Catégorie : Moi, je

  • The End

    IMG_8105 2

     

    C’est fini, je n’enverrai plus de CV. Alors, je vais en faire un petit dernier. Mais pas un CV Europass. Plutôt un CV « le temps passe ».

    1 mars 1983 – 31 janvier 2023. A un mois près, 40 ans de carrière. Globalement la moitié d’une vie. C’est pas mal.

    Si je jette un coup d’œil dans le rétroviseur, je suis assez contente du voyage.

    A 17 ans, je ne savais pas trop quoi faire à part faire du théâtre. On m’a dit « Fais des études d’infirmière, tu ne seras jamais au chômage ». Ok, s’occuper des gens, ça me va assez bien, pourquoi pas. Mais comme 1) encore aujourd’hui, j’ai un peu de mal à différencier ma gauche de ma droite et 2) l’anatomie ou la biochimie et moi, ça n’a jamais été le grand amour, j’ai vite dit adieu à l’hôpital.

    Ce que j’aimais moi, à part le théâtre, c’était les mots. Les mots et les langues. Alors j’ai appris quelques langues et j’ai passé quelques années le nez fourré dans un dictionnaire à traduire des articles…. médicaux, des modes d’emploi de machines dont je ne soupçonnais même pas l’existence et des posologies de cosmétiques. J’aimais ça mais je manquais d’interlocuteurs.

    C’était la période « lost in translation »

    Puis il y a eu la période « la couleur de l’argent » et même « l’ odeur de l’argent ». Six ans dans une banque à compter des pièces et des billets, ceux du boulanger, ceux des bistrots de la place du Luxembourg, ceux du client qui mangeait trois gousses d’ail chaque matin pcq c’est bon pour fluidifier le sang, contrairement à ce que dit le proverbe, je peux décemment affirmer que l’argent a une odeur. Mais je comptais aussi les billets de certains membres du staff du tout beau, tout jeune Bureau Erasmus et ceux-là avaient un parfum qui me faisaient rêver. Je rêvais surtout de les rejoindre. J’ai déployé tous mes sourires, j’ai postulé et de fil en aiguille, ce n’est pas pour Erasmus que j’ai été recrutée mais pour … Tempus.

    C’était Tempus, le bon temps, le bon tempo,  la plus belle période de ma vie professionnelle. Une centaine de personnes, tous ou presque, jeunes, dynamiques, pas de stress, la bonne humeur permanente, bref 4 ans de bonheur pur. Jusqu’au jour où la Commission européenne a décidé de confier la gestion du Programme Tempus à une agence de régulation, à créer de toutes pièces à Turin. Je n’avais jamais imaginé quitter Bruxelles et c’est contrainte et forcée par un mari visionnaire que j’ai postulé et que je me suis embarquée pour l’Italie.

    Ce fut d’abord la période « Les bronzés font du ski » Club Med. Imaginez 60 jeunes et un rien moins jeunes qui débarquent juste avant Noël, tous logés dans un seul et même hôtel, adjacent au bureau. Petit déjeuner tous ensemble le matin, apéro le soir, la fête pendant un mois, deux mois, jusqu’à 6 mois avant de trouver un vrai logement. Et puis, la période «  la dolce vita ». La famille enfin réunie, la découverte de l’Italie tout au long de la botte, la mer ou le ski le weekend, la cuisine italienne, la langue italienne, les mains italiennes, le café italien – plus jamais jamais un cappuccino après onze heures du matin – , la joie italienne, bref l’Italie pour toujours et à jamais dans le cœur.

    Mais le dolce farniente et le congé sans solde du mari prennent fin et c’est le retour à Bruxelles. Neuf mois de consultance informatique où je n’ai rien fichu. C’est la période «  l’Arnaque » mais où j’ai décroché ma plus belle carte de visite « Solution Specialist ». Même si on ne m’a jamais soumis le moindre problème à résoudre.

