Les vacances scolaires se sont terminées en apothéose chez Disney. Cadeau familial de Noël à tous les cousins. Et donc première fois que les sept nains se retrouvent ensemble chez Mickey. Deux nuits, trois jours de dépaysement complet. Il y a dans cette famille trois inconditionnelles de ce monde parallèle, qui vivent le retour dans la vraie vie comme un véritable crash après une dose massive de drogue mais je reviendrai sur la question dans un autre billet.
Puis nous sommes partis en Roumanie pendant 5 jours, en Bucovine, célèbre pour ses églises peintes à l’extérieur, datant des XVème et XVIème siècles), très rares en Europe et à nouveau dans le Maramures, la région la plus authentique et traditionnelle de Roumanie. Maisons en bois sculpté, portails monumentaux, villages figés dans le temps et surtout des pensions familiales incroyablement authentiques. Cerise sur le gâteau pour moi, une partie du groupe a fait une randonnée de trois heures dans la forêt et ça grimpait pas mal. Je suis ravie d’avoir pu la faire, malgré les bobos divers, surtout dans la perspective des vacances d’été à la montagne.
Kong Kong, l’autre grand père de Maoh et Oona s’est fait enlever l’estomac et a pu sortir de l’hôpital fin du mois, à notre grand soulagement. J’avoue que j’ai bien stressé pour lui. Il va lui falloir maintenant beaucoup de patience pour reprendre une alimentation fragmentée et peu « agressive ».
On a enfin un nouveau frigo et on n’est plus obligé de supporter les caprices du précédent. Une fois je souffle froid, une fois je souffle chaud.
On a enfin programmé la date de l’opération « vide-maison » pour l’appartement de la maman de l’Homme. On pensait que le brocanteur récupérerait quelques pièces mais ce n’est absolument pas le cas, tout va à la poubelle. Anaïs a donc pris les choses en main et entrepris de vendre sur Vinted un maximum de choses qu’on n’imaginait même pas trouver preneur. On fait cet exercice ensemble, c’est toujours plus sympa à deux et ça roule bien.
Dans un mois, ce seront les vacances d’été, on a un peu de mal à y croire. Le temps file incroyablement vite.
Je sais que le monde va mal et je m’en voudrais presque d’aller si bien. Je traque les petites parcelles de bonheur et je vais de l’une à l’autre.
Après cette extraordinaire semaine à Venise, nous voilà rentrés par le chemin des plaisirs. Un arrêt à Gorizia pour offrir à l’Homme un cadeau d’anniversaire inattendu: une visite de vignes totalement naturelles, une production de vins macérés en amphores en très petites quantités. Je connaissais leur vin, j’ai été subjuguée par leurs méthodes et leur respect de la nature. Soirée chez Swiss Sis, ce qui est aussi toujours un pur bonheur.
Retour à la maison. Lunch avec petite Anne qui me demande d’être témoin de sa déclaration de souhaits à respecter pour le jour où elle ne sera plus lucide. Je me suis sentie très honorée mais aussi très émue de ses dispositions qu’elle prend aujourd’hui pour un futur éventuellement grisâtre. Et cela m’a fait réfléchir.
Mariage de ma filleule où je me rendais un peu réticente et où l’amour des jeunes mariés certes, mais aussi des soeurs de la maman que nous avons tant aimés, de tous ces cousins que nous avons vu grandir, était très contagieux.
Le lendemain, je suis partie très tôt à Milan rejoindre mes sorcières adorées pour quelques jours. Là aussi, l’amitié qui nous unit nous fait énormément de bien à toutes les quatre. Surtout quand l’une ne va pas bien du tout et se bat contre l’anorexie inquiétante d’une de ses filles.
Et nous voilà en vacances scolaires avec Sappho et Lémoni d’abord auxquelles Maoh et Oona viendront se joindre demain avant le grand départ tous ensemble pour Disneyland.
On a fêté les 20 ans de Clara, ma nièce, la fille de Sis’Cile. Je me souviens avec précision du moment où on m’a annoncé sa naissance. Je sortais de la banque italienne à Parme où je venais de clôturer mon compte. J’avais en main ma carte de banque coupée en deux sur laquelle il y avait un angelot. Je l’ai gardée en souvenir de ce moment. Ce qui m’échappe, c’est pourquoi j’ai clôturé mon compte fin janvier alors que je quittais Parme fin juin mais bon, ça c’est une autre histoire. Bref, on a fêté Clara tous ensemble et on lui a offert un match de foot Real Madrid-Atletico fin mars à Madrid. C’est Swiss Sis et Swiss mari qui s’y collent parce que personne n’est fan de foot dans la famille à part Clara. Elle est fan fan fan.
