Catégorie : Moi, je

  • Qu’est ce que tu veux faire plus tôt ?

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    Lors de notre descente à Turin, nous avons voyagé avec deux anciens comme nous de Tours à Turin. Une de mes sorcières bien-aimées et son mari. Nous avons parlé de tout et de rien tout au long du trajet, parfois somnolé (pas l'Homme au volant heureusement), grignoté, discuté. Au détour d'une de ces discussions, quelqu'un a demandé: "Et si tout était à refaire, vous auriez fait quoi comme boulot ?" Indépendamment de la contrainte alimentaire."

    Nos réponses étaient spontanées, on n'a pas trop réfléchi et c'était intéressant.

    Elle aurait voulu s'occuper d'animaux abandonnés, tenir un refuge. Elle a été comptable quelques années puis ils se sont lancés tous les deux dans la gestion d'une maison d'hôtes avec beaucoup de succès en Touraine. Aujourd'hui les clients devenus de plus en plus odieux (pas tous mais ceux qui le sont sont de plus en plus insupportables) la rendent folle et elle doit sans doute penser que les animaux seraient bien plus reconnaissants du mal qu'elle se donne. 

    L'Homme aurait été pilote d'avion de chasse. Sa maman n'a pas voulu, elle a sans doute craint qu'il ne meure trop jeune. Je savais qu'il avait regretté ne pas être passé outre mais pas qu'il le regrettait encore aujourd'hui. Enfin, bon, si on lui pose la question, comme ça, de but en blanc. Mais il a quand même reconnu qu'il n'aurait sans doute pas eu la même vie que celle qu'il a eue (sous entendu moi, les enfants, etc….) et que celle-là n'avait pas de prix. Pfiou….

    Lui aurait voulu travailler le bois. Etre un artisan. Ou mieux encore un compagnon. Ça m'a surpris, lui qui est un entrepreneur né, qui aime les investissements à risque, je ne le voyais pas dans une filière que je considère – peut-être à tort – comme très posée, très sage. 

    Et moi, moi, j'aurais aimé soit être comédienne, j'ai toujours aimé les planches, même si au-delà de mes vingt ans, je n'en ai plus guère eu l'occasion. Ou j'aurais aimé garder des enfants en bas âge. Je l'avais même sérieusement envisagé avant de rentrer vraiment dans la vie professionnelle mais l'Homme m'avait fermement découragée. Je suppose qu'il ne voulait pas rentrer chez lui et trébucher sur un train électrique ou glisser sur un ours en peluche. J'ai toujours un peu regretté. Rien d'étonnant donc que je suis aujourd'hui aux anges quand je garde quelques jours, ou plus si affinités, l'un ou l'autre de ces merveilleux pioux.

  • 30 ans

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    C'est un anniversaire un peu spécial. Du genre où on ne pense pas être invité. Et pourtant ils l'ont fait. 

    Il y a 30 ans le bureau pour lequel je travaille à Bruxelles ferme ses portes et déplace ses activités à Turin en Italie. On est 60 à choisir de suivre et de tenter l'aventure italienne. Je suis à peu près la seule à avoir des enfants et la moyenne d'âge de cette belle bande approche à peine les 30 ans. Pour moi, les neuf premiers mois de cette année 1995 sont sans doute les mois les plus durs de l'année; je laisse trois enfants de 3 à 7 ans à Bruxelles avec leur papa et même si je reviens tous les jeudis soirs pour repartir le dimanche après-midi, je souffre terriblement de cet éloignement. Même s'ils m'ont rejointe en Italie pour l'année scolaire suivante, cette séparation m'aura marquée à vie. 

    Par contre, les collègues célibataires ou pas se retrouvent comme au Club Med. Il faut préciser que l'hôtel où nous logeons tous les premières semaines, le temps de trouver un logement, est accolé au bureau et dès 17h30, tout le monde se retrouve chaque soir pour l'apéro et au fil du temps, plus si affinités. Et les liens se créent, les amitiés naissent. De celles qui durent pour l'éternité. C'est là que sont nées les sorcières et rien ne saurait rompre ce lien en acier (et caractère) trempé.

