Myosottises

  • Les Dingos de Disney

     

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    Comment expliquer cette fascination pour Disney ? Je ne m'en lasse pas. Je crois que je pourrais y passer un séjour seule, sans avoir à prétexter y emmener des enfants. J'assume. J'assume aussi avoir transmis ce virus à mes deux filles. 

    Nous ne sommes pourtant pas aveugles ni insensibles aux aberrations totalement en désaccord avec ce que nous aimerions arborer comme valeurs.

    La malbouffe à prix d'or est juste intolérable. J'avais préparé pour le premier soir une bonne salade que nous avons introduits en catimini dans nos valises. On a évité au maximum de consommer tout ce n'importe quoi, à l'exception d'une barbe à papa pour 4 voire 6-7, les mamans et moi tenant absolument à "aider" ces petits anges à se dépatouiller avec ce coton sucré.

    Le plastique est encore très présent, même si beaucoup d'efforts sont déployés pour le réduire drastiquement. Et nous n'avons pas pu résister à l'achat de capes de pluies pour protéger les moins bien équipés. 

    Mais il faut reconnaître que l'extrême propreté des parcs, la gentillesse jamais prise en défaut de tous ceux qui travaillent à cette féérie, les moindres détails léchés où qu'on pose les yeux, tout contribue à rendre ce lieu magique.

    Alors oui, malgré les cordes de pluie le deuxième jour, malgré les files d'attente interminables, certaines sous la pluie justement, la magie a opéré. Et celle qui a été sage comme une image, celui qui a peur de tout et ferme les yeux par défaut, celle qui n'a peur de rien et réclame toutes les sorcières et les dragons à grands cris et celui qu'il fallait surveiller comme le lait sur le feu, tous les quatre ont eu plus d'étoiles dans les yeux que ne peuvent en distribuer toutes les fées de Clochette à la Fée Bleue en passant par la marraine de Cendrillon. 

  • Michèle

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    On ne choisit pas sa marraine. Ce sont les parents qui choisissent, pas toujours avec bonheur mais c’est comme ça. Moi c’est sûr j’ai tiré le gros lot. Dix ans entre toi et moi. Tu aurais donc pu être ma grande soeur. Et quelle grande soeur tu as été. 

     Le plus ancien souvenir que j’ai de mon enfance, c’est cette comptine « je fais le tour du jardin, je tire la sonnette, toc toc qui est là, etc…. », cette comptine que tu me chantais dans le lit, visage contre visage et on riait aux éclats. J’avais 4 ans, tu en avais 14. Mon grand père, ton père, tonnait « vous devez dormir maintenant ! ». Et on riait de plus belle. 

    Mon tout premier film au cinéma, c’est toi, mon premier réveillon de Nouvel An hors de la maison, c’est toi, mes premiers babysittings ce sont tes enfants. 

    Et quelques mémorables fous rires aux larmes. Parce que rire, tu le faisais vraiment bien. J’ai toujours adoré ton rire, et je suis sûre que je ne suis pas la seule ici. 

    Dans le rayon des douceurs, il y a les Bêtises de cambrai, les Calissons d’Aix en Provence, les Baisers de Malmedy. Et puis il y a les Galettes de Michèle. 

    Une institution dans toute la famille. Même mes propres petits-enfants adorent les galettes de Michèle. Tu en faisais des quantités énormes. Et à elles seules, ces galettes symbolisaient toute ta générosité.

    Toute ta vie, tu auras donné sans compter. Au risque de perdre. Mais peu importe, ta générosité a été sans limites.

    Ta vie n’a pas vraiment été un long fleuve tranquille mais ce dont je suis sûre, c’est que ces trente dernières années avec Paul ont été infiniment heureuses. Et je lui suis tellement reconnaissante du bonheur qu’il t’a apporté.

    Cette dernière semaine, après t’avoir dit au revoir, je suis partie quelques jours retrouver des amies et me promener en montagne avec Claude. J’ai pensé à vous et à cette après-midi, à l’hôpital, où Paul t’a rappelé tous les endroits où vous étiez partis en vacances avec la caravane, libres comme l’air et heureux d’être ensemble et en vacances. Tu souriais. Et je me suis jurée de profiter de chaque instant. C’est en quelque sorte le testament que tu nous laisses, involontairement mais sûrement. 

