Catégorie : Moi, je

  • Je grandis puisque je parviens à fermer la porte

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    Depuis toujours je souffre du syndrome de la porte fermée. Au propre, certainement; au figuré, surtout. Je ne supporte pas de fermer la porte, de tourner la page. 

    Quitter les lieux représente pour moi une souffrance exagérée, un deuil de ce qui ne sera plus jamais. 

    J'ai eu la chance de faire toute ma scolarité au même endroit. Je n'ai connu le désarroi des premiers adieux qu'à 18 ans où j'ai pleuré à chaudes larmes l'adieu à l'école. Plus encore peut-être que les étudiantes, les professeurs ou les religieuses qui m'avaient accompagnée pendant douze ans, j'ai pleuré les murs de MON école. 

    Par chance aussi, mes parents n'ont déménagé que deux fois, me laissant peu de cicatrices à 5 et 10 ans. Quand je me suis mariée (parce que je n'ai quitté le nid qu'à ce moment-là), c'est surtout le nid familial que j'ai eu le regret de quitter mais j'allais vers un avenir qui me semblait bien rose pour être vraiment triste.

    Par contre, quitter les lieux de vacances m'a toujours été pénible. Surtout ceux où je sais que je ne reviendrai pas, même si on se rassure toujours en partant en promettant de revenir l'année prochaine. Je fais toujours un dernier tour, seule, de toutes ces pièces que nous avons investi pendant 2 ou 3 semaines et qui sont, au moment du départ, vides de nous. J'ai toujours ces grosses boules de nostalgie dans la gorge, de laisser ces petits bouts de nous, de moi, là.

    Quand nous avons quitté Bruxelles pour Turin, j'ai voulu continuer à payer le loyer de l'appartement pendant deux ou trois ans pour être sûre de pouvoir y revenir. 

    Quand nous avons quitté Turin, j'ai sangloté des heures durant, et cela reste sans doute le plus gros chagrin de ma vie à ce jour. Je ne sais pas vivre les séparations, je ne sais pas fermer les portes.

    J'ai vécu les mêmes déchirements presqu'à chaque fois que j'ai quitté un bureau.

    Dans une moindre mesure, j'ai toujours un pincement au coeur, chaque fois que je me défais d'un objet, un vêtement qui ne me va plus, qui ne nous convient plus. Ils représentent une partie de moi dont je me sépare. Ne parlons pas des voitures qui sont des extensions de la maison souvent.

    Et puis soudain, le week-end dernier, j'ai laissé partir un divan-lit qui nous accompagne depuis Turin, qui avait migré chez les filles et qui avait clairement trop vécu. Je l'ai laissé s'en aller sans un regard, sans lui dire au revoir.

    Je grandis, je vous dis. 
  • Qu’est ce que tu en penses ?

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    – Papa, autrefois, je me reprochais de changer souvent d'idées; aujourd'hui, je me rends compte que c'est inévitable.

    – Tu as raison, mon fils. Le plus difficile dans une discussion, ce n'est pas de défendre une opinion, c'est d'en avoir une.

    – Et une seule !

    – Oui, car nous avons tous plusieurs personnes en nous. Seul l'imbécile croit qu'il est l'unique habitant de sa maison.

    – Comment s'y prend-il ?

    – Il a baillonné plusieurs parts de lui et les a verrouillées dans des placards. Du coup, il pérore clairement, d'une voix singulière.

    – C'est enviable, non ?

    – C'est toujours enviable d'être un crétin.

    …

    – Oui, fils, nous souhaiterions débiter un discours simple, ferme, définitif, qui nous persuaderait de servir la vérité en tranches. Or plus l'on progresse en intelligence, plus on perd cette ambition; on dévoile ses complexités, on assume ses tensions.

    – J'aimerais ne pas me contredire.

