Myosottises

  • Compte à rebours

    Épinglé par Zeenat Nazeer sur Good pics en 2022 | Fond d'écran téléphone  Dessin de paysage fantastique  Fond d'ecran dessin

     

    J'ai commencé ce blog trois mois après avoir commencé mon dernier job. Il aura duré 16 ans soit plus d'un tiers de toute ma carrière professionnelle. Moi qui ne restais pas en place plus de quatre ou cinq ans, je n'en reviens pas d'être restée au même endroit si longtemps. 

    Aujourd'hui, le compte à rebours a commencé. Dans 15 jours exactement, je rends mon tablier. J'ai travaillé pendant 40 ans. Une demi-vie. J'ai aimé tous mes boulots et même si je suis fatiguée et contente de m'arrêter, j'appréhende un peu ce moment charnière.

    Ce n'est pas tant ce qui est devant moi qui me fait peur mais je redoute de ne plus être exposée à la différence. Ce que j'aime dans ma vie professionnelle, c'est la rencontre avec l'autre, son vécu différent, sa vision du monde différente de la mienne. D'autant que j'ai eu la chance de travailler dans un environnement multi-culturel, sans doute trop européen à mon goût plus large mais néanmoins suffisamment vaste pour être confronté à la différence. Pas grand chose de commun entre une Croate et une Suédoise. Et c'est ce que j'ai aimé infiniment toutes ces années.

    Alors oui, j'ai une petite boule au creux du ventre, en partie à cause de cela, mais aussi parce que je ne côtoierai plus au quotidien ces collègues d'une longue partie de ma vie, que j'ai aussi aimés infiniment, chacun et chacune à leur manière.

     

  • Amalia

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    Dans FAMILLE, il y a toutes les lettres pour écrire les mots FILLE et AMALIA. Petite fille attendue pour clôturer l'an 2022, sa maman aurait bien voulu qu'elle n'arrive pas trop tôt – elle voulait fêter ses trois Noëls, le Noël chez ses beaux-parents, le Noël avec sa famille et le "Noël des restes" -, pas le 31 non plus ni le premier de l'an – pour ne pas rater le réveillon, le concert du Nouvel An et la choucroute de l'an neuf – et pas trop tard – pour la galette bien sûr.

    Sa maman tradition, famille, tout ça tout ça. Alors cette petite fille a décidé de faire plaisir à sa maman (aussi pour respecter la tradition des petites filles qui adorent faire plaisir à leur maman) et elle s'est glissée entre toutes ces fêtes pour se présenter le 3 janvier, histoire de permettre à sa maman d'être sortie de la maternité pour les Rois. Elle mérite sa première couronne !

    Quant à ta grand-mère, petite Amalia, elle attend avec impatience de te rencontrer. Tu es née en hiver comme elle, le même mois, le même décan, c'est déjà bon signe. Tu portes le nom de sa propre grand-mère, la reine des traditions familiales, c'est déjà bon sceptre.

    Allez, petite sixième de la troupe, tu vas voir, c'est très chouette les traditions !

  • Noël joyeux

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    Les années se suivent mais heureusement ne se ressemblent pas. Après le messy Christmas de l’année dernière, celui-ci fut joyeux.

    C’était « l’année des belles-familles », donc on a fêté le 25 décembre. On a commencé plus tôt pour éviter que les pioux ne s’écroulent avant les desserts et pour finir c’est Mamy L. qui a déclaré forfait avant le chariot de douceurs, comme l’année passée. Du coup, Anaïs et Simon l’ont embarquée sans prendre de dessert non plus. Les pioux, eux, étaient toujours sur le pont pour une petite mousse au socolat.

    Le lendemain, on a fêté une sorte de « Boxing Day » avec les enfants et les pioux. Mais cette fois, ce ne sont pas les employeurs qui offrent un cadeau à leurs employés mais les enfants qui nous ont outrageusement gâtés. Lui a reçu une bouteille de whisky, un cigare, une BD et un petit livre « Comment cuisiner le sapin« . Moi, trois livres de cuisine dont un que j’avais repéré chez le libraire sur « Les desserts de Ballymaloe« , endroit mythique en Irlande pour nous, un manchon de cou, troooop bien, de longs gants gris souris et une broche comme je les aime. Last but not least, un carnet de dessin et une boite de Caran d’Ache. J’ai dit que j’allais dessiner, il va falloir que je m’y mette. Je le répète, gâtée comme jamais.

    Et cerise sur le cheesecake, Anaïs a pu participer à ses trois Noëls, sans devoir passer par la case maternité.

