Catégorie : Moi, je

  • Stromboli sous banquise

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    Je suis une extrême. Chez moi, la vie est très rose ou très noire. Jamais grise. Heureusement elle est généralement très rose.

    Pour peindre un jour en noir, il suffit de très peu de chose. Parlez-moi de manière désagréable ou, pire encore, de manière agressive. Tout s'assombrit en un instant. Jour d'éclipse, jour de tempête, jour de cyclone.

    Tout prend des proportions dramatiques. Au bureau, je démissionne; en couple, je divorce; les enfants, je les vends à bas prix quand je ne les donne pas. J'ai un côté Sarah Bernhard, version cinéma muet. Parce que j'explose peu (j'entends d'ici mes enfants crier au mensonge éhonté), je rumine, je boude, je macère ma colère. Parfois, j'écris des mails incendiaires à ceux qui m'ont agressée verbalement. Parce que je suis incapable d'exprimer ma colère oralement sans me mettre à pleurer. Et au bureau, ça le fait pas. Ou plutôt si, ça fait très mauvaise impression.

    Comme lorsqu'il y a deux semaines, j'ai explosé très froidement par écrit, j'ai eu la visite de la moitié des managers, parce que bien sûr le mail avait fait le tour, et ils sont tous venus s'enquérir de la race de la mouche qui m'avait piquée, moi, la douce, la reine du compromis et de la diplomatie. Et en fin de parcours, les félicitations du Directeur qui trouvait qu'en fait, j'avais bien fait.

    Et pas plus tard qu'il y a deux jours, lorsque l'Homme et les enfants ont regardé – sans moi et en mon absence – un épisode d'une nouvelle série (Battlestar Galactica) apportée par le grand Saint, sous prétexte que je n'avais pas eu eu l'air d'apprécier le premier, j'ai bien sûr manifesté, sobrement d'abord, ma désapprobation. Mais devant la mauvaise foi crasse de l'Homme, j'ai boudé plus profondément à la Soupaloignonycrouton. J'ai pris mes quartiers (et mon oreiller) dans le divan du salon – et j'ai mal dormi -, j'ai pris le bus au lieu de me faire conduire comme tous les matins – et je suis arrivée en retard – et comble du comble, j'ai regardé l'épisode raté, mais comme on ne m'explique jamais rien dans cette famille, je me suis trompée, j'ai regardé l'épisode suivant. Je suis donc en avance d'un épisode sur eux. Et je ne me suis même pas rendu compte que j'avais raté des morceaux. C'est dire comme je comprends toute l'intrigue de cette fichue série…..

  • TGIF*

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    Ouf ! J'ai cru que cette semaine ne finirait jamais. Elle est pourtant passée comme l'éclair. Mais je voulais tellement arriver au bout de ces 5 jours pour pouvoir dormir au moins une heure de plus demain matin. A force de ne plus bien dormir, je ne pense plus qu'à ça, moi. 

    Mais j'ai repris la barre à terre le lundi et le badminton le mercredi, alleluia ! Déjà ça aide pour dormir un peu mieux. Mardi, théâtre, pièce italienne (en français) sur la vie en usine en Italie avant et pendant les années Mussolini. J'ai quand même piqué du nez à certains moments mais c'était bien. Et hier, théâtre divertissant: la Revue 2010, spectacle d'auto-dérision purement belgo-belge sur les événements, politiques et autres, survenus en Belgique (et un peu aussi dans le monde) en 2009. La valse des gouvernements, le dossier inscriptions dans les écoles, les élections, le retour de Justine Henin et Kim Cleysters, la mort de Michael Jackson, la grippe H1N1, les pistes cyclables à Bruxelles, le succès du bio et j'en passe. J'ai ri aux larmes à deux reprises et là, j'avoue, c'est le meilleur somnifère. Je n'avais plus aussi bien dormi que la nuit dernière. 

    Demain, coiffeur, shopping St Nicolas et pré-Christmas, dimanche, anniversaire de ma belle-soeur. Ca commence à sentir un peu Noël !

