Catégorie : Moi, je

  • La vie est une grande roue

    Lundi: Retour d’un weekend extraordinaire. On est partis vendredi soir pour Athènes. J’avoue, cette année, mon empreinte carbone a explosé, je ne suis pas très contente de moi et je me sens très égoïste. Mais en même temps, mon bonheur a été immense ces trois jours. On a eu la chance inespérée de revoir mon compositeur grec préféré dans l’amphithéâtre de Hérode Atticus, juste en dessous de l’Acropole. Revivre cette magie était tout simplement incroyable. Et puis cette ville que l’on aime tellement tous les deux. L’Homme a dit « j‘aime l’odeur de cette ville » et c’est tout à fait ça.

    Mardi: Ce soir, récital de piano de Sappho. Hier, c’était hautbois, mais vu les trois heures de retard de l’avion, on n’a pas pu y assister. Aujourd’hui, l’Homme ne peut pas, il a dentiste mais moi je peux. Une vingtaine d’enfants attendaient leur tour pour s’installer au piano le temps de deux mélodies d’une à deux minutes chacune. Leur stress était palpable et j’avais pitié d’eux. Mais une fois devant le clavier, ils donnaient le meilleur d’eux-mêmes. Sappho n’a pas dérogé à la règle et a très bien joué. Et même si moi, je ne suis pas objective, la prof, elle, lui a discerné une distinction.

    Mercredi: Mamy et Grand-Père sont partis au Portugal et c’est donc nous qui prenons la relève pour Jules, Samuel et Amalia, tout le mois de juin. Mais cette fois, Jules est en classe verte (Amalia décrète qu’elle, elle ira en classe rose) et ils ne sont que deux. Enfin, jusqu’à ce que Sappho et Lémoni les rejoignent pour l’après-midi.

    Jeudi: On continue l’exercice de vente en ligne des menus trésors de Mamy L. Anaïs photographie, met en ligne, fixe le prix et gère les contacts avec les acheteurs (elle répond aux questions, négocie les rabais éventuels, etc.) et l’Homme et moi nous chargeons de la logistique (emballage, étiquettes, envoi). Curieusement, les bondieuseries ont un succès fou. Et les chapelets, images pieuses, missels, crucifix, médailles, et autres Vierges en plâtre quittent Bruxelles pour partir en mission vers d’autres horizons.

    Vendredi: Le musée d’Orsay consacre une exposition à Renoir et la modernité heureuse. J’ai une véritable passion pour ce peintre et j’ai convaincu l’Homme de m’accompagner en train aller-retour. Je me faisais une joie de passer cette journée avec lui. Mais il a éternué une bonne partie de la nuit et s’est réveillé épuisé et tout fiévreux. Je suis donc partie seule, à mon grand regret, vers la Ville-Lumière. J’ai passé toute la matinée dans le musée d’Orsay avec beaucoup de plaisir mais après, j’ai trouvé l’après-midi beaucoup moins drôle. Je n’avais pas vraiment envie de m’asseoir seule dans un restaurant donc, j’ai fait l’impasse. J’ai marché, marché dans Paris jusqu’à épuisement et je me suis endormie sur un banc dans un parc. Je n’avais vraiment pas vu les choses comme ça.

    Samedi: A partir de 6 ans, ils ont tous droit à une journée avec nous. Resto, musée, etc. Aujourd’hui, c’était le tour de Samuel. On a commencé par le musée Magritte qu’il aurait bien fait au pas de course. Succès très relatif. Puis un tour dans la grande roue – à sa demande – mais là aussi, c’était moins chouette que lors de sa première expérience. Puis resto italien. D’abord assez enthousiaste, il a fini par décréter que le restaurant où il va parfois avec son autre grand-mère était meilleur. On a donc croisé les doigts pour que l’après-midi ait plus de succès que le matin plutôt décevant. Ouf, l’achat de sa première montre flik flak pour apprendre à lire l’heure et le musée des illusions nous ont permis de mieux finir la journée.

    Dimanche: Les filles sont passées nous voir en coup de vent et incroyable mais vrai, Lémoni est venue à vélo, alors que je désespérais qu’elle puisse un jour pédaler. C’était le petit miracle du jour.

  • Quelle semaine !

