mon chef d'unité à une réunion à laquelle ce dernier n'a aucune envie d'aller. Il s'exécute mais l'après-midi, il boude et refuse de m'accompagner à la réunion bi-mensuelle qu'il a avec le Directeur et où je suis conviée invariablement depuis 8 ans. Je vais donc seule et à ma grande surprise, le Directeur refuse de tenir la réunion avec moi seule. Dans sa colère, il invoque le fait que ces réunions-là sont prévues avec les chefs d'unité. Ce n'est pas à moi qu'il en veut, je le sais, mais il n'empêche que je me vexe en mon for intérieur: Je suis quoi moi, une sous-fifre insignifiante ? Dans une autre vie monsieur, moi, j'étais Directeur, au moins sur mes cartes de visite. What's in a name, pauv' cloche ? Mais bon, je retourne chez mon chef à qui je transmets l'annulation de la réunion en l'absence de la "bonne personne". Et l'autre cloche de me demander: "Mais pourquoi tu ne m'as pas appelé ?". On est où là ?

    Le soir, Tiken Jah Fakoly et Puggy à Couleur Café et un mojito m'ont consolée malgré la pluie.

    Samedi: L'absence de Simon pendant toute cette semaine et celle de JD pour un long weekend m'ont offert le plaisir d'avoir mes filles un peu plus sous les yeux qu'en temps normal. Que du bonheur. Les circonstances  ont fait qu'il n'a pas été possible de se retrouver à cinq le temps d'un repas ou l'autre mais toutes ces rencontres à géométrie variable ont été bien agréables et réconfortantes. Une fois n'est pas coutume, j'ai rempli (un peu) leur frigo et nous avons emmené Maïté au resto. 

    Dimanche: Journée tranquille avec chaque enfant à tour de rôle et puis plus qu'à nous deux en fin de journée. Un peu de cuisine, un peu de musique, un peu de repassage, un peu de foot, un peu de blog, un peu de tout….

  • Sans souci

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    C'est le nom de la rue où Anaïs va emménager dans un mois. Ca y est, numéro deux quitte la maison pour de bon. J'ai cru naïvement que le départ de numéro une me faciliterait le départ de la deuxième. J'ai pensé que l'éloignement d'Anaïs au cinquième étage me rendrait plus serein son véritable envol. Mais non, je me suis bercée d'illusions. Ce n'est pas serein du tout. Ni pour elle, ni pour moi. Oh, on donne le change, pas de souci. Mais nous savons bien toutes les deux que le premier mai ne sera pas un jour de fête. Bien sûr, cela ira mieux après, une fois la porte franchie, les larmes versées et les sanglots ravalés. Mais c'est cette porte à ouvrir et à refermer qui va nous sembler extrêmement lourde.

    La fatigue persistante n'arrange rien. Cet hiver si doux ne m'a pas été si bénéfique que ça. Moi qui ne suis jamais malade, j'ai enchaîné grippe et pneumonie, sans pour autant rester dans mon lit. Il faut dire que la pneumonie est passée pour ainsi dire inaperçue. Mais il faut croire que l'organisme investit beaucoup d'énergie à sa défense et que la fatigue est donc insidieusement bien réelle. Je m'endors donc un peu partout dès que je suis cinq minutes en mode pause. On dirait une jeune maman en début de grossesse. Illusions, illusions perdues comme de grandes bouffées de chaleur intempestives se chargent de me le rappeler.

    Pendant ce temps, la vie continue. Mes projets de pré-retraite se dégonflent à la mesure de ce que seraient les rentrées mensuelles. Et tant que les traites de l'appartement ne sont pas terminées, tant que numéro trois étudie à son rythme d'escargot et tant que je rêverai de voyager, je peux oublier ce souhait si profond. On continue de bosser et on étouffe ses envies d'autre chose. S'occuper de ceux qu'on aime, beaucoup; s'occuper de soi, un peu; dormir; vivre plus lentement mais plus intensément. Ce sera pour plus tard. Même si ceux qu'on aime ont peut-être besoin de vous maintenant.

    Mais je ne me plains pas, la vie m'a gâtée et même si la fatigue ombre un peu ce billet de printemps, tout va bien. Pas de souci.

     

  • Let’s spring

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    Je suis météo-dépendante. Et quand il fait lumineux, ensoleillé, presque chaud, mon coeur explose. Tout est beau. Déjà qu'en temps normal, il ne m'en faut pas beaucoup pour être de bonne humeur, pour tout voir   en rose, autant dire que quand le printemps se pointe comme ces derniers jours, je vois tout en rose à petits pois, étoiles, et tout scintille. Les gens, les choses, tout s'illumine à mes yeux. Et je pourrais embrasser tout le monde. Tout en moi bondit. Let's spring !