    * Thank God, it's Friday !

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  • Manger un éléphant

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    Ma Swiss'Sis est en plein sur-ménage. Elle travaille à plein temps, d'arrache-pied et comme une bête; elle s'attaque à son troisième ou quatrième (je ne compte plus) diploume; et elle emménage dans une semaine dans sa nouvelle maison qui n'est visiblement pas prête: pas de cuisine (pas grave, ils mangeront au boulot), pas de parquet (pas grave, ils stockeront leurs caisses ailleurs), pas de douche, pas de bain (pas grave, ils se laveront dans leur ancien appartement, encore quelques semaines à leur disposition), pas de sanitaires (là ça se corse, ils habitent en pleine campagne, mais tout de même). Elle est donc, comme qui dirait, un chouia dépassée. 

    Je compatis ô combien. Je connais tellement bien ce sentiment d'impuissance et de lutte contre le découragement.

    Un de ses professeurs a dit, très rationnelle: "Pour manger un éléphant, il faut mâcher un morceau à la fois". Pas bête, la dame !

    Moi, pour le moment, je ne déménage pas, je n'étudie plus, mais je croule sous le boulot en cette fin d'année. Et j'avoue avoir envie de baisser les bras devant le mammouth qui m'écrase les pieds.

    Alors, je pense à la remarque de ce sage professeur: mâcher une besogne à la fois.

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  • Regard aimant

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    "Etre vivant, c'est être vu, entrer dans la lumière d'un regard aimant" C. Bobin

     Ce weekend, j'ai "vu" de jolis êtres vivants: 

    – La dame de la poste. Je fais la file avec l"homme pour retirer un colis. La préposée n'a pas l'air d'humeur guillerette. L'Homme – qui, à force de râler, voit des ronchons partout – me dit "Ca y est, encore une ch… !". Tout de suite, quelque chose en moi pétille, j'adore relever ce genre de défi: forcer les gens à sourire. Et neuf fois sur dix, ça marche ! Celle-ci n'a pas fait exception. Notre tour arrive et bien sûr, le colis a été envoyé à mon nom d'épouse; et bien sûr, les cartes d'identité belges ne mentionnent plus le nom d'épouse; et bien sûr la dame lève un sourcil. Je prends les devants et l'assure que c'est bien moi et que les C.I. belges ne mentionnent plus etc. Elle se radoucit avant même de râler. Puis, ça ne rate pas, elle ne trouve pas le colis; elle cherche, elle cherche, mais ne trouve pas. Et je vois bien qu'elle ronchonne. Après cinq bonnes minutes, elle finit par mettre la main dessus. Elle revient en râlant qu'heureusement elle l'a trouvée parce que parfois…. Et là j'en rajoute avec mon plus beau sourire: "Et c'est là que les clients râlent et s'impatientent…, n'est-ce pas ?" Et elle relève la tête, vindicative: "Ah mais ceux qui râlent, et bien je prends encore cinq minutes de plus pour aller aux toilettes et les faire attendre encore plus !". J'adore les préposées ronchons, elles sont délicieuses 🙂

    – L'accordéoniste dans la rue qui jouait merveilleusement bien et à qui j'ai rendu son sourire enjôleur.

    – Le touriste espagnol épuisé qui suivait sa copine ou sa femme en portant les paquets et qui, à trois heures de l'après-midi, lui lance, visiblement à bout: "Pero yo tengo hambre, non ho comido todavia, sabes !?" (Mais j'ai faim, moi, je n'ai pas encore mangé, tu sais !?). Dieu sait ce qu'elle voulait encore lui faire faire, l'estomac vide, cette petite nana !

    – La fleuriste du marché qui fait des bouquets splendides et très proches de la nature parce qu'elle m'a dit si joliment "Ah, vraiment, j'adore toutes les saisons !" en mariant pour mes beaux yeux des hortensias couleur prune avec des feuilles oranges, rouille et marron. Et aussi "Ah, mais ce n'est pas la fontaine de Trevi, ici !" parce que j'avais laissé tomber une de mes pièces dans un seau de fleurs.

