Catégorie : Les pioux

  • Les petits riens imperceptibles

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    Vieillir est un processus très lent et tant mieux. En général, on ne s'en rend pas vraiment compte. Bien sûr, il y a le premier cheveu gris, la première ride, la première tâche. Il y a les premières lunettes, l'abandon des escarpins, le cas échéant, les crises de sciatique, les premiers kilos indéboulonnables. Il y a mille et un détails mais auxquels on n'accorde pas vraiment d'importance. Malgré tous ces petits gâche-plaisirs, on continue à se sentir jeune dans sa tête. Et y croire contribue même à le rester.

    Et puis arrive le moment où, sans que l'on s'en soit rendu compte, on est bien obligé de constater que les réflexes sont ralentis. 

    Hier, j'ai passé l'après-midi avec Sappho. Une fois n'est pas coutume, je l'ai emmenée faire du shopping de soldes. Et deux petits incidents m'ont fait prendre tout à coup la mesure de ce léger ralenti. 

    Nous avons pris le métro. Sans réfléchir, j'ai passé ma carte et suis passée devant elle sans la tenir par la main. Bien sûr, le portillon s'est refermé derrière moi – puisqu'ils sont calibrés pour ne pas permettre à deux personnes de passer en même temps -, la laissant de l'autre côté, la bouche ouverte de surprise. Interloquée moi-même, je lui ai passé ma carte mais elle ne savait pas où la positionner pour actionner le portique. Et mon bras était trop court pour le faire à sa place. Heureusement, une dame l'a tout de suite aidée mais j'ai bien senti son regard désapprobateur.   C'est quoi cette nana – je n'ai même pas pensé grand-mère – qui ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez  ? J'ai appris par la suite que jamais la maman de Sappho emprunte ce type de portillon, elle passe par le double sas qui permet aux poussettes et chaises roulantes de passer, ce qui permet bien évidemment de passer avec un enfant à son rythme. Je me suis sentie penaude et décontenancée. Où est la maman de 30 ans qui emmenait tambour battant trois enfants de 6 à 3 ans dans un bus bondé, perchée sur ses échasses de 6 cm, sans la moindre crainte de tomber et tenant trois menottes dans une main ? C'est là qu'on comprend qu'on n'a plus 30 ans.

    Un épisode tout à fait similaire s'est répété une demi-heure plus tard. Dans un grand magasin, on prend quelques escaliers roulants et je constate avec plaisir qu'elle n'est plus la petite fille de 2 ans qui paniquait à l'idée de mettre le pied sur cet engin et qu'il fallait prendre dans les bras pour l'emprunter. Elle a grandi et elle adore ça. La sentant en confiance, lors d'une énième descente, je ne l'oblige plus à me donner la main et je la laisse descendre seule. Mais une fois encore, je passe devant. Et là, soudain, elle canne et reste figée devant la marche à franchir. Bien évidemment, moi je suis en descente et je n'ai pas le réflexe immédiat de remonter l'escalier quatre à quatre. Quand l'idée m'arrive enfin au cerveau, je suis déjà à mi-course et je n'ai d'autre idée immédiate que de lui dire de m'attendre là, que je reviens la chercher. Quelle idiote ! C'est clair que dès qu'elle ne me verra plus, elle va se mettre à pleurer. Elle n'en mène déjà pas large et ébauche une moue qui précède les larmes. Heureusement pour moi, une jeune fille charmante me demande si elle peut lui prendre la main et l'aider à me rejoindre. Je lui en ai été bien reconnaissante mais de nouveau, je me suis retrouvée penaude et décontenancée. Où est la maman de 30 ans qui a rattrapé son fils au vol alors qu'il trébuchait au bord d'une falaise vertigineuse en montagne ? C'est là qu'on comprend qu'on n'a plus 30 ans. 

    Et que par une curieuse loi mathématique qu'on n'apprend pas à l'école, 2 x 30 ans = réflexes/2.

    CQFD.