    Et voilà que ce bureau que nous avons quitté depuis bien longtemps pour certains décide de fêter ses 30 ans et d'inviter au-delà de son personnel actuel tous ceux qui ont travaillé là depuis le début. Oui mais, protection des données oblige, le bureau n'a pas pu garder les adresses de tous ces gens. Tout est parti de l'un ou de l'autre encore présent sur place qui connaissait encore untel qui avait encore l'adresse d'un autre et comme une boule de neige, le nombre de personnes contactées a grossi, grossi et chacun a appelé l'autre et comme un seul homme, un nombre considérable d'"anciens" a pris un billet d'avion, une réservation d'hôtel ou d'Airbnb pour Turin.

    C'était une vraie fête, des retrouvailles parfois très émouvantes, des cheveux blancs pour certains mais dès les premiers mots ou le premier rire, on retrouve le visage de 30 ans de moins. Pur bonheur, coeurs emplis de joie, oeil pétillant et pour reprendre les mots d'un ancien: contrats de travail devenus pactes d'amitié à vie.

    Je mesure la chance que j'ai eue non seulement de vivre une expérience professionnelle comme celle-là  mais aussi d'avoir eu l'occasion de fêter avec tous ceux là cette chance inouïe.

     

  • Une sainte horreur des adieux

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    Je dois l'avoir déjà consigné par ici, j'ai une sainte horreur des adieux. Je peux m'en rendre malade. Le simple fait de quitter un lieu de vacances que l'on a investi pendant 3 semaines et que j'imagine ne probablement plus jamais revoir me fait monter les larmes aux yeux. C'est en fait aux merveilleux moments que j'y ai passés que je dis adieu, je le sais bien mais ça ne change rien à l'affaire.

    Quitter la maison que nous avons habitée pendant 4 ans en Italie m'a arraché des sanglots indécents, assise par terre dans ma cuisine – plus une chaise, tout était dans le camion de déménagement, qui me narguait en bas de la maison – , complètement dévastée à l'idée de quitter cet endroit. Je crois bien, honte à moi, avoir pleuré là plus de larmes que je n'en ai versé aux différents enterrements auxquels j'ai assisté. Même de mes aimés. Mais c'est vrai qu'aux enterrements, je reste digne….. 

    Alors en ce mois de novembre bien gris, j'ai dit adieu cette semaine à un arbre. Celui qui domine de toute sa majesté la maison-jardin, celle qui a vu naître mon père, grandir mes soeurs et moi, jouer nos enfants et jusqu'à aujourd'hui mes petits enfants. Il s'est creusé dangereusement à la base, mangé par un vilain champignon et la mort dans l'âme, j'ai accepté qu'on l'abatte avant qu'il ne s'en charge tout seul sur la maison des voisins. J'ai même fait appel à une "docteur des arbres", qui se dit "pour l'acharnement thérapeutique" mais même elle a signé son arrêt de mort. J'ai quitté la maison-jardin en pleurant en lui jetant un dernier regard.

    Et ce mois aussi, maudit soit-il, je vais faire mes adieux à l'appartement qui a abrité notre amour à ses débuts, mon premier chez-moi, mon premier nid, où j'ai couvé trois petits, où j'ai vécu dix ans de bonheur absolu avant de partir pour l'Italie, en abandonnant l'appartement à ma soeur. Il a finalement été décidé de le vendre. Mais fermer une porte en sachant qu'on peut y retourner, même quelques instants, c'est très différent de fermer la porte pour toujours.

  • Chaque minute compte

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    Déjà plus d'un mois que nous sommes rentrés du Portugal et le temps a à nouveau filé. On a repris le collier des retraités occupés. Le médecin m'a prescrit une échographie pour confirmer la trochantérite mais pas moyen d'avoir un rendez-vous avant un mois. Je vais donc traîner la patte pendant encore un moment. On a filé à la maison-jardin, seuls, pour mettre de l'ordre tant dans la maison que dans le jardin. 

    Pendant que mon fils/coach adoré est en vacances, je reprends le chemin de la salle de sport et je tente dans cette salle les cours de yoga et de Pilates. Essai approuvé. Cela me convient. Quand mon bien-aimé coach reviendra, j'essaierai de combiner le tout. 

