Myosottises

  • Un vrai chaudron de sorcières

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    Et voilà, après deux ans d'abstinence où on s'est demandées si on allait encore un jour enfourcher son balai et traverser les frontières pour se retrouver, on a enfin repris confiance. 

    La sorcière qui tient château avait une nouvelle chambre d'hôtes, d'un nouveau genre, plus orienté vers une clientèle jeune: une chambre un peu en hauteur, à l'orée du bois, creusée dans une caverne, avec sur la terrasse, un bain nordique chauffé à 39 degrés, de quoi contempler le coucher du soleil, puis la lune et les étoiles, bien emmitouflés dans une eau délicieusement chaude. 

    Vous avez dit "jeune" ? orée du bois ? caverne ? chaudron bouillonnant ? Mais mesdames, cette attraction est pour nous ! Bon, elle nous avait déjà invitées il y a 5 ans mais cette fois, c'est plutôt nous qui nous sommes invitées chez elle. Pour elle, le dépaysement est quand même moins grand. Mais elle nous a gentiment acceptées encore cette fois.

    Faire le sabbat dans un chaudron c'est pas mal non plus. Mais seules les trois plus jeunes se sont mouillées. Moi, fraîchement charcutée par la dermato, je suis restée prudemment en dehors du bouillon mais je n'étais ni en reste de champagne que je servais à ces dames ni en reste de langue de sorcière bien pendue, de celles qui se délient dès les retrouvailles et ne s'arrêtent qu'au moment de se quitter. Cela m'a toujours fascinée combien avec ces bien-aimées là, il n'y a pas le moindre temps mort, aucun creux, c'est une logorrhée joyeuse, sincère, réconfortante, drôle, solidaire, philosophique parfois, si si. 

    On s'aime beaucoup individuellement, on s'aime énormément ensemble. 

    Et bien sûr, l'absente n'a pas manqué de se manifester en toute discrétion: quand la mise au bouillon a commencé entre chien et loup, une chouette a hululé par deux fois dans le bois. Puis fini. La coquine.

  • Une pincée de printemps

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    On le sent, il arrive. Mais le froid pique bien.  N'empêche, ce ciel bleu bleu panse un peu les coeurs chamboulés.

    On a pris l'air à la maison-jardin mais il fallait vraiment bien s'emmitoufler. Quelques enfants et chicoufs nous ont rejoints le dimanche en un petit aller-retour avant-coureur. 

    Au bureau aussi, il souffle un petit air de printemps, on nous force maintenant à retourner au moins deux jours par semaine. Au début, c'est un peu dur de sortir le bout du nez de son hibernation mais une fois sur place, il y a quelque chose de frais dans toutes ces retrouvailles. On dirait de jeunes oiseaux qui se déplient et battent des ailes et pépient avec une joie timide mais non feinte. Je crois qu'on est contents de se retrouver. 

    Ceci dit, hier soir, un collègue fêtait son anniversaire et son départ à la retraite et nous a réunis autour d'un verre et des discours et tous ces anciens combattants qui ne s'étaient plus vus depuis mille ans n'ont pas résisté aux grandes embrassades et je suis partie beaucoup trop tôt, tant la crainte de la contagion m'a gâchée la soirée. Je n'étais pas la dernière à résister aux accolades et passé le moment d'euphorie, je m'en suis mordue le masque.

    Le printemps arrive mais il fait encore très nuageux sur bien des régions où les bombardements laissent une poussière grise terriblement envahissante. 

    Et ce soir, j'ai fait le plein de rires avec 3 amies d'univ, qui n'ont pas vraiment changé; nos vies ont pris des chemins différents et pendant longtemps on ne s'est plus vues. Mais l'amitié n'a pas faibli et nos rires n'ont pas vraiment changé eux non plus depuis 40 ans. 

     

  • Promesse

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    Promesse de printemps, le perce-neige m'a toujours émue. Quand je les ai vus à nouveau dimanche, je n'ai pu m'empêcher de les photographier pour me rappeler. Et en ces temps un peu difficiles, tant à l'échelle mondiale que sur le plan privé, je m'accroche à cette image comme à une bouée de secours. Dans le langage des fleurs, le perce-neige symbolise la consolation. Et je ne peux m'empêcher de penser à Célestine qui elle aussi, par ces temps fragiles, voit dans la nature la grande consolatrice. 

    Son nom de conte de fée rivalise de synonymes tout aussi enchanteurs: snowdrops, clochettes d'hiver, galantes des neiges, gouttes de lait…. Comment ne pas fondre comme flocons au soleil devant cette promesse de printemps, pourtant encore très très timide. 

