Catégorie : Moi, je

  • C’est une belle journée, je vais me coucher

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    Une si belle journée qui s'achève….

    Une journée à ne rien faire, le luxe suprême.

    Me lever à une heure décente, parce que tiraillée par la faim mais me recoucher ensuite et me rendormir, quel bonheur. Ne même plus entendre les petites clochettes qui annoncent les souhaits d'anniversaire qui s'égrènent dans les différentes messageries et avoir le plaisir de les découvrir au réveil. Recevoir quelques coups de fil d'irréductibles des nouvelles technologies. Se faire couler un bain mousseux à souhait. Recevoir un appel de Fille aînée qui renonce à passer l'après-midi mère-filles pour des raisons indépendantes de sa volonté. Et puis, il est déjà midi. Que c'est gai de ne rien faire.

    Je prépare une petite salade pour fille n°2 qui ne renonce pas à l'après-midi de congé. Toujours le même farniente au programme. Musique à fond, playlists qui ne peuvent décemment être écoutées que par elle et moi, la ringardise à l'état pur mais totalement assumée, ou alors la Grèce rébétique ou même le folklore de la péninsule ibérique à plein tube. Un peu d'exercice physique pour se donner bonne conscience.

    Et un dîner risotto champagne plutôt sympathique. Même si le champagne, en fait, je ne peux plus le voir. Je devrais d'abord passer par une cure de déchampagnisation et peut-être qu'ensuite, on pourra reconsidérer le pétage de bouchon.

    C'était une belle journée, je vais me coucher, heureuse et comblée.

  • Lips tic

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    Aussi loin que remonte ma mémoire, je crois que j'ai toujours aimé ça. Petite fille, je faisais semblant. On avait ces mini mini tubes de rouge à lèvres pour faire comme les jolies dames. 

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    Vers 17 ans, quand je suis tombée amoureuse de l'Homme, j'imaginais que les baisers devaient être parfumés et je me suis empressée d'acheter un baume pour les lèvres au parfum de fraise. Je n'aurais jamais pensé qu'un homme n'aime pas embrasser des lèvres collantes, et encore moins au goût fruité.

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    Mais cela ne m'a pas freiné dans mes envies de lipstick. Je les ai toujours choisis roses et brillants. J'en ai partout, dans la salle de bains, dans mon sac, sur mon bureau; il ne faut surtout pas que j'en sois privée. J'en mets au moins dix fois sur la journée. Le matin, dans la salle de bains, dans la voiture, dans le bus, au bureau, en réunion, en rue, au théâtre, en tête à tête avec un collègue ou même avec le directeur. C'est devenu un (lips) tic. Cela fait tellement partie de moi que c'en est devenu un sujet de gentille moquerie à mon égard. Mes sorcières bien-aimées en ont fait un moment clé de leur discours pour mes 50 ans et une de mes collègues a fait dessiner par Maïté mon portrait au rouge à lèvres.

    Si je vous dis que les premiers bâtons de rouge à lèvres ont été commercialisés par Guerlain sous le nom "Ne m'oubliez pas", ça ne vous rappelle rien ?  

     

     

     

  • Lever le pied

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    C'est donc le mot clé pour le moment. Je ne suis pas très douée. Mais j'essaye, je m'applique. 

    On a commencé le weekend par les petites courses du matin, poisson, baguettes, asperges, cerises, ail frais…. On a fait l'impasse sur le déjeuner mais on s'est partagé un havane, un café et un petit sol y sombra sur le balcon. 

    On est partis malgré la pluie chacun sous son parapluie pour une fois faire le plein de guides de voyage pour l'été et de produits solaires. Puis il est parti voir sa maman et j'ai rejoint Joséphine pour se mettre en quête des cadeaux d'anniversaire de Cat et de Claudia. On a pris un thé au jasmin dans les Galeries St Hubert.  En fin d'après-midi, lui et moi sommes ressortis pour s'offrir une glace, ce qu'on ne fait jamais en dehors des périodes de vacances. Yuzu et citron zestes pour moi, caramel beurre salé et yaourt pour lui.