    – C'est pourtant à cela qu'on reconnaît le crétin, il ne se contredit jamais. Pourquoi traite-t-on de cloches les imbéciles ? Parce que la cloche ne donne qu'un son.

    (extrait de Eric-Emmanuel  Schmitt – Ulysse from Bagdad)

    Penseur

    J'aime ce texte. Il me fait plaisir. Forcément. Parce que souvent, je n'ai pas d'opinion à émettre dans une conversation, un débat. Simplement parce que soit je ne sais pas de quoi on parle (j'ai toujours été assez nulle pour suivre l'actualité et si je sais de quoi on parle, je ne maîtrise jamais les tenants et les aboutissants), soit j'ai plusieurs opinions généralement contradictoires, en fonction du point de vue où je me place. Donc, je me tais et passe pour quelqu'un qui n'a pas d'opinion.

    Alors forcément, ça me plait de lire ces quelques lignes qui me font penser que je peux me ranger du côté des non imbéciles, des non crétines. Sachant que je me range toujours malgré tout du côté des non informées, des non renseignées.

    En silence, je pense et je suis la conversation.

  • Découragée, enragée, passager

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    Mon titre ressemble vaguement à celui de Verveine Citron. J'avais commencé à le rédiger il y a déjà plus d'une semaine et quand j'ai découvert son billet, j'ai effacé le mien. En effet, ce qu'elle vit pour le moment, quelques mois après avoir accouché, courir les hôpitaux avec son petit bonhomme est autrement plus pénible que mes états d'âme de petite gâtée du moment.

    Mais bon, je me suis ravisée et j'ai repris la souris, le billet, et le titre. C'est vrai, cela fait bientôt deux semaines que je n'écris plus parce que je n'ai plus la moindre pêche. Je ne suis pas comme ces artistes qui ne sortent le meilleur d'eux-mêmes que dans le malheur et la déprime.

    Mais qu'est-ce qui ne va pas ?

    1. Je me suis prise une gifle dans le cadre d'une procédure de recrutement. On m'a fait croire que le poste que je miroitais était pour moi et finalement ce n'était pas le cas. Oh, rien de très grave. Je ne suis pas pressée de quitter le boulot où je suis, simplement l'opportunité était jolie et j'y ai cru. Et c'est un copain à moi, plus jeune mais tout aussi capable à mes yeux, qui a eu le poste. J'étais tellement persuadée qu'on allait me proposer le poste que lorsqu'il m'a annoncé qu'il avait la place, les félicitations que je me suis empressée de lui adresser m'ont fait l'effet de lames de rasoir sur mes amygdales. Aaaargh !

    2. Je me sens endoudounée par l'hiver comme dit Lola. Un "léger voile de graisse" est une expression que j'ai relevée dans un bouquin que je lisais dernièrement, utilisée par le narrateur pour décrire la beauté encore présente d'une femme qu'il avait aimée plus jeune et qu'il retrouvait des années plus tard, âgée de quelque quarante ans. J'ai souligné l'expression à l'Homme qui ne cesse de me la ressortir, tout en ironie. Ca l'aide sans doute à se sentir moins seul 😉 mais ça m'oblige à me regarder dans le miroir sans concession.

    3. Pire qu'endoudounée, je me sens gonflée, genre rétention d'eau, au point que je me demande si je ne serais pas en train de foncer tout droit vers ce déplaisant passage obligé d'une femme en fin de carrière maternelle. Je regarde mes mains et je ne les reconnais plus, mon visage à peine, le reste, je ne regarde plus. Prochain rendez-vous chez celle qui gère mes états de dame: pas avant mai. J'ai le temps d'éclater comme une baudruche.

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    Bon, j'ai pris la vache par les cornes et je me suis offert un massage et un soin lift. Je me sens déjà un peu mieux. Reste à voir combien de temps ça va durer.

    Entretemps, je me suis aussi beaucoup concentrée sur la préparation de l'anniversaire d'Anaïs et sur les vacances d'été. L'un avec succès, l'autre sans succès encore mais cela ne saurait tarder.

