Catégorie : Love affair

  • Année Chutney

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    Dès janvier, j'ai su que cette épidémie chinoise allait nous apporter des ennuis. Je ne sais pas pourquoi. Je n'ai jamais pensé ça avec la grippe aviaire ou Ebola. Mais cette fois-ci oui. Mon anxiété était irrationnelle et très sincèrement j'avais déjà imaginé qu'on ne finirait pas l'année sans perdre quelqu'un. Et, knock on wood, tout le monde est encore à bord, personne n'a fini aux soins intensifs ni même à l'hôpital. Personne n'a perdu ni boulot, ni salaire. Nos mamans sont chez elles et pas en maison de retraite. Franchement, "on" veille sur nous de là-haut, si là-haut existe.

    Mais tout de même quelle année de m…. ! Le télétravail, c'est bien mais à la longue, le contact humain ça manque. C'est bien mais pas avec des petits enfants à gérer en même temps. C'est bien mais les yeux trinquent, le dos aussi.

    Et ne plus embrasser ceux qu'on aime depuis dix mois, c'est très mauvais pour le moral. Ne parlons même pas de ceux qu'on ne peut plus voir.

    Année au goût amer et aigre, donc.

    Mais aussi au goût doux et sucré. Deux bébés en 6 mois de temps. Un deuxième petit bonhomme chez Anaïs et une deuxième petite fille chez Maïté. Que du bonheur. Un mariage masqué mais heureux, même si ramené à sa plus simple expression. Des vacances ensemble, totalement inespérées, loin de tout, mais ensemble. Et puis, nous deux à Venise encore et toujours. On n'y croyait même pas.

    Une fin d'année tristounette avec un Noël au rabais et en catimini et un Nouvel An en tête à tête, bien agréable mais c'est bien parce que l'Homme a tout fait pour balayer la morosité ambiante. 

     

  • Mariage masqué, mariage remarqué

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    Ils devaient se marier alla grande en septembre. Ils ont vraiment attendu la dernière minute pour annuler. Mais ils ont voulu malgré tout garder le mariage civil, histoire d'officialiser cette belle histoire d'amour en attendant des jours meilleurs pour célébrer fastement. 

    Mais mariage civil en petit comité ou pas, c'est toujours bal masqué. Seuls les mariés ont eu le droit de tomber le masque le temps de dire oui, histoire que ce soit bien audible et clair pour tout le monde qu'ils n'étaient pas là en train de tergiverser.

    A la sortie de l'hôtel de ville de la plus belle place du monde, à défaut de champagne et petits fours, ce fut masques et parapluies. Ils auront eu droit au "mariage pluvieux, mariage heureux". Et moi, j'ajoute "mariage masqué, mariage remarqué" parce qu'une mariée aussi incroyablement jolie et un marié aussi élégant, on ne pouvait pas ne pas les remarquer. 

    Je leur souhaite tout le bonheur du monde mais aussi une très belle cérémonie à sourire découvert l'année prochaine. 

     

     

  • Amour à Venise

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    C'était prévu en mars. Annulé pour cause de pandémie. On a pris le risque de reporter fin septembre après le mariage de Q et K. 

    Le mariage, lui a été annulé. Reporté en septembre 2021. 

    Mais nos dix jours rien qu'à deux ont été maintenus. Et nous ont fait un bien fou. Pas d'horaires. Pas de contraintes. Se lever quand le corps nous en dit. Retrouver nos restaurants favoris où non seulement on nous dit à nouveau Bentornati mais où on nous dit maintenant A l'anno prossimo. Ils ont compris que nous étions des inconditionnels et que même ce satané Corona ne nous a pas empêchés de nous rendre à notre rendez-vous annuel. 

    Deux jours de soleil où nous avons lézardé-bouquiné sur notre terrasse-toit (ma conception des vacances parfaites – du soleil et 3 ou 4 bouquins en même temps); deux jours de pluie désagréable et donc orgie de musées – deux expos photos, l'une émouvante de Henri Cartier-Bresson, l'autre fantasque et joyeuse de Lartigue, une expo présentant une soixantaine d"oeuvres en tous genres que j'ai vraiment peu appréciée et notre première visite au musée Guggenheim que par contre j'ai adorée. 