    Un des derniers messages que tu m’as écrit disait « je suis toujours heureuse d’être ta marraine » . Je te retourne le compliment. Et nous sommes nombreux à penser ainsi: nous avons été heureux de te connaitre et nous ne sommes pas prêts de t’oublier.

     

  • Italie 2023 – acte 2

     

     

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    J'ai longtemps hésité. Je ne savais plus si je voulais rester ou partir. Je suis allée la voir le mercredi et je savais en partant que je lui disais au revoir pour la dernière fois. Elle était si faible mais en même temps toujours si présente. Mais je suis partie le lendemain à nouveau pour l'Italie. J'ai pleuré une bonne partie du trajet. Nous avons fait étape à Pontarlier et fatiguée d'avoir pleuré, je suis allée dormir tôt. Sis'Cile a appelé vers 23 heures, je dormais et n'ai pas entendu. Evidemment, je me suis réveillée comme souvent à 1 heure du matin et j'ai vu le message. Elle était partie. Je n'ai pas réveillé l'Homme, cela ne servait à rien. Il y avait des lits pour enfants dans la chambre d'hôte, je m'y suis réfugiée pour pleurer en silence.

    Le lendemain, nous traversions les Alpes. J'étais plus sereine, je savais qu'elle ne souffrait plus. Mais j'étais triste, tellement. J'ai installé l'Homme dans un magnifique refuge de montagne et il m'a amenée à Turin retrouver mes sorcières bien-aimées. Elles m'ont portée tout le weekend et j'ai pu sourire et rire malgré tout. On s'est promenées dans les Langhe, à Alba, à Monforte. On a découvert une église sur une place tout en haut du village. C'était juste magique. Un haut parleur diffusait de la musique de jazz, de blues, de reggae. Un instant, il a passé "Every little thing gonna be all right" de Bob Marley. On a pris une video selfie de nous en train de chanter sur la musique. On chantait faux, on riait mais c'était tellement bien. On s'est passé et repassé la video et on se l'est partagée. Elle restera mythique et quand l'une ou l'autre flanchera, on se l'enverra. 

    Après un weekend d'amitié éternelle, j'ai rejoint l'Homme dans son refuge et on s'est promené en montagne pendant deux jours sous la neige; on a rencontré des bouquetins, des chamois, des marmottes à une distance inimaginable, on aurait presque pu prendre les marmottes dans nos bras et toucher les cornes des bouquetins. C'était fou. Et si on a rencontré dix personnes sur ces deux jours, c'est beaucoup. Un moment hors du temps.

    On est rentrés trois jours plus tôt pour les funérailles mais pendant ces quelques jours en Italie, j'ai fait ce qu'elle m'aurait dit de faire: profiter de chaque instant. 

     

  • Italie 2023 – acte 1

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    Ceci n'est pas une poire

    Cette première année de retraite, on va en Italie, puis en Italie, puis encore en Italie et enfin en Italie. Et on ne dira pas non à un cinquième tour si l'occasion se présente. 

    Donc premier acte: 5 jours fin mars. Virée gastronomique à six. Toujours les mêmes six gourmets gourmands. Ceux avec qui manger est un acte sacré. Alors forcément, l'Italie…. Qui plus est avec un Italien pur jus, sa femme pas italienne mais qui cuisine mieux que toutes les mammas de la péninsule et les quatre autres belges ou anglais qui ont passé quand même plus de cinq ans de leur vie sous la botte du slow food.

    Et tout le séjour nous a enchanté le coeur, les papilles, les pupilles et les oreilles. Et même si le but initial du voyage était d'enfin s'asseoir à la table du plus grand 3 étoiles d'Italie, à l'Osteria Francescana de Massimo Bottura, où le menu dégustation était un voyage à lui tout seul, nous avons aussi mangé avec un plaisir tout aussi grand, même si différent, dans une ou deux petites trattorias à Parme.