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    Entretemps, je suis plus amoureuse que jamais de l'Homme.

    Entretemps, j'ai trois enfants extraordinaires dont je me demande toujours comment je les ai fait (si, ça je sais, mais comment j'ai fait pour qu'ils soient si, si…. )

    Allez, au boulot, un peu de régime, un peu plus de sport, un peu de printemps, un peu de soleil, un peu de lumière et ça ira mieux demain !

  • Plaisirs toujours renouvelés

    Je me suis fait taguée par Lola. Pour la première fois dans ma carrière de blogueuse. Inutile de dire que j'adore ce genre de jeu. Un parfum d'adolescence sans doute. Une passion aussi pour les listes (pas pour rien que Papa m'a offert le livre "Encyclopédie capricieuse du tout et du rien" de Charles Dantzig). Donc merci Lola 🙂

    Pas pour rien non plus que nous avons des plaisirs en commun (deux, voire trois) et si la liste eût été plus longue, j'aurais pu facilement inclure tous les siens.

    Le but du jeu est de lister cinq choses que l'on aime toujours et tous les jours. Alors, moi j'adore:

    • Lire: je me suis déjà bien étendue sur la question dans un billet l'année dernière. Je lis tout, partout, à toute heure et je regrette déjà que la vie ne permettra pas de lire tout ce que j'aurais envie de lire. Je devrais apprendre à faire le tri et à mettre un point final aux livres que j'ai entamés mais que je n'aime pas vraiment pour me consacrer à ceux qui me réjouissent totalement. Mais je n'y arrive pas, je dois terminer ce que j'ai commencé (j'ai le même problème avec les assiettes mais je m'égare, je m'égare, c'est un autre sujet).

    • Le soleil: je ne m'en lasse pas. Malheureusement, dans mon plat pays, je n'y ai pas droit tous les jours. Mais le moindre petit rayon, sur ma peau, comme Lola, sur le parquet, sur mon dos, comme les chats, sur la table, partout, me met en joie. Plus que ça, me fait gonfler le coeur, comme une brioche dans un four bien chaud. (je m'égare à nouveau, aurais-je faim ?).

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    • Danser: un pur bonheur. Si je pouvais, je danserais tous les jours. Et je ne peux pas me plaindre, je danse souvent, sans raison, dans la cuisine, en préparant le repas, seule dans la salle de bains, et je mesure bien la chance que j'ai d'avoir un partenaire hors pair (père en or par ailleurs) qui adore cela autant que moi. Je rêve de reprendre des cours (en particulier de salsa et de tango).
    • Musique: A peu près toute la musique en passant par le reggae, Mozart, la musique latino, Strauss, le jazz, le rebetiko, le boogie woogie, le rock pur et dur, la variété française flon flon et accordéon, la country, la chanson italienne, les ballades irlandaises, la chanson française à texte, les crooners, etc… La liste est infinie. Je regrette de ne pas pouvoir travailler en musique, ce sont autant d'heures perdues.
    • Etre seule dans la maison pendant quelques heures: un de mes petits plaisirs disparus. Ce plaisir tient à la fois dans celui de faire à peu près ce que je veux, mettre justement la musique dont j'ai envie sans que personne ne m'impose quoi que ce soit et  sans déranger personne, de vaquer à mes petites affaires sans devoir aider, faire plaisir, faire de compromis pour personne et dans le plaisir de l'attente de ceux qui vont rentrer. J'adore ma tribu et j'aime quand ils sont tous là. J'aime aussi les voir en tête à tête chacun. Et j'aime les attendre. Un par un. J'ai toujours dit que j'aurais fait une mère au foyer parfaite et non désespérée.

    La règle du jeu veut aussi qu'on tague deux personnes. Alors, si elles passent par ici et qu'elles aiment ce jeu, je passe la main à Sis'Cile et à Isa.