    C'est aussi le symbole de l'espoir. Dans la Genèse, Adam et Ève, après avoir été chassés du Paradis, se retrouvent plongés dans l’hiver. Dieu eut pitié d’eux et leur envoya un ange pour leur assurer du retour du printemps : avec un flocon de neige, l’ange crée le premier perce-neige ! Dans la tradition anglaise, c’est avec les larmes d’Ève que l’ange crée le premier perce-neige (Eve’s tears).

    Besoin d'espoir et de consolation, voilà comment commence ce mois de mars. 

     

  • Etats dames

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    Je fais partie des gens qui prennent leurs rendez-vous médicaux avec la même ponctualité qu'un coucou suisse. A peine sortie de chez le médecin que j'ai en smartpoche mon rendez-vous pour l'année suivante. 

    La semaine dernière, rendez-vous dermato, histoire de faire le compte de tous ces naevi mélanocytaires qu'il est quand même autrement plus élégant d'appeler grains de beauté. Enfin, il y a belle lurette que plus personne ne s'amuse à les compter en me contant fleurette mais la dermato, elle, se contente de les passer au radar de sa grosse loupe et de repérer ceux qui menacent de devenir de moins en moins beaux. Allons bon, il y en a un dans le dos qui m'a échappé et qu'il convient d'exfiltrer. Rendez-vous pris pour dans un mois.

    Cette semaine, l'annuel rendez-vous gynéco. L'année dernière, elle m'a invitée à réfléchir au Stop ou Encore du traitement hormonal de substitution. Je n'étais pas prête du tout et j'ai voté Encore. Cette année, mieux préparée avant de la rencontrer, j'ai pesé les avantages et les inconvénients. J'ai admis que la plupart des avantages tels que la qualité du sommeil ou l'absence de fournaise nocturne ne m'étaient malheureusement pas accordés. Le seul avantage qu'il me reste réside dans la protection contre l'ostéoporose et par conséquent prévenir la casse en cas de chute. Et à mon grand étonnement, cette fois, c'est elle qui m'a encouragée à signer encore jusqu'à 65 ans. Ce que je ne me suis plus fait dire deux fois.

    Elle m'a aussi dit que les traitements contre l'ostéoporose n'avaient plus trop la cote, vu les effets secondaires assez désastreux et que la prévention maintenant consistait à manger sainement et à faire du sport, histoire d'avoir des muscles à même d'éviter la chute en priorité. Voilà un traitement qui parle à mon corps.

    Pour le reste, lucky me, RAS, bonne pour le service. D'habitude, cela me donne toujours un sentiment un peu idiot de bonne élève qui a réussi l'examen. Et cette fois-ci, pour la première fois, j'ai ressenti un inexplicable soulagement. Comme si maintenant j'acceptais que, oui, cela pouvait m'arriver. L'invincibilité s'éloigne….

  • Weekend de pioux

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    Ces weekends où je finis sur les rotules et la tête dans les étoiles. 

    Ce weekend, Maïté est seule avec les deux filles. Elle demande de l'aide pour garder Lémoni pendant qu'elle amène Sappho à la danse. Puis elle l'emmène à l'anniversaire de Jules version petits copains et pour lequel Anaïs a sollicité son aide en tant que co-animatrice de la chasse au trésor. Bien sûr, elle a préféré nous laisser Lémoni plutôt que de s'en "encombrer" en plus d'une cohorte de petits chasseurs de trésors.

    Quentin a appelé pour voir s'ils pouvaient passer et ils sont venus manger. Maoh grandit tout seul, le temps a filé et il a déjà six mois. Et il est magnifique ! Maïté nous a rejoint en fin de journée, sans Sappho restée dormir chez son cousin, et elle nous a aidés à finaliser le gâteau d'anniversaire de Jules pour le lendemain, l'anniversaire version famille. 

    Dimanche, après le traditionnel Skype avec Swiss'Sis, rapide visite à Mamy L. et tout le monde se retrouve chez Jules pour fêter à nouveau ses 4 ans. Submergé de cadeaux, ivre de bisous de tous ses grand-père, mamy, bonnie, nonno, oncles, tantes, grands-tantes, arrières-grands-mères et cousins à n'en plus finir, il a fini son weekend complètement épuisé. Mais content. Et j'ai eu le plaisir et le privilège d'aller réveiller Sam Sam au sortir de sa sieste, lui qui manquait à ma ribambelle de câlins du weekend. 