    Puis une nouvelle agence en création me recrute et je retrouve le plaisir de tout mettre en place. Cette agence pour la sécurité alimentaire est censée s’installer à Helsinki et le recrutement n’est pas simple. Personne n’est trop tenté par les températures finlandaises. Et puis Berlusconi passe par là, convainc tout le monde d’installer cette agence à Parme et me revoilà partie pour …. l’Italie.

    L’Agence s’installe en grande pompe à Parme, on est convoqué au Palazzo Chiggi, on circule escortés par la police (avec le gyrophare et tout), les autorités de Parme me prennent pour l’épouse du Directeur et m’organisent un programme de visite spécial épouse de Directeur. Côté privé, plus question d’expatrier de grands ados, je fais donc l’aller-retour hebdomadaire. Je loge pendant un an dans un palazzo magnifique, je dors dans une chambre de princesse qui donne sur le Duomo, je fais l’aller-retour entre Parme et l’aéroport de Bologne en limousine, Bref c’est la période Diva.

    Mais les allers retours ne peuvent pas durer toujours et je reviens. On me propose un poste à l’agence Education Culture et Media, je le refuse une première fois, l’Italie va trop me manquer. On me relance, je finis par accepter. Jamais je n’aurai cru que l’Italie m’attendait là et qu’on finirait même par faire certaines réunions en italien.  Et deux ans après mon arrivée, qui me rejoint à l’Agence ? Le programme Tempus. La boucle est bouclée.

    Et voilà, j’ai vécu pendant 16 ans dans cette Agence des moments incroyablement chaleureux, des situations vraiment cocasses, des moments loufoques, et malheureusement, un épisode absolument tragique le 22 mars 2016 avec la perte inimaginable d’une amie de plus de vingt ans.

    16 ans, c’est beaucoup, surtout pour moi qui changeait de boulot tous les 4-5 ans. Jamais je n’aurais cru rester si longtemps. Et ce mardi matin, 150 collègues étaient pour m’aider à sauter le pas autour d'un petit déjeuner.

    Aujourd'hui, je rends mon tablier. J'ai travaillé pendant 40 ans. Une demi-vie. J'ai aimé tous mes boulots , je ne me suis jamais ennuyée et même si je suis fatiguée et contente de m'arrêter, j'appréhende un peu de fermer la porte.

    Ce n'est pas tant ce qui est devant moi qui me fait peur mais je redoute le manque. Le manque de tous ceux-là. . Et plus particulièrement de mes collègues directs, ces collègues d'une longue partie de ma vie, que j'ai aussi aimés infiniment, chacun et chacune à leur manière.

    J'ai réussi à ne pas pleurer jusqu'au soir, mais lorsque j'ai emballé mes dernières affaires et qu'ils m"ont tous accompagnée jusqu'à l'ascenseur en applaudissant, j'ai craqué et je ne me suis plus arrêtée jusque tard le soir.

    Mais demain est un autre jour.

     

  • Compte à rebours

    Épinglé par Zeenat Nazeer sur Good pics en 2022 | Fond d'écran téléphone  Dessin de paysage fantastique  Fond d'ecran dessin

     

    J'ai commencé ce blog trois mois après avoir commencé mon dernier job. Il aura duré 16 ans soit plus d'un tiers de toute ma carrière professionnelle. Moi qui ne restais pas en place plus de quatre ou cinq ans, je n'en reviens pas d'être restée au même endroit si longtemps. 

    Aujourd'hui, le compte à rebours a commencé. Dans 15 jours exactement, je rends mon tablier. J'ai travaillé pendant 40 ans. Une demi-vie. J'ai aimé tous mes boulots et même si je suis fatiguée et contente de m'arrêter, j'appréhende un peu ce moment charnière.