    Vendredi: On est arrivés hier soir sur notre île. On s’est installés et on est heureux. Ce sont les vacances. Et on est rabibochés. Tout roule. Mais ce matin, on est sur le pied de guerre. Lors du déjeuner de Pâques, les filles se sont mis en tête d’aller au concert de Céline Dion. Ce qu’on a pris pour une plaisanterie de fin de repas arrosé et où le répertoire de Céline, du moins celui de sa collaboration avec Jean-Jacques – celui-là même qu’on a hurlé dans la voiture des dizaines de fois de Turin à Bruxelles et de Turin à Bruxelles quand on habitait l’Italie – c’est donc bien un mythe familial) a été réinterprété en chœur du dessert à la fin de la vaisselle, est devenu un challenge assumé. On ira où elle ira et on va tout faire pour avoir des places. Swiss’Sis a proposé ses services informatiques pour multiplier les chances. On était donc cinq ordinateurs dans trois villes différentes à attendre une possibilité d’arracher 4 places à des prix décents. Sans vraiment d’espoir mais avec beaucoup de ferveur. Et le miracle a eu lieu. Avec un travail d’équipe de ouf. C’est Maïté qui a eu l’ouverture pour les places. Mais Anaïs n’était plus là pour donner sa carte de crédit. Maïté nous a appelés en Italie, je lui ai donné le numéro de ma carte, elle m’a renvoyé une photo du QR code et on a validé le paiement à 1000 km de distance. Et ça a marché. Personne n’y croyait et c’était un peu la fête. On espère juste que ce sera encore la fête à Paris et qu’elle chantera tout son répertoire de Bruxelles à Turin.

    Comme la chance était avec nous, j’ai appris que mon compositeur grec préféré redonnait un concert à l’Odeon Herode Atticus, juste en dessous de l’Acropole, alors que ce site devait fermer pour trois ans de travaux. La fermeture a été retardée, mon merveilleux compositeur a 87 ans, je n’allais pas rater cette opportunité. Et dans la foulée de Céline, on a réservé ce concert pour juin.

    Samedi: Longue promenade sur l’île de la Pellestrina. Un peu déçus. Ça nous aura pris la journée et on n’a pas adoré.

    Dimanche: Retrouvailles dans notre restaurant préféré sur l’île de Torcello. L’accueil est toujours aussi chaleureux. « C’est une belle journée aujourd’hui, vous savez pourquoi ? Parce que vous êtes arrivés. » Comment voulez-vous que je ne craque pas.

    Lundi: Première expo: les vedute et les caprices de Francesco Guardi. Les vedute ce sont ces représentations minutieuses et pittoresques de Venise où la lumière joue un rôle prédominant et les caprices sont les mêmes tableaux auxquels le peintre rajoute des éléments qui ne correspondent pas du tout à la réalité.

    Mardi: Jour de pluie. Nouvelle expo, cette fois d’un photographe du magazine Vogue, Horst P. Horst. Magnifiques photographies. J’ai adoré.

    Mercredi: Encore quelques expos puisque le temps n’est pas idéal et parce que de toute façon, on aime ça. Et puis, ô surprise, au retour vers notre nid, on a rencontré Mimmo, le dauphin qui squatte dans le bassin de St Marc depuis un an et demi. Ils ont bien essayé de le ramener vers la mer pour le protéger mais rien n’y a fait, Mimmo est revenu dans le bassin. Il est comme nous, la lagune lui manque et il revient. Mais quelle joie de le voir enfin.

    Jeudi: Chaque jour, on prend un peu de temps pour lire. J’ai emmené avec moi un livre de Ryoko Sekiguchi, une auteure franco-japonaise que j’adore et qui vient de sortir un livre sur Venise, « Venise, mille fleurs« . Ce livre me fascine. Il y a des livres comme ça où chaque page nous parle, chaque paragraphe nous interpelle et nous invite à regarder les choses autrement.

    Et par hasard, je découvre qu’elle est à Venise en même temps que nous et que surtout, elle va donner une conférence dans le cadre d’un événement littéraire organisé par l’université de Venise. Je me suis inscrite et j’y suis allée. J’ai aimé ce moment un peu particulier. Elle m’a dédicacé son livre, sachant très bien qui j’étais au vu des échanges que nous avions eus sur Instagram dans les jours qui ont précédé.

    Je n’en reviens pas de la richesse de cette semaine. Il ne nous reste plus que quelques jours mais cette semaine m’a donné une énergie fabuleuse, bien au-delà de tout ce qu’une semaine de repos aurait pu m’apporter.

    Et les semaines qui viennent s’annoncent encore bien riches en petits bonheurs. La vita è cosi bella.