    On a terminé l'été en beauté à Disneyland Paris avec presque tous les enfants, Amalia était encore trop petite pour en profiter vraiment et Oona était là mais plus parce qu'elle ne pouvait pas encore quitter sa maman pendant 3 jours d'affilée. Il y a ceux qui adorent et ceux qui détestent. On fait clairement partie des "Dingos de Disney", moi la première. Trois jours après notre retour, je pourrais y retourner sans me lasser. Une fois dans ce monde irréel, j'oublie tout. 

    On a rentré les bûches pour l'hiver et il fait tellement frisquet qu'on a déjà allumé un feu. 

    On a pris rendez-vous avec un notaire pour changer notre contrat de mariage et rédiger un testament chacun, à la fois pour protéger celui de nous deux qui aura le triste de privilège de survivre à l'autre et lui permettre de garder son domicile à 100% et pour éviter aux enfants de payer deux fois les droits de succession. C'est une démarche un peu anxiogène parce que c'est la première fois que, très implicitement en ce qui me me concerne, on admet que l'on va partir un jour sans retour. 

    J'accepte des invitations partout, concerts, dîners, voire un événement anniversaire, les 30 ans de la Fondation pour laquelle j'ai travaillé en Italie et qu'importe si cela signifie à nouveau une semaine d'absence. Je veux tout faire, ne rien rater. Je ressens comme un sentiment d'urgence. Ce n'est pas un mauvais pressentiment, loin de là, ou alors inconscient, mais je me rends compte que mourir à 20 ou 30 ans c'est une injustice – comme dit Jules, on n'a pas encore eu toute une belle vie, quand on part trop tôt – mais à 65-70, on est plus dans le registre de la statistique. 

    Alors chaque minute compte. Ce soir, j'écris ce billet dans une chambre d'hôtel à Aoste pendant que l'Homme cuve son gros rhume. Demain on roule vers Venise, s'envole vers Palerme. Mercredi, on s'envole vers Pantelleria et le samedi suivant, on revient se reposer dans notre Sérénissime. Là où, paradoxalement, le temps s'arrête et passe bien trop vite.

     

     

  • What’s new Pussycat ?

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    Et voilà, la groupie manie a de nouveau frappé. 

    Hier, ma belle-soeur nous invite au resto pour l'anniversaire de son frère. Chouette moment, chouettes assiettes. Dans la conversation, elle nous recommande de regarder, si l'on peut, la  vidéo retransmise des cérémonies du D-Day en Normandie et plus particulièrement, le moment où Tom Jones interprète un morceau très poignant, de sa voix de baryton non moins émouvante. Comme je me tiens bien, je ne me précipite pas tout de suite sur mon smartphone – ou pour être plus honnête, le frère en question m'enjoint à fermer tout de suite le dit smartphone – et nous écoutons donc le morceau ce matin.

    De fait, c'est beau, c'est chanté avec toujours la même puissance malgré ses 84 balais frais du jour. Dans la foulée, je jette un oeil sur la page de l'artiste et sur les dates éventuelles de concerts en Europe. Le bougre quitte rarement Las Vegas et mes consultations régulières sur ces pages sont généralement vouées à l'échec. 

    J'aurais tellement aimé le voir en concert une fois dans ma vie. 

    J'avais 14 ans quand une amie me l'a "présenté" et depuis je n'ai cessé d'être une groupie discrète. Heureusement d'ailleurs parce que ce crooner/rocker en a croqué plus d'une de ces groupies. Et à l'époque actuelle, je m'étonne qu'il n'ait pas encore fait l'objet de poursuites. 

    Mais voilà donc que le fringant senior poursuit son séjour en Normandie par une tournée en Europe. Merci Manu de l'avoir invité. Et par le plus grand des hasards, il fait un saut en Algarve au moment où on y est. Et je dirais même plus, il reste 6 places de libres. Il y a des moments dans la vie où il ne faut pas trop réfléchir. Et hop deux places dans la boite mail. Moi qui n'y croyais plus, j'assisterai finalement à un de ses concerts (sans imprévu toutefois, parce qu'à nos âges, It's not unusual…. ). Accompagnée de mon garde du corps personnel. 

    Ne reste plus qu'à se faire les Pierres qui Roulent et on se consolera d'avoir raté Brel, Brassens et Elvis. 

  • De mauvais poil

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    En bonne disciple de Samson, j'ai toujours mis ma force dans mes cheveux. Ou plutôt pouvoir de séduction. Pas tant séduction des autres mais séduction de moi-même ou pour le dire autrement, ma confiance en moi est directement proportionnelle au shampooing-brushing. 