    Ce n'est pas tant ce qui est devant moi qui me fait peur mais je redoute de ne plus être exposée à la différence. Ce que j'aime dans ma vie professionnelle, c'est la rencontre avec l'autre, son vécu différent, sa vision du monde différente de la mienne. D'autant que j'ai eu la chance de travailler dans un environnement multi-culturel, sans doute trop européen à mon goût plus large mais néanmoins suffisamment vaste pour être confronté à la différence. Pas grand chose de commun entre une Croate et une Suédoise. Et c'est ce que j'ai aimé infiniment toutes ces années.

    Alors oui, j'ai une petite boule au creux du ventre, en partie à cause de cela, mais aussi parce que je ne côtoierai plus au quotidien ces collègues d'une longue partie de ma vie, que j'ai aussi aimés infiniment, chacun et chacune à leur manière.

     

  • Halloween, olives et contrariétés

    IMG_7358

     

    Halloween, olives et contrariétés, le menu de ces deux dernières semaines. 

    Nous n'avons jamais vraiment fêté Halloween dans notre famille mais depuis que les pioux sont en âge de pouvoir y prendre plaisir, leurs mamans organisent un programme ensorcelé. Anaïs la première avait commencé sur un mode très soft, déguisement gentil, confection de biscuits à thème, activités diaboludiques. Mais cette année, les pioux grandissant, elles se sont lancées à deux dans une préparation démoniaque à grande échelle. Maison playmobil bombée en mauve et orange, personnages de maison hantée, confection de chauve-souris, citrouilles décorées, grand apéro de serpents en pâte feuilletée, de Babybel grimaçants, de seringues de sirop de groseille, confection de biscuits, de tartes aux pommes et surtout grand moment de déguisements, qui en vampire, qui en dragon, en sorcière, en Cruella ou en citrouille. Difficile pour les pioux d'accepter que la fête se termine. C'était tellement ensorcelant !

    Nous sommes partis une semaine rejoindre des amis en Italie pour les aider à la cueillette des olives. Hormis le fait que j'avais opté plutôt pour une semaine de télétravail à l'étranger, compte tenu de mon doigt toujours pas réparé, et laissant à l'Homme le soin d'apporter son aide à la cueillette, c'était une semaine très sympa. Se retrouver tous ensemble, les amis, leurs autres amis qu'on ne connaissait pas, d'autres amis d'amis encore qui nous avaient invités pour un repas chez eux, toutes ces nouvelles rencontres que j'appréhende toujours un peu avant se révèlent neuf fois sur dix tellement enrichissantes. Et la nature, là, au milieu de nulle part, est juste époustouflante.

    Mais cette belle semaine a été gâchée par une gorge en feu, une bouche en ébullition, et la tête pleine de contrariétés nées la veille du départ d'une dispute encore plus stupide qu'inutile avec ma maman. Je n'avais absolument rien à me reprocher – et pour que moi, la meaculpiste née, je le dise, ce doit certainement être vrai – et elle m'a blessée inutilement. Nous avons donc somatisé notre rancoeur mutuelle pendant toute la semaine pour finir par baisser les armes et sécher les larmes.

    Mais une chose est sûre, essayer de contenter tout le monde et de ne blesser personne, c'est se perdre soi-même en chemin. Et je n'ai plus vraiment le temps de me perdre. 

  • Linda

    Venice-Biennale-Franziska-Mercedes-Welte-NONOS-art

    crédit photo: www.nonos.com

    J'ai rencontré Linda à Venise. Dans un jardin où des artistes de tous horizons exposaient des sculptures ou des installations. J'en ai aimées beaucoup, d'autres moins. Mais devant Linda, j'ai eu un coup de foudre. Preuve en est que depuis quinze jours, je pense à elle tous les jours. 