J’ai été invitée chez une ex-collègue pour le lunch. Elle est bipolaire avec tous les écarts d’émotions que cela suppose, pro-Poutine, et donc pas facile à gérer dans mon équipe mais je l’aimais bien. Et son invitation m’a fait plaisir. Elle avait mis les petits plats dans les grands, elle a tenu à me préparer un Spritz (parce que nous partageons la même passion pour la Sérénissime) alors qu’elle est aux abonnés absents côté alcool et elle m’a touchée.
J’ai pris un dernier café avec cet ancien collègue d’une autre vie pour ainsi dire. Il quitte Bruxelles après 35 ans ici pour Lugano en Suisse. Lui aussi est compliqué. Bellâtre grec (mais beau quand même), totalement centré sur lui-même, en couple pendant quelques années avec une de mes proches amies qui n’a finalement pas tenu le coup face à cet égocentrique assumé. Mais je l’aime quand même. Et cela m’a vraiment attristée qu’il parte. Il y a peu de chances que l’on se revoie et je l’ai quitté avec beaucoup d’émotions.
On a fêté les 70 ans d’un ami d’univ, que je n’avais plus vu depuis bien longtemps (l’Homme l’a revu plus régulièrement parce qu’il est devenu notre courtier d’assurances) et j’ai eu vraiment beaucoup de plaisir à retrouver cette bouille rieuse d’Italo-Belge et ses yeux pétillants comme quand on avait 20 ans.
On a aussi fêté les 8 ans de Jules. Le chauffage d’Anaïs et Simon venait de tomber en panne et il faisait vachement froid. Heureusement la température a légèrement augmenté vu le nombre de personnes présentes. La chaleur humaine, y’a que ça de vrai.
J’ai retrouvé Véro à Paris pour une journée. Elle m’a emmenée dans un très joli resto et on a pris le temps de voir deux expos. L’une sur les sculptures de carton de Eva Jospin représentant la Domus Aurea. J’adore son travail, je l’avais découverte à Venise et cette nouvelle expo n’avait rien à envier à la première. Juste à côté, il y avait une exposition de Claire Tabouret qui présentait le travail préparatoire à la confection de nouveaux vitraux pour Notre Dame (ils seront installés fin 2026) et c’était juste magnifique.
On a fait notre aller-retour annuel en Champagne pour approvisionner toute la famille et les amis en bulles festives. Mais au fur et à mesure des années, c’est la rencontre avec Thierry, le vigneron, qui devient festive. C’est un plaisir attendu de le retrouver et d’aller manger un bout avec lui.
Le lendemain, on a passé la journée avec Jules pour son anniversaire, lui seul et nous. Une expo le matin au musée des Sciences Naturelles sur les vols des oiseaux et des avions. Cela ne l’a pas trop branché. Un spaghetti bolo et une crème brûlée au resto où il était prêt à donner toutes les étoiles possibles, tellement il était enchanté. Puis une visite au musée de l’aviation et de l’armée qu’il a adorée. Passer une journée avec lui est un pur bonheur. Il est drôle, intelligent, vif. Et je jure que je suis la plus objective des grands-mères.
Le soir, j’ai appris le décès de ma gynécologue adorée, la maman des mamans.
Le dimanche, on a reçu les amis de Claude et on a passé toute l’après-midi avec eux avant de voir arriver les trois premiers locataires pour la première semaine de vacances scolaires.
Les filles de Maïté sont arrivées le lendemain matin et on a passé une semaine avec ces cinq là, entre jeux, bricolages, déguisements, spectacles, dessins animés (peu) .
On a appris le cancer de l’estomac du papa de Kerya et cela nous a bouleversés. C’est l’autre grand-père de deux des pioux et c’est comme s’il était de notre famille. On les a retrouvés le dimanche pour les deux ans de Oona et on a pu parler assez sereinement. Il commençait la chimio le lendemain.
Swiss Sis est arrivée entretemps pour passer 4 jours avec Maman et pour une fois, elle a pu assister à un anniversaire de pioux.