    Un moment de déprime, un coup de mou, un shampoo et ça repart. 

    Mais voilà, les grossesses, la baisse d'hormones, la chère ménopause et un capital génétique d'alopécie androgénique (merci maman, bonne-maman and co) ont entraîné la chute de cette partie de mon anatomie. Et je suis presque terrorisée à l'idée de me retrouver sans un poil sur le caillou comme ma belle-mère ou en sous (effec)tifs comme ma maman ou tant de femmes entre mon âge et le sien. Parce que oui, c'est effectivement très courant. Quand on est au balcon au théâtre et qu'on attend le lever de rideau, j'ai sous les yeux un parterre de crânes féminins largement clairsemés. Et non, ce n'est pas la repousse de cheveux blancs qui encadrent la raie au milieu, c'est bien la raie au milieu qui tient plus du boulevard que de la ruelle. 

    Je mène toutes les batailles que je peux – les compléments alimentaires comba-tifs, les masques à l'huile de ricin (plus gras, tu meurs), etc…. – et oui, ça marche sur les cheveux existants, ils sont beaux, en bonne santé, mais là où Tchernobyl est passé, plus rien ne repousse. 

    Alors je donne le change en gonflant un peu ce qui reste mais le miroir, mon beau miroir, me dit cruellement la vérité et que lutter contre l'alopécie, c'est peigne perdu. 

    Mais bon, vanité des vanités, rien de nouveau sous le soleil, comme disait le sage que je ne suis pas.

  • Décembre donc

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    Lundi: Sur un long weekend de 4 jours à la campagne, avec l'intention de tailler la glycine avant qu'elle ne nous échappe au printemps, petite escapade d'un jour Lille-Paris pour aller retrouver Véronique. On a bien failli rater nos trains respectifs, mais par je ne sais quel miracle, on est arrivées toutes les deux à la même heure à la Gare du Nord. Chouette journée à nous deux, malgré la pluie. Cappuccino, petit tour au Bon Marché pour un petit bain de luxe, resto chinois choisi au hasard des gouttes et jolie découverte, expo au musée Maillol: l'expo permanente de Maillol et dans un style complètement différent, une expo temporaire cette fois dédiée au peintre congolais Chéri Samba. Un peu déconcertante mais moi j'ai aimé. Et point d'orgue de la journée papote, l'apéro au Bar Hemingway du Ritz. Avant de repartir vers nos pénates respectives. 

    Mardi: Dernier jour à la campagne, on l'a  fait courte, la campagne sous la pluie, cela n'a jamais été notre tasse de thé. J'en ai profité pour ranger une étagère de la bibliothèque de notre chambre et emmener un Charles Dickens pour nos soirées au coin du feu.

    Mercredi: Lunch avec T. Elle me raconte qu'elle partira une dizaine de jours à la mer au printemps, comme elle le fait chaque année. Elle va toujours au même endroit, à Coxyde, dans un appartement face à la mer. L'immeuble a  déjà une bonne cinquantaine d'années et c'est le seul de cette plage à abriter une piscine intérieure. Mon coeur bat la chamade. C'est l'immeuble dans lequel les parents de ma meilleure amie d'enfance avaient un appartement et où bien sûr, nous avons passé des moments merveilleux, connu nos premières amours et profité de la piscine. Le temps d'un instant, j'ai perdu 50 ans et je me suis retrouvée là-bas, avec elle, nous avions 15 ans puis 16 ans. Et c'est là aussi qu'une voiture l'a fauchée à vélo, à quelques semaines de son mariage, à 21 ans…..

    Jeudi: rendez-vous chez le kiné pour ces satanés genoux. J'avoue que je suis un peu découragée, je ne vois pas vraiment d'amélioration. Mais lui a l'air optimiste. 

    Vendredi:Séance manucure-pédicure avec mes deux filles et Jules et Samuel à nouveau en congé pour cause de conférence pédagogique. Ces deux-là jouent ensemble ou séparément pendant des heures et c'est un pur bonheur de les avoir.