  • Gentille ou hypocrite, naïve ou pigeon

    Avant de partir ensemble là où la sérénité du lieu nous rabiboche avec la beauté du monde, nous nous sommes disputés pendant un bon 48 heures. C’est très long pour nous aujourd’hui. Cela ne l’était pas au début de nous deux, ce qui nous a permis de mettre les choses au clair assez rapidement. Très peu de concessions unilatérales, des mises au point régulières, des disputes bien senties nous ont permis d’adopter un modus vivendi et amandi parfaitement rodé. Et depuis, tout roule ou presque.

    Mais ces derniers jours, mon mode opératoire dans la gestion de mes relations aux autres s’est heurté de plein fouet à son ras-le-bol d’être pris pour un pigeon. Il a vu beaucoup de malveillance de la part de proches, là où moi, je ne voyais que mauvaise communication. Et j’ai plutôt mal supporté. Tant de le voir souffrir vraiment que de le voir croire en la malveillance de ceux que j’aime.

    Il vit avec moi depuis cinquante ans et il appris à composer de manière à garder l’église au milieu du village, puisque tel est mon credo. Alors que le sien est de ne rien laisser passer. D’accord, je suis née avec une sainte horreur du conflit et c’est sans doute ce qui motive mon besoin viscéral de remettre la chapelle à sa place. C’est sans doute ce qui lui a permis de rester en bons termes avec sa propre famille. Et plus encore avec la mienne. Il sait que je suis intransigeante sur la question.

    Mais à chaque fois que ce sujet devient brûlant, je me pose la question: est-ce que j’ai raison d’excuser à tout prix ? Cette fois, plus encore que jamais, j’ai décidé une fois pour toutes que je ne changerais pas de cap. Il n’est pas question ici de me laisser marcher sur les pieds. Mais envers et contre tout, je partirai du principe que la plupart de ceux que je chéris sont bons, n’ont pas de mauvaise intention, ont quelquefois de sérieux problèmes de communication et que toutes les difficultés relationnelles viennent de là.

    Pendant longtemps, j’ai affiché dans mon bureau la phrase de Bernard Werber:  » Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d’entendre, ce que vous entendez, ce que vous comprenez… il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même…« 

    Alors essayons…..

  • Dans la peau d’Argan, moi ?

    Je refuse qu’on me traite d’hypochondriaque. L’Homme a décidé de reformuler: « Tu es à l’écoute de ton corps » avec un petit sourire en coin. Ben non, je ne suis pas d’accord, je n’aime pas cette connotation « bobo qui n’a que ça à penser« .

    Alors oui, je suis atteinte du syndrome de la bonne élève qui fait sa prise de sang annuelle, qui se préoccupe de rectifier les taux anormaux, qui prend ses rendez-vous annuels ou bisannuels chez le généraliste, la gynéco, le dentiste, la cardiologue, l’ophtalmologue, la gastro-entérologue, la dermatologue pour le contrôle des grains de beauté. Je prend même les rendez-vous pour ceux qui le souhaitent.

    Alors oui, quand quelque chose ne tourne pas rond, je consulte. Vite. Je n’aime pas quand la machine s’enraye. Je fais les examens qu’on me demande de faire. Je découvre parfois des choses que je ne pensais pas avoir. Des polypes, de l’arthrose, une rotule plus haute que l’autre, un oeil qui voit loin et un oeil qui voit près, une protéine caractéristique des familles à hérédité de maladies cardio-vasculaires, facteur de risque supplémentaire, un rétrécissement du canal lacrymal…. Qui cherche trouve. Indeed.

    Mais hypochondriaque, non.

    Par contre, je me soupçonne d’être un chouia superstitieuse et de me dire que tant que j’ai ces petits maux (même s’ils commencent à s’accumuler), je suis protégée d’une bonne grosse maladie, genre saleté à pinces. Tout en étant parfaitement consciente que je me mets bien le doigt dans l’oeil.

    Sur ce, je vais réchauffer et poser mon masque pour soigner ma blépharite. Forcément.

