Catégorie : Moi, je

  • Souffler sur les braises

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    La vie reprend doucement mais il me faut souffler sur les braises. 

    Je l'ai dit, rien ne pouvait me rendre plus heureuse que de retrouver les enfants en tribu. Et j'aurais bien tort de me plaindre.

    Mais dans la vie quotidienne, quelque chose est cassé. Un peu comme si j'avais perdu l'envie. 

    Certains parlent du syndrome de l'escargot, cette timidité à sortir de sa coquille. Ce que je ressens ne doit pas être très éloigné de cela. Bien sûr, j'ai ragé, tempêté, surcolérer d'être enfermée, privée de liberté. Alors pourquoi aujourd'hui me manque-t-il l'énergie pour sortir ?

    Je n'ai pas la pêche pour pour le shopping, on s'est bien débrouillés en ligne jusqu'ici. 

    J'ai beaucoup marché et cela me convient si ce n'est que je perds beaucoup de temps et que je ferais beaucoup plus si je m'autorisais les trajets en métro.

    Je voudrais reprendre les activités sportives mais sans la douche et les toilettes, c'est beaucoup moins drôle.

    Les amis me manquent mais quelque chose aussi me retient de les voir, quelque chose d'indéfinissable.

    Ce qui se dessine de plus en plus nettement, c'est mon envie d'arrêter de travailler. Ce qui m'en empêche vraiment, c'est mon autre envie de profiter pendant encore quelques années de Venise et de vacances en tribu. Ces plaisirs là ont un coût que la retraite n'assumera probablement pas.

    J'ai l'impression néanmoins que le confinement m'a fait prendre dix ans. En trois mois, la petite bouée de piscine que j'avais autour de la taille s'est transformée en bonne bouée de sauvetage de ferry à la dérive. Déjà, retrouver l'envie avec ce lest, c'est pas gagné. 

    Et l'immobilisme physique et psychologique pèse aussi sur mes épaules et me fait plutôt courber le dos que redresser la tête.

    Alors oui, il est temps de souffler sur les quelques braises qui survivent encore pour ranimer la flamme du feu follet et éteindre la flemme qui me consume. 

  • Quarante jours de quarantaine

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    Quarantième jour de quarantaine. Ca commence à bien faire, non ?

    J'ai passé le cap de Pâques et je me suis un peu calmée. Disons que j'ai décidé de passer en mode "on" et d'arrêter de me lamenter. D'autant que ça n'aide personne mais surtout, j'ai remarqué que l'Homme, plutôt que de m'aider, se met à l'unisson et ce n'est pas très utile. Deux déprimés ensemble, ça ne donne en général pas grand chose de bon. Donc, j'ai pris les devants et décidé d'être positive, ou du moins, moins négative. Ca a l'air simple, dit comme ça, mais je ne voudrais absolument pas faire croire qu'il suffit de vouloir pour ne plus déprimer. Je suppose que je n'étais pas déprimée mais juste en colère. 

    Ceci dit, le fait d'être passée outre l'interdiction de voir ma maman, de voir mes enfants non touchés et mes petits-enfants à tour de rôle, m'a bien aidée à changer la couleur du filtre. Pour m'offrir ce luxe, j'ai renoncé à prendre le moindre métro ou autre transport en commun, je ne passe plus la porte des supermarchés et je ne vois personne à part le boulanger et le légumier, à distance plus que respectable.

    Je reste néanmoins très préoccupée de la suite des événements. L'accouchement d'Anaïs avec masque mais sans visite aucune, le mariage de Kerya et Quentin to be reporté or not reporté, les risques encourus, malgré toutes les précautions prises,  pour les Mamys, pour nous, pour tous en fait, puisqu'on l'a vu, cela ne touche pas que les seniors et post-seniors.

    Et plus que tout, je reste profondément endeuillée d'un printemps…..

  • Un weekend sens dessus dessous

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    Quel merveilleux weekend ! Tous mes sens ont été chamboulés. 

    Vendredi après-midi, j'ai pris congé et nous avons commencé le weekend par fêter une nouvelle fois mes soixante palais dans ce restaurant gastronomique qui enchante mes papilles. A nouveau, ce fut une explosion de saveurs et de parfums, un plaisir des yeux aussi. A une seule exception près – et non des moindres – je n'ai jamais été déçue par cet "artisan du goût"; bien au contraire, il parvient à me bluffer à chaque fois. Difficile de sortir de là en fin d'après-midi et d'aller faire son supermarché du vendredi soir. Je me suis vraiment sentie comme Cendrillon après les douze coups de minuit….