    Samedi: Dîner d'anniversaire pour Joséphine chez M. et C. C'est toujours un plaisir de nous retrouver tous les six. C'est parfois aussi houleux. Et ça n'a pas raté, dans le contexte de la situation au Moyen-Orient, le ton est monté. Pour une fois, ce n'est pas trop l'Homme qui l'a ramené mais M et S qui ont défendu des points de vue je suppose différents. Je dis "je suppose" parce que c'est plus fort que moi, dès que les décibels grimpent, que les joues s'enflamment, je ferme les écoutilles, voire mieux si je peux, je quitte la table. J'ai rejoint C dans la cuisine qui préparait le dessert. Joséphine a suivi. Et quand la vague est passée, nous sommes revenues à table avec les desserts. Dieu que je déteste les prises de bec de ce type. Le pire, c'est que je n'ai aucun avis sur la question, je ne vois que des gens qui souffrent et je me fous éperdument de donner raison à l'un ou tort à l'autre ou encore d'essayer d'expliquer le pourquoi du comment de ces situations. 

    Dimanche: C'est le jour du Grand Saint. A nouveau le plaisir était au rendez-vous. Même les deux grands qui nous donnent l'impression de douter de son existence m'ont tout l'air d'avoir complètement rangé leurs doutes au placard pour ces quelques jours où St Nicolas a visité toutes les maisons qui l'attendaient. Et pour l'Homme et moi, le plaisir d'accueillir tous nos enfants autour de la table. 

    Jules, Sam et Maoh sont restés dormir pour passer la journée de lundi chez nous. 

    Pas de bol, en fin de journée, l'Homme donnait des signes de fièvre du dimanche soir. Et le lendemain, se testait positif au Covid. Bonheur !

  • Et ça continue

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    Lundi: Je poursuis l'entrainement avec Quentin et je suis super fière et contente à la fois.J'enchaîne avec le repas du soir de Mamy parce que l"Homme est retenu dans une assemblée générale de copropriété pour ma maman. Chacun s'occupe de la mère de l'autre en d'autres termes. C'est plutôt inédit mais c'est pas mal non plus. Il est un fait indéniable qu'il a des compétences bien supérieures dans le domaine de gestion de copropriété. Et je ne suis pas trop mauvaise en empathie quatrième âge.

    Mardi: C'est une journée pour moi ou du moins une bonne partie de journée. Je rejoins petite Anne pour un lunch précédé d'un massage dont elle a le secret. Moi qui ne suis pas fan, voire même plutôt réticente à confier mon corps aux mains expertes en la matière, je ne sais pas pourquoi mais avec elle, tout cela parait simple. Elle doit avoir un don. Elle a commencé par un massage de la voûte plantaire et elle a mis – c'est le cas de le dire – tout de suite le doigt sur une zone sensible. Quand je lui ai demandé à quoi cela correspondait, elle m'a pointé le côlon. Et quelle est la partie de mon corps la plus sensible ? En plein dans le mille !

    Mercredi: Après-midi Jules et Samuel. L'Homme est allé me les chercher à l'école et me les ramener avant de filer chez sa maman. Ils ont mangé puis joué. Sappho les a rejoint après la piscine. On les a emmenés manger une glace tellement il faisait encore beau. J'ai découvert que le marchand de glaces habite la maison où Verlaine a tiré sur Rimbaud. C'était à l'époque un hôtel à deux pas de la Grand Place mais les murs sont toujours identiques. Sur la Grand Place justement, les lauréats de l'Université Libre de Bruxelles fêtaient leur réussite en toge et toque de remise de diplôme. Les questions allaient bon train et c'était amusant de les voir se projeter dans cet avenir un peu lointain tout de même.

    Jeudi: Lunch avec six de mes anciens collègues que je n'avais plus vus depuis mon départ le 1 février. Un pur bonheur. Je les ai retrouvés comme si c'était hier et je regrette que les lunches passent si vite. Et je pense qu'eux aussi étaient contents de me revoir. Soirée théâtre avec J. et S.. Pièce peu convaincante malgré le plaisir de les voir.

    Vendredi, samedi, dimanche: Courses, repassage, s'occuper de sa maman, prendre en charge l'un ou l'autre petit pendant quelques heures, une journée entière ou une nuit, notre routine de weekend "calme". 