  • Le tourbillon de décembre

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    On devait aller déjeuner le jeudi, j'avais reporté sans bonne raison (trois déjeuners sur la semaine c'est trop pour ma ligne courbe), il est mort le mardi matin juste après minuit. C'était mon collègue le plus sympa, le plus drôle, le plus généreux et le plus humain de ces quinze dernières années. Il avait pris sa retraite le 1er mars et sa femme le 15 novembre. Ils auront eu le temps de réaliser leurs projets pendant 3 semaines. C'est court. Je n'ai toujours pas bien intégré cette disparition, tellement inattendue et irréelle. Je voulais organiser ma fête de départ au même endroit que lui, aujourd'hui c'est tout simplement impensable. Même de faire une fête d'ailleurs.

    Le sapin est enfin monté. Il nous faut toujours quelques jours. Un jour pour monter la bête, un jour pour mettre les circuits dans l'arbre. Un jour pour les enlever parce que finalement ils ne sont pas bien mis et les arranger à nouveau. Un jour pour accrocher les boules. Un soir pour le contempler avec la satisfaction habituelle. 

    La semaine de mon retraité maison a été tout simplement infernale. Il est devenu la personne de référence de l'immeuble et le syndic donne son numéro de téléphone à tous les corps de métier qui débarquent. Lundi, se lever pour accueillir la livraison de mazout pour l'immeuble alors que nous sommes les seuls qui ne sommes pas chauffés par cette source. Constater que les caves ont été "visitées", prévenir tout le monde, recevoir la police, essayer de ranger un peu tout ce que les voleurs ont retourné, accueillir le toiturier pour un devis. Puis courir sortir le chien de sa soeur empêchée à midi. Mardi découvrir une nouvelle visite des voleurs de cave, attendre la société qui devrait réparer la porte d'entrée qui ne ferme plus, en vain, ils décommandent à cause du temps.  Attendre le chauffagiste parce que malgré la livraison de mazout, une partie des habitants n'est toujours pas chauffée. Il ne viendra pas non plus parce qu'on n'arrive pas à se garer au centre ville. Aller chercher Maoh à la crèche, le ramener chez lui. Mercredi attendre toujours le chauffagiste qui finalement reportera une nouvelle fois parce que trop d'interventions d'urgence, filer sortir le chien à nouveau, attendre un corps de métier pour un devis pour un dégât des eaux chez ma maman qui lui aussi reporte au lendemain, revenir attendre un autre chauffagiste. Jeudi on prend les mêmes et on recommence. Cette fois-ci, ils sont au rendez-vous. Aller chercher Jules et Sam à l'école et à la crèche pour cause de papa exceptionnellement indisponible et de maman pas en état de "marche". Vendredi, le chauffage tombe à nouveau en panne et comme les convoyeurs, l'Homme attend. La retraite, donc. 

    Weekend de pioux, ils ont défilé tout le samedi à tour de rôle, un moment tous ensemble, le temps de laisser leurs parents faire leurs courses de Noël, on a cuisiné, joué, parlé, trinqué. Bonheur. Cette bande me plait tellement. 

    Et ce soir, je finis d'écrire le discours de la fête de départ à la retraite pour une collègue que j'adore. Ah oui et j'ai lavé tous les ours de la bibliothèque. Ils se réchauffent au coin du feu.

    Bref, le tourbillon de la vie.

  • Le grand Saint

     

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    C'est le surnom qu'on lui donne entre adultes dans cette famille. Comme on dirait le grand Jacques ou le grand Léon. Dans le calendrier, on inscrit "Brunch du grand Saint". 

    Cela fait 35 ans sans interruption que nous fêtons St Nicolas. En gros, le grand Saint n'a jamais arrêté de visiter notre cheminée, quel que soit l'âge de ceux qu'on appelle encore les enfants. Et quand sont arrivés les valeurs ajoutées et la TVA (trésors de valeur absolue), il n'a pas lésiné. De toute manière, sa hotte est extensible, jamais elle ne lui semble trop lourde. 

    Quand nous habitions en Italie, il nous a même fait l'honneur de nous rendre visite à la maison à condition que nous invitions tous les enfants du bureau qui lui avaient écrit, les petits Allemands, les petits Néerlandais, les petits Alsaciens et les petits Belges bien sûr. Quelques petits Français et Italiens se sont joints à nous, considérant que ce n'était jamais trop de solliciter St Nicolas en même temps que le Père Noël ou la Befana. Plus on y croit, plus on y gagne.