    Il a regardé un film idiot, moi j'ai fait le tour du blog et bouquiné.

    Le dimanche, après le skype hebdomadaire avec Swiss Sis, on a préparé le déjeuner pour nos invités de marque, Anaïs et Simon, cabillaud asperges sauce citron, et des petits muffins à la farine de quinoa et graines de pavot. Et pour le dessert, retour chez le glacier Gaston, gaga de glaces: yaourt et banane vanille graines de sésame. Un délice.

    Simon est parti rejoindre un copain et Anaïs m'a aidée toute l'après-midi à préparer un album photos sur notre escapade en Transylvanie pour l'anniversaire de Claudia. Merci ma fille ! 

    En gros, je n'ai rien fait de ce qui fait mes weekends, rien rangé ou à peine, rien nettoyé. Je ne peux pas dire que cela m'est insupportable mais j'ai dû contrôler mes pulsions maniaques à plusieurs reprises pendant ces deux jours doigts de pied en éventail. C'était très agréable, rendu plus facile par l'absence de Quentin et de son mètre quatre-vingt cinq à nourrir et de toute obligation sociale. Mais je ne suis pas sûre que je pourrais répéter tous les weekends sur ce modèle zen. 

     

     

     

     

     

  • Une larme de Porto

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    Quatre jours, cinq nuits rien que pour nous deux. Dans une ville à découvrir. City trip à Porto. A priori le paradis. 

    Mais où est passée la moi d'avant, la moi "en avant", la moi "vive l'aventure", la moi qui veut tout voir encore et encore, jusqu'à ce qu'on ait épuisé toutes les propositions du petit routard ou du petit futé ? Elle s'est noyée dans une épaule en reconstruction, des attentats meurtriers, deux petites embolies et une thyroïde sous haute surveillance. Et c'est une moi, ralentie, sans envies, en larmes totalement sans raison certains jours que l'Homme déstabilisé a dû traîner derrière lui.

    Et pourtant, c'était bien. Vraiment bien. On a dormi dans un superbe vieux monastère transformé en hôtel plutôt luxueux, on y a mangé chaque soir divinement bien. On s'est promené dans Porto à un rythme de sénateur, on a grimpé les rues pentues, visité des églises baroquissimes, admiré des azulejos absolument magnifiques, retrouvé les vagues extraordinaires de l'Atlantique, fait une dégustation fabuleuse de 4 Portos secs et 4 Portos doux, on s'est promenés dans la vallée du Douro toute une journée, on s'est arrêtés dans des endroits improbables, j'ai pu tester les bénéfices des quatre ans de cours de portugais et surtout surtout j'ai acheté mon premier livre de portugais dans une des plus belles librairies anciennes d'Europe. Fière comme un petit paõ.

    Porto est vraiment une belle ville, jeune et dynamique et je voudrais bien y retourner avec un esprit plus joyeux et un peu plus d'énergie. Si je peux dire ça, c'est qu'il reste une petite flamme au fond de moi qui ne demande qu'à redevenir feu follet.

     

  • Ah ma santé !

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    Chez les catholiques, on dirait que j'ai commis le péché d'orgueil. Je me suis crue éternelle. Bien sûr, je savais et je sais que je ne le suis pas mais j'ai voulu ignorer que je ne l'étais pas. J'ai eu la chance d'être en grande forme physique jusqu'à aujourd'hui. Mais l'année 2016 me rappelle à l'ordre.

    L'intervention chirurgicale de l'épaule en janvier, un problème à la thyroïde à identifier (kyste ? tumeur bénigne ? maligne ?), l'épisode oxygène low cost qui s'avère finalement une embolie pulmonaire au niveau des artères périphériques des poumons, tout cela commence à faire lourd.

    En une semaine, j'ai fait plus d'examens qu'en une année. Une journée aux urgences, un rendez-vous prolongé chez la pneumologue et la suspicion est devenue réalité. J'avoue que j'ai pris une claque. Surtout quand j'ai demandé si je pouvais aller chercher les médicaments à la pharmacie le lendemain matin, vu l'heure, et qu'elle m'a répondu: "NON, MAINTENANT !". Gloups !