     

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  • Zapping pong

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    Depuis plus de quinze ans, je travaille en mode zapping. Mais ces dernières années, le ping pong s'est accéléré. Je lis un mail, le téléphone sonne, je réponds en faisant signe à la personne qui passe la tête dans l'entrebaillement de la porte; quand je raccroche, je note vite ce dont je dois me souvenir de la conversation téléphonique, j'écoute la personne qui ne souhaite me déranger que trente secondes, je lui donne l'information souhaitée; je commence à traiter le mail lu, j'ouvre un dossier pour compléter les chiffres demandés; je vois l'heure et je réalise que j'ai une réunion dans 15 minutes; je prépare ce dont j'ai besoin, le téléphone sonne, je réponds tout en imprimant des documents nécessaires pour la réunion; j'ouvre un autre document pour répondre à mon interlocuteur à l'autre bout de la ligne; je fais signe de la tête à mon chef qui me demande si je suis prête à partir pour la réunion.

    Pendant la réunion, j'arrive plus ou moins à me concentrer mais au bout de 5-10 minutes, je pense à autre chose que je note sur un post it pour ne pas oublier et chasser l'idée de mon esprit et me concentrer à nouveau sur ce qui se dit. Mais le phénomène se répète à intervalles réguliers. Je quitte toujours une réunion avec une liste de choses à faire qui n'ont rien à voir avec ce qui a été discuté.

    Et ma journée se poursuit sur le même mode.

    Quinze ans et plus de ce régime et j'en suis arrivée à ne plus pouvoir rien faire ou presque en mode continu. Non seulement dans ma vie professionnelle mais surtout dans ma vie privée. Quand je range ma maison, je ne me concentre pas sur une pièce, un meuble, un tiroir ou un lave-vaisselle à vider. Je saute du coq à l'âne ménager, je porte un papier dans le sac poubelle ad hoc, là je trouve un verre sale oublié, je le porte au lave-vaisselle, je range le livre de cuisine oublié là et du coup, j'en ouvre un autre et commence à noter les ingrédients nécessaires à une autre recette sur la liste de courses. Quand on regarde un film, je ne peux pas le regarder tout simplement sans faire autre chose, comme en cet instant précis par exemple, où j'écris ce billet. Je lis deux livres en même temps, un le soir dans mon lit, l'autre dans le métro. En vacances, plus fort encore, je lis trois livres et un magazine en même temps, un chapître de chaque livre, un roman, un essai philosophique, un magazine sérieux ou futile. Je ne peux plus fonctionner autrement et je m'en inquiète un peu. 

    Mais finalement, ce comportement me ressemble. Je papillonne en quelque sorte. Et cet effet papillon n'est pas nécessairement fait pour me déplaire.

     

     

     

  • Claques d’hiver

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    Winter Blues – Erin Siegel

    C'est une semaine de claques qui vient de s'écouler et je suis épuisée. Oh, rien de grave, mais juste une série de vexations juste suffisantes pour vous couper les ailes et grignoter sournoisement toute votre énergie.

    Lundi: J'ai à peine mis les pieds au bureau, je n'ai même pas encore enlevé mon manteau – mais déjà allumé mon ordinateur – que le téléphone sonne. Le cadran lumineux n'affiche aucun nom et je décroche sans savoir qui m'appelle. C'est une collègue en difficulté qui ne veut plus travailler dans l'unité où elle travaille, et je croyais avoir tout arrangé en moins d'une semaine. Je lui ai trouvé une autre unité où atterrir, elle était ravie et du jour au lendemain, elle change d'avis. Et elle m'agresse verbalement au  téléphone, elle ne veut pas aller là où je lui ai trouvé un point de chute contrairement à son enthousiasme de la semaine dernière, elle s'énerve, elle prétend avoir bien le droit de choisir où elle veut aller. Je suis pressée, j'ai une réunion dans 10 minutes, et elle n'écoute rien de ce que je lui dit, elle continue de revendiquer. Je finis par réussir à la quitter et je m'effondre. Je n'ai pas encore enlevé mon manteau, je suis en larmes et j'ai donné un violent coup de pied à mon armoire. La semaine commence bien.

    Mardi: Il rentre dans mon bureau sans crier gare, ferme la porte, me pose une question anodine puis, sans prévenir, me lâche une bordée d'insultes, non pas à moi personnellement mais à "vous, les ressources humaines". Bien sûr, "vous, les ressources humaines", je le prends personnellement. Si on attaque mon équipe, leur travail, c'est à moi que ça s'adresse. Et dans le cas présent, ce n'était même pas ça, c'était plutôt les décisions de la direction qui étaient invectivées mais par le biais de leur messager. Il avait à peine repassé le seuil de mon bureau que, me revoilà en larmes. Deux jours de suite, ça fait beaucoup. Fatigue, fatigue, quand tu nous tiens.

     Mercredi: Rencontre avec une formatrice venue présenter une activité de team building à organiser avec mon équipe. Je ne me suis pas méfiée. En deux coups de cuiller à pot, elle a mis le doigt sur mes deux principales lacunes: mon côté maternel et mon incapacité à dire non. Ce qui freine l'autonomie de mon équipe et me met dans une situation de sollicitation permanente à laquelle tout le monde s'étonne – moi y compris – de me voir résister aussi bien. Jusqu'à ce que….

