Catégorie : Friends

  • Semaine de fin d’été

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    Lundi: Visite trimestrielle chez le médecin, histoire de vérifier si l'hypertension est toujours bien maîtrisée. Il est content, moi aussi. Il trouve que mon pantalon aurait besoin de bretelles et me fait monter sur la balance. J'ai effectivement perdu un ou deux kilos mais je ne lui dis pas que le tissu de ce pantalon se distend au fur et à mesure que je le porte. J'ai ma fierté. Il nous recommande, à moi et à l'Homme, de faire le vaccin contre la grippe. C'est la première fois qu'on me dit ça. Signe du temps qui passe. Je fais la moue…

    Mardi: C'est la fin de l'été et la chute des pommes. On a ramené ce weekend deux caisses de petites reinettes bien rouges et ce n'est que le début. On compote à qui mieux mieux. Anaïs et Simon viennent manger ce soir et je m'en réjouis. On passe une charmante soirée à quatre, Quentin retenu chez des copains.

    Mercredi: Elle m'a dit qu'elle ne serait plus là dans quelques mois, voire quelques semaines. Elle m'a délégué la tâche d'informer les autres sorcières bien-aimées. J'ai tourné les mots pour le dire, sept fois dans ma tête avant d'accoucher d'un e-mail froid et clinique, dont j'essaie d'éliminer tout pathos mais entre les lignes duquel les trois chéries auront lu toute l'émotion que j'essaie d'endiguer. Elles sont toutes les trois atterrées et désemparées chacune à leur manière.

    Jeudi: Journée riche en émotions diverses. Déjeuner avec l'Homme, son filleul et sa copine. La communication entre filleul et parrain est quasi inexistante mais l'affection est présente même si jamais manifestée. Et là, tout d'un coup, le filleul prend l'initiative d'un "allons déjeuner" et comme par magie, ils se parlent comme si cela leur avait toujours été totalement naturel et spontané et cette heure passe comme un enchantement.  Nous passons, l'Homme et moi, le reste de l'après-midi avec elle, ma sorcière qui a pris son aller simple pour le paradis. Elle veut ranger ses papiers, mettre de l'ordre avant de partir et tout cela me semble si naturel. Je veux passer le plus de temps possible avec elle, engranger encore quelques petits bouts d'elle qui feront un chapelet de souvenirs intenses et qui ajouteront encore quelques perles au collier qu'elle a fait de moi. Mais je suis immensément triste et les quatre heures d'opéra qui ont suivi cette après-midi ont pris une couleur différente et la musique n'a jamais été aussi consolante que ce soir.

    Vendredi: Maïté part ce matin pour le Japon et mon petit coeur se serre. C'est la première fois qu'un de mes enfants part si loin (sans nous). A son âge, "meno male". Mais voilà, on ne se refait pas. Profite mon grand bébé, enjoy Japan et reviens-moi la tête pleine d'images et l'appareil photo plein d'arguments pour convaincre ton père de m'y emmener aussi.

    Samedi: Enfin un weekend sec qui s'annonce. On va pouvoir donner cette deuxième couche de peinture tant attendue par les volets de la maison là-bas. Avec les parents qui assurent l'intendance. Que du bonheur !

    Dimanche: On est arrivés au bout et il ne reste plus que le portail à peindre. On repart le coffre plein d'une nouvelle cargaison de reinettes et on emmène maman voir Joan Baez en concert. Une grande dame septantenaire, exquisement classe et belle, à la voix toujours aussi extraordinaire. Elle l'a chanté hier mais cette semaine encore, plus que jamais, "gracias a la vida que me ha dado tanto…."

  • Chez la petite sirène

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    Trois jours au pays de la petite sirène. On m'avait dit "tu verras, c'est un peu comme le Manneken Pis à Bruxelles, elle est toute petite !". Elle est petite, c'est vrai, mais je la trouve jolie, voire très jolie. Elle m'a plu. Il n'y avait pas non plus 300 touristes agglutinés autour d'elle et sans doute, cela a joué en sa faveur. Je me suis assise sur un banc en face d'elle, au soleil, et elle a donné le ton de ces trois jours à Copenhague. 