    Quelques jours de grisaille ensoleillée, de déambulation dans cette ville adorée, allégée de son tourisme de masse, le nez en l'air, sans guide dans les mains, luxe suprême. 

    Et olive sur le Spritz, un homme détendu, sérénissime, joyeux, heureux. Et ça aussi, ça n'a pas de prix.

  • Miel

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    Le vieux chat est mort….  Dix-neuf ans de vie commune, ça compte, tout de même.

    Il s'est éteint tout doucement comme une bougie qui s'éteint tout à la fin de sa course. L'homme, cet anti-chat, toujours en conflit avec lui, l'a caressé doucement jusqu'au bout. Moi, j'arrosais son poil d'eau salée et je me mouchais trop bruyamment pour la circonstance. 

    Ironie du sort, ce merveilleux chat, qui aura vécu toutes ces années confiné dans la cuisine – immense, plus grande que certains petits appartements, il faut le dire – pour éviter le drame des canapés lacérés, nous quitte en plein confinement de nous, les humains. Ce qui nous aura permis de vivre ses dernières semaines ensemble.

    Par chance, les enfants ont anticipé le déconfinement d'une semaine et l'auront encore vu une dernière fois, encore sur ses quatre pattes mais déjà très fatigué.

    Les pioux l'ont cherché le weekend suivant. Difficile d'expliquer la mort aux tout petits.

    Nous aussi, on le cherche encore, on croit entendre ses petites pattes sur le parquet ou même son miaulement le matin au réveil.

    Mais non, il n'est plus là et il me manque.

  • Couper la pomme en deux

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    L'autre soir, fait tout à fait exceptionnel, l'Homme n'est pas rentré à l'heure comme prévu. Il a prolongé des agapes de midi avec d'anciens collègues pour ne pas abandonner un des leurs, en pleine déprime. J'avais donc pour moi une soirée seule, non prévue, et dont je ne savais donc que faire.

    J'ai pris un long long bain, j'ai laissé filer l'eau du bain sans avoir même le courage de sortir de la baignoire. Je suis restée un long moment comme ça, un drap de bain en couverture et mes pensées ont filé vers tous ceux qui sont seuls sans l'avoir souhaité.

    J'ai pensé à ma maman qui fuit chaque soir ou presque vers une salle de concert, une salle de cinéma ou tout autre loisir qui lui permette d'échapper à ces soirées en solo. Elle sortait déjà pas mal avant le départ impromptu de mon papa mais beaucoup moins. Quand elle sortait, elle savait qu'en rentrant à la maison, la lumière serait allumée, il ferait chaud, elle pourrait le trouver devant la télévision ou devant son ordinateur, son plaisir à lui, et qu'elle pourrait lui raconter sa soirée.

    Du jour au lendemain, elle a perdu ce repère, ce phare dans sa vie et la réorganisation d'une vie de pomme coupée en deux demande beaucoup de courage et de volonté pour ne pas se laisser avaler avec l'eau du bain.

     

  • Venise

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    Encore et toujours. Je sais, on se demande toujours ce que je peux bien faire à Venise chaque année. Une fois embrassés des yeux la place St Marc, le pont de Soupirs et le Rialto, que reste-t'il à voir ? Et bien tout, justement. Les ruelles esseulées, les places désertes, les ponts oubliés, les dédales méconnus, tout un monde de mystères nous attend à Venise. 

    Les autres îles de la lagune aussi. Celles qu'on connaît déjà, Murano où l'on dort, loin de toute l'agitation, Burano et surtout sa voisine Mazzorbo où on vit au rythme des habitants plus âgés, et Torcello ma bien-aimée, le berceau de Venise. On y retourne manger au même endroit chaque année où on nous accueille maintenant avec un "Bentornati !" absolument réconfortant. Pour peu, on se sentirait presque de la famille.

    Il y a encore tellement d'îles qu'on ne connaît pas et qu'on rêve de découvrir.

    Prendre le temps de faire quelques expos avec l'Homme qui cède à mon plaisir et qui finalement y trouve un peu du sien. Cette année, nous avons enfin poussé les portes de l'Accademia, une mine de chefs d'oeuvre absolument magnifiques. Une deuxième expo complètement différente nous a fait découvrir un des artistes majeurs de l'arte povera, Iannis Kounellis. J'adore ces moments-là.