    Samedi matin: Soin lift chez l'esthéticienne pour remonter d'un demi-cran ce qui retombera de deux crans dès le soir. Mais qu'importe, ce soin du visage me fait un bien fou et quand j'enchaîne avec un shampooing chez le coiffeur et que le massage du cuir chevelu est juste divin, je ronronne. C'est là que j'apprends à la délicieuse masseuse capillaire que le mot lui-même "shampooing" vient d'une langue indienne et signifie justement "masser".

    Samedi après-midi: c'est la course… des courses. Il faut faire vite, Sappho vient dormir chez nous ce soir et elle arrive vers 17h30. On arrive plus ou moins à boucler notre tour et être là quand la princesse arrive. Une fois qu'elle sera couchée, on pourra finir le gâteau de Clara pour demain. C'est sans compter Quentin et Kerya qui reviennent de Prague et ratent leur connexion train de Charleroi à Bruxelles. Allo Papa ? Les finitions du "terrain de football" attendront donc le retour de l'Homme dont la précision pour découper des lignes de terrains dans du sucre de couverture est inégalable.

    Dimanche matin: j'ai dormi avec Sappho, le nez dans ses cheveux de soie au parfum d'ange. Et ce plaisir, à nul autre pareil, est indescriptible.

    Dimanche après-midi: c'est l'anniversaire de Clara et on se retrouve tous au complet chez elle pour souffler ses 14 petites flammes, grignoter quelques centimètres du terrain de foot et jouer une partie de Cluedo pour clôturer l'après-midi. Pendant ce temps, deux petits monstres manipulent sans ménagement les vieux jouets de Sis'Cile qui perdent quelques plumes au passage.

    Dimanche soir: concert fabuleux. Un des plus grands ténors du moment qui revisite les mélodies viennoises de sa grand-mère. Je suis aux anges. Je l'adore comme une vieille midinette décatie, Vienne m'enchante et ces mélodies (non pas que les valses de Strauss, pas que….) tournent en boucle dans ma tête. Pur bonheur pour mon cinquième sens.

     

  • Fêtée comme jamais

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    Je ne voulais rien faire. A tout le moins, je ne voulais rien organiser. Joséphine avait mis la barre très haut avec son sublime cinquantenaire écossais. Mais même l'idée d'organiser une petite fête à la maison toute simple me semblait une montagne. Ce n'est pas l'envie qui manquait, seulement l'énergie. Si on l'avait organisée pour moi, je n'aurais pas dit non. Mais tout le monde sait que j'aime bien tout contrôler et personne n'a osé. 

    Comme simultanément je transmettais mes difficultés à passer ce cap, tout le monde a traduit que je ne voulais pas fêter ce cap. L'Homme en particulier a interprété tout cela à la lettre et m'a répété à l'envi "mais tu as dit que tu ne voulais rien". Rien, point final. 

    C'est vrai que le jour même, je voulais vraiment rester sous la couette et ne rien faire. Dormir. Dans un silence total. J'y suis parvenue pendant deux petites heures. Entre son départ et un premier réveil où je n'ai pas résisté à regarder mon téléphone. Parmi les messages affectueux, celui de Cat qui me demande si elle pouvait passer vers 11h30. Bien sûr, je n'ai pas refermé les yeux pour ne pas oublier de me lever, m'habiller et être debout au moment où elle passerait. Je ruminais déjà mais comment lui en vouloir de venir m'apporter un magnifique bouquet de mes sorcières bien-aimées. Puis l'Homme m'a invitée à l'improviste à déjeuner. Comment refuser une aussi charmante invitation ? Après ce délicieux moment, il est reparti travailler et je suis retournée deux petites heures….. sous la couette.

    Le soir, j'ai réussi à le convaincre de m'emmener au cinéma. Lui qui déteste ça ne pouvait me refuser ça, ce jour-là.