    Retour à Parme pour trois d'entre nous qui y avons travaillé et retour pour moi surtout dans l'hôtel qui m'a hébergée pendant un an, face au Duomo, sur la plus belle place de Parme. J'ai retrouvé, intacts, le parfum madeleine de Proust des chambres et surtout, par chance saisonnière, le parfum inégalable de leur glycine couleur…. parme.

    A la descente, nous nous sommes arrêtés à Lausanne chez Swiss Sis qui, elle aussi, nous reçoit autour d'une table qui vous met aussi des étoiles dans les yeux. Et à la remontée, arrêt en Champagne pour faire le plein pour l'année qui vient. 

    On dirait un billet de luxe mais en fait ce n'est qu'un billet d'épicuriens bien décidés à en profiter tant que la vie nous l'offre.

  • Weekend festif

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    Weekend festif veut dire plein d'étoiles dans la tête mais gros désir de couette le dimanche soir. 

    Vendredi soir: soirée Maxime Le Forestier chante Brassens. Deux heures exquises. A vrai dire, j'aime Le Forestier mais j'aime encore plus Brassens. Quelques chansons très connues, d'autres moins grand public mais à notre répertoire malgré tout et quelques pépites découvertes. Pur bonheur.

    Samedi: Visite guidée de l'Aegidium, une salle de fêtes, cinéma, salle de bal, des années 20, rachetée par l'Eglise en 1950 et complètement laissée à l'abandon à partir des années 70. L'ensemble est dans un état de délabrement avancé mais avec un peu d'imagination, on peut y retrouver la beauté du lieu d'il y a 100 ans et pour nous, raviver les souvenirs des années 78 à 82 où il était encore possible d'y organiser des soirées estudiantines malgré l'abandon du lieu. Parmi la quinzaine d'amateurs de ce type de visite, on devait être les seuls à avoir des étoiles dans les yeux, et pas seulement à l'idée des 5000 ampoules électriques que comptait ce palace à sa création.

    On a ensuite récupéré les deux princesses pour l'après-midi et la soirée. Tout s'est passé comme sur des roulettes à l'exception de la nuit. Pour la première fois depuis longtemps, elles ont très mal dormi. Les premiers beaux jours ont fait leur apparition et tout le monde était de sortie en ville. Et je peste tout le choléra du monde sur cette engeance de piétonnier qui nous rend déjà la vie si difficile au quotidien diurne. La nuit, ce n'est que cris avinés, gloussements de poules idiotes, chants criards et faux par dessus le marché, braillements et beuglements, sirènes et alarmes. Dès que le temps s'adoucit, du jeudi au samedi, c'est toujours le même cirque. Et je regrette amèrement le temps où le seul ronron des voitures nous berçait. L'une est restée éveillée de 1 à 2 heures du mat', l'autre, la plus exigeante en heures de sommeil, de 1 à 3 heures. Et moi probablement encore une heure d'insomnie de plus après avoir enfin réussi à fermer ses jolis yeux.

    Dimanche: Alors, oui, préparer un repas pour 13 le lendemain c'est un peu rock'n roll. Heureusement, ils sont arrivés un peu plus tôt et m'ont aidée à finir tout ce qu'il fallait pour fêter dignement l'anniversaire d'Anaïs. Mais forcément, le soir, on s'écroule comme deux vieux chevaux. Et j'ai à nouveau la sensation de ne pas en avoir profité assez, malgré tous les câlins reçus. Mention spéciale pour Sam Sam, venu me chercher dans la cuisine par sa petite main "Viens Bonnie, c'est l'heure du petit 'apéro…". Bien sûr, je ne savais pas qu'on lui avait demandé de ne pas toucher aux petits toasts avant que tout le monde soit là et que je manquais dans le tableau. Ça remet un peu sa sollicitude en perspective mais je préfère y croire….. 🙂

  • Attaquer Mars

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    Mercredi: Petit moment manucure-pédicure-vernis avec les filles, l'une en télétravail, l'autre en congé de maternité. Sappho, Jules et Sam Sam  sont venus aussi puisque les écoles étaient en congé. Enfin pour Sam Sam, c'était une semaine de congé transition entre la crèche et l'école. Puis j'ai emmené les deux aînés chez le coiffeur, ils ont adoré ça. Non seulement aller chez le coiffeur mais surtout y aller à deux. Ils se tenaient la main au bac à shampooing et souriaient béatement. Ils ont dormi tous les trois à la maison et c'était bien.