    Tout m'a plu. Le quartier de Nyhavn, ses maisons colorées, ses quais, les voiliers splendides, l'ambiance bon enfant, les vélos tellement plus respectueux que chez nous, le nombre incroyablement limité de voitures, le design inimitable, le musée de la marine et ses incroyables maquettes de bateaux – où nous nous sommes mis à l'abri de la pluie et où nous avons passé deux heures émerveillées -, la créativité dans les assiettes chez deux disciples de René Redzepi au point de nous retrouver avec une belle tête de cochon toute entière sur la table ("qui veut un petit coin d'oreille ?), et surtout surtout l'extrême gentillesse des Danois et leur merveilleux sens de l'humour.

    Trois jours de plaisir, avec J. et S., les plus easy going des partenaires pour ce genre d'escapade, avec qui l'Homme-Nikon peut prendre son temps sans qu'ils ne manifestent jamais la moindre impatience, avec qui on peut flâner sans se lasser, avec qui on peut parler des heures sans s'ennuyer, ou simplement ne rien dire sans en éprouver le moindre embarras. 

    Trois jours de pause plus que bienvenus en cette période épuisante au bureau. 

     

  • Bruxelles, mes belles

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    Mes sorcières bien aimées,

    Où sont nos 20 et 30 ans ? Nous nous sommes retrouvées pour la douzième fois, toutes ensemble, depuis notre départ de Turin. C'est la ville qui nous a soudées. Mais la ville qui nous a assemblées au départ de cette merveilleuse aventure, c'est Bruxelles. 

    Nous avions projeté de nous retrouver au chaud, à Rome, cette année, après le froid glacial d'Amsterdam, de Venise et de Lyon mais le le crabe fantôme qui squatte chez H. sans qu'on l'y ait invité la fatigue encore trop pour pouvoir voyager. Qu'à cela ne tienne, Bruxelles a parfaitement fait l'affaire. La Turinoise et la Tourangelle nous ont rejointes dans ma belle capitale européenne. 

    Mais, même en vivant dans cette ville, il fallait jouer le jeu jusqu'au bout et dormir à l'hôtel. Même à 500 mètres de chez moi. 

    Mais où sont nos 20 et 30 ans quand nous parlions des amis, des amants, des maris ? Quand nous faisions claquer nos langues de sorcières en médisant gentiment sur les uns et les autres ? Quand nous parlions envie d'enfant, premiers bébés et "au secours, j'attends des jumeaux !"….

    Aujourd'hui, on rit sous cape sous la couette qu'on envoie valdinguer d'un coup dès que la bouffée de chaleur monte, on souffle en montant les escaliers tout en se moquant les unes des autres, on sort les lunettes pour lire les posologies et les cartes de restaurant, on rentre se coucher à minuit parce qu'on est crevées. 

    Mais on n'a rien perdu de nos fringales de shopping, on n'a rien oublié des moments de fous rires, des moments de tendresse et d'attention. 

    Mes sorcières bien-aimées, vous êtes belles. Comme Bruxelles que vous avez redécouverte en touristes émerveillées.

    Mes sorcières bien-aimées, je nous souhaite encore de belles années de complicité et de connivence.

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  • En attendant le printemps

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    Lundi: Retour au bureau après un weekend mouvementé qui suivait une sérieuse altercation avec mon chef. Pour la première fois de ma vie, vendredi, j'ai crié sur ce chef. Je n'imaginais même pas que c'était possible. Mais ses accès de colère répétés, initiés à partir d'un petit rien, un petit grain de sable dans l'engrenage de sa paranoïa – et moi qui me trouve toujours quelque part sur un des crans de cet engrenage – ont brisé en éclats de voix mon self contrôle légendaire. Bien sûr, je ne m'en suis pas remise de toute la journée, de tout le weekend. Je n'ai pas dormi ou très peu, j'ai même réveillé l'Homme en pleine nuit après un cauchemar dont je ne me souviens plus. J'ai rédigé des lettres mentales pour demander ma démission, puis ma mutation. J'ai envisagé la semaine off pour ne plus retourner au bureau le lundi. Et puis voilà, on ne se refait pas. Lundi matin, j'étais là, fidèle au poste, prête à redémarrer une nouvelle semaine. Et lui, et bien, comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était passé. Ce n'est pas "on efface tout et on recommence", non, c'est "rien à effacer, page blanche, on continue….".