    Me voilà sous anti-coagulants pour une année à venir. Le premier qui me touche sera responsable d'hématomes géants. Les prochains saignements de nez dont je suis coutumière ces derniers temps vont m'obliger à consommer les Kleenex par boîtes entières. Mais tout plutôt que de vivre avec cette menace du caillot baladeur. 

    Deux examens encore cette semaine pour essayer de débusquer le thrombus d'origine mais rien n'est moins sûr. Espérons qu'où qu'il soit, il se liquéfie de peur.

    En attendant, je me sens comme une terroriste qui balade une bombe dans son corps. Une bombe pour moi seule. 

  • La fin de l’hiver

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    Lundi: Depuis la semaine dernière, je suis retournée au cours de Portugais. Je sais que JD, Anaïs et Simon ne supportent plus le côté hyper scolaire du prof, sa façon d'encenser certains étudiants et d'en dénigrer d'autres, sa progression d'escargot dans l'enseignement qu'elle nous donne mais moi, j'y trouve mon compte. Un cours au ralenti me permet de suivre sans étudier régulièrement; son style un peu ringard, un peu beaucoup vieille école ne me dérange pas outre mesure. Bien sûr, les soirs où elle porte le Portugal aux nues au point de laisser soupçonner qu'elle regrette l'empire colonial du Portugal, j'ai la mâchoire qui se crispe mais elle a d'autres côtés un peu vieille fille plus attendrissants.

    Mardi: Sur base des résultats d'une échographie, le médecin m'a envoyé faire une scintigraphie de la thyroïde. Il trouve que j'ai trop de nodules et veut savoir s'ils sont chauds ou froids. Chaud c'est bon, froid c'est moins bon. J'attends les résultats mais j'espère que ce sera plutôt chaud, parce que les interventions, je sors d'en prendre. 

    Mercredi: Concert avec les Mamies et Joséphine. La Grande Pâque Russe de Rimsky-Korsakov pour commencer puis un morceau d'un compositeur chinois Tan Dun, Tears of Nature, écrit spécialement pour un percussionniste génial, Martin Grubinger, une vraie découverte. Le Sacre du Printemps qui a suivi après l'entracte a pour une fois fait pâle figure.

    Jeudi: J'ai beau avoir repris le boulot à 80%, ce qui me laisse quelques heures de sommeil les lundi et mercredi matins pour compenser mes nuits désastreuses, je suis épuisée en fin de semaine. Je rêve de me coucher sur la moquette du bureau et de fermer les yeux pour dormir une demi-heure. Mais je ne le fais pas et je finis la journée totalement vidée.

    Vendredi: Enfin, la fin de la semaine. On la termine en beauté mains et pieds. Katia vient à la maison et on se retrouve autour de la table, les filles, l'Homme et moi à se faire faire de jolies mains et de jolis pieds, avec de jolies couleurs…. Enfin, pas l'Homme mais nous les filles. JD, Simon et Quentin nous rejoignent un peu plus tard et on se commande des pizzas. Katia reste avec nous et son rire brésilien enchante notre soirée. 

    Samedi: Ce soir, on reçoit Cath et Graziella. L'une a étudié avec l'Homme avant qu'il ne me rencontre, est devenue mon amie aussi, la marraine de Maïté. L'autre a étudié avec l'Homme et moi dans un autre parcours et est restée notre amie de loin en loin depuis ce temps. Les deux se sont rencontrées une ou deux fois à l'occasion d'une fête d'anniversaire de l'un ou l'autre mais elles se sont surtout rencontrées sur Face de Bouc et restent presque plus en contact que nous avec l'une et l'autre. Je les ai donc réunies autour de la table. L'Homme les a chouchoutées et elles ont adoré ça. Anaïs et Quentin nous ont rejoints et la soirée a été bien agréable.