    Jeudi: Journée avec les mêmes. Ils ont joué toute la journée sans s'ennuyer un seul moment, Jules et Sappho ensemble, Sam Sam tout seul. Et même si c'est difficile à croire, il n'y a pas eu un seul moment de dispute. On a même eu des scrupules à interrompre leurs jeux pour les emmener voir Manneken-Pis et sa soeur Jeanneke-Pis, moins connue, et à vrai dire, moins élégante. Et terminer la promenade glaciale par une bonne gaufre de Bruxelles. 

    Vendredi: Départ tranquille pour Rotterdam dans cette voiture flambant neuve qui vient d'arriver. Chambre d'hôtel au 20 ème étage avec une vue à couper le souffle et même à donner un peu le vertige. Concert de Dalaras le soir, juste tellement bien. Tant qu'il pourra encore donner des concerts, j'irai le voir. Ma fibre hellène vibre sans faiblir depuis tant d'années quand je l'entends et surtout surtout quand je l'entends en public alors que tous ses fans chantent à l'unisson. C'est un plaisir inégalé depuis 40 ans que je le connais.

    Samedi: Touristes dans une Rotterdam glaciale et bruineuse. On a marché pendant des heures sans toutefois jamais s'ennuyer. Entre le vieux port, les parcs, la rue Witte de With, les drôles de maisons cubiques, le Markthal, explosion de couleurs et de parfums et tant d'autres chemins de traverse. On a grignoté quelques marrons chauds puis on est rentré frigorifiés se réchauffer au bar autour d'un ou deux cocktails.

    Dimanche: On a repris la route en passant par les moulins à vent de Kinderdijk et on est rentrés en passant par les cases belle-mère et supermarché. Puis on a passé le restant de la journée à cuisiner ensemble en réécoutant Dalaras et en trinquant au bonheur d'être là tous les deux.

    Lundi: Sam Sam est donc rentré à l'école et ces moments-là m'émeuvent toujours. Pendant ce temps, nous, on a rangé ensemble un meuble, vidé, lavé ce qui pouvait l'être, fait le tri de ce qu'on ne gardait plus, et réorganiser intelligemment. On a retrouvé des trésors, des objets qu'on pensait perdus, des trucs démodés, et il a ciré le meuble. J'adore  ce type de journée.

    Mardi: Petit soin visage le matin. L'esthéticienne me propose un soin régénérant. En gros, elle me perce la peau du visage avec de toutes petites aiguilles pour agresser la peau et l'obliger à se régénérer. J'accepte avant de connaitre le processus, puis subst. Elle y est allée assez fort et je le sens passer. Je regrette de ne pas avoir demandé un soin doux et gentil comme d'habitude s'il vous plait, merci. Je sors de là rouge pivoine comme si j'avais abusé du premier soleil de printemps sans protection. A mon retour, l'Homme s'effraie de mon teint et me demande si c'est normal d'être plus moche après qu'avant un soin visage. Je crois que c'était la première et dernière fois.

    Mercredi: Ma peau se régénère donc. Je passe le mercredi seule et ça me va aussi. Je continue les rangements, je cuisine, je télécharge du Dalaras à la pelle, je repasse, je suis bien. En fin d'après-midi, je rejoins Maman et Sis'Cile comme tous les mercredis. Au moment de partir, le beau-frère de Maman l'appelle pour dire que sa soeur, ma marraine, est au plus mal et qu'il faut envisager de venir lui dire au revoir. On sait qu'elle se bat "contre une vilaine maladie" mais Maman l'appelle tous les jours et elle n'avait pas cette impression, ces derniers jours. Il est vrai qu'elle n'arrive plus à s'alimenter cette dernière semaine. L'Homme, venu nous chercher, ne tergiverse pas et nous enjoint à sauter dans sa voiture et nous voilà partis à 150 km de là. Arrivés vers 21h30, on ne peut que constater qu'elle est dans un état de faiblesse immense. Elle refuse de voir un médecin autre que son médecin traitant, malheureusement parti skier. On parvient finalement à la convaincre de se rendre à l'hôpital le lendemain matin.  Le Covid a frappé et pour quelqu'un dont le système immunitaire est au plus bas, c'est un coup sérieux. Elle va donc rester hospitalisée le temps nécessaire à guérir et reprendre des forces. On y croit.