  • 300

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    300ème billet aujourd'hui. Contrairement au 200ème, plus d'états d'âme sur le thème de "je continue ou j'arrête ?". Je continue, persiste et signe. 

    Pour mes 50 ans, j'avais une envie de cadeau bien précise: une cabane en bois au fond du jardin. Une petite maison de poupée rien qu'à moi où je peux aménager ce que je veux, comme je veux; bricoler ce que je veux, mettre la musique que j'aime, inviter qui j'ai envie, lire, écrire, tricoter, broder. Pas coudre, je sais pas coudre. Construire mes maisons de poupée. Découper des images, des recettes; préparer des voyages; faire des réussites; dormir….

    Mais ils ont tous trouvé l'idée saugrenue. Et se sont retranchés derrière une barrière imparable: Il faut un permis de bâtir, chère amie !

    Je n'en parle plus mais l'idée reste tapie dans l'ombre et attend la parade.

    En attendant, ce blog est ma cabane au fond du jardin. C'est mon chez-moi. Je dis ce que je veux. Enfin, pas tout mais beaucoup quand même. Je veille juste à ne heurter personne. J'essaye.

    Mais c'est mon domaine. J'aime écrire, j'écris et pour une fois sans modestie aucune, mais alors pas la moindre, j'adore me relire. C'est exactement ce que j'aurais écrit si c'était moi qui l'avais écrit :-). J'aime relire ces moindres détails que j'aurais déjà oubliés si je ne les avais pas consignés ici (je n'ai pas la mémoire d'éléphant de ma maman), j'ai l'impression d'avoir vécu quelque chose et pas simplement du temps qui passe, même ces petites choses insignifiantes qui font de nos journées de jolis moments. 

    Alors, je suis loin de vouloir arrêter aujourd'hui. Au contraire, je bouillonne de plein d'idées et de billets. Et pour commencer cette quatrième année "bloguesque", j'inaugure trois nouvelles catégories:

    – Tu savais que ? : souvent je lis des trucs que je voudrais partager. Si j'y pense, je le dis à l'Homme mais en général, ça s'arrête là. Et je voudrais consigner quelque part ces petits riens qui m'épatent. Alors plutôt que de les coller dans un petit carnet, je viendrai les partager ici.

    – Petites phrases et grands mots: Dans les romans que je lis, les blogs que je visite, les films ou les pièces de théâtre que je vois, il y a de temps en temps des phrases qui me marquent et m'emmènent plus loin dans mes réflexions. De la même manière, pourquoi ne pas les partager ici ?

    – Il était une fois moi: ça, c'est pour moi, mes enfants, mes éventuels petits-enfants. Tous les souvenirs qui affleurent au gré d'une musique, d'une photo, d'un parfum, je voudrais les thésauriser ici.

    Moi qui me tais pour mieux écouter, moi qui parle peu de peur de dire des bêtises, j'ai trouvé mon escale quotidienne où poser tous les mots tus qui dorment en moi. 

    Ma cabane au fond du jardin virtuelle est mon repère de sorcière, ma caverne d'Ali Baba où je garde tous mes trésors pour en faire cadeau à l'Homme, à mes enfants, mes petits-enfants peut-être aussi et à tous ceux que j'aime. Et de temps en temps, jouer les Harpagon et les admirer. Ô ma chère cassette !

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  • Les cailloux dans les chaussures

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    Il y a deux petits cailloux dans mes bienheureuses chaussures. Vous savez, ce genre d'intrus dont on ne sait pas trop comment ils se sont glissés à l'intérieur de votre vie et vous empêchent d'avancer tranquillement. Qui deviennent source de gêne et d'agacement. L'un s'appelle "Réfugiés", l'autre "Sans abris". 

    D'accord ce sont deux sujets à la mode, on en parle beaucoup, ils laissent rarement indifférent. Mais les uns et les autres habitent littéralement en bas de chez moi. 