    Dimanche: Lendemain de la veille, vaisselle et rangement. Repassage. Réception de la dernière livraison d'oranges d'Italie. C'est là qu'on sait que c'est la fin de l'hiver……

     

  • Une journée intercalaire

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    C'est en fait l'origine du mot "bissextile"; bis et sextus, on doublait le sixième jour avant les calendes. Une journée intercalaire, donc.

    Aujourd'hui, c'est un peu ma journée intercalaire aussi. Mon dernier jour de congé maladie. J'aurais pu rentrer un lundi, c'était bien plus logique, mais le certificat court jusqu'à la fin du mois. Et comme le mois a un jour de plus….

    A quoi ressemble cette dernière journée ? Un chouia de grass'mat' mais si peu. A huit heures, plus moyen de fermer l'oeil. J'attrape le doudou (pour les non initiés, mon téléphone portable) et je m'adonne à mes addictions habituelles: dans l'ordre, regarder la météo – y'a pas de fenêtre dans ma chambre, papa ! -, passer en revue les nouvelles images sur Pinterest, vérifier si quelqu'un joue avec moi sur Duel Quizz et relever la boîte à messages. Un petit tour sur Facebook pour voir si le monde va bien et un coup d'oeil sur les nouvelles mais pas trop parce que là, le monde ne va pas bien….

    8h30: Après les addictions, les ablutions puis la collation. Un jus de citron chaud et une orange, les médicaments (yeah !), vider le lave-vaisselle, donner quelques croquettes au chat qui se plaint du service, vider le sèche-linge et hop à nouveau une addiction, cinq parties de Candy Crush. Me rappeler que j'ai décidé de me désintoxiquer et de limiter mes parties de ce jeu vide-esprit au weekend.

    9h: Passer à l'addiction suivante: le bureau. Je n'ai pas éteint cet ordinateur pendant ces 5 semaines de pseudo repos forcé. Je m'en veux mais c'est ainsi. Je vérifie les mails, rien d'urgent. Je finis un ou deux tableaux qui me seront précieux à mon retour puis je fais quelque chose pour moi, j'introduis mes demandes de remboursement de frais médicaux à la caisse maladie.

    11h: Anaïs passe à la maison, son rendez-vous pour une visite de local commercial a été annulée. Elle est dépitée, elle se demande si un jour elle trouvera salon à son thé. Nous partons ensemble retrouver Katia qui nous fait de si jolies mains.

    14h: Rendez-vous chez le généraliste pour les résultats de la prise de sang pour l'Homme et moi. Tout est bon, lui un peu d'anémie inexpliquée, moi plutôt un bon bulletin. Manquerait plus que ça avec tout ce que je prends pour rectifier les niveaux d'huile et autres taux hormonaux, tempérer les emballements des circuits, renforcer la charpente et tout ça.

    14h45: Croiser dans la salle d'attente Maïté qui vient consulter dans un vilain état grippal.

    15h: Retour à la maison. Se faire cuire un peu d'orge perlé pour demain, je retourne à l'école au bureau et c'est reparti pour les petits lunches. Prendre un petit café, grignoter un bout de fromage, vérifier les urgences éventuelles au boulot.

    16h: Maïté nous rejoint. Grippe confirmée. Elle est accablée, fiévreuse et ne demande qu'à retrouver son lit. Nous repartons toutes les trois l'une vers sa maison, l'autre vers son lit et moi vers la kiné.

    17h: Dur dur, la kiné. Après le weekend, c'est toujours un peu plus dur. Elle continue à forcer un tout petit peu, histoire de gagner un peu de terrain; et moi, je me sens comme chaque fois comme la Barbie que mes enfants obligeaient à lever les bras latéralement alors qu'elle n'était pas du tout équipée pour ça. Après une demi-heure de torture, la kiné m'installe des électrodes de chaque côté de l'épaule pour soulager les tensions et c'est mon petit quart d'heure détente avec le bouquin en cours pour les trajets. C'est un roman de Tanizaki qui s'appelle la confession impudique et qui me laisse perplexe pour l'instant.