On est partis le soir même pour la maison-jardin avec six pioux cette fois et on a rempilé pour un programme similaire à la première semaine, jardin en plus.
On a ramené tout le monde le vendredi soir pour fêter Anaïs le samedi et on est repartis passer le dimanche à nettoyer la maison-jardin pour les suivants. Comme à chaque fois, une boule me monte à la gorge dès que je rentre dans cette maison vide de leurs cris, de leurs rires et de leurs bouilles d’amour.
Mois court mais intense, n’est-il pas ? Fêtes, anniversaires, amis, claques, pioux, pioux et encore pioux.
Maintenant mars s’annonce. A nous l’Afrique du Sud et le Botswana. Aventures à suivre.
Une agence de voyage a inventé au début des années 2000 le concept du Blue Monday afin d’inciter les météo-dépendants (comme moi) à faire leurs valises et d’aller voir ailleurs si le ciel est plus bleu. Un départ avant ou après le troisième lundi de janvier était bien entendu autorisé. C’est juste un concept cette histoire de Blue Monday. Encore que…. il semble bien que la période qui s’étend de mi-janvier à mi-février soit effectivement propice à la déprime ambiante. Les fêtes sont finies, les guirlandes lumineuses sont éteintes, le sapin est défait, les soldes nous ont ruinés, les kilos en trop s’incrustent, les bonnes résolutions s’effilochent. Bien sûr, les jours s’allongent mais notre cerveau n’a pas encore enregistré l’info.
Moi, ça va, je ne vois pas la vie en bleu. La fête n’est jamais finie, il y a au moins deux anniversaires par mois, les guirlandes lumineuses clignotent encore toujours dans ma rue, je n’ai pas fait les soldes, les kilos en trop fondront certainement bientôt et les bonnes résolutions ne datent pas du 1 janvier.
Autour de nous, l’ami qui était hospitalisé pour une pancréatite depuis décembre et dont on ne donnait pas cher sort demain. L’ami qui a subi un pontage en urgence il y a dix jours est déjà au volant de sa voiture. D’accord, ce n’est pas sérieux. Mais il n’est pas sérieux, on le sait.
Par contre, pour l’ami qui est parti hier en Italie parce que sa maman est dans le coma et que son papa ne sait plus qui est sa femme ni son fils, la couleur est au bleu, c’est sûr. Je suis triste pour lui parce qu’on sait que pour sa maman, c’est la fin, pour son papa, c’est le début d’une autre vie.
Le temps glisse comme le traineau du Père Noël au-dessus des cheminées. A peine rentrés de Turquie, nous avons accueilli le Grand Saint qui n’a pas pris le même avion que nous, même s’il vient de là lui aussi. Il préfère toujours prendre la mer puis un cheval aux Pays Bas et plus modestement un âne en Belgique.
La fête du Grand Saint prend chez nous des allures de pré-Noël en famille restreinte – si tant est que 15 à table est encore considéré comme un nombre restreint – et on y prend toujours autant de plaisir.
Puis clairement, on rentre dans l’avant Noël: cadeaux à choisir, commander, aller chercher, aider ceux qui n’ont plus l’énergie, le temps ou même l’envie. Anaïs est ma partner in crime dans ce parcours de Sherlock parce que nous, on aime ça.
Quelques lunches avec d’anciens collègues, toujours en activité ou plus du tout, un dîner divin chez des amis où on prépare un séjour en Roumanie et où on finit la soirée autour d’un Karaoké improvisé et où les pâtes, les oranges siciliennes et le parmesan de la filière italienne passent d’un coffre à l’autre pour le plus grand bonheur de nos papilles et celles de nos enfants. Un dîner au resto pour l’anniversaire de ma chère belle-soeur duquel on est revenus en ligne pas très droite, bien malades dès le seuil de la maison passé et pour couronner l’ivresse, se rendre compte, un rien hébétés, qu’on patauge dans l’eau dans la salle de bains. Manquait plus qu’une inondation pour arroser ce repas bien ….arrosé.
Et voilà, ce soir, on va chercher Swiss’Sis et son mari à l’aéroport, Noël peut commencer.