    MS a abordé la question des réfugiés, @nn@ celle des sans abris. Et mon billet dort au fond d'un tiroir depuis 6 mois. Je n'arrive pas à l'écrire. Parce qu'il y a tant à dire, à débattre, tout et son contraire. 

    Les réfugiés à qui il faut ouvrir les bras, cela semble aller de soi, que nous importent les frontières, les états, la protection des intérêts des indigènes (facile à dire, quand on a un bon boulot, qu'on ne se sent aucunement menacé); les réfugiés qu'au contraire, il faut aider chez eux et non pas chez nous, cela semble logique aussi, les situations économiques, politiques et autres que nous avons en partie créées chez eux et qui les font fuir un pays qu'ils ne voulaient, pour la plupart, ne pas quitter, au même titre que tous les leurs qu'ils laissent derrière eux sans savoir s'ils les reverront. 

    Les sans abris, à qui j'ouvrirais bien ma maison, salle de bains en premier parce que j'imagine naïvement que c'est ce dont ils auront le plus envie, alors que franchement, ce n'est pas leur préoccupation première, puis un matelas dans le salon – je n'ai pas de chambre d"amis à offrir – mais bon, combien de temps, pourquoi un et pas deux, trois (au-delà j'ai plus de matelas). Et bien sûr, monsieur, madame, vous venez sans votre litron ou votre canette de bière parce que bon, ….  Et puis finalement on ne résout rien, il y a plein de choses plus efficaces à faire que d'ouvrir sa maison pour rendre sa dignité à quelqu'un qui l'a complètement perdue. Là, ça me rassure déjà de ne pas mélanger ma vie privée et ma bonne conscience, en vraie petite bourgeoise que je suis. Alors, s'il y a plein de choses plus efficaces à faire, pourquoi suis-je là à écrire un billet pour le dire plutôt que de me bouger les fesses ? 

    Pourquoi je n'arrive même plus à les regarder dans les yeux alors qu'il y a six mois encore, j'en saluais certains comme mes voisins qu'ils sont, persuadée qu'un bonjour par jour valait peut-être plus qu'une pièce donnée sans regarder. 

    Enfin, bref, je voudrais que ça bouge et je ne bouge pas, je me sens hypocritement impuissante et faussement démunie. Et pendant ce temps-là, je dors plus ou moins tranquille….

    Peut-être que de l'avoir écrit suffira à me faire grandir….


  • Amulettes et grigris

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    Je crois que vous l'avez toutes compris, j'ai eu peur mercredi dernier. Pour toutes ces raisons obscures et irraisonnées mais incontrôlées. J'ai transmis mon angoisse à l'Homme qui peut être curieusement superstitieux, lui le roi du rationnel. Et j'en suis désolée.

    Pendant la matinée qui a précédé l'intervention, je suis passée par toutes les phases de la superstition, de l'angoisse pure et du camouflage-blindage.

    – J'ai lu mon horoscope qui disait: Santé: "Vous vous sentez pleine d'énergie mais ce soir vous vous sentirez tout à fait à plat !". Ah, ça, c'était assez perspicace.

    – Au départ de chaque enfant qui partait pour l'école, j'ai pensé "c'est la dernière fois que je le/la vois". Anaïs est partie sans me regarder, cela valait mieux pour toutes les deux, Quentin m'a décoché son sourire "Allez, ça va aller" et Maïté son regard "T'as pas bien fini de nous emm… avec ton cinéma ? Y'a rien du tout qui va se passer !". A l'Homme, j'ai dit "A tout à l'heure !".

    – J'ai regardé la video d'Ally et Barry avant de partir.

    – Dans le tram qui m'emmenait vers l'hôpital, deux étudiantes grignotaient chacune un sandwich sous mon nez, moi qui étais à jeun pour l'intervention et j'ai eu une pensée mélodramatique "Vous ne savez même pas ce qui m'attend" et une envie furieuse de mordre dans leur petit pain.