     Mardi: "And by the way, I apologise for Friday". Voilà, fin de journée, mardi, les excuses sont arrivées. Comme si de rien n'était. Je ne le changerai pas. Il est trop âgé pour cela. Je n'ai même pas pu en placer une pour lui faire prendre conscience du ridicule de sa réaction mais surtout de l'impact que cela peut avoir sur moi et dont il n'a pas la moindre idée; il était tellement occupé à noyer ses excuses sous un flot de paroles marmonnées que j'ai abandonné l'idée même.

    Le soir, Le Jeu des Cigognes, une pièce de théâtre extraordinaire, plutôt mal reçue par la critique et tièdement accueillie par le public, mais que nous, unaniment, nous avons adoré. Le jeu de l'actrice qui jouait une personne atteinte de dysphasie sémantique-pragmatique était époustouflant. Une des meilleures pièces de la saison.

    Mercredi: Ils m'ont fait un cadeau tout simplement extraordinaire. La carte qui accompagnait le cadeau disait: "Bytes volant, scripta manent". Voilà quelques années que je vis dans la crainte que le site qui héberge mon bien-aimé blog se plante, mette la clé sous le paillasson ou disparaisse soudainement de la toile. L'impression de mes pages et photos fait partie de ma to-do-list mais l'ampleur de la tâche, croissante au fur et à mesure des années, imprime un mouvement de coucou suisse à cette tâche qui revient périodiquement en haut de la liste. Mais ils l'ont fait ! Ils m'ont offert pour mon anniversaire un premier recueil des années 2006-2007 de Myosottises. C'est tout simplement magique. Relire ces articles qui ont déjà sept ans comme on lit une histoire et se dire que cette histoire c'est la vôtre a quelque chose de particulièrement émouvant. Ils n'imaginent même pas à quel point leur cadeau m'a touchée en plein coeur.

    Jeudi: Nos amis ont eu un jour des bébés. Et voilà que ces bébés font des bébés eux aussi. Avons-nous déjà passé la main ? Où est passé le temps béni où, pleins d'énergie, nous tenions trois petites mains à la fois ? La naissance du petit Gabriel m'a laissé des sentiments mélangés, empreints à la fois de joie et de nostalgie.

    Vendredi: Le matin, je rappelle à mon chef la vanité des titres que l'on nous donne dans l'administration et dont certains se rengorgent: "What's in a name ?". Qu'avons-nous à faire d'un titre, d'un nom ? Le midi, je déjeune avec H., trois mois après le début de sa chimiothérapie et cela m'a fait du bien de la retrouver même si ce n'était que pour le temps d'un déjeuner. On discute de tout et un moment, la discussion dévie sur l'importance ou non des patronymes, les enfants qui portent le nom du papa ou de la maman, et elle me (ré)cite: "What's in a name? that which we call a rose, By any other name would smell as sweet;" Je me rends compte que je connais ce vers mais mes classiques m'échappent. Le soir, nous assistons à une représentation de Romeo et Juliette où les Capulet sont francophones et les Montaigu néerlandophones. Et là, "Wat stelt een naam voor? Een roos zou met een andere naam net zo zoet geuren." Et voilà, la boucle était bouclée, les classiques ont retrouvé leur place dans leur tiroir de mon cerveau. Et j'ai souri de tant de coïncidences.

    Samedi: Une journée comme je les aime: petit marché le matin, deux menus nouveaux testés sur la journée et plutôt réussis, une expo visitée à deux – c'est si rare – quelques belles oeuvres d'art, de celles qui vous vont droit au coeur; et une soirée poker avec les enfants. Pur bonheur.

    Dimanche: Repas de dimanche, sept services, à table de midi à vingt heures. Chez et avec uniquement des collègues de l'Homme et leurs femmes. Epuisée. Mais contente de voir l'Homme dans un autre contexte. Très rare. 

    Les jours se suivent et ne se ressemblent pas du tout. Et pendant ce temps-là, imperceptiblement, les jours rallongent, l'hiver s'éloigne et le printemps se prépare….

     

     

  • Semainier d’automne


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    Lundi: Ma journée a vu défiler six heures dans un train poussif (3 heures aller, 3 heures retour) en compagnie d'un avocat imbu, volubile et atteint de logorrhée pompeuse. Entre les deux, un procès pour licenciement abusif où mon coeur était plutôt du côté de la partie adverse mais ma tête se devait d'être du côté de l'employeur. Epuisant. Cours de portugais pour terminer la journée. Mes journées sont loin d'être monotones.