    Elle est sensée incarner la sensualité, la féminité et la joie de vivre à l'état pur. C'est ce que j'ai ressenti tout de suite en la voyant. C'était aussi parfaitement raccord avec mes états d'âme, là, à Venise. Tellement heureuse d'être là, de vivre pleinement tous mes sens (plaisir des yeux partout, pas de voitures, pas de vélos, pas de trottinette, rien que le bruit de l'eau, de la langue italienne, des mouettes dans les oreilles, la chaleur du soleil ou la brise marine sur la peau, plaisirs de palais et parfums subtils chaque jour aussi). On me demande souvent ce que je peux trouver à Venise pour y retourner si souvent. Et bien tout est là, dans ce qui précède. Et Linda symbolise tout ça.

    Elle me montre aussi la voie de ce que je veux vivre chaque jour de ce qu'il me reste à vivre. Elle devient un peu mon phare dans cette nouvelle vie qui s"ouvre bientôt à moi.

    Et puis, et ça ça vaut tout l'or du monde, elle me rappelle quatre petits lutins qui scandaient derrière moi en Normandie: "La patate, la patate, la patate et l'apéro, yeah !". Je ne sais pas d'où c'est venu, j'ai inventé cette marche à quatorze temps qui se terminait les bras en l'air comme Linda, pour patienter avant l'apéro. Ça ne voulait rien dire mais ça nous rendait joyeux. 

     

  • L’autruche

    Dis-pourquoi-les-autruches-mettent-la-tete-dans-le-sable-750x410

    Je fais l'autruche. J'ai toute une série de décisions à prendre, je dois me positionner sur toute une série de dossiers, je dois dire clairement ce que je pense. Et je n'y arrive pas. On a dit que l'autruche enfouit sa tête dans le sol quand elle a peur. Mais c'est faux, quand l'autruche a peur, elle s'enfuit à toutes jambes, c'est bien plus malin. Moi, non, je reste tétanisée et si je ne mets pas littéralement la tête dans le sol, le résultat est le même. Je refuse de réfléchir, je ferme les yeux, j'attends que la tempête passe. En vain. J'ai peur de me tromper, j'ai peur de quitter pour vivre autre chose, j'ai peur de blesser, j'ai peur de me disputer avec mes proches. 

    Dans un des derniers romans que j'ai lu, la protagoniste disait "Devant les contrariétés, je courbe la tête, je me roule en boule. J'attends que passe le souffle du vent, que déferle la vague. Quelle est la nature de cette force qui me plie sans combattre ? Lâcheté ou résignation ? Soumission ou fatalisme ? Ou simplement l'instinct de survie et le dédain de la bravoure inutile ?" Je m'y suis tellement retrouvée. 

    Je vis avec un homme qui va au combat toutes les cinq minutes. Bien sûr, il combine les signes du coq (!) dans l'astrologie chinoise et du bélier (!) dans le zodiaque occidental.  Il vole dans les plumes de quiconque a un avis différent du sien, persuadé qu'il a toujours raison. Les prises de bec sont son passe-temps favori. Et souvent, je me retrouve prise en étau entre lui et le merle d'en face. Quand je suis d'accord avec lui, c'est plutôt facile, je tempère ses coups de patte et j'exprime plus posément ses arguments. Quand je doute et que je pense que l'autre a peut-être raison, je me sens comme déloyale vis-à-vis de tous. Vis-à-vis de lui qui ne comprend pas que je puisse imaginer une seconde donner raison à l'autre, vis-à-vis de l'autre que j'hésite à défendre bec et ongles, ne sachant pas moi-même que penser.

    Bref, je fais l'autruche. Parce qu'en vrai, si l'autruche enfouit la tête dans le sol, c'est en attendant que la tempête passe. Mais parfois la tempête ne passe pas et il faut l'affronter si on veut avancer. Et je vais y laisser des plumes, c'est certain.