    J. et S. se sont joints à nous pour les premiers jours et partager ces moments avec eux fait également partie du plaisir.

    J'aime cette ville de manière inexplicable et dès que je quitte la lagune, je n'ai de cesse d'organiser le prochain séjour pour retrouver la sérénité.

  • Un mariage à leur image

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    On peut dire qu'ils ont tout réussi. C'était un mariage à leur image. Cool et détendu et en même temps, malgré les apparences, très bien organisé. Même la partie plus officielle devant monsieur le maire était joyeuse et relax, petit Jules était là pour superviser l'affaire. 

    La clémence du temps y était aussi pour permettre la transition entre le mariage civil et la cérémonie laïque dans un beau jardin clos, appelant au farniente et à la douceur de vivre. Apéritif tout en détente, siestes, jeux de quille et de mikado géant, conversations et retrouvailles.

    Deux de leurs amis avaient organisé la cérémonie toute en élégance et décontraction. L'ensemble avait ce mélange très subtil de classe et de flegme très 007. Rien de très formel, des discours d'amis et de parents, drôles, émouvants, sympathiques, des échanges de voeux sincères, très amoureux mais toujours empreints d'humour parce qu'au final la vie à deux c'est toujours mieux en fous rires joyeux.

    Un buffet plus que parfait, sans chichis mais tellement savoureux, une photobox pour se fabriquer des souvenirs souriants et facétieux, un concert métissé de ragtime et rythmes africains, une soirée décontractée et cette journée à leur image était déjà terminée.

    Seul bémol: la mère de la mariée n'a pas réussi à se détendre et n'a pas pu profiter pleinement de tout ce bonheur.  Mais peu importe, les mariés, eux, ont vécu cette journée comme un manège enchanté.

  • 30 ans et autres considérations

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    Voilà, la deuxième a eu 30 ans. Son bébé a eu un an. Comme elle a fêté son premier anniversaire, un mois après mes 30 ans. La roue tourne. Je suis rentrée dans ma soixantième année et je me demande encore où sont passées toutes ces années. 

    On aura passé la journée ensemble pour fêter ça et le soleil nous a accompagnées toute la journée. Une petite coupe chez le coiffeur, quelques boutiques pour la rhabiller, la première glace de l'année, un petit tour dans une boutique de papiers et crayons et la journée était déjà finie. Nous sommes allées chercher petit Jules et son papa à la crèche et retour à la case départ pour une petite coupe flûte de champagne avec ceux qui nous attendaient là. Coup de coeur pour Sappho qui se précipite dans nos bras quand on arrive. On peut dire ce qu'on veut, ça fait un bien fou. Ils ne sont pas restés bien longtemps, les uns devaient partir le lendemain matin pour Carcassonne et Quentin devait se lever tôt le lendemain. On s'est fait une petite pâte à quatre avec Anaïs et Simon pendant que petit Jules dormait tranquillement.

    Samedi tranquille et occupé à la fois, petites courses, visite à Mamy L.,  un petit tour en cuisine et soirée chahutée. Je voulais aller voir le Brussels Light Festival, l'Homme m'a accompagnée et n'a pas arrêté de tout critiquer. "Toutes ces installations électriques à l'heure du zéro déchet, zéro consommation, protection de la planète, éteignez les lumières, etc…. Faire un son et lumière de ouf sur une façade en ruine totale, tout le monde vient voir et applaudit et de jour, personne ne regarde cette façade totalement décrépite". Il m'a tellement dégoûtée que je l'ai planté là, de fort méchante humeur et je suis allée me calmer devant une installation encore plus magique que les autres pendant qu'il rentrait seul à la maison en maugréant de plus belle. 

    Dimanche à la maison. Petite heure au balcon pour profiter du soleil incroyable, d'un cigare et d'un petit rhum. Puis manucure-pédicure avec Katia et Anaïs et petit Jules qui nous ont rejoints. Essayage de jupe-top de mariée pour Anaïs. Jolie jupe mais trop large, top trop petit et trop grand à la fois. Quelques ajustements et ça devrait le faire. Elle sera jolie ma fille…..