    Mardi: Retrouvailles avec J. et M. C'est toujours un plaisir de les retrouver. Et cette fois, la conversation a pris un tour inattendu. Après avoir fait le point sur nos vies respectives – le boulot, les enfants, les petits-enfants -, J., pur Catalan, a entrepris de nous convaincre de l'inéluctabilité de l'indépendance de la Catalogne. M., demi-Catalane, était plus mitigée, elle prône plutôt le renforcement de l'autonomie. Je ne vais pas résumer ici les arguments de l'un et de l'autre mais le débat était assez instructif et vraiment intéressant.

     Mercredi: La journée a été longue. Après une après-midi de réunions intensives, un rapide saut chez les parents, avaler deux tartines préparées rien que pour moi, admirer le méga-giga-frigo qu'ils se sont offerts rien que pour eux deux, filer au badminton, rentrer déjà fatiguée mais prendre encore une à deux heures pour préparer la valise, tout mettre dans un petit sac, se rendre compte que tout est trop compressé, tout transvaser dans une valise, constater que c'est trop lourd, tout retransvaser dans un grand sac, peser le tout et s'affaler complètement moulue dans son lit. Les city trips c'est bien mais quelle course avant de partir.

    Jeudi: Encore une journée de boulot bien stressante, en compagnie d'un chef complètement parano qui croit toujours que le monde entier – et en particulier, ses proches collaborateurs – complote contre lui. M'énerve ! Filer à 4h30 pour Charleroi et s'envoler sur R*anair, en compagnie de J. et S. pour un long weekend de 3 jours. Venise-Udine-Trieste. Arrivée sur l'île de Murano un peu avant minuit, marche le long des quais sous la lumière bienveillante de la lune jusqu'à l'hôtel. Un hôtel tout beau, tout neuf, magnifique. La magie commence.
     
    Vendredi: Longues flâneries au soleil sur l île de Murano. Comme toujours dans la lagune, tout me plait, tout lui plait: le soleil qui scintille sur l eau, les façades délavées, les volets décrépits, le spritz aperol en terrasse sur une petite place ensoleillée, l absence totale de voitures et … de vélos, le vaporetto en lieu et place de bus, les jardins magnifiques, les grenadiers fantastiques, les potagers incroyables des habitants de l'île – cette adorable vieille dame qui nous a offert un petit piment tout brillant en vantant les mérites de son jardinier de mari, cloué au lit depuis 15 jours avec une vilaine sciatique, ….
    Et là, ça m'est venu d un coup, comme une incroyable évidence : c est ici qu on veut vivre à la retraite… Et je commence à visiter les sites des agences immobilières.
     
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    Samedi: Réveil à Udine sous la pluie. La vraie pluie, qui me rappelle nos cinq années turinoises. Une pluie drue, dense, de vraies gouttes, pas le crachin bruxellois, froid, humide, qui pénètre la peau par capillarité sournoise. Mais chez la maman de S., chez qui nous logeons en son absence, il y a de grands parapluies, beaucoup de grands parapluies. Et notre première étape s'arrête dans un bar du début du siècle pour un croissant et un cappucino d'enfer. C'est un de nos moments favoris dès qu'on met le pied en Italie, c'est le cappucino du matin. Puis nous flânons sous les portiques, bien pratiques pour lécher les vitrines les jours de pluie ou de grand soleil, c'est selon, nous flânons dans cette petite ville simple, charmante, un rien désuète mais très chaleureuse. On s'arrête dans une petite brasserie absolument divine où l'ambiance est familiale, drôle, easy going, truffée de bouilles sympathiques – Oeil-de-Nikon s'en est donné à coeur joie – et où vous sert une cuisine exquise. Et bien sûr, pendant ce temps, la pluie a cessé, le soleil est sorti et la promenade dans le parc du château surplombant la ville fût un moment de douceur angélique. Et le soir, feu d'artifice de saveurs du terroir italien à défaillir de plaisir: gnocchi au potiron et aux châtaignes, risotto aux champignons des bois, cuisse d'oie confite pendant des heures, que du bonheur papillaire.
     