    Le lendemain, Anaïs a pris l'après-midi et m'a accompagnée dans mes souhaits d'exposition. Une expo Dali-Magritte que j'ai moyennement aimé et une immersion dans l'univers de Bruegel assez bien faite. Un petit salon de thé avant de rentrer à la maison où tous les enfants m'attendaient pour un apéro surprise et une super idée de cadeau. Une valise. Dans la valise, un dé pour définir le mode de transport – avion ou train -, une boussole pour la direction et un indice pour deviner trois destinations parmi les 24 et puis choisir….. sans dé. J'adore jouer, j'adore voyager, je déteste choisir. Mais ça va venir.

    Dimanche, déjeuner en famille chez ma maman et cadeau de mes soeurs et de maman: un très joli pendentif serti de grenats…. verts qui ne me quitte plus et un livre de mon papa ("Je suis sûre qu'il aurait voulu que je te le donne"), le cadeau émotion….

    L'après-midi, petits gâteaux (je n'en peux plus) chez ma belle-mère et ma belle -soeur et un cadeau totalement improbable, un magnifique kimono en soie et dentelle, dont je connaissais la valeur au moment d'ouvrir la boîte et qui me laisse totalement interloquée. Moi qui n'enlève même pas mes chaussures quand je rentre chez moi, je ne sais pas trop quand je vais me relaxer en kimono digne d'une star.

    Enfin retour au boulot où boucles d'oreilles de l'Atacama (mes premières boucles d'oreille de ces temps de fête!), livres de cuisine et écharpe et foulard m'attendaient avec amour.

    Je suis comblée….

  • Senior

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    Voilà, le cap est passé. Mais avant d'y arriver, que de larmes, que d'angoisses.

    Je n'ai redouté aucune dizaine, j'ai vécu légère et rayonnante les 30, les 40, les 50. Mais cette dizaine-ci me reste en travers de la gorge. 

    Oh bien sûr, entre le soir de mes 59 ans et le matin de 60 ans, rien n'a changé. Mais le passage à la soixantaine revêt une symbolique bien plus profonde. Vieillir reste difficile, c'est accepter la perte de toute une palette de possibles et se confronter de manière de moins en moins floue à la finitude. La disparition ou la " pénible maladie" de proches mais surtout d'amis de notre génération nous injecte quelques piqûres de rappel au cas où nous n'aurions pas encore compris: tout a une fin….Nous y compris. Et quand on nage dans le bonheur jusqu'à pouvoir se noyer dedans, on en oublie la ligne d'horizon. 

    Vieillir est aussi physiquement douloureux. Je suis fatiguée de dire que je suis fatiguée, de ne plus avoir l'énergie du lapin Duracell, d'avoir une appréhension en descendant les escaliers, d'être sujette aux "urgences" (non pas celles de l'hôpital, celles des commodités les plus proches 🙂 ), je regrette de ne plus pouvoir mettre les chaussures qui me plaisent, de ne plus arriver à maîtriser les bouées qui ne me sont d'aucun secours, bien au contraire. Et tout cela sans être touchée par une maladie bien plus grave ou handicapante. 

    Vieillir c'est aussi renoncer à toute une série de projets qu'on sait maintenant qu'on ne fera plus. Même si certains restent encore techniquement possibles et s'inscrivent encore dans la catégorie des "yaka", on les considère malgré tout comme des illusions perdues: je ne ferai plus une carrière au théâtre, je n'ouvrirai pas un business de chambres d'hôte, je ne verrai pas tous les pays du monde (1. à supposer que je vive encore 20 ans en état de voyager, il y a peu de chances que je puisse m'offrir une petite dizaine de pays par an; 2. sans parler du "flightshame" ni de la campagne anti-"vieux" conducteurs), je ne jouerai pas de la guitare ou du piano et ainsi de suite à l'aune de mes désirs d'un temps, jamais mis en oeuvre. Bien sûr, y'a qu'à…. Mais ce n'est pas aussi simple….. Certaines choses sont définitivement perdues, d'autres n'adviendront jamais. 

    Enfin, et même si c'est bien plus futile, c'est fou ce que le visage change, je ne me reconnais pas, je me deviens en quelque sorte étrangère et l'air de rien, ne plus se reconnaître est une souffrance.

    Toutes ces réflexions se bousculent dans ma tête depuis des semaines, descendent en boule dans ma gorge et remontent en larmes derrière mes paupières avant d'être refoulées sans ménagement dans l'arrière-boutique de mon cerveau bouillonnant.