    Cette année, il était très attendu par ceux qui ont bien compris qu'après leur maison, ils passent chez Bonnie et Nonno, a fortiori si on est invités à déjeuner tous ensemble. Ça sent le hotte parade ! 

    Cette journée est pour nous notre petit Noël avant Noël, le Noël de la tribu avant le Noël de la grande famille. Le plaisir d'être ensemble, de petits plats dans les grands et des cadeaux.

    Je ne m'en lasse pas. L'Homme fait les gros yeux sur le budget. On verra l'année prochaine mais c'est la dernière année avant la mise à la retraite de la Grande Sainte (je peux dire ça, après tout, on partage le même "onomastico"). Alors au diable la varice, je verrai l'année prochaine à quel saint me vouer.

     

  • Halloween, olives et contrariétés

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    Halloween, olives et contrariétés, le menu de ces deux dernières semaines. 

    Nous n'avons jamais vraiment fêté Halloween dans notre famille mais depuis que les pioux sont en âge de pouvoir y prendre plaisir, leurs mamans organisent un programme ensorcelé. Anaïs la première avait commencé sur un mode très soft, déguisement gentil, confection de biscuits à thème, activités diaboludiques. Mais cette année, les pioux grandissant, elles se sont lancées à deux dans une préparation démoniaque à grande échelle. Maison playmobil bombée en mauve et orange, personnages de maison hantée, confection de chauve-souris, citrouilles décorées, grand apéro de serpents en pâte feuilletée, de Babybel grimaçants, de seringues de sirop de groseille, confection de biscuits, de tartes aux pommes et surtout grand moment de déguisements, qui en vampire, qui en dragon, en sorcière, en Cruella ou en citrouille. Difficile pour les pioux d'accepter que la fête se termine. C'était tellement ensorcelant !

    Nous sommes partis une semaine rejoindre des amis en Italie pour les aider à la cueillette des olives. Hormis le fait que j'avais opté plutôt pour une semaine de télétravail à l'étranger, compte tenu de mon doigt toujours pas réparé, et laissant à l'Homme le soin d'apporter son aide à la cueillette, c'était une semaine très sympa. Se retrouver tous ensemble, les amis, leurs autres amis qu'on ne connaissait pas, d'autres amis d'amis encore qui nous avaient invités pour un repas chez eux, toutes ces nouvelles rencontres que j'appréhende toujours un peu avant se révèlent neuf fois sur dix tellement enrichissantes. Et la nature, là, au milieu de nulle part, est juste époustouflante.

    Mais cette belle semaine a été gâchée par une gorge en feu, une bouche en ébullition, et la tête pleine de contrariétés nées la veille du départ d'une dispute encore plus stupide qu'inutile avec ma maman. Je n'avais absolument rien à me reprocher – et pour que moi, la meaculpiste née, je le dise, ce doit certainement être vrai – et elle m'a blessée inutilement. Nous avons donc somatisé notre rancoeur mutuelle pendant toute la semaine pour finir par baisser les armes et sécher les larmes.

    Mais une chose est sûre, essayer de contenter tout le monde et de ne blesser personne, c'est se perdre soi-même en chemin. Et je n'ai plus vraiment le temps de me perdre. 

  • Abba road

     

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    C'était mon cadeau de Noël de l'année passée, offert par l'autre Abbamaniaque de la famille. On l'a serti dans un city trip à quatre à Londres: l'Homme, les deux filles et moi. Quentin n'a pas pu être de la partie. Les papas ont été sympas comme tout de garder leurs enfants respectifs pendant 4 jours dont un weekend entier tout de même.

    Et ce fut un weekend de rêve. Que du bonheur ! On a trouvé une petite maison à Greenwich, juste assez grande pour dormir, se faire à manger et passer quelques moments au calme. 

    Anaïs et moi, on avait une belle soirée en perspective et on n'a pensé à rien d'autre avant de partir. Maïté, elle, avait bien préparé ses highlights. Elle nous a emmenés dans un salon de thé installé au milieu de pépinières près de Richmond (à une petite heure de route de Londres). Après une magnifique ballade dans les marais et les bois, nous nous sommes installées pour un sublime afternoon tea. Le truc à trois étages, surmonté d'un joli bouquet de fleurs, garni de petits sandwiches salés et de bouchées sucrées, le tout à tomber. Et quand on croit que c'est terminé, on vous amène les scones, la clotted cream et la confiture de framboises. What a treat !

    Elle nous avait aussi réservé une entrée au Tate Modern pour une installation de Yayoi Kusama "Infinity Mirror Rooms". Très court mais magnifique. 