    – J'ai marché dans les feuilles mortes et j'ai pensé "Si je trouve un beau marron bien lisse, ça ira." J'en ai ramassé deux.

    – La dame qui a rempli les papiers à l'admission m'a dit "Courage !" et je suis arrivée en larmes à l'étage de ma chambre.

    – Je me suis sagement déshabillée et j'ai réalisé que j'avais mis un pull mauve et j'ai pensé "c'est une couleur d'enterrement".

    – Le médecin est venu, a dessiné des repères sur ma peau et il a dessiné une croix, pas un plus, une vraie croix, et j'ai pensé "Et merde… !"

    Et puis, j'ai essayé de me relaxer, il me restait une heure avant qu'on vienne me chercher. Eh ben non, ils se sont trompés et sont venus me chercher après dix minutes à peine. Arrivés au sous-sol, ils se sont rendu compte de leur méprise (encore heureux…. 🙂 ) et j'ai attendu deux bonnes heures, parquée dans l'antichambre. Et là, curieusement, je me suis détendue et endormie.

    Aujourd'hui, je respire, tout cela est derrière moi mais je dors comme un loir. Ce n'est plus d'amulettes dont j'aurais besoin mais d'allumettes pour tenir les yeux ouverts. 

  • Le revers de la médaille

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    Aussi loin que je remonte dans mon enfance, l'expression "toute médaille a son revers" est imprimée en moi comme un tatouage indélébile. Depuis toute petite, j'ai toujours pensé: "Si je suis punie aujourd'hui, c'est le prix à payer pour l'excellente après-midi que j'ai passé chez telle copine", "Si on tombe en panne de voiture en voyage de noces en Grèce, c'est parce qu'il a fait magnifique le jour de notre mariage". Etc. On ne peut pas tout avoir. Et le bonheur a un prix. 

    Oh, je vous entend d'ici. Je sais, c'est ridicule. Mais c'est ancré en moi. D'où ça vient ? Probablement une espèce d'héritage judéo-chrétien, plus ou moins inconscient, plus ou moins collectif. Je veux bien lutter contre ce sentiment absurde mais c'est plus fort que moi.

    Le jour où j'ai embrassé pour la première fois un garçon (l'Homme en l'occurrence), j'ai oublié toute notion du temps et j'ai passé 4 ou 5 heures en sa compagnie sans prévenir mes parents (le téléphone portable relevait encore de la science-fiction) et je me suis prise une gifle proportionnelle à leur angoisse. J'ai pensé "Normal, c'est le revers de la médaille!".

    Le jour où, quelques heures après l'accouchement, l'infirmière de service s'est extasiée devant la plus belle petite fille du monde et que, devant ma lippe tellement déçue à la découverte d'un paquet phénoménal de vergetures chiffonnant ma peau, elle m'a dit "C'est le prix à payer pour une si jolie petite fille", j'ai pensé "Elle a raison, c'est le revers de la médaille".

    Ce revers de la médaille me hante et souvent, quand tout respire le bonheur parfait autour de moi, je chasse les fantômes de médaille qui me narguent et me susurrent "Profites-en, cela ne va pas durer."

    Et voilà, dans trois jours, je vais me faire opérer d'une bêtise, la rectification d'une vilaine cicatrice. J'en profite pour m'offrir une coquetterie (non, non, je ne suis pas une adepte du lifting, pas de panique !). Et comme cette intervention n'est pas vraiment nécessaire, je gamberge. Vais-je devoir payer ce petit luxe le prix fort ? Et j'ai peur. 
  • Multiplication de tables

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    Je prend de bonnes résolutions deux fois l'an: le 1 janvier, comme beaucoup, et juste après les vacances d'été. Une des bonnes résolutions récurrentes porte invariablement sur l'alimentation saine et la remise en forme. 