    J'ai pris le temps de formaliser ces pensées, de les écrire et faire le tri. J'ai relu le billet de Célestine à la veille de son passage dans la catégorie senior et j'y ai puisé l'énergie nécessaire pour sauter. Et j'ai sauté…. comme un bouchon de champagne !

     

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  • Dormir ou jouir, il faut choisir

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    Non, ce n'est pas un billet sur un éventuel conflit d'intérêt potentiel sous ma couette ou sur mes oreillers. Je n'aime pas trop m'étendre sur le sujet de toute façon. 

    Mais je maintiens que dormir ou jouir est devenu mon problème existentiel du moment. Ces deux dernières semaines ont été extrêmement intenses. Presque pas un seul soir à la maison, deux pièces du théâtre, un opéra, deux soirées badminton, un resto pour l'anniversaire de ma belle-soeur, quatre concerts avec ma maman, la fête de Noël du bureau et enfin, le divin brunch de St Nicolas des enfants.

    Et une série de nuits sans sommeil pour cause de ronchopathie conjugale, une nuit avec Sappho malade, fiévreuse qui dort entre nous et vomit tout son quatre heures à une heure du matin et une autre nuit avec Sappho pour cause d'angine blanche de sa maman et d'absence de son papa.

    Alors, comment concilier le travail toujours très envahissant, les envies de profiter de tout, de faire un minimum de sport, de voir les mamans, les amis et surtout les enfants, grands et petits sans empiéter sur le sommeil ? C'est juste impossible et c'est Morphée qui trinque. Pas de bol parce qu'il me le fait payer, ce qui est beaucoup moins chouette…..

    Et je ne trouve pas le juste milieu, l'équilibre parfait, je ne vois qu'une solution: arrêter de travailler. Mais en attendant, dormir ou jouir, il faut choisir.

  • Temps d’écran

    Smartphones

     

    L'autre soir, mon smartphone, communément appelé "doudou", tellement il ne quitte pour ainsi dire jamais ma main, à l'instar des bouts de chiffon ou autres lapins, singes (comme le copain Cosaque de Sappho) ou oies sauvages (comme la copine Olga de Jules), mon smartphone donc affichait un record de 7h55 de temps d'écran pour une journée commencée à 7h30 et finie à 23h30. La moitié de ma journée rivée à mon écran miniature. De quoi me faire un peu peur. Je me savais complètement accro mais là j'ai dépassé mon propre entendement.

    Et pourtant, je ne suis pas du tout asociale. Sur la même journée, j'ai passé deux heures avec Sappho et ses parents, j'ai rendu visite à Mamy L. pendant une heure, j'ai passé une heure avec Marc et Sis'Cile pour rendre visite à la voiture vintage de mon papa qui dort depuis 30 ans dans un garage et boire un verre dans la foulée pour discuter de l'avenir de cet ancêtre, j'ai passé une heure et demie en tête à tête avec l'Homme à discuter de tout et de rien et plis particulièrement d'un weekend en Ecosse pour célébrer les 50 ans de Joséphine. J'ai aussi repassé pendant une heure, cuisiné pour les repas du jour et pour les prochains lunches, pris un long bain. En d'autres termes, je n'ai pas du tout eu l'impression d'être en mode adolescente avachie dans le fauteuil, les yeux hypnotisés, Kaaptivée par un Smart Python qui me susurre "Aie confiance, crois en moi, que je puisse veiller sur toi".

    Qu'est-ce que je peux bien faire pendant 8 heures sur un smartphone ? Tout. Alors, oui, je suis un peu beaucoup accro à Instagram, je peux aller relever le compteur quinze fois par jour si ce que j'ai à faire ne me plaît pas. Oui, je collectionne des images sur Pinterest et je les regarde ensuite avec beaucoup de plaisir. Oui, je joue avec mes soeurs, mon beau-frère et ma fille à un quizz en ligne mais le temps est limité à 6 questions jusqu'à ce que le partenaire ait lui même répondu à 6 questions, délai qui peut atteindre 24 heures si ce dernier est moins accro ou plus occupé, c'est selon. Et je précise que ce quizz est instructif, j'apprend tous les jours. Je cherche la signification d'un mot, une date de naissance, une explication sur un phénomène scientifique, médical ou autre sur Wiki and co.  Pour le reste, je consulte les mails, la météo (dix fois par jour, on ne sait jamais que les prévisions auraient changé pendant le déjeuner), je compte mes pas et le le nombre d'escaliers montés (ainsi que la moyenne sur l'année, sinon ce ne serait pas drôle) – je peux pousser l'honnêteté jusqu'à avouer qu'il m'est arrivé de retourner dans mon bureau si j'ai oublié mon smartphone avant de monter les deux étages qui mènent au Directeur – parce que bien sûr, aussi intelligent soit-il, mon téléphone ne compte mes pas et mes volées d'escaliers que s'il les monte avec moi. Enfin et surtout, je consulte régulièrement mes 97 listes qui régulent ma vie. Là, je sens que je suis à deux doigts de me faire recommander les urgences digitales.