A peine revenus, le temps de défaire les valises, lancer les machines, repasser, embrasser tous les enfants, embrasser Maman et nous voilà repartis pour quelques jours avec J. et S. dans les Langhe, magnifique région du Piémont, patrie du Barolo, des noisettes et de la truffe. On est retourné dans cet agritourisme que l’Homme et moi avions découvert il y a deux ans. J’avais adoré ce couple de retraités qui a transformé la maison d’une des grand-mères en maison de campagne puis annexé les dépendances pour accueillir leurs deux mamans vieillissantes et à leur décès à toutes les deux (quando ci sono mancate – quand elles en sont venues à nous manquer – l’italien est si beau), recyclé le tout en chambre d’hôtes quelques mois par an. Je crois que J. et S. les ont aussi bien aimés. Le soleil nous a accompagnés pendant 4 jours, en promenade dans une nature incroyable, en dégustation de vins, visites de châteaux, et en repas mémorables. Cerise sur le gâteau, nous avons découvert l’exposition d’un artiste italien qui nous a émus aux larmes (enfin surtout les filles). A peine rentrés, nous voilà repartis fin d’après-midi pour Rotterdam pour un concert en hommage à Mikis Theodorakis qui aurait fêté son centenaire cette année et c’était tout simplement magique.
Retour à la maison le soir même, mardi yoga, accueillir les filles l’après-midi parce que les enseignants sont en grève, nain jaune, puzzles et goûter puis je file au cours de danses grecques. Le mercredi, on accueille Jules, Sam et Amalia exceptionnellement. Ils ouvrent l’armoire à jeux, chacun prend ce qui lui plait. A la fin de l’après-midi, l’armoire est vide, il y a des jouets partout partout mais ils ont été exemplaires.
Ils sont punis depuis quelques jours et privés de sucreries jusqu’à la fin du mois. Au moment de les ramener, Jules me demande si on peut passer devant l’école, peut-être que le marchand de gaufres chaudes sera là et on pourra ouvrir la vitre de la voiture pour qu’il puisse se nourrir du parfum de la gaufre. Jules l’épicurien.
Après les avoir ramenés, on file à un spectacle de marionnettes sur le thème des violences sexuelles et autour d’Edith Piaf. Super bien fait.
Demain je pars à Paris avec maman et mes deux soeurs pour fêter ensemble les 60 ans de Swiss’Sis.
On nous demande souvent si on ne peut pas s’arrêter un peu. Et bien non, je ne veux pas. Je dois tenir de ma maman et si c’est ça qui la maintient en forme à 87 ans, je veux bien suivre ses traces.
Je sais qu'on me considère souvent comme une bisounours, une ravie de la crèche mais j'assume. Chaque matin, je me réveille en souriant toute seule parce que je suis encore là. Je ne sais pas encore ce qui m'attend dans la journée qui pourrait faire voler en éclats tout ce bonheur qui m'habite mais je me dis chaque matin "j'ai déjà eu tout ça" en pensant aux jours heureux qui se sont écoulés jusqu'ici.
Cette semaine, Sappho a eu 8 ans et il ne s'est pas passé un seul jour depuis 8 ans où je n'ai pris la mesure du bonheur pour moi d'être grand-mère. A fortiori pour les six pioux qui ont suivi. Je sais qu'un jour viendra – et le temps passe vite – où ils aimeront toujours leurs grands-parents, je n'en doute pas, mais de loin probablement. C'est une évolution tout à fait normale mais donc, j'en profite tout mon saoul maintenant.
Dès que la cloche aura sonné, on entamera 6 semaines de vacances avec 3, 5, 6 selon les moments. Et je m'en réjouis pleinement.
Lémoni s'est fait opérer des amygdales et des végétations et tout s'est bien passé. Simon est parti toute la semaine à Vienne et on a aidé Anaïs un tout petit peu. Cela m'a donné l'occasion de passer une dernière fois la porte de la crèche où Jules, Samuel, Maoh et Amalia ont été accueillis à tour de rôle depuis 2018. Amalia rentre à l'école en septembre et il n'y aura plus d'enfant dans cette crèche là. Ce n'est pas que j'y sois allée si souvent mais fermer une porte m'est toujours aussi pénible.
On a retrouvé à deux reprises deux couples d'amis, à l'opéra voir Carmen et ensuite autour d'un excellent repas concocté par Mitch et Cat. Là aussi, bonheur d'avoir des amis si chers, depuis si longtemps et de nous savoir en bonne santé jusqu'ici.