  • Messy Christmas

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    On peut dire que cette année le Père Noël a joué les Casse-Noisettes.

    le lutin verglas suisse a failli nous priver du retour de Swiss Sis. Elle s'est pris une bûche en sortant de chez elle. Fracture du radius avec déplacement le jeudi, opérée en urgence le vendredi et retour retardé au mercredi suivant. On a bien cru qu'on célébrerait un deuxième Noël sans elle.

    Le lutin Covid nous a privés du premier Noël de Maoh et de ses parents. Quentin s'est chopé la bête, coinçant automatiquement Kerya et Maoh en quarantaine. Passées les premières larmes de rage et de déception, on a organisé la livraison de la dinde et de ses petits amis les légumes avant d'aller chercher la maman de l'Homme.

    On a essayé de se retrouver en zoom pour échanger les cadeaux avec eux mais franchement c'est beaucoup moins drôle quand on ne peut pas se serrer dans les bras. 

    Le lutin gastro nous a cloué Jules et Maïté au tapis. Jules s'est endormi très rapidement et ne se souvient de rien, aucun cadeau, aucun moment festif. Maïté se souvient de tout mais n'a rien pu avaler.

    Le lutin fatigue a eu raison de Mamy et l'Homme l'a ramenée chez elle avec ma belle-soeur avant les desserts. Maïté est partie en même temps avec JD et une Lémoni qui n'en finissait pas de refuser de s'endormir.

    On s'est partagé quelques desserts avec ceux qui restaient mais le coeur n'y était pas vraiment.

    C'était pas un cadeau, ce 24 décembre. Et pourtant, pourtant, Mamy était enchantée de sa soirée, c'est le seul jour de l'année où elle met le nez hors de chez elle, alors forcément, c'était la fête. Et pourtant, pourtant, la dinde a eu son succès annuel, la petite farceuse, les cannelés de Sis'Cile ont fait leur buzz habituel et même la bûche de Sister in law a gagné quelques galons. Et pourtant, pourtant, Sappho a "reçu tous les cadeaux que je voulais" et elle est restée dormir chez nous. Et moi, et moi, j'ai eu le cadeau du siècle: deux billets pour le Tour 2022 de Abba à Londres avec Anaïs, l'autre Abbamaniaque. 

    On pensait organiser une séance de rattrapage le 30 avec Quentin, Kerya et Maoh, à leur sortie de quarantaine. Mais c'est raté, Kerya vient d'être déclarée positive et la quarantaine repart pour un tour. De quoi vraiment avoir les boules. Mais comme Quentin voit, comme sa mère, le verre toujours à moitié plein, il se réjouit de rejoindre le lit conjugal familial quelques jours plus tôt et d'enfin tomber le masque FFP2 à la maison.

    Moi je me dis qu'on a malgré tout de la chance de fêter la famille, autrement peut-être, mais de fêter malgré tout. Et, comme moi, comme mon fils, je crois toujours au Père Noël, je me dis que l'année prochaine All I want for Christmas is mon beau sapin and we are family,  the near and the dear one, the old and the young, a very Merry Christmas, let's hope it's a good one, without any fear.

  • Elle est passée où cette année, Lémoni ?

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    Je revois comme si c'était hier cette nuit où ta maman nous a appelés à 3 heures du matin. Très détendue mais obligée de partir pour la maternité après des chutes du Niagara maison. On était au plus fort de la pandémie et nous avons bien dû enfreindre le couvre-feu pour venir prendre le relais auprès de Sappho. Avec l'épisode grotesquement comique que l'on connaît.

    Comme Sam Sam, tu es née en pleine pandémie et j'ai lu hier un article qui nous invitait à partir de l'idée que nous ne nous débarrasserons pas de ce virus et qu'il faudra apprendre à vivre avec. Alors pour la première fois, je vous ai imaginés tous les cinq adultes et masqués ad vitam. Je n'en ai pas dormi.

    Comme pour confirmer mes craintes, ton premier anniversaire a été annulé à cause de cette saleté. Et j'ai bien cru que ta maman allait renoncer à te fêter plus tard. Heureusement, je crois qu'elle s'est ravisée. C'eut été vraiment baisser les bras que de renoncer à célébrer la première année de vie d'un enfant.