    On a passé un peu de temps chez Liberty, chez Harrod's – dont on s'est assez vite enfuis tant la clientèle est dégoulinante de luxe et de manque de goût – et chez Fortnum & Mason où on a acheté les meilleurs Scottish eggs ever. 

    On s'est promenés le dernier jour dans le parc de Greenwich et Anaïs tenait absolument à manger un "pie & mashed potato" dans un pub avant de reprendre la route pour Folkestone et le tunnel sous la manche.

    Mais le clou du weekend, c'était ce pour quoi on était venus: le concert d'Abba, tout en hologrammes. Bluffant. Ma première et unique expérience d'hologramme, c'était la Callas sur la scène de Bozar qui avançait de manière mécanique et saccadée en chantant. Complètement décevant. Mais là, on est restées bouche bée devant la prestation. On avait beau savoir que c'était des hologrammes, il a fallu à plusieurs reprises recadrer son cerveau pour qu'il enregistre bien la réalité "non tu n'es pas revenue 40 ans en arrière et non, ils ne sont pas sur scène". C'était un spectacle incroyable extrêmement bien ficelé et très diversifié. Pas une seconde de répit pour l'émerveillement et l'éblouissement. 

    Et pour ne rien gâcher, 4 jours de beau temps à Londres, le luxe suprême.

    Un weekend plus que parfait !

  • Première semaine d’octobre

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    Samedi: Ça y est, c'est la quinzaine du proche-aidant. Pour la quatrième année consécutive, nous sommes en charge de ma belle-mère pendant les vacances de ma belle-soeur. Cette année, à mon grand soulagement, nous ne devons plus assurer la nuit. On y va donc à chaque repas. Cela reste un peu contraignant mais beaucoup moins malgré tout. L'Homme assure les petits déjeuners, les déjeuners en semaine et nous y allons ensemble pour le repas du soir. C'est la seule senior que je connaisse qui progresse au lieu de décliner. Elle a de nouveaux appareils auditifs et entend à nouveau ("Ce lave-vaisselle fait beaucoup de bruit !", "je suis obligée de fermer la fenêtre, les voitures m'empêchent d'entendre la télévision"). Elle a fait le Covid mais c'est un petit refroidissement de rien du tout ! Elle n'a plus un poil sur le caillou mais par contre, il ne manque pas le moindre neurone. Elle est assez impressionnante !

    J'ai aussi trouvé le temps d'aller vite à la recherche d'un manteau noir. J'ai donc acheté un manteau jaune.

    Dimanche: Entre deux allers-retours, on a terminé de monter l'armoire dans une chambre et on va maintenant pouvoir s'éclater à y ranger un maximum de trucs. J'attends ça depuis des lunes. Entre deux autres allers-retours, on a vite fait quelques courses. 

    Lundi: Journée au bureau pour accueillir une petite nouvelle. Sans doute la dernière que j'accueillerai dans ma vie professionnelle. Sur le moment, je n'y ai pas trop pensé, j'étais encore en mode "vendeur". J'ai vanté la magnifique équipe qu'elle rejoignait, moi compris. Sans m'en rendre compte, je me suis comportée comme si on était parties pour travailler ensemble pendant quelques années. Ce n'est que maintenant que je me dis que c'était effectivement probablement la dernière. 

    Mardi: Journée vaccin. Quatrième dose. On ne se pose pas de question, on y va. Il faisait beau, on a marché. Ce serait mieux d'aller se balader en forêt mais faute de mieux, on s'est promenés jusqu'au dispensaire. 

    Mercredi: Le mercredi soir, c'est le moment Maman. On se retrouve Sis'Cile et moi chez elle pour l'aider, principalement dans son administration et sa gestion bancaire autour d'une tasse de thé et de petits gâteaux. Je suis contente de lui annoncer que j'ai résolu une question administrative un peu épineuse et surtout très coûteuse et je m'attends à ce qu'elle exprime une vraie satisfaction voire un peu de joie festive. Mais non, elle est tellement persuadée d'être dans son bon droit qu'elle l'exprime haut et fort. Sans se rendre compte que parfois, on a beau l'être, se battre comme une administration, cela relève d'une confrontation entre le pot de terre contre le pot de fer. Du coup, je suis frustrée et je marmonne dans ma barbichette. 