    Mais cette année-ci, la résolution tourne à l'obsession, à l'orthorexie – toute virtuelle malheureusement. Je passe des heures à penser mon alimentation, je planifie des menus plus sains (la planification des menus, ça c'est pas nouveau), je lis à n'en plus finir tout ce qui peut être lu en la matière. Je calcule mon indice de masse corporelle puis j'en fais tout un fromage.
     
    Je démarre la journée avec un pseudo-pancake de régime protéiné, j'emporte avec moi une pseudo-omelette protéinée. Puis je pense aux 5 portions de légumes et 5 portions de fruits par jour en n'oubliant pas un légume vert et un légume orangé chaque jour, que bien sûr je ne mange jamais sur une journée, le poisson deux fois par semaine pour les oméga-3, la poignée de fruits secs pour les minéraux et les vitamines, la banane pour le potassium, etc… Puis je joue à la table des calories tout en surfant sur la vague bio, cuisine vive et graines germées. 

    J'écume avec plaisir les rayons des magasins bio et je veux tout essayer: les pâtes au kamut, la sauce tamari, le pain essénien (un pur délice), …. 

    Et cerise sur le gâteau, je tiens absolument à m'inscrire à l'antenne locale du mouvement Slow Food – c'est sur ma liste de grands projets depuis au moins 3 ans -. 

    Et puis toutes mes résolutions – et mes envies profondes, pour être honnête – retombent comme un soufflé devant:

    – les reine-claude ramassées au jardin qu'il faut absolument manger d'une manière ou d'une autre, càd en confitures, tartes ou clafoutis
    – les mûres en crumble
    – le collègue qui m'invite à raconter ses vacances devant une pizza
    – une soirée resto avec Josiane et Cat ou avec Véro
    - les petits chocolats et autres douceurs ramenés par les collègues de leurs différents lieux de vacances. 
    – la baguette croquante
    – les cacahuètes sous mon nez
    – le sorbet de pommes crème à la cannelle qu'Anaïs a expérimenté
    – …..

    D'accord je veux le beurre et l'argent du beurre: la taille de guêpe et le teint de pêche mais sans renoncer aux plaisirs du palais. Je pédale dans la semoule et cette histoire va tourner au vinaigre. Je sens la moutarde monter au nez des diététiciens que je consulte et ils vont m'envoyer me faire cuire un oeuf. Ce sera bien fait pour ma pomme. J'arrête ici, je crois que je deviens franchement indigeste…

  • Le vrai farniente

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    Nous sommes
    tous les cinq des bêtes de plage. A des degrés divers. L’une aime à petites
    doses et mélange la carpette et l’eau, d’autres sont des crèpes pur sucre et
    dévorent les bouquins à l’horizontale, face puis pile et alternent de temps en
    temps en position assise, d’autres encore n’arrêtent pas de bouger – frisbee,
    ballon, raquettes, cerf-volant, plongeons – et ne s’allongent que très
    rarement.

    Certaines
    sont également plus sensibles que d’autres au vent. Quand d’aucuns y voient une
    occasion rêvée de soumettre le cerf-volant à de nouvelles prouesses, d’aucunes
    préfèrent ne pas mettre le nez… au vent. 

    Une de ces journées dédiées à St Eole, je suis restée
    l’après-midi entière à la maison et j’ai bullé, complètement bullé. Je n’en ai
    pas profité pour repasser ni pour préparer l’un ou l’autre article, ni même
    pour avancer dans le bouquin en cours. J’ai juste bullé. Ma bulle à moi, ce
    jour-là, était de fantasmer sur des journées imaginaires pour les prochains
    mois à venir: "alors on disait que toutes les six semaines, je partirais en
    weekend et puis on disait que toutes les cinq semaines, j’organiserais un dîner
    et puis…", etc… Comme quand j’étais petite fille et que j’imaginais ma vie
    d’adulte. J’ai joué longtemps, très longtemps à ce petit jeu, aussi longtemps
    que j’ai eu du temps pour buller. En gros, jusqu’à l’arrivée du premier bébé.
    Se pourrait-il que le temps des bulles revienne ?