     

  • Un mois déjà

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    Quatre petites semaines de retraite passées en deux temps trois mouvements. Il y a un mois, je quittais en pleurant et sous les applaudissements tous mes chers collègues. Je suis allée les voir aujourd'hui pour la première fois. On a mangé tous ensemble dans un espace aménagé à cet effet, un coin fauteuils, tables basses et machine à café très sympa. Cela m'a fait un plaisir fou de les retrouver le temps d'un lunch. Elles ont accroché au mur la photo de mon départ et cela m'a émue.

    Je commence à me calmer un peu. La semaine passée au vert avec les deux petits derniers, leurs mamans, leurs chiens et Quentin ont bridé mon impatience. J'ai pris le temps de faire connaissance avec cette merveilleuse petite dernière, d'apprivoiser un peu plus Maoh. Anaïs m'a accompagnée dans le yoga du matin et je l'ai accompagnée dans ses promenades avec le chien dans les sentiers boueux que je n'avais plus empruntés depuis mes 15 ans au temps où je pédalais encore avec plaisir. On est passées à plusieurs reprises devant des lieux très chers à mon enfance, le magasin de mon grand père, la ferme du voisin où j'accompagnais la fille du fermier tout en haut des bottes de foin remisées pour l'hiver, et d'autres lieux que je ne leur ai pas montrés de peur de ressembler à une vieille qui rabâche ses souvenirs d'enfant.

    Mais cette coupure avec le quotidien m'a redonné des forces pour la suite. 

    On est revenus le vendredi soir, les filles sont rentrées de leur semaine de vacances à Tours, chez leur autre grand-mère, et j'ai fait le plein d'elles le weekend. Il n'y a que les garçons que je n'aurai pas vus mais ils viennent passer deux jours ici demain et Sappho les rejoindra pour passer la nuit ici aussi.

    Vendredi, on part pour le weekend à Rotterdam. On va revoir en concert ce chanteur grec que j'adore et visiter ce port que je ne connais pas.

    Tout est bien. 

  • L’impatience

     

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    La plupart me diront patiente. Et je le suis. "Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage" disait mon Jean préféré. Et dans bien des domaines, je suis d'une patience d'ange. Je peux attendre dans une salle d'attente sans jamais m'énerver ni montrer de signes d'impatience. Parfois oui, j'ai un autre rendez-vous et je trépigne très légèrement intérieurement mais personne ne le verra. Je peux passer des heures sur un problème à résoudre qu'il soit verbal ou numérique. Un puzzle me remplit de sérénité. Je peux lire des histoires aux enfants sans jamais me lasser. Dans mon boulot, j'étais reconnue pour ma patience à écouter les uns et les autres à vider leur sac. 

    Mais aujourd'hui, je découvre l'impatience. Et elle me grignote à petits coups de dents secs. Je ne m'y attendais pas.

    La reine des listes que je suis avait deux listes prioritaires pour le début de ces grandes vacances à durée indéterminée. D'abord la to do list du quotidien qui inclut tout ce que je voulais faire mais ne pouvait pas faire par manque de temps: vider la petite cave et la grande cave; laver les vitres de la cuisine et les rideaux (5 mètres de haut quand même, donc forcément avec l'aide de l'Homme – c'est là que ça se corse – ); vider la chambre des filles qui sert depuis dix ans de débarras; aménager une chambre pour les pioux; etc …. Ensuite une to do list de nouvelle retraitée: se remettre au badminton, trouver un endroit où pratiquer à l'extérieur Pilates et yoga, trouver un cours de tai chi et un cours de danses folkloriques grecques; se remettre aux danses de salon. Commencer un cours de japonais et chercher un cours de khmer. Aller marcher. Aller au cinéma, au théâtre. Voir des expos. Tricoter. Broder. Dessiner. Faire des puzzles. Cuisiner. Découvrir de nouvelles cuisines. Réaménager mes maisons de poupée. Reprendre l'archéologie généalogique de mon père. Me construire un dictionnaire étymologique dans les langues que je connais. Et bien sûr visiter les pays dont je rêvais déjà il y a quinze ans. La liste est loin d'être exhaustive. Mais je m'arrête ici.