    Mais comme tous les fous, je me sens tout à fait normale. Comment donc faisais-je au temps béni non connecté ? Et bien, je collectionnais les images que j'aimais et que je découpais consciencieusement, je les gardais et les contemplais dans une régulière béatitude. Je jouais déjà à des quizz dans les magazines, je feuilletais compulsivement les dictionnaires et les encyclopédies – quand je ne les recopiais pas tout simplement -, j'écrivais tous les jours à ma meilleure amie après l'école alors que je venais de la quitter et que j'allais la retrouver le lendemain matin. Bon d'accord, pour la météo, je regardais par la fenêtre (oui papa, je faisais ça)  mais pour mes pas et les escaliers, je les comptais déjà pour m'occuper sur le chemin de l'école, puis plus tard en montagne pour me donner du courage. Si si. Et pour les listes, elles existaient en version papier. Et elles régulaient déjà ma vie. Mais ça, ce sera pour un autre billet ….. 😉

     

  • 2018

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    L'année a commencé dans une belle bouffée de bonheur avec l'arrivée de Petit Jules qui a confirmé notre état de grands-parents si jamais on ne l'avait pas encore vraiment intégré. Bonheur qui se renouvelle chaque semaine, lorsque l'un ou l'autre – ou les deux – nous rendent visite. On oublie le planning, on remonte les escaliers et on enlève le manteau si on était sur le point de sortir, plus rien ne compte que ces deux-là. Sans compter qu'ils nous amènent leurs parents respectifs, ce qui n'est pas le moindre de nos plaisirs.

    C'est l'année des 80 ans de Maman, un anniversaire à la fois joyeux et teinté d'émotions, en l'absence du Hibou. 

    Mais c'est aussi une année de gestion de la succession, clôturer les comptes, vendre la voiture, résilier l'immatriculation, transférer les assurances, les services et autres plaisanteries au nom de Maman, écrire ou téléphoner à gauche et à droite. Aider Maman chaque semaine dans une gestion administrative qui est loin d'être sa tasse de thé. Toutes ces démarches qui m'obligent à contenir les larmes à l'intérieur des glandes lacrymales. Jusqu'à ce premier anniversaire où je me suis calfeutrée chez moi pour hurler et pleurer tout mon saoûl. 

    2018, c'est aussi l'année où j'ai pris une décision que j'aurais dû prendre il y a si longtemps. Je me suis offert le mercredi après-midi et cela m'a fait un bien fou. Peut-être plus au début qu'à la fin de l'année où j'ai bousillé une bonne partie de mes mercredis en rendez-vous médicaux ou consacré en chasse aux cadeaux de St Nicolas ou Noël. 

    La fin de l'année aura été riche en maux d'hiver et variés, parfois peu symptomatiques, du genre "le médecin tâtonne", une pneumonie chacun, des trucs peu compréhensibles mais ce qui est certain c'est que nous finissons 2018 dans un état de fatigue rarement aussi parfait.

    Il y aura aussi eu la Normandie, Rome, Preggio, l'Algarve avec Anaïs, Simon, Kerya, Quentin et Petit Jules. Il y aura eu Lyon et bien sûr Venise. Pas de grands voyages mais de bien beaux moments.

    Et puis il y aura eu ces 3 jours avec Petit Jules et ces 3 semaines avec Sappho. Que du bonheur à l'état pur.

    Une année entre grisaille et soleil éblouissant. Une année belge, quoi !

    Dommage de la finir sur la mort d'un ami, aussi brutale qu'inattendue, et que je n'arrive pas à bien intégrer encore. Mais comme le disait la dernière phrase du dernier mail que nous avons échangé: "A part ça, tout va mon capitaine ! "

     

     

     

  • Et septembre a filé….