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    Dimanche: Ce weekend enchanteur s'est terminé à Trieste, ville plus grandiose, plus aristocrate en quelque sorte, austro-hongroise, le long d'une baie magnifique. Course de voiliers, la barcolana, très dépités par le manque total de souffle éolien, flâneries encore et toujours, un gelato caffe et panna pour ne pas quitter l'Italie sans ce plaisir-là. 
    Retour à la maison, fatigués mais heureux et la tête pleine de ces moments délicieux avec ces deux amis précieux.

     

  • C’était vraiment le Pérou !

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    Je n'arrive pas à vous raconter ce voyage. Je l'ai raconté à plusieurs reprises à mes proches et je me rends compte que rien ne rend vraiment compte de ce qu'on a vécu pendant trois semaines. Je parviens sans doute mieux à raconter mon agacement croissant vis-à-vis de nos partenaires de voyage. On savait avant de partir que ce ne serait pas facile, même si ce sont nos amis "de toujours", on savait qu'il était le lièvre de la fable et que l'Homme en était la tortue, on savait qu'on partait avec le lapin Duracell jamais fatigué, hyperactif, qui conduit tout en regardant la carte à droite et en prenant des photos clic-clac clic-clac (je recadrerai après) à gauche, alors que mon "Oeil-de-Nikon" met trois plombes à sortir ses longues jambes de la voiture pour cause de sac-photos coincé entre les genoux et autant de plombes à cadrer, zoomer, mettre au point pour faire une seule photo pensée, mûrie, impérativement non retouchable. Tout cela, je le savais, je m'étais préparée et pourtant j'ai encore eu beaucoup de difficultés à ne pas jouer le chien de berger entre les deux. Mais ce qu'on n'avait pas prévu, c'était le retour d'âge grumpy de ma copine. Trop chaud, trop froid, trop de bruit, trop de cailloux, trop de boue, trop faim, trop long, trop haut, …. Et pour nous aussi, trop de grognon c'était trop.

    Ca oui, je suis arrivée à le raconter.

    Mais la beauté de tout ce qu'on a vu, le sourire des Péruviens, la beauté de ces visages brûlés par le soleil et le froid, la musique si familière et pourtant si neuve, le quechua qui s'est insinué si insidieusement dans mes oreilles que je cherche à suivre des cours à Bruxelles, alors que franchement, ça ne va pas me servir (!), le Machu Picchu qui m'a laissée sans voix, les dunes immenses, la rencontre avec les lamas, les alpacas et les vigognes, la majesté des condors, l'Amazonie où, passé le premier choc, j'ai eu le sentiment de pouvoir passer ma vie dans cette forêt, finalement pas si hostile que cela, le long de ce fleuve jaune boueux, la balade au-dessus de la canopée, si éprouvante pour moi, tétanisée de vertige, mais tellement magique – j'aurais voulu baîllonner mes compagnons qui caquetaient comme des perroquets alors qu'on était là, au-dessus du poumon du monde – , le lever du soleil sur le lac Titicaca, les montagnes grandioses, l'étrangeté des sensations à 5000 mètres d'altitude quand l'oxygène vient à manquer, les découvertes au niveau des papilles, je n'arrive pas à le raconter.

    Seules quelques photos peuvent vous donner envie….

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  • Une semaine pseudo-printanière


    Nazelles

    Lundi: Le weekend pascal se termine et les lapins se dispersent, retournent dans leurs tanières respectives. Maïté est déjà repartie la veille. Swiss'Sis part la première, la route est longue et elle ne retrouvera pas son Swiss Rabbit avant le soir. Puis Simon emmène Anaïs à Lille pour qu'elle reprenne le train de Tours. Le temps d'un déjeuner plus frugal que les jours précédents, et c'est à notre tour de partir. Sis'Cile et monsieur F. suivront de près, laissant Clara en compagnie de ses grands-parents pour deux semaines. 

    Mardi: Retour au boulot après 5 jours d'absence. Une grande partie des collègues est en vacances et il fait bien calme au bureau. J'adore ces périodes de non stress où on peut ranger son bureau, jeter ce qui doit l'être, finir ce qu'on a envie de finir, sans être dérangé, travailler au ralenti et surtout trouver le temps de flâner sur Internet. Cette semaine, j'aurai épluché tout le site de Pierre Rabhi et le site de Raoni. Et foisonner d'idées après la lecture de ces deux sites.