  • Pensées positives de la nuit

    Penser très fort que ce doux ronflement intempestif me manquerait s'il n'était pas endormi auprès de moi.

    Penser que si elle n'est pas rentrée à 5 heures du mat', c'est qu'elle s'amuse très fort et pas qu'il lui est arrivé quelque chose.

    Penser en entendant une sirène dans la nuit qu'il s'agit de la patrouille qui a fini son quart et qui prévient  pin-pon pin-pon les copains au poste proche qu'ils peuvent préparer le café et ne pas penser que c'est une ambulance qui vient ramasser les morceaux de ma fille écrasée juste devant ma porte.

    Penser que si elle ne répond toujours pas à mes sms à 6h, 6h15, 6h30, c'est qu'elle a laissé son gsm au vestiaire et pas qu'elle a été enlevée par quelques maffieux se trompant de riche héritière.

    Penser que je vais récupérer ces heures de sommeil perdues par une petite prolongation de grasse mat' et pas que mon weekend est fichu maintenant et qu'ils vont voir ce qu'ils vont voir, je serai de mauvaise humeur toute la journée.

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  • Qu’est-ce que je vais mettre ? Le choix (II)

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    La question n'est pas: "Je n'ai plus rien à me mettre !". Au contraire. La question cruciale, c'est: "Qu'est ce que je vais mettre aujourd'hui ?" ou pour être plus honnête "Qu'est-ce que je vais mettre demain ?". Parce que si déjà, j'ai toutes les peines du monde à choisir, c'est pas le matin, pressée par le temps, que mon problème va se résoudre.

    Aussi loin que je remonte, à savoir depuis que je m'habille seule – entendez "je choisis mes vêtements" et pas "j'arrive à enfiler une jambe dans chaque jambe de pantalon et je boutonne Paul avec Paul et non Pierre avec Jacques – encore que… -", aussi loin que je remonte donc, je ne parviens pas à choisir facilement. Pour tout dire, cela m'ennuie. Et dès lors, j'use de subterfuges pour guider mon choix (comme pour le thème "Qu'est-ce qu'on mange ce soir ?")

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    Et donc, depuis plus de 30 ans, je suis passée par différentes phases:

    • il y a eu la phase "étudiante". Je rangeais les pantalons avec les pantalons, les chemisiers avec les chemisiers, les pulls avec les pulls, etc… Je prenais le premier pantalon à gauche de la penderie et j'assortissais avec le premier chemisier qui, tout en étant dans la suite logique, allait le mieux avec le pantalon élu. Je recommençais l'opération avec le pull. Et ainsi de suite. Je trouvais que de cette manière, non seulement j'évitais de choisir mais aussi je donnais à chaque vêtement sa chance !?!
    • Puis, il y a eu la phase "jeune mariée puis jeune maman". Abonnée aux catalogues de la Redoute et des 3 Suisses. Je pointais méthodiquement la page 1 puis 2 puis 3 de chacune de ces grosses briques et je m'habillais en fonction des pages choisies. Bien sûr, je ne disposais pas de tous les vêtements offerts dans ces "bibles" de la mode mais j'adaptais les pièces de ma garde-robe à celles de papier glacé. Encore une fois, j'évitais le choix et j'adoptais parfois des styles que je n'avais pas envisagés jusque là. J'ai poussé la bizarrerie jusqu'à porter deux chemisiers l'un au-dessus de l'autre un jour que les 3 Suisses avait affublé leur mannequin de deux chemisiers superposés pour vanter la gamme de coloris.
    • J'ai poursuivi ce petit jeu jusqu'à passé 40 ans. J'ai poussé le bouchon jusqu'à préparer mes valises pour les vacances en fonction d'un nombre de pages plus conséquent et je suis allée jusqu'à déchirer les pages nécessaires pour la période de vacances, histoire de ne pas m'encombrer des ces deux gros catalogues.