    Jeudi: Théâtre pour se changer les idées. Le titre de la pièce est déjà inquiétant: "Shut your mouth !". La pièce nous a démoli le moral. Une accumulation trépidante de répliques « horribles », décalquées de l’intimité de plusieurs couples de notre bourgeoisie moderne. C’est ici et maintenant, chez des gens qu’on croit reconnaître, en situation paroxystique parfaitement imaginable. Un homme et une femme qui s’engueulent, se déchirent, s’envoient des horreurs à la figure : qui n’a pas été le témoin involontaire de ces scènes de ménage dont tout le voisinage peut profiter grâce à une fenêtre ouverte, un jardin mitoyen ou des murs mal insonorisés. On est souvent pétrifié par la violence des dialogues, la charge de la frustration, de la rancœur, de la douleur, de la solitude. 

    Vendredi: Présentation au personnel des résultats de l'enquête de satisfaction du personnel. La plupart des indicateurs étant en baisse, l'exercice s'annonçait plutôt difficile. Et vu ma fatigue et mon découragement, chaque remarque un peu plus acerbe du personnel m'a découragée encore plus et je n'avais plus qu'une envie: m'enfuir et changer de boulot.

    Samedi: J'avais besoin de dormir, dormir, dormir. Mon fils avait envie de sortir, sortir, sortir. A quatre heures du matin, je me suis réveillée pour l'attendre et je ne me suis plus rendormie… Mon énergie est au plus bas. Et pourtant, j'avance toujours un pied devant l'autre. Le soir, cousin, cousine et amis passent à l'improviste et nous finissons la journée au marché de Noël et autour d'un spaghetti improvisé à la maison. Qui parlait d'aller dormir tôt ?

    Dimanche: La semaine se termine pourtant en beauté. St Nicolas a décidé de continuer ses tournées dans nos cheminées malgré l'âge indécent de nos enfants. Les valeurs ajoutées ont été considérées comme membres à part entière de ce moment hautement familial et la découverte des cadeaux en pyjama a été remplacée par un brunch digne de Eurodisney. Pour la troisième année consécutive, le grand Saint a aussi gâté les parents et ce moment de douceur et de tendresse m'a donné l'énergie nécessaire à repartir pour une nouvelle semaine de boulot.Je croise les doigts pour qu'elle soit moins "claquante".

     

     

  • Cinquante nuances de gris

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    La femme d'Arlequin de Jean-Claude Sismeiro

    Je ne vais pas vous parler de la trilogie sulfureuse qui a beaucoup fait parler d'elle cet été.

    Non, le gris est ma couleur. Du moins aux dires de l'homme que j'aime. Lui qui est noir et blanc, noir ou blanc mais jamais gris. Ce Pierrot se trompe. Je suis Arlequine, de toutes les couleurs. Mais pour lui c'est pareil, ce n'est pas acceptable.

    Il fait partie de ceux qui ne peuvent pas exprimer leur désaccord avec l'une ou l'autre opinion exprimée sans attaquer. Moi non, j'aurais plutôt tendance à me replier dans le silence et à ne pas communiquer mon point de vue. Pour ne pas déplaire ? Certainement un peu. Pour ne pas confronter l'autre ? Probablement aussi. Une sorte de courtoisie mal placée. Par manque d'arguments suffisants ? Oui, aussi, surtout. Souvent, je peste de ne pas avoir sous le coude un dossier bien ficelé, les réparties toutes prêtes, les éléments de réponse bien classés et structurés dans les tiroirs de mon cerveau. Enfin, parfois, souvent même, je renonce à débattre, à tenter de persuader des bas de plafond qui sont généralement tellement convaincus du bien-fondé de leurs assertions bien assenées.  

    Mais l'homme, non. Se taire serait cautionner les propos de l'autre. Sacrilège. Il en va de son honneur. Et j'admire sa ténacité quand il s'agit de défendre les valeurs particulières au respect d'autrui. Mais quand il s'en-va-t'en guerre pour défendre un point de vue tout aussi valable que celui de son interlocuteur – mais pas à ses yeux, bien entendu -, je ne le suis plus.

    Dans les dîners, entre amis ou non, il peut devenir odieux. Jeter des éclairs de ses yeux furibonds, fulminer, tonner comme un orage. En général, il plombe assez rapidement l'atmosphère. Et je n'aime pas l'orage quand je ne suis pas chez moi. 

    Mais plus que la colère ressentie face à ces éclats, c'est ce qu'il pense de moi et de mes cinquante nuances de gris qui m'attriste le plus. Pour un homme couleur d'échiquier, la dame de son coeur se doit d'être noire ou blanche et quand ce fou monte dans les tours, elle se doit de ne pas mettre son roi en échec. Il trouverait même cela plutôt cavalier. Et moi, je ne peux pas vivre autrement qu'entre gris clair et gris foncé. Et pour lui, c'est un peu comme une trahison envers les valeurs auxquelles il croit et auxquelles il croit que je ne crois pas….