  • Deux trois minutes

    88E11FBC-A8E6-4F61-82A8-D1AFB9300E6B

     

    Je suis allée récupérer un cadeau pour Maoh chez Nature et Découvertes. Le premier rayon que j'ai traversé vendait le traditionnel attirail du randonneur, du jardinier amateur et du petit bricoleur. Celui où je m'arrêtais systématiquement au mois d'août à la recherche d'un cadeau pour mon papa. Pendant deux-trois minutes, j'ai cherché des yeux ce qui pourrait lui plaire. Et puis d'un coup, mes yeux se sont écarquillés et embués tout à la fois. Il n'est plus là, cela ne sert à rien de chercher. 

    Il me manque toujours. Il me manque tout particulièrement les mercredis soirs quand je vais voir maman. Je monte les escaliers et personne ne m'accueille sur le pas de la porte. Ce n'est pas le style de maman, c'est comme ça. Lui attendait systématiquement et il y avait quelque chose de chaleureux qui donnait le sentiment d'être attendu. Je l'embrassais et cette odeur me manque à chaque fois que je passe la porte.

    Pourtant Dieu sait si pendant ces presque cinq dernières années, il a dégringolé du piédestal où il était installé. Maman n'a pas supporté son départ qu'elle a vécu comme une trahison, venue s'ajouter à une autre trahison vieille de plus de 50 ans, étouffée et jamais pardonnée. Chaque semaine pendant deux ans au moins, elle a ressassé cette douleur diffuse, et lui en vouloir lui a permis de passer l'étape du deuil. Mais elle m'a laissé un beau paquet d'égratignures. J'ai compris aussi que leur couple avait beaucoup plus souffert de ma naissance inattendue que je ne le pensais et que mon arrivée en dehors des liens sacrés du mariage avait donné lieu à toute une série d'histoires rocambolesques dont je n'avais pas connaissance jusqu'ici hormis les mensonges à leurs grands-oncles et tantes sur mon âge réel.

    J'ai appris à accepter aussi que, quand mon père disait que j'étais son "premier jet, son brouillon, ma soeur puinée la correction et ma soeur cadette, le texte parfait", ce n'était pas qu'une boutade. Je n'ai jamais vraiment ressenti cette différence et je me suis sentie aimée comme les autres mais je sais maintenant que tous les deux l'ont vécu comme ça. Je le ressens beaucoup plus aujourd'hui et cela m'attriste un peu mais je me suis construite sans le savoir et en me sentant aimée malgré tout. Et c'est ce qui compte au final. 

    C'est pour cela que cet après-midi, il m'a manqué terriblement.

  • Les petits riens imperceptibles

    View

     

    Vieillir est un processus très lent et tant mieux. En général, on ne s'en rend pas vraiment compte. Bien sûr, il y a le premier cheveu gris, la première ride, la première tâche. Il y a les premières lunettes, l'abandon des escarpins, le cas échéant, les crises de sciatique, les premiers kilos indéboulonnables. Il y a mille et un détails mais auxquels on n'accorde pas vraiment d'importance. Malgré tous ces petits gâche-plaisirs, on continue à se sentir jeune dans sa tête. Et y croire contribue même à le rester.

    Et puis arrive le moment où, sans que l'on s'en soit rendu compte, on est bien obligé de constater que les réflexes sont ralentis. 

    Hier, j'ai passé l'après-midi avec Sappho. Une fois n'est pas coutume, je l'ai emmenée faire du shopping de soldes. Et deux petits incidents m'ont fait prendre tout à coup la mesure de ce léger ralenti. 