    Si vous me lisez, vous conviendrez aisément que je n'ai plus assez de ce qu'il me reste de vie pour cette dernière liste. Mais bon, autant mettre la barre haut.

    Et oui, non contente d'être impatiente, je suis naïve. Et oui, je pensais qu'en 2-3 semaines, on allait cocher chaque case de la première liste et être donc fin prêts à se consacrer pleinement à exploiter la seconde.

    Et bien non, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Et au bout de 3 semaines, aucune case n'est cochée. 

    Je dois donc apprendre la patience à toute épreuve. Mais comme le dit toujours mon Jean préféré, "tout vient à point à qui sait attendre". 

  • Comme de jeunes mariés

     

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    Ça y est, nous voilà tous les deux démobilisés. On aurait pu s'attendre à une nouvelle lune de miel. Mais c'est mal nous connaître. Pourtant oui, cela ressemble étrangement à nos premiers jours de vie commune. Une période de perturbations atmosphériques assez remuantes. Une perturbation atmosphérique est "une interruption de l'équilibre local de l'atmosphère qui conduit à la formation de nuages et de précipitations".C'est tout à fait ça. C'était le cas, il y a bientôt 40 ans, c'est le cas aujourd'hui. 

    On se retrouve presque 24 heures sur 24 ensemble. Là n'est pas le problème. Quand on partait en vacances, rien qu'à nous deux, ces dernières années, on était aussi jour et nuit ensemble et cela nous convenait très bien. En vacances, on est plutôt d'accord sur le programme du jour, l'expo à visiter, le resto où réjouir nos papilles. Mais là, contrairement à ce que d'aucuns pensent, nous ne sommes pas en vacances. Et se mettre d'accord sur le programme du jour relève d'une dynamique bien différente. 

    Le soir où je suis rentrée du bureau pour la toute dernière fois, chargée d'émotions comme un gros cumulonimbus, je n'avais pas envie que l'Homme décide pour nous du programme du lendemain et encore moins envie du programme décidé, à savoir partir à la chasse à la nouvelle voiture ! Bien sûr, il était terriblement stressé à l'idée que la voiture commandée il y a 13 mois était loin de débarquer. Le concessionnaire nous la promettait pour "aujourd'hui peut-être ou alors demain…" ou plus prosaïquement " le 16 mars ou alors peut-être mi-avril" ou aux calendes grecques. Bien sûr, il fallait trouver une solution, la voiture en titre montre des signes de faiblesse et devrait aussi pouvoir prendre une retraite bien méritée. Bien sûr, il m'attendait pour prendre  ce genre de décision. Mais de là, à m'emmener dès le lendemain matin en car hunting, beuh, ça ne m'a pas mise de très bonne humeur, déjà que j'avais des yeux de grenouille, j'ai poussé des "quoi !?" de crapaud. Mais bien sûr, je me suis laissée faire.

    Ces car-acolades ont duré quelques jours et ce n'est que le lundi que j'ai enfin pu me sentir un peu plus relax. Il est parti une bonne partie de la journée et je suis restée seule à la maison, musique à fond et j'ai cuisiné. Détente absolue. J'avais enfin l'impression d'avoir du temps pour moi. 

    Le lendemain, on démonte enfin le sapin de Noël (oui, c'est bon, c'est pas encore Pâques, donc ça va, non ?) et tout se passe bien, en musique et dans la bonne humeur. Ça nous prend une bonne partie de la journée mais on travaille en équipe et tout est fluide. On range tout dans le réduit sous l'escalier et on en sort une caisse qu'on n'a plus utilisée depuis quelques années. Je sais qu'elle contient des guirlandes assez démodées, des circuits de lampes et du papier de soie. Mais je décide de l'ouvrir plus tard pour faire le tri.