    Cerise sur le gâteau, j'ai eu confirmation de la disponibilité de la maison de vacances en Normandie où on pourra en emmener quelques uns cet été et peut-être même y retrouver les autres avec leurs parents. Je suis la plus comblée des Bonnies. 

  • Ciao janvier

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    On dit toujours que c'est le mois le plus triste de l'année. Moi je trouve que c'est février. Mais bon y'en a pas un pour rattraper l'autre. J'en ai tellement marre de cette lumière blafarde, de ces jours si courts, et surtout de ce froid qui me rentre dans les os.

    Mais bon d'accord, janvier et février sont des mois d'anniversaire et ça c'est déjà chouette. On a fêté les capricornes et bientôt on célébrera les verseaux. Le simple fait de pouvoir fêter est un cadeau en soi. Surtout après les quarantaines déplaisantes de fin d'année. 

    J'ai fait le plein d'amitiés, les très anciennes comme Bibi et Alain ce weekend (les amitiés de l'école primaire qui ont traversé les années et les siècles), les vieilles copines qui ont vécu plusieurs vies, et bien sûr les incontournables qui m'ont organisé un dîner d'anniversaire à domicile.

    J'ai pu garder les petits monstres à tour de rôle et ça n'a pas de prix. Ils ont à peine quitté la maison que je me languis de les voir, même si parfois j'aime aussi souffler seule mais surtout surtout pas longtemps.

    Je me suis offert un lumbago première classe, un de ceux qui font hurler au moindre mouvement. Je ne me souvenais plus de cette douleur tant il y avait longtemps. Il y a toujours une petite pointe dans le bas du dos mais la grosse crise est passée, même si elle a duré deux bonnes semaines.

    On a vendu le garage de Maman, c'est aussi une étape.

    Et on a enfin trouvé une voiture à acheter après des mois de tergiversations et d'hésitations, contraints et forcés que nous sommes d'abandonner l'"autobus blanc" comme l'avait baptisé mon papa. 

    Voilà, un mois sans lumière mais plein d'étoiles dans les yeux malgré tout.

  • Infinie tristesse et joie sans pareille

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    Encore une fois, ces derniers jours ont été à l'image de ce qu'est la vie, une succession de grand soleil et de nuages gris foncé, météo sans cesse en mouvement.

    J'ai appris vendredi et aujourd'hui deux décès qui ne m'appartiennent pas, pour autant que l'on puisse "posséder" un décès. Je veux dire par là que je ne connaissais pas personnellement les disparus, tant s'en faut. Vendredi, l'auteur du livre "Deux petits pas sur le sable mouillé", Anne-Dauphine Julliand, perdait son troisième enfant. Je suis son compte Instagram, pépite de résilience et de joie de vivre, après avoir lu son livre que m'avait offert Hanka il y a quelques années. Ce livre raconte la découverte de la maladie dégénérative de sa petite fille de 2 ans et l'accompagnement de cette enfant jusqu'à sa mort un an plus tard. Il raconte également l'arrivée de son troisième enfant, une autre petite fille atteinte de la maladie qui vivra jusqu'à ses onze ans. Et vendredi, elle perd son fils aîné qui se suicide la veille de ses 20 ans. La pensée de cette maman ne m'a pas quittée de tout le weekend et aujourd'hui encore, je suis bouleversée. J'ai beaucoup de difficultés à concevoir comment on peut survivre à cela. Et à côté de l'infinie tristesse, sincère, qui m'habite, je ressens un besoin compulsif de prendre de ses nouvelles sur les réseaux sociaux, et je n'aime pas du tout ce comportement que j'apparente à une sorte de voyeurisme mal placé. Et cela me rend encore plus triste.

    Aujourd'hui, j'ai appris également le décès d'un commerçant près de chez moi, que j'aimais beaucoup même si je ne fréquentais pas sa boutique de seconde main toutes les semaines et de savoir que c'est cette saleté de virus qui l'a emporté me révolte d'autant plus. Et à nouveau je ressens une tristesse qui me semble inappropriée.

    Alors que j'ai passé un weekend absolument magnifique. Malgré un épouvantable lumbago dont j'avais complètement oublié la puissance de la douleur. Nous avons gardé Jules et Sam Sam pendant tout le weekend et ils ont été tout simplement adorables. Petit Jules voulait m'aider à me relever et m'apportait de faux petits déjeuners au lit sur des rampes de garage en guise de plateau. Il nous a bombardés de questions en chaîne et nous a nouveau épatés par son vocabulaire encyclopédique. Inutile de lui parler de bébés cochons ou de bébés sangliers, il rectifie la nomenclature en sanglier, laie et marcassins ou verrat, truie et porcelets. Sam Sam ne s'exprime pas encore comme lui mais sait se faire comprendre. Et nous signale qu'il entend les pigeons sur la terrasse. Ce qui amène son poète de frère à nous faire remarquer que les oiseaux sont comme lui, ils chantent pour dire qu'ils sont contents de commencer leur journée.