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    Cette approche pour le moins particulière de l'art vestimentaire a eu pour mérite de m'apporter chaque jour une surprise, une découverte, une nouvelle moi et je me suis toujours habillée avec beaucoup de plaisir.

    Puis un jour, j'ai estimé que mon attitude face au choix était tout sauf adulte. Et je me suis mise en tête de devenir adulte. Je me suis entichée d'une psy pendant 6 mois. Et elle m'a débarrassée de cette manie. J'ai jeté les catalogues et n'en ai plus jamais rachetés.

    Aujourd'hui, je m'habille sans plaisir. Je me réfugie dans un ou deux éternels pantalons noirs accompagnés d'un pull ou d'un chemisier aux couleurs discrètes. Fini l'inventivité même si elle n'était pas mienne, fini la créativité même si c'était celle des créateurs. Et je regrette le temps où j'étais un peu loufdingue….

  • Combien ça coûte ?

    Maman a passé une petite journée à Lille cette semaine et je lui ai demandé de me ramener deux tubes d'un gloss qu'on ne trouve que chez Séphora. Et des Séphora on n'en trouve qu'en France. Elle s'est bien acquittée de sa mission mais n'a pas pu s'empêcher de s'étonner du prix de ces fantaisies cosmétiques. Elle m'a demandé: "Tu sais combien ça coûte ?" et j'étais totalement incapable de répondre. Non, je n'avais aucune idée de ce que ça pouvait bien coûter. Et sa question m'a sérieusement interpellée. Surtout en ces temps d'inflation violente.

    Il fut un temps dans ma vie où un franc était un franc et où nos deux salaires réunis nous obligeaient à une vigilance quotidienne. Je connaissais par coeur les prix de tous les articles que j'achetais, je collectionnais les petites enveloppes virtuelles pour chaque mois. Une enveloppe pour l'alimentation, une autre pour les produits de beauté, une pour le loyer et les charges, une pour les vacances, une pour les cadeaux, etc.. Tout était calculé au franc près et l'on vivait en permanence dans le rouge et sur la corde raide. Quand Quentin est né, on a enfin décidé de s'offrir un micro-ondes – ce dont, entre parenthèses, je me passerais éperdument aujourd'hui mais qui était tellement révolutionnaire à l'époque que je pensais qu'il allait changer notre vie – et on a grappillé mois par mois les malheureux 250 € nécessaires. Je me souviens encore aujourd'hui du sentiment de victoire que j'ai ressenti.

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    Je me souviens aussi des frustrations, mineures j'en conviens, mais réelles. Je regrette encore toujours aujourd'hui de ne pas avoir eu le plaisir d'acheter les vêtements de mes enfants et de m'être contentée de ceux des enfants d'une amie plus grands que les miens.

    Et puis un jour, j'ai changé de boulot, j'ai gagné ma vie bien plus qu'à la sueur de mon front et imperceptiblement ma relation à l'argent a changé. L'argent ne fait en rien mon bonheur, Dieu merci mais l'absence d'angoisse et de boule à l'estomac lorsque la machine à laver ou la voiture menace de rendre l'âme est un luxe dont je ne me lasse pas, Dieu merci aussi.

    Alors, j'avoue, je ne connais plus les prix au détail, je ne collectionne plus les petites enveloppes, je dépense parfois sans réfléchir. Ce sont surtout les enveloppes "beauté" (dépenses à fonds perdu, j'en conviens) et "cadeaux" qui ont explosé.

    Ni Job – puisque j'en ai un – ni Crésus – parce que pas encore complètement crazy, je ne suis pourtant pas aussi raisonnable que je ne devrais. Heureusement, l'Homme veille, voire surveille. Il joue le rôle de garde-folle et me maintient dans les rails de la sagesse. Ce qui ne l'empêche pas non plus d'avoir ses petits accès de folie.