    Aujourd'hui, Maïté passe à la maison et comme j'y pense, je lui propose pour l'école de Sappho les guirlandes démodées. J'ouvre la boîte, elle les voit et les adopte pour son prochain Noël. Restent les circuits et les papiers de soie. Et c'est là que ça se corse. Déjà bien énervé par l'assemblée générale des co-propriétaires du matin, il râle de mon idée subite et de l'ouverture de la boîte. Il décrète que les circuits sont à jeter et le papier de soie à garder. Il a à peine le dos tourné que je ramène les circuits vers le réduit sous l'escalier, parce que peut-être, je vais les tester et s'ils fonctionnent, ce serait sympa à la maison-jardin, dans le grenier, pour les petits. Alors que le papier de soie, franchement, on en a déjà plus qu'assez. 

    C'était sans compter son passage impromptu sous l'escalier et sa voix de barytonton Donald "Est ce que je peux savoir pourquoi tu as remis les circuits sous l'escalier, j'ai dit qu'il fallait les jeter !". Et que bien évidemment, je me suis énervée et j'ai violemment jeté les circuits à la poubelle.

    On se croirait vraiment revenus 40 ans en arrière. Malheureusement, les réconciliations seront plus chastes :-).

  • The End

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    C’est fini, je n’enverrai plus de CV. Alors, je vais en faire un petit dernier. Mais pas un CV Europass. Plutôt un CV « le temps passe ».

    1 mars 1983 – 31 janvier 2023. A un mois près, 40 ans de carrière. Globalement la moitié d’une vie. C’est pas mal.

    Si je jette un coup d’œil dans le rétroviseur, je suis assez contente du voyage.

    A 17 ans, je ne savais pas trop quoi faire à part faire du théâtre. On m’a dit « Fais des études d’infirmière, tu ne seras jamais au chômage ». Ok, s’occuper des gens, ça me va assez bien, pourquoi pas. Mais comme 1) encore aujourd’hui, j’ai un peu de mal à différencier ma gauche de ma droite et 2) l’anatomie ou la biochimie et moi, ça n’a jamais été le grand amour, j’ai vite dit adieu à l’hôpital.

    Ce que j’aimais moi, à part le théâtre, c’était les mots. Les mots et les langues. Alors j’ai appris quelques langues et j’ai passé quelques années le nez fourré dans un dictionnaire à traduire des articles…. médicaux, des modes d’emploi de machines dont je ne soupçonnais même pas l’existence et des posologies de cosmétiques. J’aimais ça mais je manquais d’interlocuteurs.

    C’était la période « lost in translation »

    Puis il y a eu la période « la couleur de l’argent » et même « l’ odeur de l’argent ». Six ans dans une banque à compter des pièces et des billets, ceux du boulanger, ceux des bistrots de la place du Luxembourg, ceux du client qui mangeait trois gousses d’ail chaque matin pcq c’est bon pour fluidifier le sang, contrairement à ce que dit le proverbe, je peux décemment affirmer que l’argent a une odeur. Mais je comptais aussi les billets de certains membres du staff du tout beau, tout jeune Bureau Erasmus et ceux-là avaient un parfum qui me faisaient rêver. Je rêvais surtout de les rejoindre. J’ai déployé tous mes sourires, j’ai postulé et de fil en aiguille, ce n’est pas pour Erasmus que j’ai été recrutée mais pour … Tempus.

    C’était Tempus, le bon temps, le bon tempo,  la plus belle période de ma vie professionnelle. Une centaine de personnes, tous ou presque, jeunes, dynamiques, pas de stress, la bonne humeur permanente, bref 4 ans de bonheur pur. Jusqu’au jour où la Commission européenne a décidé de confier la gestion du Programme Tempus à une agence de régulation, à créer de toutes pièces à Turin. Je n’avais jamais imaginé quitter Bruxelles et c’est contrainte et forcée par un mari visionnaire que j’ai postulé et que je me suis embarquée pour l’Italie.