    Le samedi soir, J et S et C et M ont amené leurs casseroles et leur matériel pour me concocter un dîner d'anniversaire à domicile et c'était tout simplement fabuleux. Il suffit de donner un ingrédient à J. et elle vous décline un plat et un dessert magiques. Cerise sur le gâteau, avoir deux petits garçons bien élevés à l'apéro qui vont au lit sans difficultés le moment venu, c'est un vrai bonheur.

    Finir le weekend en célébrant, en tout petit comité malheureusement, les seize ans de Clara, et découvrir par la même occasion la nouvelle maison de Sis'cile était juste parfait pour se dire que la famille reste ma priorité absolue dans ma vie. 

  • Retrouvailles

     

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    L'une a pris l'initiative, les trois autres ont répondu "Présente" comme une seule femme. Et l'on s'est retrouvées ce dimanche midi autour d'un petit repas. L'une avait apporté l'apéro liquide, l'autre l'apéro solide et moi le dessert. On ne s'était plus vues depuis au moins deux ans, depuis l'enterrement du mari de l'une, juste avant que le confinement ne nous sépare du monde des vivants. 

    La première donc, a perdu son mari, il y a deux ans, se débat dans toute une série de complications autour de la vente de leur maison et réalise seulement aujourd'hui qu'elle l'a perdu "pour toujours". Le deuil prend parfois des chemins étranges.

    La deuxième a perdu son mari il y a 30 ans, trois mois avant de mettre au monde son troisième enfant. C'était le premier de nos amis à partir si jeune et c'était bouleversant. Elle a donc élevé ses trois enfants seule et a rencontré quelqu'un, une dizaine d'années plus tard. Elle l'a également perdu il y a deux ans. Double veuve, double peine.

    La troisième a divorcé du premier après 28 ans d'incompréhension au sein d'un couple qu'elle a voulu faire tenir contre vents et marées. Elle a fini par rencontrer le coup de foudre autour de la cinquantaine. Il est mort en 6 mois il y a quatre ans. Je l'ai croisée à la sortie de l'hôpital où je venais rencontrer mon petit Jules pour la première fois. J'étais là avec toute ma joie dont je ne savais plus que faire en la voyant.

    J'avoue que j'avais quelques  craintes en les retrouvant pour ce déjeuner, trois veuves et moi pleine de tout cet amour conjugal et familial. Je me sentais un peu en porte-à-faux. Mais toutes mes appréhensions se sont envolées devant leur joie de vivre et leur résilience. On s'est retrouvées comme peuvent se retrouver les vieilles copines, à rire, médire, sourire et parfois pleurer sur des problèmes et des aventures qui n'ont plus le même âge mais qui finalement ont toujours le même pouvoir d'autodérision et de complicité.

    Un joli moment.

  • A chaque jour suffit sa Reine

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    Crédit photo: Sis'Cile

    Tradition oblige (et Dieu sait comme on aime ça dans la famille), nous nous sommes réunis autour de deux galettes chez ma maman. Sis'Cile, Clara de Sis'Cile, mes filles et leurs princes et princesses et l'Homme. Swiss Sis a déjà rejoint son Helvétie depuis deux semaines déjà, les valeurs ajoutées pouvaient pas, ils avaient tennis et chien pas bien (et de toute façon n'aime pas la galette pour l'un, donc pourquoi s'empiffrer pour une chance infime de tomber sur la fève et l'improbable cas échéant devoir céder sa couronne à l'un de ses princes héritiers). Et les plus jeunes parents ont enfin emmené leur petit prince chez ses grands-parents maternels après des semaines interminables d'isolement et de quarantaine. 

    Mais le partage de la galette est aussi traditionnellement le jour où on fête mon anniversaire (à date variable donc). Et par une fortune qui me sourit comme à une audacieuse que je ne suis guère, je croque bien souvent la fève. Evidemment puisque c'est mon jour of the year, personne ne me conteste le couronnement en bonne et due forme. Mais d'année en année, chacun vient fêter les Rois comme on joue au Lotto: on joue mais sans la moindre illusion sur ses chances de voir ses efforts couronnés.