     

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    Lundi:  Katia vient passer la soirée à la maison comme tous les mois. C'est l'occasion de nous retrouver avec ceux qui veulent, les filles surtout, pour une soirée manucure, pédicure, vernis de toutes les couleurs. Katia est rayonnante, enfin encore plus rayonnante que d'habitude. Son fils lui a fait la surprise de lui envoyer sa femme et leur petit Noah tout neuf pendant presque 6 semaines pour que sa maman puisse faire connaissance avec son petit-fils. Elle est radieuse, n'a pas de mots pour dire à quel point elle est heureuse.  

    Mardi: Premier concert de la saison avec Maman. Ce n'est pas n'importe quoi ce soir. Pour fêter l'ouverture de la Présidence autrichienne du Conseil européen, Bozar a invité le Wiener Philharmonic Orchestra sous la direction d'un chef d'orchestre de …. 91 ans. Déjà, respect. De manière très protocolaire, l'orchestre entame l'hymne national autrichien et quelque dix personnes se lèvent respectueusement dans la salle. On peut donc compter les Autrichiens sur les doigts de la main. Puis l'orchestre enchaîne avec l'hymne européen. Et là, à ma grande stupéfaction, une salle entière est debout. Qui a dit que l'Europe n'avait plus que des détracteurs ?

    Mercredi: Dans le métro ce midi, un homme s'avance vers moi pour mendier une pièce. Je lui donne quelque chose et il reste devant moi sans oser formuler sa demande suivante. Puis il se lance et me raconte ses difficultés à boucler les fins de mois et surtout son expulsion imminente de son appartement, faute de pouvoir payer son loyer. Il me demande de l'aider, de parler avec son propriétaire. Je suis restée là, complètement démunie, ne sachant trop que lui dire, bafouillant l'une ou l'autre ânerie, consciente de ma stupidité. Puis j'ai profité de l'arrivée de la rame de métro et de mon rendez-vous à venir pour filer sans demander mon reste. Mais je me demande encore comment j'aurais dû réagir.   

    Jeudi: Je suis seule à bord, ma chef est déjà partie. La directrice convoque une réunion dans le quart d'heure. Je suis sensée remplacer ma chef mais moi j'ai un avion à prendre dans deux heures. Je ne peux pas rester. J'attrape la première collègue décente qui passe dans le couloir et je lui demande la faveur de me remplacer. Elle accepte sans trop de difficultés. Dans les cinq minutes qui suivent, je reçois un mail de sa collègue directe, plus légitimée à participer à cette réunion, qui se plaint de mon choix. Elle souffre depuis quelque temps d'une mise à l'écart et cette décision prise un peu à la légère ne fait qu'exacerber ce sentiment d'exclusion. Je prends la peine de lui répondre et de m'excuser avant de vite fermer boutique et de rassembler mes afffaires pour partir. En quittant l'étage, je m'arrête devant son bureau et je la retrouve en pleurs. Je suis tellement désolée de voir comment parfois un simple malentendu, une petite maladresse peut avoir des conséquences insoupçonnées. 

    Vendredi: Lyon avec J. et S.. Première journée à flâner sous le soleil, monter à Croix-Rousse, redescendre par des petites rues sympas, revoir la fresque des Lyonnais, manger une glace chez Nardone et être très déçus, tomber sur Amorino au hasard dans le Vieux Lyon et craquer à nouveau pour une glace pour masquer la déception de la première. Monter à la basilique de Fourvière à pied, courageusement et se dire que l'effort est bien récompensé. C'est une basilique magnifique. Finir la journée dans un bouchon toujours aussi sympathique, le Bouchon des Filles.

    Samedi: Petit déjeuner dans un bar où l'on fait des capuccinos absolument extraordinaires, longer la Saône avec l'intention de monter jusqu'à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or retrouver Isa puis faire demi-tour pour cause de vent du Nord trop frais pour nos tenues légèrement optimistes. Retourner à l'hôtel pour se couvrir d'une petite laine et prendre le métro pour Saint Cyr. Arriver juste à temps pour le rendez-vous fixé avec Isa pour un petit lunch super sympa et délicieux au Cyr au Thé. Elle est en cuisine et n'a pas beaucoup de temps mais elle nous accueille avec sourire. C'est un projet fou qu'ils ont mis sur pied et je les trouve bien courageux. Elle m'a fait rire, elle pense à moi chaque fois qu'elle épluche des carottes. Les copines de blog en connaissent parfois plus sur nous que nos plus proches….. Redescendre cette fois vers Lyon à pied, 25 km par de jolis chemins dans la colline, très beau moment un rien gâché par une envie insupportable de faire pipi. Terminer le weekend dans un bouchon réputé, Daniel et Denise, mais qui nous a déçus.  