  • Blue Monday

    Une agence de voyage a inventé au début des années 2000 le concept du Blue Monday afin d’inciter les météo-dépendants (comme moi) à faire leurs valises et d’aller voir ailleurs si le ciel est plus bleu. Un départ avant ou après le troisième lundi de janvier était bien entendu autorisé. C’est juste un concept cette histoire de Blue Monday. Encore que…. il semble bien que la période qui s’étend de mi-janvier à mi-février soit effectivement propice à la déprime ambiante. Les fêtes sont finies, les guirlandes lumineuses sont éteintes, le sapin est défait, les soldes nous ont ruinés, les kilos en trop s’incrustent, les bonnes résolutions s’effilochent. Bien sûr, les jours s’allongent mais notre cerveau n’a pas encore enregistré l’info.

    Moi, ça va, je ne vois pas la vie en bleu. La fête n’est jamais finie, il y a au moins deux anniversaires par mois, les guirlandes lumineuses clignotent encore toujours dans ma rue, je n’ai pas fait les soldes, les kilos en trop fondront certainement bientôt et les bonnes résolutions ne datent pas du 1 janvier.

    Autour de nous, l’ami qui était hospitalisé pour une pancréatite depuis décembre et dont on ne donnait pas cher sort demain. L’ami qui a subi un pontage en urgence il y a dix jours est déjà au volant de sa voiture. D’accord, ce n’est pas sérieux. Mais il n’est pas sérieux, on le sait.

    Par contre, pour l’ami qui est parti hier en Italie parce que sa maman est dans le coma et que son papa ne sait plus qui est sa femme ni son fils, la couleur est au bleu, c’est sûr. Je suis triste pour lui parce qu’on sait que pour sa maman, c’est la fin, pour son papa, c’est le début d’une autre vie.

  • Tourbillons d’automne

    Après un weekend d’Halloween où on a eu la chance de réunir tout le monde, où tous les enfants et quelques adultes in the mood se sont déguisés – la citrouille d’or revenant à la famille de Quentin en personnages de Vaiana -, un apéro festif, une mini soirée dansante, après une semaine avec cinq enfants, deux mamans en télétravail, un papa en allers-retours successifs pour diverses raisons et une arrière grand-mère venue prendre un bain de jouvence au sein de toute cette troupe, après ce premier tourbillon, retour à la maison.

    Tourbillon des activités habituelles, petit tour chez l’ophtalmo pour essayer de déboucher le canal lacrymal, sans succès malheureusement. Je continuerai de pleurer à grosses larmes mais pour rien. Vaccin contre la grippe et l’hépatite B chez le médecin, kiné pour faire le point.

    Tourbillon de 4 jours de Lémoni et Sappho, pendant que les parents sont à Lisbonne. Mais tourbillon très calme. Elles ont été exemplaires. La recherche de bottes pour l’hiver pour Lémoni aurait pu tourner au drame mais à ma grande surprise, on s’en est sorties sans casse. Mais c’était pas gagné. Elle s’arrêtait sur tout ce qui brillait, vernis ou paillettes, je m’extasiais plutôt sur des bottes en nubuck fourrées qu’elle rejetait sans appel. Je ne saurai jamais si c’est le modèle nubuck où la fourrure blanche et douce comme la queue d’un petit lapin faisait un joli bord ou si c’est le ras-le-bol qui l’a fait arrêter son choix communément au mien. J’ai pourtant bien cru que j’allais rentrer bredouille.

    Encore une semaine de tourbillons à venir et puis Turquie here we come.

  • Septendrement

    Ce mois de septembre qui se termine a été très riche. De douleurs, de douceurs, d’émotions, de tendresse.

    Il y a eu l’enterrement de ce cousin tant aimé qui, comme souvent, a coïncidé avec des retrouvailles de toute une partie de la famille qu’on voit moins mais qu’on revoit toujours avec un plaisir non dissimulé.

    Une de mes sorcières bien-aimées a perdu sa maman et sa détresse m’a désarçonnée. Sa maman n’était plus présente au monde depuis quelques années et pourtant c’est quand elle est partie physiquement que le chagrin s’est enfin manifesté.

    J’ai enfin sauté le pas et j’ai rejoint un cours de danses grecques. Cela faisait si longtemps que j’en rêvais. J’ai enfin trouvé l’endroit et le temps d’y aller. Pour le moment, il n’y a pas de débutant et pas de cours approprié mais on m’accueille dans le groupe des dégourdis avec beaucoup de chaleur et de gentillesse et je me débrouille vaille que vaille. Et je suis aux anges.