Oui, je suis privilégiée, j'ai beaucoup de chance dans ma vie, sur tous les plans. Et je marche sur un fil, j'ai peur que tout s'effondre tout en ayant parfaitement conscience que ces valises de bonheur que j'ai remplies au cours de ces six décennies pèsent merveilleusement lourd.
Prévert disait: Il faudrait essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. Quand je vois le monde autour de moi, j'aurais presque honte de n'avoir vraiment pas beaucoup d'effort à faire. Mon seul mérite est d'en être consciente.
* Je suis allée manger avec "les garçons". Mon équipe était essentiellement féminine à l'exception de ces trois là. La dernière fois qu'on avait déjeuné ensemble, il y a déjà plus d'un an, on était beaucoup plus nombreux et je n'ai pas pu "profiter" d'eux comme je l'aurais voulu. Là, nous n'étions que nous quatre et c'était parfait. C'était les collègues les plus bas de l"échelle mais les plus dévoués, les plus orientés solution, les plus vrais et disons-le, les moins chiants. Le dernier jour, quand j'ai quitté pour de bon le bâtiment, en larmes, l'un deux m'a aidée à amener le reste de tout mon bazar à la voiture de l'Homme qui m'attendait en bas et a crié "je t'aime" quand la voiture a démarré. Dit comme ça, ça peut paraître très chelou mais c'était juste un cri du coeur spontané et sincère. J'ai passé un très bon moment avec eux et je ne veux plus attendre un an avant de les revoir.
* On a visité une maison du XVIIème siècle, à l'origine entrepôt le long des quais de la Senne à Bruxelles. On est bien où on est mais il y a quelques bémols. Le parking précaire, l'âge avancé de notre voisin qui occupe la maison arrière et dont les yeux plongent directement dans notre cuisine – il peut me dire par exemple qu'on mange vraiment beaucoup de fruits (sic) -. Le jour où il nous quittera, on ne sait pas qui comptera nos calories. Et quelques autres fausses notes mais rien de trop compliqué jusqu'ici. Cette maison cochait en théorie les bonnes cases concernant ces bémols. Un garage, un jardin, pas de voisin plongeant. Elle offrait en plus beaucoup de lumière, et un salon sous une charpente de bien dix mètres de haut. Magnifique. Mais des escaliers que mes genoux ont tout de suite détestés et des travaux d'embellissement que ma patience a tout de suite refusés. Dommage, pour une fois qu'on trouvait quelque chose qui nous permettait de rester à Bruxelles.
* On a continué à vider quelque peu les armoires de Mamy L. Le plus dur a été d'éliminer les vêtements. L'Homme voulait faire vite pour ne pas s'appesantir. Ce que j'ai fait évidemment. Et les larmes sont montées. La robe qu'elle portait à notre mariage, celles qu'elle portait à telle ou telle occasion, son manteau en fourrure synthétique mais qui faisait tellement d'effet et qu'elle m'avait prêté pour un bal russe…. L'Homme avait raison, il valait mieux faire vite.
* Swiss Sis est revenue pour dix jours de vacances et a ramené deux demi-roues de fromage. On a rassemblé tout le monde autour d'une raclette d'été. Un vrai régal dans tous les sens du terme. On a terminé la soirée autour d'un brasero et d'un verre de rhum ou de whisky selon affinités. Tout le monde a apprécié.
* On est retourné dans ce petit resto qui monte, qui monte délicieusement. Il est installé dans une ancienne boucherie des années 40-50, classée, magnifique, qui se trouve être la boucherie où allaient mes grands-parents, dans le même pâté de maison. Ma marraine, leur fille cadette était très amie avec la fille du boucher. Moi, petite, je m'accoudais à la fenêtre de la cuisine de ma grand-mère pour guetter ma marraine et sa copine dans le jardin du boucher. Ce soir, je me suis échappée un instant aux toilettes et la fenêtre sur le jardin était ouverte. Je suis restée bouche bée et yeux écarquillés sur la fenêtre de la cuisine de ma grand-mère. J'aurais pu rester là des heures. Mais j'ai bien dû redescendre rejoindre les autres convives. Alors j'ai vite pris une photo pour garder ma grand-mère encore un peu avec moi.
Mon école a fêté ses 130 ans. Elle a invité tous ceux qu'elle a pu trouver en ces temps de protection des données. Autant dire que c'est plutôt le bouche-à-oreille qui a fonctionné.