    Mercredi: Retrouver, après deux mois d'absence, Katia qui me fait les plus jolies mains que j'ai jamais eues et y trouver un plaisir bien plus grand que celui des jolies mains. Retrouver son rire, sa chaleur, sa voix chantante qui me raconte en franco-brésilien l'accouchement de sa fille et surtout surtout le bonheur inégalable d'avoir passé six semaines avec sa première petite fille. Partager aussi sa tristesse d'être rentrée et de ne pas pouvoir retourner au Brésil avant Noël. Il va lui falloir en faire des jolies mains avant de pouvoir se payer à nouveau un billet d'avion. Je sens que je serai plus assidue que jamais….

    Jeudi: Arrêter de procrastiner et finir par prendre rendez-vous pour se faire vacciner contre la fièvre jaune. L'aventure péruvienne approche à grands pas.

    Vendredi: Avoir le plaisir de se faire offrir une demi-journée de congé par un chef content, comme ça, gratuitement, pour me laisser prendre la route vers Anaïs en Touraine. Abandonner Quentin avec un petit pincement au coeur. Je n'aime pas le laisser quand je sais qu'il doit étudier et qu'il aime trouver quelqu'un à qui parler quand il sort de sa tanière. Mais partir quand même parce qu'Anaïs attend impatiemment. Travailler malgré tout à côté de l'Homme qui conduit, contre-signer les justificatifs de toutes les demandes de congé octroyées au cours de ces derniers mois et voir défiler au gré des signatures la vie de dizaines des 500 collègues, les décès de parents, les enfants malades, les congés de maternité, les mariages et les déménagements, la vie quoi…. Puis se plonger dans un livre passionnant.

    Samedi: Passer la journée avec Anaïs et Véro, Olivier, Lucas et Olivia. Etre fière d'Anaïs, toute dans son élément et être infiniment reconnaissante envers Véro qui l'accueille comme sa fille dans sa maison et son boulot. Me dire que j'ai des amis formidables. Me dire que j'ai une fille splendide. Et profiter de tout. Me remplir les yeux de tant de beauté, le coeur de tant de tendresse, le palais de tant de saveurs et vivre le moment présent.

    Dimanche: Passer encore une matinée de tendresse et puis reprendre la route avec un petit pincement au coeur en sachant que je ne reverrai pas Anaïs avant fin mai, quand on rentrera de vacances. Se plonger pendant tout le trajet dans un premier guide sur le Pérou et se passionner pour ce qu'on lit. Ecouter en même temps une émission sur Moby Dick et une autre sur Schlomo Sand. Retrouver Quentin avec plaisir, qui nous accueille avec son premier pain de viande, préparé tout seul pour ses parents prodigues. 

    Encore une jolie semaine, ma foi ….

  • Drôles de dames à Amsterdam

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    Pour notre onzième sabbat annuel, mes sorcières bien-aimées nous sommes retrouvées à Amsterdam ! Il ne pouvait pas faire ni plus froid ni plus mouillé. Il a plu tout le samedi sans discontinuer; on a été OBLIGEES de se réfugier dans les magasins. L'une d'entre nous s'est même dévouée pour essayer la moitié d'un magasin de fringues pour faire passer le temps. A force de la voir se changer trente-six fois, on a fini par essayer l'une ou l'autre petite pièce pour ne pas la laisser seule. 

    Tous ces canaux ont bien contribué à l'impression d'humidité totale. Et le ciel était vraiment bas. Si bas qu'un canal etc….

    Le premier soir, on s'est offert une table de riz dans un restaurant indonésien. Un pur délice. Le deuxième soir, nous avons célébré nos retrouvailles dans un restaurant italien, histoire de nous rappeler que c'est l'Italie qui a vu naître notre amitié indéfectible au-delà des frontières (nous vivons dans trois pays différents) et au-delà des années qui nous séparent (il y a quand même 18 ans entre l'aînée et la cadette).

    Et le balai d'argent revient cette année à l'hôte de notre B&B, Christian l'Autrichien, absolument charmant, attentionné, l'homme parfait, qui tient son bed and breakfast de 6 chambres plus propre que ne le ferait Mr Propre et qui prépare les oeufs à la coque comme personne. 

    Pas de musée Van Gogh, pas de maison d'Anne Frank, pas de tour en bateau-mouche, rien que du shopping dans les Negen Straatjes. Mais du bonheur de filles à chaque instant !

    On va où l'année prochaine ? Au soleil !