    Aujourd'hui Lagerfeld est mort et je le découvre seulement maintenant beau garçon en son temps, drôle et charmant. Je reprendrais bien à mon compte une des manières dont il se décrit : "Je suis un concierge culturel"…. J'aime assez.

    Comme je le disais, je commence par les 30 ans d'Anaïs et je finis par n'importe quoi. 

  • Pas de panique

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    A l'automne, l'Homme a cru que le réchauffement de la planète n'avait pas tué tous les moustiques. Y'a plus de saison, ma bonne dame. Il avait les jambes mouchetées de petites piqûres. Pas trop content. Le lendemain, le surlendemain et encore pendant quelques jours, d'autres piqûres et encore d'autres piqûres. On a pensé aux punaises de lit, sans trop savoir comment on aurait pu ramener ça à la maison mais rien n'est impossible. On a tout passé au peigne fin et à la machine. 

    Puis plus rien.

    Le matin de Noël, l'Homme a développé une espèce d'urticaire géant. On était loin des piqûres de moustiques. De très grandes gourmes lui couvraient le visage, le haut du corps, le dos et les jambes, les yeux gonflés, la bouche enflée. On a alors pensé allergie. Mais le médecin a décrété que son système immunitaire s'affolait et en faisait soudain un peu beaucoup. Un élément déclencheur suffit et tout part en sucette. Le hic c'est de trouver l'élément déclencheur. Souvent un médicament. On lui supprime donc un premier médicament et on le met sous cortisone. Magique. Il passe un Noël tout lisse. 

    Au Nouvel An, on remet ça. Il revêt son déguisement d'ocelot. On lui supprime un deuxième médicament et on augmente la dose de cortisone. Et tout disparait comme par enchantement. 

    Cette nuit, il se réveille oppressé, avec comme un poids qui lui comprime la cage thoracique. Rien de très fulgurant mais comme un malaise. Comme on vous recommande de ne jamais laisser passer ce genre de douleur sournoise, on décide "urgences" mais sans se presser. On prend au passage un bouquin au cas où, un chargeur de téléphone, si ça devait se prolonger. Accueil hyper professionnel, aimable, juste bien. C'est l'heure où le service est calme. On est en semaine, ce n'est pas encore le petit matin, l'heure des accidentés de la route, des beurrés comme des petits lus qui se sont pris un poteau ou des bagarres de fin de nuit.

    Après six heures d'examen en tous genres, de contrôles espacés et de résultats rassurants, on peut rentrer avec la certitude que c'était une fausse alerte, qu'on a bien fait de venir tout de même, qu'ils sont là pour ça et que c'est probablement la cortisone above qui lui bousille le système digestif.

    Il va donc falloir réduire progressivement le médicament miracle et attendre la suite. 

     

  • Sexygénaire

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    Il a eu exactement la fête qu'il voulait: ses enfants et quelques amis, bons vivants, aimant cuisiner, manger et déguster un bon vin. Il a eu la chance d'avoir un cadre de rêve qui s'est offert à lui. Véronique et Olivier ont fermé pour lui leurs chambres d'hôtes et il a pu, grâce à eux, mener la vie de château en pays de Loire. 

    Il a désigné deux chefs en cuisine: une fille pour une brigade de filles en charge de l'entrée, un garçon pour une brigade de garçons pour le plat principal. Et une oeuvre commune pour le dessert. 

    Toujours avec l'aide précieuse de Véro et Olivier, on a coordonné l'approvisionnement des matières premières, la location de la vaisselle, la visite d'un château et de ses caves pour le samedi matin, un grand jeu de devinettes pour l'après-midi et un concert de sonneurs de cors pour le soleil couchant. 

    Les filles dans une cuisine, les garçons dans l'autre se sont activés autour de courgettes poêlées aux amandes fraîches, poudre de curry, menthe poivrée et Serrano, d'une crème de petits pois frais et de St Jacques juste tièdes, beurre au citron vert pour les unes et d'un navarin d'agneau aux petits légumes de printemps pour les autres. Et la mousse au chocolat parfumée au thé matcha, le semifreddo au gingembre et la soupe de rhubarbe ont complété le tout avec délice.

    Il était vraiment heureux. Et malgré le stress lié à toute cette organisation, j'ai fini par profiter du moment et du bonheur de mon sexy.