
Cet été, j’ai lu un nouveau livre de Ryoko Sekiguchi, cette écrivaine et poète japonaise que j’ai rencontrée à Venise au printemps dernier. Elle était à nouveau là en septembre mais nos routes ne se sont pas croisées cette fois si ce n’est par le biais de ce livre, L’appel des odeurs, un recueil de billets écrits en son temps pour un hebdomadaire et toujours sur le thème des odeurs, des parfums.
Dans un des billets, je me suis pleinement retrouvée au point d’en être presque abasourdie.
Depuis longtemps, j’ai une petite manie (parmi tant d’autres) dans la gestion de mes parfums. J’ai dans ma salle de bains une vingtaine de parfums, achetés, reçus, récupérés, peu importe. La plupart ont des notes d’agrumes, quelques-uns de fleurs, presqu’aucun n’est capiteux. J’ai la manie d’en changer chaque jour et surtout je les porte par deux, je les superpose, selon un mode faussement aléatoire. Le résultat est toujours inattendu. Parfois c’est le premier qui prend le dessus, parfois c’est le deuxième. Souvent, les deux s’adoucissent l’un l’autre et il en résulte un nouveau parfum, inédit, souvent très agréable.
Et l’envie m’est venue un jour de les rebaptiser. Parfois de manière simpliste: Baiser volé et Biarritz devient Baiser volé à Biarritz. Easy. Parfois plus tiré par les cheveux : Eau dynamisante et Sel marin devient Claque d’embruns. Riviera et Venise devient carrément Lido. Ce sont les petits plaisirs ridicules du matin. Ridicules sans doute mais vrais petits plaisirs quand même.
C’est une femme que j’admirais beaucoup qui m’a appris à faire ça. Elle était belgo-belge mais avait des origines indiennes et ne s’habillait qu’en sari. En toutes circonstances et par tous les temps. Le jour de son enterrement, ses enfants ont découpé de petits bouts de quelques-uns de ses saris et les ont aspergés de ses deux parfums superposés (elle n’en mélangeait que deux, toujours les mêmes) et ont offert ces souvenirs olfactifs à tous les membres de l’assemblée, très émue. C’était un petit bout d’elle parfumé.