    Ce fut d’abord la période « Les bronzés font du ski » Club Med. Imaginez 60 jeunes et un rien moins jeunes qui débarquent juste avant Noël, tous logés dans un seul et même hôtel, adjacent au bureau. Petit déjeuner tous ensemble le matin, apéro le soir, la fête pendant un mois, deux mois, jusqu’à 6 mois avant de trouver un vrai logement. Et puis, la période «  la dolce vita ». La famille enfin réunie, la découverte de l’Italie tout au long de la botte, la mer ou le ski le weekend, la cuisine italienne, la langue italienne, les mains italiennes, le café italien – plus jamais jamais un cappuccino après onze heures du matin – , la joie italienne, bref l’Italie pour toujours et à jamais dans le cœur.

    Mais le dolce farniente et le congé sans solde du mari prennent fin et c’est le retour à Bruxelles. Neuf mois de consultance informatique où je n’ai rien fichu. C’est la période «  l’Arnaque » mais où j’ai décroché ma plus belle carte de visite « Solution Specialist ». Même si on ne m’a jamais soumis le moindre problème à résoudre.

    Puis une nouvelle agence en création me recrute et je retrouve le plaisir de tout mettre en place. Cette agence pour la sécurité alimentaire est censée s’installer à Helsinki et le recrutement n’est pas simple. Personne n’est trop tenté par les températures finlandaises. Et puis Berlusconi passe par là, convainc tout le monde d’installer cette agence à Parme et me revoilà partie pour …. l’Italie.

    L’Agence s’installe en grande pompe à Parme, on est convoqué au Palazzo Chiggi, on circule escortés par la police (avec le gyrophare et tout), les autorités de Parme me prennent pour l’épouse du Directeur et m’organisent un programme de visite spécial épouse de Directeur. Côté privé, plus question d’expatrier de grands ados, je fais donc l’aller-retour hebdomadaire. Je loge pendant un an dans un palazzo magnifique, je dors dans une chambre de princesse qui donne sur le Duomo, je fais l’aller-retour entre Parme et l’aéroport de Bologne en limousine, Bref c’est la période Diva.

    Mais les allers retours ne peuvent pas durer toujours et je reviens. On me propose un poste à l’agence Education Culture et Media, je le refuse une première fois, l’Italie va trop me manquer. On me relance, je finis par accepter. Jamais je n’aurai cru que l’Italie m’attendait là et qu’on finirait même par faire certaines réunions en italien.  Et deux ans après mon arrivée, qui me rejoint à l’Agence ? Le programme Tempus. La boucle est bouclée.

    Et voilà, j’ai vécu pendant 16 ans dans cette Agence des moments incroyablement chaleureux, des situations vraiment cocasses, des moments loufoques, et malheureusement, un épisode absolument tragique le 22 mars 2016 avec la perte inimaginable d’une amie de plus de vingt ans.

    16 ans, c’est beaucoup, surtout pour moi qui changeait de boulot tous les 4-5 ans. Jamais je n’aurais cru rester si longtemps. Et ce mardi matin, 150 collègues étaient pour m’aider à sauter le pas autour d'un petit déjeuner.

    Aujourd'hui, je rends mon tablier. J'ai travaillé pendant 40 ans. Une demi-vie. J'ai aimé tous mes boulots , je ne me suis jamais ennuyée et même si je suis fatiguée et contente de m'arrêter, j'appréhende un peu de fermer la porte.

    Ce n'est pas tant ce qui est devant moi qui me fait peur mais je redoute le manque. Le manque de tous ceux-là. . Et plus particulièrement de mes collègues directs, ces collègues d'une longue partie de ma vie, que j'ai aussi aimés infiniment, chacun et chacune à leur manière.

    J'ai réussi à ne pas pleurer jusqu'au soir, mais lorsque j'ai emballé mes dernières affaires et qu'ils m"ont tous accompagnée jusqu'à l'ascenseur en applaudissant, j'ai craqué et je ne me suis plus arrêtée jusque tard le soir.

    Mais demain est un autre jour.