    Anaïs m’a demandé son aide pour emmener ses trois enfants au premier cours de piscine extra-scolaire. La piscine a plus de 100 ans et est magnifiquement restaurée. Et c’est la piscine où j’allais enfant, dans le cadre scolaire. Rien que de mettre les pieds dans ce lieu culte – où je n’ai pourtant rien appris – a soulevé tout un tas d’émotions. Et de voir Amalia, paniquée dans ce monde inconnu, alors qu’elle adore l’eau et n’en est pas à son premier contact avec une piscine, m’a serré le coeur en souvenir de la petite moi. Heureusement, le deuxième essai a été plus concluant.

    Vacances enfin. Venise bien sûr mais un « petit » crochet par Nuremberg. Pour la deuxième fois consécutive (en 30 ans tout de même), nous ne verrons rien de cette magnifique vieille ville. Au siècle dernier, c’était moi qui me suis réveillée avec 40 de fièvre et nous sommes rentrés dare-dare et cette fois, c’était l’Homme qui grelottait et qui a dormi 14 heures d’affilée. Le lendemain nous avons rejoint l’Autriche où je tenais absolument à retrouver le camp de prisonniers où mon grand-père avait été conduit dès le début de la guerre avant de rejoindre une ferme non loin de là comme prisonnier mis au travail. J’avais pris sa plaque d’immatriculation avec moi comme un talisman. Mais sur place, il n’y a plus rien. Juste un panneau d’artiste à chaque coin de l’espace vert là où se trouvait le camp. Un bien piètre devoir de mémoire. Le soir, nous dormions à Vienne où nous avons flâné la journée du lendemain avant d’assister à un concert de mon chanteur grec préféré dans la Konzerthaus, là où se donne chaque année le concert du Nouvel-An. Double plaisir.

    Et puis direction Venise. Cette année, le soleil ne nous a pas beaucoup gâtés et la pluie était souvent au rendez-vous. Les expos en cours, nous les avions déjà vues pour la plupart en avril et les flâneries sans but dans Venise sous la pluie, c’est nettement moins drôle. Et l’Homme est retombé malade. Aujourd’hui, il a dormi toute la journée. C’est sans aucun doute le meilleur des traitements mais cela rajoute une petite pointe de déception à ce séjour. Il nous reste encore trois jours pour en profiter.

  • Gratitude absolue

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    Je sais qu'on me considère souvent comme une bisounours, une ravie de la crèche mais j'assume. Chaque matin, je me réveille en souriant toute seule parce que je suis encore là. Je ne sais pas encore ce qui m'attend dans la journée qui pourrait faire voler en éclats tout ce bonheur qui m'habite mais je me dis chaque matin "j'ai déjà eu tout ça" en pensant aux jours heureux qui se sont écoulés jusqu'ici.

    Cette semaine, Sappho a eu 8 ans et il ne s'est pas passé un seul jour depuis 8 ans où je n'ai pris la mesure du bonheur pour moi d'être grand-mère. A fortiori pour les six pioux qui ont suivi. Je sais qu'un jour viendra – et le temps passe vite – où ils aimeront toujours leurs grands-parents, je n'en doute pas, mais de loin probablement. C'est une évolution tout à fait normale mais donc, j'en profite tout mon saoul maintenant.

    Dès que la cloche aura sonné, on entamera 6 semaines de vacances avec 3, 5, 6 selon les moments. Et je m'en réjouis pleinement.

    Lémoni s'est fait opérer des amygdales et des végétations et tout s'est bien passé. Simon est parti toute la semaine à Vienne et on a aidé Anaïs un tout petit peu. Cela m'a donné l'occasion de passer une dernière fois la porte de la crèche où Jules, Samuel, Maoh et Amalia ont été accueillis à tour de rôle depuis 2018. Amalia rentre à l'école en septembre et il n'y aura plus d'enfant dans cette crèche là. Ce n'est pas que j'y sois allée si souvent mais fermer une porte m'est toujours aussi pénible.

    On a retrouvé à deux reprises deux couples d'amis, à l'opéra voir Carmen et ensuite autour d'un excellent repas concocté par Mitch et Cat. Là aussi, bonheur d'avoir des amis si chers, depuis si longtemps et de nous savoir en bonne santé jusqu'ici. 

    Oui, je suis privilégiée, j'ai beaucoup de chance dans ma vie, sur tous les plans. Et je marche sur un fil, j'ai peur que tout s'effondre tout en ayant parfaitement conscience que ces valises de bonheur que j'ai remplies au cours de ces six décennies pèsent merveilleusement lourd. 