    18h: J'ai une heure pour rejoindre le cours de portugais. Je vérifie sur mon doudou en combien de temps je pourrais faire le chemin à pied. 35 minutes, ça va le faire. Il fait très froid mais c'est le dernier jour de lumière avant une semaine de pluie annoncée. Alors en avant marche, c'est bon pour ce que j'ai.

    19h: Retour au cours de portugais après 6 semaines d'absence. Je n'ai rien perdu, ce prof avance comme une tortue, ce qui est avantageux pour les paresseux. Et je suis finalement contente d'être là. 

    21h30: retour à la maison, l'Homme a préparé un spaghetti saumon courgettes. 

    22h: demain, je rentre dans le rang, il me faut préparer toutes mes affaires pour ne pas perdre une minute demain matin. L'Homme est pressé et veut me déposer au plus tard à 8h15 au boulot. Alors vite, rédiger ce billet puis aux plumes avec le bouquin du lit, une saga norvégienne passionnante. J'adore. Euh quelques parties de Candy Crush avant peut-être ?

     

  • Accro au boulot

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    Plus qu'une semaine d'absence maladie et je n'en ai absolument pas profité. Le premier jour de cette incapacité de travail, dans mes rêves, j'allais lire une dizaine de livres, regarder toute une série de films en retard, faire des siestes de deux heures, feuilleter tous les magazines que j'achète et ne lis pas, ranger tous les tiroirs que mon handicap momentané me le permet, et toute autre activité qu'un mois de repos offert sur un plateau me faisait miroiter.

    Encore aujourd'hui, je me demande pourquoi je me suis refusé tous ces plaisirs. Je suis allée deux matinées par semaine au boulot et le reste du temps, j'ai télétravaillé presque tout le temps. Je me suis autorisé une séance chez le coiffeur et la sacro-sainte journée d'anniversaire d'Anaïs que nous avons passée ensemble. Même pour cela, je me suis sentie obligée d'avertir toute l'équipe que je m'absentais de l'écran pendant une journée.

    Je n'ai pas ce problème pendant les vacances. Jamais je ne regarde mes mails professionnels pendant les congés annuels. Les vacances sont sacrées. Alors, quoi ?

    Il semble que je ne m'accorde pas le droit d'être malade, à moins d'avoir une grosse grippe qui me cloue au lit – mais je me fais vacciner – , une gastro-entérite qui me cloue aux commodités – mais je suis totalement hermétique (!) à ce genre de problème -, ou une énorme migraine qui me clôt les paupières – mais un ou deux anti-douleurs en viennent à bout très rapidement. 

    Mais une épaule en compote et une fatigue post-opératoire n'affectent pas mes capacités cérébrales et ne semblent pas m'autoriser à déconnecter.

    J'essaye de comprendre comment expliquer ce comportement un rien ridicule et frustrant. D'accord, j'ai un chef de remplacement qui, outre ses fonctions de chef IT, se farcit un département services horizontaux incluant ressources humaines, communication et finances. C'est beaucoup pour ses frêles épaules et il fait cela pour les beaux yeux du Directeur, rien à gagner. Vu qu'il se donne à fond pro deo, j'ai pitié et j'essaye de ne pas alourdir son fardeau par mon absence. D'accord, je veux rester dans le loop et ne pas perdre une miette. Je me déplace surtout pour les cas difficiles où, vu tout ce que je sais des personnalités des uns et des autres depuis dix ans que je traîne mes oreilles, mon cerveau et mon coeur dans ces couloirs, je sais pertinemment bien que, dans d'autres mains, d'autres oreilles et d'autres bouches, certains problèmes ne peuvent que s'aggraver. D'accord, le lâcher prise n'est pas mon point fort.

    Mais plus que tout, j'ai été élevée comme ça. Le "ça va passer" à la moindre égratignure, au moindre bobo peu important, nous a enseigné à mes soeurs et moi qu'on ne s'effondre pas à la moindre douleur, on se tient debout, même sur une patte, au besoin on rampe avec son plâtre mais on va à l'école, on va au cours, on va bosser. Ou à la rigueur, temps modernes obligent, on télétravaille.