    Or, cette année, point de couronne pour moi. Il faut croire que j'ai passé l'âge. Clara de Sis'Cile et Lady Lémoni Casse-Pieds ont fait la une de Point de vue, Images du monde. Je passe donc le sceptre, vu que l'Homme m'a attribué deux ans de plus et m'a saluée irrespectueusement d'une "Bonjour ma vieille" au petit matin et au petit lever, encore endormie et pas maquillée. Tout se perd, ma bonne dame, et j'ai beau être née le même jour que cette sublime Kate Middleton, je me sens plus proche de sa belle-grand-mère, hormis l'âge, et sans les chapeaux ni les sacs à main.

     

     

  • Les petits riens imperceptibles

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    Vieillir est un processus très lent et tant mieux. En général, on ne s'en rend pas vraiment compte. Bien sûr, il y a le premier cheveu gris, la première ride, la première tâche. Il y a les premières lunettes, l'abandon des escarpins, le cas échéant, les crises de sciatique, les premiers kilos indéboulonnables. Il y a mille et un détails mais auxquels on n'accorde pas vraiment d'importance. Malgré tous ces petits gâche-plaisirs, on continue à se sentir jeune dans sa tête. Et y croire contribue même à le rester.

    Et puis arrive le moment où, sans que l'on s'en soit rendu compte, on est bien obligé de constater que les réflexes sont ralentis. 

    Hier, j'ai passé l'après-midi avec Sappho. Une fois n'est pas coutume, je l'ai emmenée faire du shopping de soldes. Et deux petits incidents m'ont fait prendre tout à coup la mesure de ce léger ralenti. 

    Nous avons pris le métro. Sans réfléchir, j'ai passé ma carte et suis passée devant elle sans la tenir par la main. Bien sûr, le portillon s'est refermé derrière moi – puisqu'ils sont calibrés pour ne pas permettre à deux personnes de passer en même temps -, la laissant de l'autre côté, la bouche ouverte de surprise. Interloquée moi-même, je lui ai passé ma carte mais elle ne savait pas où la positionner pour actionner le portique. Et mon bras était trop court pour le faire à sa place. Heureusement, une dame l'a tout de suite aidée mais j'ai bien senti son regard désapprobateur.   C'est quoi cette nana – je n'ai même pas pensé grand-mère – qui ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez  ? J'ai appris par la suite que jamais la maman de Sappho emprunte ce type de portillon, elle passe par le double sas qui permet aux poussettes et chaises roulantes de passer, ce qui permet bien évidemment de passer avec un enfant à son rythme. Je me suis sentie penaude et décontenancée. Où est la maman de 30 ans qui emmenait tambour battant trois enfants de 6 à 3 ans dans un bus bondé, perchée sur ses échasses de 6 cm, sans la moindre crainte de tomber et tenant trois menottes dans une main ? C'est là qu'on comprend qu'on n'a plus 30 ans.

    Un épisode tout à fait similaire s'est répété une demi-heure plus tard. Dans un grand magasin, on prend quelques escaliers roulants et je constate avec plaisir qu'elle n'est plus la petite fille de 2 ans qui paniquait à l'idée de mettre le pied sur cet engin et qu'il fallait prendre dans les bras pour l'emprunter. Elle a grandi et elle adore ça. La sentant en confiance, lors d'une énième descente, je ne l'oblige plus à me donner la main et je la laisse descendre seule. Mais une fois encore, je passe devant. Et là, soudain, elle canne et reste figée devant la marche à franchir. Bien évidemment, moi je suis en descente et je n'ai pas le réflexe immédiat de remonter l'escalier quatre à quatre. Quand l'idée m'arrive enfin au cerveau, je suis déjà à mi-course et je n'ai d'autre idée immédiate que de lui dire de m'attendre là, que je reviens la chercher. Quelle idiote ! C'est clair que dès qu'elle ne me verra plus, elle va se mettre à pleurer. Elle n'en mène déjà pas large et ébauche une moue qui précède les larmes. Heureusement pour moi, une jeune fille charmante me demande si elle peut lui prendre la main et l'aider à me rejoindre. Je lui en ai été bien reconnaissante mais de nouveau, je me suis retrouvée penaude et décontenancée. Où est la maman de 30 ans qui a rattrapé son fils au vol alors qu'il trébuchait au bord d'une falaise vertigineuse en montagne ? C'est là qu'on comprend qu'on n'a plus 30 ans. 

    Et que par une curieuse loi mathématique qu'on n'apprend pas à l'école, 2 x 30 ans = réflexes/2.

    CQFD.