    Cette première année qui a filé comme un courant d'air. Une année où chacun de tes sourires silencieux, sur tes lèvres et dans tes yeux, m'ont capturé le coeur. Tu n'as pas beaucoup babillé mais tu as souri. Par ce sourire si ensorcelant, tu te fais pardonner tes nuits si difficiles pour tes parents. Tout est prétexte à te réveiller et à pleurer la nuit. Et c'est épuisant. Mais le jour levé, ton sourire atténue leur épuisement. 

    Le moins qu'on puisse dire aussi c'est que tu as un sérieux petit caractère. Tu fais connaître ton avis avec une force inattendue chez une petite poupée. N'y vois rien de sexiste – ce n'est vraiment pas dans l'air du temps -, j'ai dit la même chose de mon petit garçon qui cachait une force animale derrière un minois de petit ange. 

    Le temps file, file. Il y a une chose que je dois encore faire avant que tu ne te mettes à marcher et à faire le tour de l'appartement derrière Sam Sam, je dois te filmer quand tu marches à quatre pattes. Tu es la seule des quatre premiers qui maîtrises si bien cette technique et tu ressembles trop à un aristochat…..

  • Vacances enfin !

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    Jamais en 30 ans, nous n'avons laissé passer le mois de juillet sans partir en vacances, même en Belgique. Nous sommes des juillettistes convaincus. Et voilà qu'un petit bébé, même pas encore né, nous a fait revoir tous nos plans. Et on a bien fait puisqu'il est arrivé… le 1 août.

    Nous avons donc dû attendre la fin d'un été qui n'en finissait d'ailleurs pas d'arriver pour enfin partir à notre tour.

    Direction Venise, pour changer. Mais cette fois, fini de se laisser mener l'agenda par le bout du nez des avions ou plutôt des compagnies aériennes. L'Homme a décidé de descendre en voiture. Et finalement, comme souvent, ce fut une bonne idée. Les deux jours pour descendre m'ont permis de décompresser doucement. On s'est arrêté dans le Valais, là où on a passé plus de 30 ans d'une partie de nos étés et on a mangé tous nos souvenirs sur la carte, de quoi ne pas se sentir trop bien au sortir de table. Puis on a passé les Alpes et nous nous sommes arrêtés à Bergame où on a retrouvé un restaurant qui n'était, lui, plus tout à fait comme dans nos souvenirs, mais où nous étions bien malgré tout.

    Et au troisième jour, Venise fut. On a retrouvé "notre" sous-toiture et sa petite terrasse. Deux jours de soleil pour commencer, deux jours de farniente. Puis retrouver nos différents restaurants préférés de gros gourmets. A force d'aller toujours aux mêmes endroits, on finit par connaître beaucoup de monde et on arrive même à comprendre les liens entre les uns et les autres et se rendre compte que, comme toujours, le monde est vraiment petit. 

    Retrouver J et S pour 3 jours qui deviennent, comme nous, des habitués des lieux. 

    Découvrir Sant'Erasmo, l'île qui sert de potager à toute la lagune et sa petite plage improbable. 

    Et partir à reculons en souhaitant revenir au plus vite.

    Retour à la maison pour découvrir avec horreur l'appartement ensablé. Les travaux de sablage de la façade ont démarré et les vitres n'ont pas été bien protégées. Le sable s'est infiltré partout et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, tout, absolument tout l'appartement s'est transformé en plage. De quoi ruiner quinze jours de détente totale.

    Mais on a tout laissé en l'état puisque deux petites frimousses nous attendaient avec leurs mamans pour prendre la route de Disneyland Paris. 

    Deux jours dans ce monde totalement féérique où on oublie tout, même les appartements sahariens. 30 ans plus tard, la magie opère toujours et j'ai savouré chaque minute.

    Voilà, les vacances tant attendues sont finies. On rentre à la plage, je la laisse à l'Homme et je m'en vais garder sa mer maman pendant que sa soeur prend ses vacances à la côte belge ;-).