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  • Qu’est ce qu’on mange, ce soir ? – Le choix (I)

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    Bientôt 25 ans que je cuisine à mon compte – traduisez que je suis mariée et que j'ai ma propre dînette -. J'ai toujours aimé cuisiner, oui mais…

    1. Je déteste la routine. Même si j'ai toujours aimé les repères, symboles à la fois de tendresse et de stabilité, tels que le spaghetti bolognaise paternel et mythique du samedi midi (une fille qui râpe le fromage, l'autre qui passe le jambon à la moulinette antique, la troisième qui ouvre les boîtes de tomates pelées) ou le pain de viande du dimanche (autre tradition familiale incontournable), je ne voulais pas, moi, instaurer cette routine. Par crainte suprême d'ennui.

    2. Je suis curieuse et je veux tout essayer. Toutes ces recettes un peu exotiques ou extraordinaires m'attirent et les mariages incongrus me séduisent. Sur une carte de restaurant, mon choix s'arrête invariablement sur ce qui semble inédit, comme une glace au poivre ou un confit d'aubergines au chocolat.

    3. J'ai une passion pour les livres de cuisine. Je peux les feuilleter pendant des heures. Je rêvasse à des menus pour recevoir des amis, j'invente des soirées magiques autour de plats succulents. A 25 ans, je n'avais pas d'enfants mais j'avais un mari qui travaillait le soir. Je passais des soirées entières à feuilleter des magazines qui vous donnaient les menus pour la semaine et j'imaginais les 3-4 enfants dont je rêvais, âgés de 4 à 10 ans, qui m'aidaient à chaque étape du repas. L'un épluchait les carottes, l'autre pressait l'orange, la petite dernière effeuillait le romarin et moi je râpais le gingembre et tous ensemble, nous préparions une sublime soupe aux carottes à l'orange et au gingembre. La suite de l'histoire m'a bien sûr appris que la vie ne se passe pas comme dans les rêves et que si Anaïs nous prépare dorénavant de délicieux petits plats, il est plus rare de voir Quentin ou Maïté l'économe ou le presse-citron à la main.

    4. Mais surtout, surtout, je suis INCAPABLE de choisir. C'est vrai dans tous les domaines et la cuisine ne fait pas exception. Je ne pourrais pas supporter de devoir décider chaque jour ce qu'on mange le soir, encore moins de prévoir les menus de toute une semaine.

    Alors je me suis arrangée pour ne pas m'ennuyer, pour tout essayer, pour rêver encore et éviter d'avoir à choisir. J'achète quelques magazines de cuisine que j'aime beaucoup, je choisis quelques livres de cuisine dans la bibliothèque et jour après jour, je les épluche, page après page, et je passe au crible et à la casserole chaque recette de la page A à la page Z.

    Et ça marche. En 25 ans, nous n'avons pour ainsi dire jamais mangé la même chose. A quelques exceptions près bien sûr. On fait des crèpes à toutes les Chandeleur, j'ai déjà préparé plusieurs fois ma Pavlova, les soirs pressés connaissent les mêmes salades ou les mêmes spaghetti vite faits. Mais en gros, la surprise reste notre quotidien.

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  • long weekend de plusieurs « moi »

    Chouette long week end. Vendredi, samedi, dimanche, lundi. Quatre jours, quatre facettes de moi:

    Vendredi: les obligations: pressing, esthéticienne (oui, je range "ça" au rang des obligations, plus du tout au rang des petits plaisirs), trouver un cadeau pour T., le porter à la poste et récupérer deux envois recommandés, acheter l’eau de toilette "commandée" par l’homme, supermarché-remplir le frigo, soirée cool, ordi-musique "vieux machins". C’est le moi "Bree".