    Jeudi: Théâtre ce soir avec Joséphine. Il y avait très longtemps. ADN, une pièce qui aborde la problématique des enfants conçus par procréation médicalement assistée et don de sperme inconnu. Surtout ceux qui n'apprennent qu'assez tard que leur père officiel n'est pas leur père biologique. La question est abordée sous tous les angles et avec beaucoup d'humour. C'était drôle, bien ficelé et nous avons passé un très bon moment.

    Vendredi: Je suis un peu dépassée par les événements. Je pensais tirer ma révérence en douceur et préparer ma sortie à mon aise mais encore une fois, les choses ne se passent pas comme je l'aurais rêvé. Ma collègue directe est en longue maladie, mon chef part en vacances trois semaines et une autre collègue nous quitte de manière impromptue. Ma charge de travail est doublée voire triplée et je me noie. Et je voudrais m'enfuir comme à chaque fois. Mais comme à chaque fois, je fais le vaillant petit soldat et je reste sur le pont. Je pourrais invoquer mon doigt cassé qui gonfle de trop s'agiter sur le clavier et ce serait rigoureusement vrai. Le médecin me l'a proposé et l'Homme me le serine à longueur de journée. Mais le sens du devoir me colle à la peau comme une vieille loque. C'est plus fort que moi. 

  • Linda

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    crédit photo: www.nonos.com

    J'ai rencontré Linda à Venise. Dans un jardin où des artistes de tous horizons exposaient des sculptures ou des installations. J'en ai aimées beaucoup, d'autres moins. Mais devant Linda, j'ai eu un coup de foudre. Preuve en est que depuis quinze jours, je pense à elle tous les jours. 

    Elle est sensée incarner la sensualité, la féminité et la joie de vivre à l'état pur. C'est ce que j'ai ressenti tout de suite en la voyant. C'était aussi parfaitement raccord avec mes états d'âme, là, à Venise. Tellement heureuse d'être là, de vivre pleinement tous mes sens (plaisir des yeux partout, pas de voitures, pas de vélos, pas de trottinette, rien que le bruit de l'eau, de la langue italienne, des mouettes dans les oreilles, la chaleur du soleil ou la brise marine sur la peau, plaisirs de palais et parfums subtils chaque jour aussi). On me demande souvent ce que je peux trouver à Venise pour y retourner si souvent. Et bien tout est là, dans ce qui précède. Et Linda symbolise tout ça.

    Elle me montre aussi la voie de ce que je veux vivre chaque jour de ce qu'il me reste à vivre. Elle devient un peu mon phare dans cette nouvelle vie qui s"ouvre bientôt à moi.

    Et puis, et ça ça vaut tout l'or du monde, elle me rappelle quatre petits lutins qui scandaient derrière moi en Normandie: "La patate, la patate, la patate et l'apéro, yeah !". Je ne sais pas d'où c'est venu, j'ai inventé cette marche à quatorze temps qui se terminait les bras en l'air comme Linda, pour patienter avant l'apéro. Ça ne voulait rien dire mais ça nous rendait joyeux. 

     

  • La Mostra, la Biennale et nous

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    C'est la période faste à Venise. Le tapis rouge est déroulé au Lido (enfin ce soir, on enroule les carpettes et on range tout), la Biennale attire une foule hétéroclite mais toujours très avertie et très curieuse. Et puis il y a nous. 

    Pour nous aussi, on déroule le tapis rouge (virtuellement s'entend): dans notre petit sous-toiture où on est attendu comme les vieux habitués que nous sommes, dans nos restaurants fétiches où on nous souhaite la bienvenue comme à des enfants prodigues. La classe !

    On se fait nos petites expos ici et là, sans vraiment tenir compte de la Biennale. Non pas qu'elle ne nous intéresse pas, loin de là, mais on fuit souvent la foule.

    Et puisque le Lido se désétoile ce soir, on irait bien y faire un tour la semaine prochaine.

    C'est comme ça qu'on aime Venise. Vide, éclairée seulement de la pleine lune comme ce soir, les pas rapides de ceux qui rentrent chez eux, seuls bruits dans les rues étroites et le grondement des vaporetti qui ralentit à l'approche de l'arrêt en dessous de "chez nous". 

    D'ailleurs pour vraiment échapper à la Vrénésie, on loge ailleurs sur la lagune, à Murano la calme. Là où personne n'envisagerait de s'arrêter plus longtemps qu'une petite démonstration de souffleurs de verre et acheter quelques menus souvenirs tous soufflés en Chine. Mais derrière la vitrine, il y a les parcs, les enfants, les écoles, les grands-mères et les caddies ou les paniers à provision.

    Venise, Venise, venez-y, voyez et revenez-y.