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  • Plein de petits plaisirs

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    Un mois d'absence presque. Mais où reste-t-elle ? Je me fais rare parce que je suis débordée. Débordée de petits plaisirs. 

    Après le weekend suisse, on a enchaîné les concerts, les pièces de théâtre et les moments précieux. 

    Au théâtre un de ces soirs :

    Antigone d'Anouilh, mise en scène très moderne, pas mal du tout. Seul bémol, c'est le genre de pièces où forcément une bonne partie du public est adolescent, généralement obligé d'être là et peu concerné. C'est normal et de leur âge, ce n'est que bien plus tard que l'on y prend intérêt, voire goût. Mais du coup, ça dérange pas mal le public qui a mûri et qui écoute cette pièce très sérieusement. 

    Sur la grande toile:

    Le premier film de Polanski, à la cinémathèque avec Maïté, "Le couteau dans l'eau" en V.O. et donc encore en polonais. Très spécial mais j'ai aimé. Même si ce que j'ai préféré c'est le passage où la seule femme du film chante.

     Sur scène:

    Six concerts:

    Cécilia Bartoli qui, elle, chante comme personne. Elle est juste inimitable. Elle est chaleureuse, généreuse, théâtrale, drôle et une soirée avec elle tient presque de la soirée entre amis. Cette fois, c'est Mamy B. qui nous avait invités et qui avait également invité Mamy L. Elles ont passé la soirée ensemble, Mamy L. était ravie et j'ai entendu pour la première fois ma maman tutoyer ma belle-maman.

    Dans la catégorie rock'n roll années 70, un concert de Status Quo à Paris avec l'Homme. Que des vieux comme nous mais ça déménageait bien. On est sortis de là, complètement sourds mais heureux. Sans compter que la journée, je l'avais passée avec Véro et que ces journées là sont toujours des petits bulles de bonheur dans ma "routine" (bon, d'accord, je ne devrais pas utiliser ce mot, je sais…)

    Dans la catégorie rock'n roll années 60, notre traditionnelle virée à Anvers pour assister au concert des Golden Years. Chaque année, depuis plus de 20 ans, on rempile pour une nouvelle édition. Au programme cette fois: the Tremeloes, Peter Noone (vous savez "No milk today, my love has gone away"), Dave Berry, The Searchers, Chris Andrews, Chris Montez, Dozy, Beaky, Mick and Tich. Comme ça, ça ne vous dit peut-être rien mais c'est sûr vous connaissez tous au moins un morceau de chaque groupe. Testez sur YouTube ! Forcément, à force d'y aller chaque année depuis 20 ans, le poil se raréfie, le muscle se ramollit, tant sur scène que sur les gradins d'ailleurs mais côté scène, la voix n'a rien perdu et le coeur y est toujours. 

    Cette année encore une fois, retrouver Renaud Patigny, qui avait animé une partie de mes 50 ans. Un peu plus déçus que les autres fois peut-être mais sans doute l'année dernière nous avait par trop émerveillés.

    Et puis la découverte de l'année: Charles Berling chante aussi. Ce spectacle était le deuxième d'un abonnement de six spectacles hétéroclites et la surprise était bien agréable. Non content de nous séduire entre charme et charisme, l'acteur écrit des chansons et les chante. C'est tout simplement très bon. A découvrir si le coeur vous en dit sur Internet. Il vendait son CD 10 € à la sortie et le dédicaçait de quelques fleurs et d'un sourire désarmant.

    En fin dans la catégorie lyrique, La flûte enchantée de Wolfgang avec Mamy et la chauve-souris de Johan avec l'Homme. Deux plaisirs allemands différents mais tout aussi enchanteurs.

    Un débat: 

    La présentation du livre "Debout l'Europe" de Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit sous forme d'entretien avec deux journalistes belges et un journaliste français. Ces deux-là ont beau être controversés, ils ont l'art de soulever l'enthousiasme et de ranimer la flamme en cette Europe en laquelle nous croyons depuis toujours. Et ils donnent envie de se réveiller et de se lever.

    Dans les musées:

    Deux expos aussi, toutes deux à Paris, pendant ma petite escapade de deux jours. L'une avec Véro: "Cheveux chéris" au quai Branly . Le cheveu, élément de frivolité, de coquetteries, matériau humain à modeler, symbole de beauté, du temps qui passe, relique, talisman, objet magique, trophée. Le cheveu à tout crin, sous toutes ses formes.