    Lundi: Dîner chez J et S, trois fois rien et mille fois tout ou l'art de prendre trois ingrédients et d'en faire une merveille. Chez elle, c'est un don…. Et puis soudain ce nouvel attentat terroriste dans la soirée. Mon portable vibre deux fois et malgré les bonnes manières à table, je sens que je dois le sortir de mon sac. L'un vient de Swiss'Sis qui se demande "si tout va bien pour nous ?" et l'autre d'Anaïs beaucoup plus en mode panique "C'est quoi ce bordel place Sainctelette ?". Cet attentat qui ravive chez elle tout ce contre quoi elle lutte pour garder le niveau de ses angoisses dans des limites acceptables lui permettant de fonctionner au quotidien. Le travail immense qu'elle accomplit sur elle-même pour grignoter du terrain sur son anxiété est pulvérisé en deux coups d'arme à feu. Et je désespère de ne pouvoir l'aider.

    Mercredi: Aller chercher les garçons à l'école, les ramener à leur mère, filer chez sa maman puis rendez-vous chez l'ophtalmo pour tous les deux. Le verdict attendu est tombé, mon oeil qui voit de loin est toujours dans les mêmes dispositions, mon oeil qui voit de près se presbytise un peu et me voilà bien obligée de faire comme tout le monde (ou presque) et chausser des lunettes sur le nez si je veux encore lire avec plaisir le soir (seulement le soir, si si). Bon ben, j'aurai tenu 20 ans de plus que la moyenne, c'est déjà pas si mal. J'aurai un truc en plus à chercher un peu partout dans la maison, outre le téléphone et les clés.

    Jeudi: Petite intervention chirurgicale chez la dermato. J'ai le choix: on enlève tout tout de suite et 4 points de suture ou on fait une biopsie avec un seul point puis on analyse et on voit. Evidemment, pas trop courageuse, j'opte pour la biopsie. Je pense surtout que j'ai les deux filles le soir même pour 4 nuits, vu le déménagement de leurs parents dans leur nouvelle maison, dont une petite farfadette qui se fait porter comme un poids mort pour un oui ou pour un non. Et ce sera encore moins compatible avec 4 points.

    Vendredi, samedi: Et voilà c'est le weekend du grand déménagement. Ils l'auront attendue cette maison-là. Ils sont "dessus" depuis avril et aucune embûche ne leur aura été épargnée. Ils sont contents. J'ai emmené les filles voir l'appartement vide, je pense que c'était important de faire la transition, surtout pour la farfadette. Et le samedi, découvrir la nouvelle maison, mais encore gonflée de caisses et de cartons. Difficile pour un petit bout de se projeter là. Au moins elle a vu que Coton le chat était là. 

    Dimanche: Maïté a soufflé ses 36 chandelles chez nous avec le clan et ça leur a fait du bien, je pense, malgré l'immense fatigue. Ce soir, les filles rentrent dans leur nouveau nid et ce sont les garçons qui prennent la relève pour la première semaine des vacances de Toussaint. 

  • Le cadeau

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    Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, dans une autre vie, j'ai dû être grecque. Cela fait quarante ans que je vibre au son de la langue grecque et de la musique grecque, rebêtiko en particulier. 

    Et voilà que début juillet, j'ai découvert, totalement par hasard, un compositeur et chef d'orchestre grec aussi connu que Mikis Theodorakis dans son pays mais très peu hors Grèce. J'ai regardé en boucle des concerts qu'il a dirigés et où la majorité des morceaux joués étaient ceux que j'aimais depuis 40 ans, réalisant par la force des choses que c'est cet homme là qui a composé tous ces fabuleux  morceaux. Le regarder diriger les musiciens et les chanteurs était juste du pur bonheur. Je peux même dire qu'il était fringamment séduisant malgré son âge avancé.

    De fil en aiguille, j'apprends qu'il donne un concert le 3 septembre qui s'annonce "Stavros Xarchakos. Rebêtiko, 40 ans après". C'est comme si une boucle se bouclait. Pistache sur le baklava, ce concert se donne en plein air sur le flanc de la colline qui mène à l'Acropole, dans l'Odeon d'Hérode Atticus. Il y a 4 ans, en redescendant de l'Acropole, je me suis arrêtée pour écouter et regarder les répétitions d'un concert prévu le soir. J'ai regretté depuis ce moment de n'avoir pas cédé à l'envie de prendre des places pour être là, même sans savoir vraiment qui donnait un concert ce soir là, tellement l'endroit est magique.