    Nous avons pris le métro. Sans réfléchir, j'ai passé ma carte et suis passée devant elle sans la tenir par la main. Bien sûr, le portillon s'est refermé derrière moi – puisqu'ils sont calibrés pour ne pas permettre à deux personnes de passer en même temps -, la laissant de l'autre côté, la bouche ouverte de surprise. Interloquée moi-même, je lui ai passé ma carte mais elle ne savait pas où la positionner pour actionner le portique. Et mon bras était trop court pour le faire à sa place. Heureusement, une dame l'a tout de suite aidée mais j'ai bien senti son regard désapprobateur.   C'est quoi cette nana – je n'ai même pas pensé grand-mère – qui ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez  ? J'ai appris par la suite que jamais la maman de Sappho emprunte ce type de portillon, elle passe par le double sas qui permet aux poussettes et chaises roulantes de passer, ce qui permet bien évidemment de passer avec un enfant à son rythme. Je me suis sentie penaude et décontenancée. Où est la maman de 30 ans qui emmenait tambour battant trois enfants de 6 à 3 ans dans un bus bondé, perchée sur ses échasses de 6 cm, sans la moindre crainte de tomber et tenant trois menottes dans une main ? C'est là qu'on comprend qu'on n'a plus 30 ans.

    Un épisode tout à fait similaire s'est répété une demi-heure plus tard. Dans un grand magasin, on prend quelques escaliers roulants et je constate avec plaisir qu'elle n'est plus la petite fille de 2 ans qui paniquait à l'idée de mettre le pied sur cet engin et qu'il fallait prendre dans les bras pour l'emprunter. Elle a grandi et elle adore ça. La sentant en confiance, lors d'une énième descente, je ne l'oblige plus à me donner la main et je la laisse descendre seule. Mais une fois encore, je passe devant. Et là, soudain, elle canne et reste figée devant la marche à franchir. Bien évidemment, moi je suis en descente et je n'ai pas le réflexe immédiat de remonter l'escalier quatre à quatre. Quand l'idée m'arrive enfin au cerveau, je suis déjà à mi-course et je n'ai d'autre idée immédiate que de lui dire de m'attendre là, que je reviens la chercher. Quelle idiote ! C'est clair que dès qu'elle ne me verra plus, elle va se mettre à pleurer. Elle n'en mène déjà pas large et ébauche une moue qui précède les larmes. Heureusement pour moi, une jeune fille charmante me demande si elle peut lui prendre la main et l'aider à me rejoindre. Je lui en ai été bien reconnaissante mais de nouveau, je me suis retrouvée penaude et décontenancée. Où est la maman de 30 ans qui a rattrapé son fils au vol alors qu'il trébuchait au bord d'une falaise vertigineuse en montagne ? C'est là qu'on comprend qu'on n'a plus 30 ans. 

    Et que par une curieuse loi mathématique qu'on n'apprend pas à l'école, 2 x 30 ans = réflexes/2.

    CQFD.

  • 2021

    IMG_2679 3

     

    Bon, on ne pourra pas dire que c'était une année très brillante sur le plan général. On fatigue là. Entre les différentes versions du Covid, les inondations et les incendies gigantesques liés au dérèglement climatique, les débats interminables pour ou contre la vaccination, les mesures sanitaires encore plus variantes que les variants eux-mêmes, le calcul compliqué des règles de quarantaine et d'isolement, après l'apparition des premiers symptômes ou après les résultats du test PCR, selon que ce soit le centre de testing ou de tracing qui vous parle, on en perd la boussole et son latin.

    A propos de fatigue, je crois que je n'ai jamais été aussi fatiguée. Alors que, paradoxalement, j'économise mes semelles, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais l'immobilisme face à l'écran a eu raison de mon énergie et de mon thermostat. En plus d'être en mode zombie, j'ai froid. Je suis en mode zombie frileux. Je peux m'installer le dos au feu avec un plaid sur les épaules, j'ai encore froid.

    Bref, une année très pauvre en enthousiasme débordant. Pour tout dire, même pas de vacances d'été dignes de ce nom. On a bien pris deux semaines avec tous les petits et leurs parents ou maman respectifs à la campagne mais en télétravaillant en même temps, et dans une ambiance morose, assortie à la grisaille du ciel.

    Il faut dire qu'on ne voulait pas s'éloigner alors que Kerya mettait la touche finale à un petit Maoh absolument à croquer et qu'on ne voulait pour rien au monde rater son entrée sur cette planète. 