     

     

  • Invisible

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    Je supporte de plus en plus mal le comportement des gens dans la rue. Je ne peux pas expliquer pourquoi mais je ne tolère plus le simple manque d'attention, de considération. Depuis que j'ai le bras en écharpe, cela me frappe encore plus et me met encore plus en rogne. 

    Je ne compte plus le nombre de ceux qui traversent devant votre voiture sans le moindre signe de main, d'yeux ou luxe suprême un petit sourire, de ceux qui vous croisent dans la rue et qui regardent au sol, alors qu'on travaille dans le même bâtiment et pour le même employeur, de ceux à qui vous tenez la porte et qui passent en vous ignorant majestueusement, de ceux qui se glissent subrepticement devant vous dans un magasin ou dans une file, l'air de rien.

    Je peux me consoler en pensant que ces comportements ne sont pas intentionnels. Les gens sont distraits, la tête ailleurs. Mais je pense plutôt que l'individualisme prend de plus en plus d'ampleur. L'autre n'existe pas.

    Il y a quelques temps, Maïté et Quentin ont fait une petite expérience. Ils ont marché dans la rue sur le mode "je suis seul au monde". Et pour une fois dans leur vie, ils ont vu les personnes qui les croisaient s'écarter et leur laisser toute la place du monde. Ils marchaient les yeux au sol ou dans le vague mais ils étaient les rois du monde. Et ils en sont revenus choqués. 

    Moi qui passe mon temps à accrocher les regards des autres, je vis très mal ce refus du contact visuel. Jouer la femme invisible de temps en temps, ce peut être amusant mais au quotidien, ça use.

     

     

     

     

     

     

  • Après, yapluka.

    Yapluka2Stress évacué. Je ne pense pas avoir à regretter ma décision. Mais c'est probablement un peu tôt pour le dire. 

    L'après est toujours particulier. J'oublie toujours à quel point l'anesthésie m'endort non pas pour quelques heures mais pour au moins 48 heures. Je dors comme the Sleeping Beauty pendant des heures et des heures, je suis littéralement assommée. Et c'est tellement peu moi – moi et mon sommeil de plumes – que j'en suis toujours interloquée. 

    Après quelques jours, j'émerge un peu mais je suis loin d'être un modèle d'efficacité. Dur dur les périodes post-opératoires pour les hyperactives. La fatigue vous rattrape au tournant en moins de temps qu'il n'en faut pour compter des moutons. 

    Alors ne parlons pas du handicap. C'est une belle façon de se rappeler à quel point tout nous sert dans cette belle machine qu'est le corps humain, les deux mains, les deux pieds, les deux yeux, enfin toutes les paires, quoi ! Et aussi une belle piqûre de rappel sur les difficultés que rencontrent ceux qui sont mono-quelque chose.

    Contrainte de garder le bras en écharpe, j'enrage pour tout. Mais en fait, on s'habitue et on trouve des astuces. Comme déposer le sèche-cheveux sur la tablette du lavabo et s'accroupir pour positionner la brosse enroulant la mèche sous le vent chaud; ou comme s'entraîner au lancement de pan de manteau sur l'épaule immobile avec un minimum de délicatesse.

    Je suis en arrêt maladie pour un mois et je peux comprendre. Cela me semblait un peu exagéré mais après avoir passé deux matinées au bureau pour des interviews dont je ne voulais laisser le soin à personne d'autre puisque c'était pour moi qu'on recrute, l'immense fatigue qui m'est tombée dessus m'a rappelée à l'ordre.

    Aujourd'hui, le gentil docteur m'a enlevé les fils sans douleur et m'a montré la video du déroulement des opérations. Pas trop ma tasse de thé mais il faut avouer que c'est impressionnant de voir mes tendons effilochés comme un pull tout pelucheux et de voir son instrument raboter mon omoplate et passer l'aspirateur entre les coups. 

    Enfin voilà, le ménage est fait. Yapluka faire la kiné passive puis active. Yapluka, yapluka.