    Samedi: lever trrrrès tôt, l’homme voulait photographier les bassins de la place Sainte Catherine avant que la fontaine ne se mette en marche. Manque de bol, on est arrivés sur place au moment même où les gargouilles se sont mises en activité. Marché, légumes et poisson. Déjeûner thon, tomates, épinards fondus deux minutes dans la poêle. Déambuler dans Bruxelles sous le soleil en compagnie de l’homme. Il s’est acheté une veste. Petit café italien. Trouvé petit cadeau pour sa maman, rien trouvé pour la mienne, par contre :-(. Le soir, retrouvailles avec Véro à Louvain-la-Neuve puis à Wavre, le temps d’un verre ou deux. C’est le moi "bobo".

    Dimanche: se lever pas trop tard, rendez-vous "skype" dominical avec Sis’Swiss, reçu un magnifique bouquet de fleurs et une superbe carte de mes filles (voir plus bas), préparer la fête des mères pour Mamy L., jolie table, déjeûner sympa, après-midi confinée devant le grand écran, malgré le beau soleil dehors, mais on avait promis une après-midi "Elvis". Elle a aimé et c’est l’essentiel. Le soir, vite la valise pour une nuit et direction La Glanerie, au vert, et vers la deuxième Mamy du jour. C’est le moi "maîtresse de maison" et "gentille belle-fille".

    Lundi: journée slow motion à La Glanerie. Soleil et ciel bleu, vert pelouse et sapins, bleu de tous les bosquets, si cher à papa. Soleil qui me réveille, ce que je n’ai jamais chez moi. Petite papote mère-filles, préparer le déjeûner entre deux pauses soleil. Déjeûner dehors sous le noyer. Quelques petits moments de plaisir avec Clara. Nonchalance et ralenti. C’est le moi "un jour à la campagne".

    Mais il faudrait tout un mois, au moins, pour décliner une facette de tous les "moi’…

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  • De la légèreté à la sérénité

    En passant par la pesanteur.

    Le demi-siècle se profile à l’horizon. Et la métamorphose s’amorce. Je la sens venir doucement. La légèreté qui m’a habitée jusqu’ici s’évapore petit à petit. Je prends du poids dans tous les sens du terme. Mes pieds s’ancrent de plus en plus dans la terre ferme.

    Cette impression sourde d’avoir passé, non sans regrets, une trentaine d’années dans la légèreté, papillon superficiel, contente du simple bonheur d’avoir tout, toute une famille au-dessus, en-dessous, en pleine forme, des enfants superbes, heureux, gais, un mari superbe, heureux, gai et fort, des amis, des boulots sympas, pas de soucis ou si peu. Des lectures légères, Cosmo, Elle, Voici, Voilà, Ola et Comment ça va ? Peu de plomb dans la cervelle, le coeur en bulle de savon. Une boulimie de tout, gourmande et gourmette. A déguster, lire, visiter, voir, écouter, danser, sans jamais être rassasiée.

    Alex12web_jpg Et voilà que le manège ralentit. Après s’être accéléré dans un tourbillon de plus en plus fou à me donner le vertige de tant d’envies.

    Que s’est-il passé ? La pesanteur physique m’entraîne-t-elle à ce point vers le bas ? Les grands enfants, grands tourments pèsent-ils si lourd dans la balance de mes soucis ? La sagesse me gagnerait-elle ?

    Mes désirs de voyage se calment comme après une tempête, j’accepte que je ne lirai pas tout, quoi qu’il arrive, ne rien faire ne m’angoisse plus autant qu’avant, les magazines légers ne m’amusent plus que très mollement, ….

    Est-ce vraiment la sérénité qui s’installe ? Je ne me mesure plus aux jolies trentenaires fraîches et alertes, je pointe dans mon collimateur les vieilles dames dignes et élégantes. Je me suis surprise à recommander à l’homme de préparer notre vieillesse.

    Plume

    Cet état un peu particulier est-il passager ?

    Am I actually out of gas ? Should my youth already rest in peace ? Am I really over the hill ?