Je suis rentrée là il y a 60 ans. Je ne voulais pas lâcher la main de mon papa et je voulais qu'il m'accompagne jusque dans la classe et qu'il reste avec moi jusqu'à la dernière minute possible. Puis j'ai grandi et j'ai fait ma vie toute seule. J'y ai passé 13 ans de la maternelle à mes 17 ans.
J'y ai été heureuse, sans aucun doute. Y retourner pour fêter cet anniversaire a réveillé tout un nuage de souvenirs visuels et olfactifs. J'ai accepté de suivre Bibi à la célébration eucharistique que le comité organisateur de cette école catholique a voulu intégrer dans les festivités, comme il se doit. Mais comme je ne me sens plus du tout concernée par ce tralala, je suis restée tout derrière, juste à côté du confessionnal. Là, je me suis pris en plein coeur mon angoisse, assise sur une petite chaise, attendant mon tour, cherchant désespérément un péché à confesser et me rabattant invariablement sur la gourmandise. Pour le même prix – un pater et deux avé – je trouvais que c'était le péché le plus avouable.
Sis'Cile est arrivée en retard et m'a envoyé un message "je suis dans le jardin". J'ai abandonné illico Bibi à ses prières et je suis sortie en catimini rejoindre ma soeur vers d'autres souvenirs. Le préau, le tunnel, ah le tunnel que tout le monde adorait, reliant le préau aux escaliers menant au jardin, le jardin, les peupliers ou plutôt le souvenir qu'il en reste, le terrain de tennis reconverti en terrain de basket, avec une pensée émue pour Baba et Bubu, trop tôt disparues, la maison de M. Perino, le jardinier. On a traîné un peu là , on est redescendu, passé devant la statue de la Vierge devant laquelle on priait en rangs tous les matins du mois de mai, le réfectoire si petit, puis Sis'Cile a demandé si on pouvait monter aux étages et là, tout était encore si vivant. Impossible d'imaginer que dès l'année prochaine, il n'y aura plus d'enseignement secondaire dans cette école. Les classes, la salle de rhéto, les chambres des anciennes religieuses encore meublées, les couloirs feutrés, les escaliers si souvent empruntés, tout avait un parfum d'enfance et d'adolescence. Jusqu'aux toilettes :-).
Une fois la messe terminée, on s'est tous retrouvés autour d'une flûte de cava, pour à nouveau échanger nos souvenirs, raconter nos parcours professionnels, nos vies privées en format synthétique (pas le temps de s'étaler sur les 48 ans écoulés) et échanger quelques mots avec la dernière religieuse encore en vie de notre séjour entre ces murs. Celle que je trouvais si belle et que je plaignais de tout mon coeur parce qu'elle avait 30 ans à l'époque et que je ne pouvais concevoir qu'on devienne religieuse si jeune. Et si belle. Elle est toujours belle à 88 ans et très heureuse du chemin parcouru.
Je n'ai pas vu le temps passer. Depuis mon dernier billet, j'ai subi une intervention chirurgicale. Sans gravité au final mais je suis toujours stressée dans les moments qui précèdent. J'ai une gratitude infinie pour l'infirmière qui m'a pris la main quelques instants avant l'anesthésie. Elle a perçu mon angoisse que j'essayais de maîtriser, sans pour autant la nier. Mais on n'imagine pas à quel point un petit geste comme celui-là peut faire la différence. Tout s'est bien passé et j'attends maintenant les résultats de l'anapathologie.
Les travaux dans la cuisine se poursuivent tant bien que mal. L'Homme fait et défait et refait jusqu'à ce qu'il soit satisfait et ça prend du temps.
Mon cousin a commencé une semaine de radiothérapie et je pense à lui tout le temps.
On a fêté notre anniversaire de mariage dans un restaurant gastronomique. Des places se sont libérées et nous avons prévenu J et S. Ils habitent juste à côté et ils nous ont rejoints au pied levé. C'était inespéré et très sympa.
Et puis, on a vécu un weekend pascal enchanteur. L'anniversaire de l'Homme d'abord qu'il a voulu fêter toute la journée. La chasse aux oeufs ensuite, entre deux averses.
Le soir-même, on est rentrés à la maison faire nos valises pour Venise.
Et voilà, on y est enfin. Depuis mardi soir. On recharge nos batteries en terrasse et bouquins avant de se mettre en route en mode expo, crapahutage et restos. Le bonheur.