    L'autre avec l'Homme: une exposition consacrée à la veduta dont Canaletto et Guardi sont les peintres de prédilection. La veduta est un genre artistique du XVIIIème siècle qui rassemble des tableaux, grands ou petits, représentant principalement Venise, commandés par les jeunes fortunés de l'époque qui voyageaient à travers l'Europe et souhaitaient ramener chez eux l'équivalent grand format de nos cartes postales. Venise à toutes les sauces, fantaisistes ou réalistes, notre Venise présente partout partout dans ce magnifique hôtel de maître qu'est le musée Jacquemart-André. Trois heures de pur bonheur.

    Et puis aussi, un anniversaire surprise organisé pour Joséphine, une soirée de Thanksgiving chez Hanka, un dîner chez C et P, un cours de cuisine "Grand Bluff" entre filles. 

    Le tout saupoudré hebdomadairement de badminton et de cours de portugais. Et un super stage de yoga un dimanche matin.

    Alors voilà, je suis toujours là et je vais reprendre la souris bientôt. Parce que j'ai encore plein de choses à raconter, entre la St Nicolas des enfants, le discours de départ de ma chef à préparer, le repassage, le ménage, la cuisine et le boulot, il y aurait de quoi tenir la plume pendant des heures.

    Un merci tout particulier à celles qui se sont gentiment inquiétées de mon silence inhabituel 🙂

  • Le bord du voile

    Voile rose

    J'ai soulevé un coin du voile.

    Le voile qui ne me laissait connaître de Célestine que les yeux. Ces yeux extraordinaires que connaissent tous ceux qui la lisent avec délices. J'ai découvert tout ce qu'il y avait sous les yeux. Un bon mètre de jambes et un bon 60 cm entre les yeux et les jambes. De jolies mains en partie cachées sous des mitaines de chat. Elle enlève méticuleusement les peluches de ses mitaines quand elle parle. Moi, je fais tourner mes bagues autour de mes doigts. 

    J'ai soulevé un coin du voile.

    Le "voile rose" dont elle recouvre tout ce qu'elle voit, tout ce qu'elle vit, tout ce qu'elle dit. Mes yeux de curieuse ont subrepticement jeté un regard sous le voile rose. Et bien, je suis au regret de vous dire que Célestine est tout à fait normale, vraiment tout ce qu'il y a de plus normal. Elle a les mêmes soucis que nous, elle a les mêmes périodes d'abattement, de manque de magnesium, de coups de mou, elle peste et enrage comme nous, elle peut même être désagréable avec les très mal élevés (ceux qui ne saluent pas les femmes de ménage, par exemple). Elle a juste opté pour le port du voile… rose. Celui qui fait qu'après tout, les petites contrariétés, les petits désagréments, les coups de barre, tout cela n'est pas bien grave, ça ira mieux demain. Et même ce soir. Et pourquoi pas tout de suite, en fait ?

    J'ai soulevé un coin du voile.

    Celui qui nous manque dans les relations virtuelles, comme autrefois dans les correspondances épistolaires de notre enfance. On connait beaucoup de l'autre, du moins ce qu'il veut bien nous dire, mais il nous manque la voix. Et la voix donne une toute autre dimension à l'autre. Une musique particulière. Je ne m'attendais à rien ou alors peut-être à une voix légèrement sud-chantante. Mais la voix céleste n'est pas particulièrement méditerranéenne. Elle chante plutôt comme une poussière d'étoiles, c'est une voix qui alterne les pointes légères de rire et les poussées graves de sérieux avec les tremolos de l'émotion. Une aussi jolie voix que les yeux qui la parlent.


     Le ciel aussi a soulevé un coin du voile.

    Cette journée à Paris a été toute entière sous le signe de la pluie dehors, soleil dedans. On n'a pas arrêté de parler, deux heures au café de la gare, deux heures à Bercy village en déjeûnant, puis petite marche digestive sous un parapluie et à nouveau autour d'un thé au café Pouchkine du Printemps. Et on aurait pu encore parler des heures. En fin de journée, le ciel a soulevé un coin du voile. Juste de quoi tailler la culotte à un gendarme, comme disait la grand-mère de Célestine. Et c'était beau.

     
    Nuages