    Dimanche: Retour à la maison après un trajet la tête à l'envers. Première fois de ma vie que j'oublie ma valise au contrôle de sécurité en étant totalement persuadée que l'Homme l'avait prise et que non, non, non, je ne l'ai pas oubliée, je suis certaine qu'on a quitté la sécurité la valise à la main.  Très contrariée, je rumine à la porte d'embarquement. Au moment d'embarquer, je réalise que j'ai oublié mon livre sur un siège dans la salle d'attente. Je n'en reviens pas d'être aussi distraite. Arrivés à la maison, je reçois un mail de l'hôtel qui dit: 

    Chère Madame,

    Cela a été un plaisir de vous accueillir et nous espérons que vous avez apprécié votre passage chez nous.

    Ce matin, lors de votre départ, il semblerait que votre tête soit restée au fond de notre confortable lit… En effet, nous avons retrouvé dans votre chambre un sèche-cheveux vous appartenant.

    Si vous envisagez de revenir nous voir bientôt, nous serons ravis de le mettre de côté pour vous.

    Dans le cas contraire, nous pouvons, bien sûr, vous le renvoyer.

    Je ne sais pas si j'ai laissé ma tête au fond de leur confortable lit mais en tout cas, elle n'est plus solidement ancrée sur mes épaules. 

  • Le monde est vraiment petit petit

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    Je l'ai déjà dit, si on creusait un peu, on pourrait mélanger nos racines avec à peu près n'importe qui.

    L'autre soir, Lohengrin de Wagner à l'opéra, cadeau de Noël des enfants. 4h30 de spectacle, donc forcément une petite pause technique à l'un des entractes s'impose. En sortant des toilettes, je tombe nez à nez sur une de mes collègues. Salutations plus ou moins distinguées. En fin de spectacle, re-belote, je tombe à nouveau sur la même collègue mais cette fois, accompagnée de Monsieur. On se salue à nouveau, on fait les présentations. Généralement, moi, je présente l"Homme par son prénom. Mais elle me présente le sien par ses prénom et nom. La carte de visite complète. Paul-Henri Durand (toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant réellement existé ne saurait être que fortuite). 

    Ce nom m'est tellement familier mais ma mémoire refuse de l'identifier immédiatement. Ce visage ne me dit rien, je ne le connais pas. Son nom oui, très bien. Devant ce paradoxe, mon cerveau bugge. On se dirige vers le vestiaire et dans la bousculade, on se perd de vue. 

    Et puis soudain, mon cerveau retrouve un semblant d'activité. Ce Paul-Henri Durand mais c'est bien sûr ! 

    Pendant 2 ans, mon papa a été instituteur. Deux petites années seulement. Voire moins. Le temps de deux-trois remplacements. Il en a gardé une forme de nostalgie et a gardé, collectionneur en herbe, tout, absolument tout ce qui avait trait à cette période bénie pour lui. Cahiers des premiers de classe, petits mots d'excuse des parents, rédigés avec tout le respect reconnu aux professeurs en ce temps-là, lettres de remerciement des élèves à Monsieur le Professeur….

    Quelques années plus tard, je suis devenue une petite fille qui jouait à "école". J'étais une maîtresse hors pair. Et j'utilisais comme modèle les beaux cahiers des premiers de classe, ceux de …… Paul-Henri Durand, je lisais les petits mots d'excuse de la maman de Paul-Henri et il y a fort à parier que la lettre de remerciement était écrite de sa superbe écriture.

    Quand, le lendemain, j'ai demandé à ma collègue si par hasard…., elle lui a téléphoné illico et m'a confirmé que oui, Paul-Henri se rappelait très bien de mon papa et qu'il aurait beaucoup aimé le rencontrer.

    Le monde est vraiment petit, petit…..