    Prévert disait: Il faudrait essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. Quand je vois le monde autour de moi, j'aurais presque honte de n'avoir vraiment pas beaucoup d'effort à faire. Mon seul mérite est d'en être consciente.

  • Et avril s’enfuit

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    Je n'ai pas vu le temps passer. Depuis mon dernier billet, j'ai subi une intervention chirurgicale. Sans gravité au final mais je suis toujours stressée dans les moments qui précèdent. J'ai une gratitude infinie pour l'infirmière qui m'a pris la main quelques instants avant l'anesthésie. Elle a perçu mon angoisse que j'essayais de maîtriser, sans pour autant la nier. Mais on n'imagine pas à quel point un petit geste comme celui-là peut faire la différence. Tout s'est bien passé et j'attends maintenant les résultats de l'anapathologie. 

    Les travaux dans la cuisine se poursuivent tant bien que mal. L'Homme fait et défait et refait jusqu'à ce qu'il soit satisfait et ça prend du temps.

    Mon cousin a commencé une semaine de radiothérapie et je pense à lui tout le temps.

    On a fêté notre anniversaire de mariage dans un restaurant gastronomique. Des places se sont libérées et nous avons prévenu J et S. Ils habitent juste à côté et ils nous ont rejoints au pied levé. C'était inespéré et très sympa.

    Et puis, on a vécu un weekend pascal enchanteur. L'anniversaire de l'Homme d'abord qu'il a voulu fêter toute la journée. La chasse aux oeufs ensuite, entre deux averses. 

    Le soir-même, on est rentrés à la maison faire nos valises pour Venise. 

    Et voilà, on y est enfin. Depuis mardi soir. On recharge nos batteries en terrasse et bouquins avant de se mettre en route en mode expo, crapahutage et restos. Le bonheur.

     

  • Qu’est ce que tu veux faire plus tôt ?

    ORIENTATION-1

     

    Lors de notre descente à Turin, nous avons voyagé avec deux anciens comme nous de Tours à Turin. Une de mes sorcières bien-aimées et son mari. Nous avons parlé de tout et de rien tout au long du trajet, parfois somnolé (pas l'Homme au volant heureusement), grignoté, discuté. Au détour d'une de ces discussions, quelqu'un a demandé: "Et si tout était à refaire, vous auriez fait quoi comme boulot ?" Indépendamment de la contrainte alimentaire."

    Nos réponses étaient spontanées, on n'a pas trop réfléchi et c'était intéressant.

    Elle aurait voulu s'occuper d'animaux abandonnés, tenir un refuge. Elle a été comptable quelques années puis ils se sont lancés tous les deux dans la gestion d'une maison d'hôtes avec beaucoup de succès en Touraine. Aujourd'hui les clients devenus de plus en plus odieux (pas tous mais ceux qui le sont sont de plus en plus insupportables) la rendent folle et elle doit sans doute penser que les animaux seraient bien plus reconnaissants du mal qu'elle se donne. 

    L'Homme aurait été pilote d'avion de chasse. Sa maman n'a pas voulu, elle a sans doute craint qu'il ne meure trop jeune. Je savais qu'il avait regretté ne pas être passé outre mais pas qu'il le regrettait encore aujourd'hui. Enfin, bon, si on lui pose la question, comme ça, de but en blanc. Mais il a quand même reconnu qu'il n'aurait sans doute pas eu la même vie que celle qu'il a eue (sous entendu moi, les enfants, etc….) et que celle-là n'avait pas de prix. Pfiou….

    Lui aurait voulu travailler le bois. Etre un artisan. Ou mieux encore un compagnon. Ça m'a surpris, lui qui est un entrepreneur né, qui aime les investissements à risque, je ne le voyais pas dans une filière que je considère – peut-être à tort – comme très posée, très sage. 

    Et moi, moi, j'aurais aimé soit être comédienne, j'ai toujours aimé les planches, même si au-delà de mes vingt ans, je n'en ai plus guère eu l'occasion. Ou j'aurais aimé garder des enfants en bas âge. Je l'avais même sérieusement envisagé avant de rentrer vraiment dans la vie professionnelle mais l'Homme m'avait fermement découragée. Je suppose qu'il ne voulait pas rentrer chez lui et trébucher sur un train électrique ou glisser sur un ours en peluche. J'ai toujours un peu regretté. Rien d'étonnant donc que je suis aujourd'hui aux anges quand je garde quelques jours, ou plus si affinités, l'un ou l'autre de ces merveilleux pioux.