    Alors oui, rien que pour ça cette année valait son pesant d'or. En quatre ans, nous avons agrandi toute notre fortune de 5 petites boules d'amour. 

    Et les 2 semaines passées avec l'Homme à Venise suivies des deux jours à Disneyland Paris ont, malgré les maudits masques, relevé le niveau de cette année en demi-teintes. 

    2021 en quelques mots : morose, Maoh, Murano, Mickey Mouse, and there it goes…..

  • Peut mieux faire

    IMG_8221

     

    Trois mots, juste trois mots. Une espèce de tatouage cérébral. Trois mots qui m'auront marquée au bic rouge des enseignants. Ancrés dans ma vie pour toujours. L'effort n'était jamais à la hauteur des espérances des professeurs, des parents. Une espèce de Poulidor du parcours scolaire. 

    Peut-être effectivement que j'aurais pu donner plus. Mais il y avait autre chose dans la vie. Les jeux, les livres, les rêveries, les amitiés. Tout ça, ça prend du temps. 

    Mais j'ai gardé cette profonde certitude que je n'étais pas à la hauteur. Jusqu'au syndrôme de l'imposteur parfois, dans la carrière professionnelle. Qui pousse à se donner au-delà du nécessaire parce que finalement le salaire mirobolant n'est pas justifié et qu'il faut en faire beaucoup plus pour le mériter. Encore aujourd'hui à un an de la retraite, il refait surface certains jours de doute, lorsque le sujet n'est pas maîtrisé à 200%. C'est d'autant plus embarrassant quand on n'est absolument pas doué de la capacité de broder, de parler pour ne rien dire, de tourner autour du pot aux roses.

    Alors que tout le monde me loue pour mon expertise, que certains me consultent pour ma sagesse (sic !), m'encensent pour mon savoir-faire, je reste dubitative. 

    Et là, ce matin, quelqu'un venu de nulle part, à qui je disais que "peut mieux faire" résumait toute ma vie, m'a dit: Si on peut mieux faire, c'est que c'est déjà bien.

    Mais pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

  • Année Chutney

    IMG_7750

     

    Dès janvier, j'ai su que cette épidémie chinoise allait nous apporter des ennuis. Je ne sais pas pourquoi. Je n'ai jamais pensé ça avec la grippe aviaire ou Ebola. Mais cette fois-ci oui. Mon anxiété était irrationnelle et très sincèrement j'avais déjà imaginé qu'on ne finirait pas l'année sans perdre quelqu'un. Et, knock on wood, tout le monde est encore à bord, personne n'a fini aux soins intensifs ni même à l'hôpital. Personne n'a perdu ni boulot, ni salaire. Nos mamans sont chez elles et pas en maison de retraite. Franchement, "on" veille sur nous de là-haut, si là-haut existe.

    Mais tout de même quelle année de m…. ! Le télétravail, c'est bien mais à la longue, le contact humain ça manque. C'est bien mais pas avec des petits enfants à gérer en même temps. C'est bien mais les yeux trinquent, le dos aussi.

    Et ne plus embrasser ceux qu'on aime depuis dix mois, c'est très mauvais pour le moral. Ne parlons même pas de ceux qu'on ne peut plus voir.

    Année au goût amer et aigre, donc.

    Mais aussi au goût doux et sucré. Deux bébés en 6 mois de temps. Un deuxième petit bonhomme chez Anaïs et une deuxième petite fille chez Maïté. Que du bonheur. Un mariage masqué mais heureux, même si ramené à sa plus simple expression. Des vacances ensemble, totalement inespérées, loin de tout, mais ensemble. Et puis, nous deux à Venise encore et toujours. On n'y croyait même pas.

    Une fin d'année tristounette avec un Noël au rabais et en catimini et un Nouvel An en tête à tête, bien agréable mais c'est bien parce que l'Homme a tout fait pour balayer la morosité ambiante.