    La billetterie ouvre le 10 juillet. La nuit, l'idée surgit. Et pourquoi pas en fait ? Si je ne cède pas à mes envies maintenant, quand le ferais-je ?

    Il y a ce cadeau qu'ils m'ont offert pour mes 60 ans. Un voyage au choix que je n'ai jamais eu l'occasion de choisir because of Covid. Et si je choisissais pour destination Athènes pour quelques jours début septembre ? Oui mais. Oui mais on descend à Venise mi-septembre, c'est un peu exagéré. Oui mais j'ai une intervention prévue chez la dermato. Oui mais on a un rendez-vous chez l'ophtalmo. Oui mais on est invité chez Anne et Guido. Oui mais on descend en Bourgogne chez Gérard et Martine fin août. 

    Mais la pulsion est très forte. J'en parle à l'Homme, pensant qu'il me ramènerait les pieds sur terre. Il a répondu: "ok, on prend le bateau à Ancône". 

    Le 10 juillet à midi, j'avais deux places à l'Odéon. On a mis quelques jours à trouver encore des places sur un bateau, un hôtel à Athènes, on a reporté l'ophtalmo et la dermato, réorganisé les rendez-vous avec les amis. 

    Je n'en reviens toujours pas. Mon excitation s'est un peu calmée mais je suis comme un enfant qui attend Noël. Je crois que je ferais bien d'avoir des coups de folie plus souvent. De toute manière, c'est maintenant ou jamais. 

  • L’impatience

     

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    La plupart me diront patiente. Et je le suis. "Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage" disait mon Jean préféré. Et dans bien des domaines, je suis d'une patience d'ange. Je peux attendre dans une salle d'attente sans jamais m'énerver ni montrer de signes d'impatience. Parfois oui, j'ai un autre rendez-vous et je trépigne très légèrement intérieurement mais personne ne le verra. Je peux passer des heures sur un problème à résoudre qu'il soit verbal ou numérique. Un puzzle me remplit de sérénité. Je peux lire des histoires aux enfants sans jamais me lasser. Dans mon boulot, j'étais reconnue pour ma patience à écouter les uns et les autres à vider leur sac. 

    Mais aujourd'hui, je découvre l'impatience. Et elle me grignote à petits coups de dents secs. Je ne m'y attendais pas.

    La reine des listes que je suis avait deux listes prioritaires pour le début de ces grandes vacances à durée indéterminée. D'abord la to do list du quotidien qui inclut tout ce que je voulais faire mais ne pouvait pas faire par manque de temps: vider la petite cave et la grande cave; laver les vitres de la cuisine et les rideaux (5 mètres de haut quand même, donc forcément avec l'aide de l'Homme – c'est là que ça se corse – ); vider la chambre des filles qui sert depuis dix ans de débarras; aménager une chambre pour les pioux; etc …. Ensuite une to do list de nouvelle retraitée: se remettre au badminton, trouver un endroit où pratiquer à l'extérieur Pilates et yoga, trouver un cours de tai chi et un cours de danses folkloriques grecques; se remettre aux danses de salon. Commencer un cours de japonais et chercher un cours de khmer. Aller marcher. Aller au cinéma, au théâtre. Voir des expos. Tricoter. Broder. Dessiner. Faire des puzzles. Cuisiner. Découvrir de nouvelles cuisines. Réaménager mes maisons de poupée. Reprendre l'archéologie généalogique de mon père. Me construire un dictionnaire étymologique dans les langues que je connais. Et bien sûr visiter les pays dont je rêvais déjà il y a quinze ans. La liste est loin d'être exhaustive. Mais je m'arrête ici.

    Si vous me lisez, vous conviendrez aisément que je n'ai plus assez de ce qu'il me reste de vie pour cette dernière liste. Mais bon, autant mettre la barre haut.

    Et oui, non contente d'être impatiente, je suis naïve. Et oui, je pensais qu'en 2-3 semaines, on allait cocher chaque case de la première liste et être donc fin prêts à se consacrer pleinement à exploiter la seconde.

    Et bien non, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Et au bout de 3 semaines, aucune case n'est cochée. 

    Je dois donc apprendre la patience à toute épreuve. Mais comme le dit toujours mon Jean préféré, "tout vient à point à qui sait attendre".