     

  • Fin d’août

     

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    Lundi: C'est son anniversaire. Je lui envoie un message. En général, j'aime envoyer des souhaits pour cette journée spéciale. Pour elle, j'ai ce pincement au coeur en me demandant si je le lui souhaiterai encore l'année prochaine, si ce n'est pas le dernier. Sa vie est devenue fragile. En soi, on pourrait se poser la même question pour tout le monde mais souvent on fait comme si cela ne devait pas arriver. Alors, pour être prudent et conjurer le sort, on souhaite une belle journée d'anniversaire. Un beau moment présent.

    Mardi: Je suis allée la voir ce soir, elle était d'humeur maussade. Elle arrive à un âge où la moindre contrariété agace l'estomac, plisse la ride de la glabelle et perturbe un tant soit peu l'humeur. La contrariété du jour venait des caprices de sa tablette. Pourrait-on croire qu'à 83 ans on soit aussi dépitée qu'une adolescente en mal de wifi ? Et pourtant, je serais bien la première à me mettre dans tous mes états si j'étais, comme elle, privée de ses accès à ce qui la relie en partie au monde extérieur, sa boîte mail, ses radios, son compte bancaire, etc…. Heureusement, un redémarrage bien envoyé a remis les idées de la tablette en place et l'ado octogénaire a retrouvé le sourire.

    Mercredi: Covid oblige, cela faisait un an qu'on ne les avait plus vus. On les aime comme ils sont, bavards au point de parler tous les deux en même temps, l'un à  l'Homme, l'autre à moi, ce qui nous oblige à perdre une partie de la conversation; drôles et cocasses, râleurs et ronchons pour des queues de cerise, insatisfaits et malheureux, gourmands et bons vivants. Hier à nouveau, ils étaient tout cela à la fois et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on ne passe jamais une soirée ennuyeuse avec eux.

    Jeudi: Elle a demandé à sa maman de s'arrêter chez Bonnie et Nonno après le stage. Elle m'a embrassée et m'a dit assez bas: "Tu m'as manquée Bonnie". J'ai bien cru que j'allais verser une petite larme.

    Vendredi: J'ai joué à faire circuler un camion poubelle qui gênait une ambulance qui devait récupérer un blessé passé sous les roues d'un bus de revenants de vacances. J'ai joué aux paresseux se balançant sur une branche, qui mangeaient de délicieuses souris, en commençant par la queue, et qui, étrangement – mais pas tant que çà finalement pour des paresseux – mangeaient aussi des couvertures. J'ai joué la maman d'un petit garçon qui s'était épris d'un cheval et qui voulait absolument le faire dormir chez lui et dont le papa devait aller chercher des croissants et de l'avoine pour le petit déjeuner. J'ai joué au ballon avec une plume de duvet sauf qu'au lieu de la lancer, il fallait souffler délicatement et la rattraper avec la main. Enfin bref, j'ai passé la journée avec Jules.

    Samedi: Aller-retour sur la Champagne refaire notre cave (et celle des autres) chez notre presque ami Thierry. Contente de le revoir, contente d'aller manger un bout ensemble, contente de repartir bien chargés. Rentrer à Bruxelles, faire quelques livraisons et aller embrasser petit Maoh, si beau, si beau, si beau.

    Dimanche: Un dimanche comme je les aime où on ne quitte pas la maison et on entreprend des travaux d'aménagement. Cat voulait l'ancienne armoire de Quentin pour aménager le studio de Charlotte à Amsterdam. Je l'ai vidée et complètement dépoussiérée. Puis Cat n'a pas pu la prendre parce qu'elle ne rentrait pas dans la camionnette qu'ils avaient louée. Véro a demandé si elle pouvait passer deux nuits chez nous pour venir voir sa maman. Du coup, tout s'est enchaîné, on a réaménagé l'ancienne chambre de Quentin, ciré le parquet, remonté un vieux tapis qui dormait dans la cave depuis 20 ans, transféré l'armoire et installé les futons sur le tapis. Tout ça avec l'aide de Maïté et sous le sourire enjôleur de Lémoni. On t'attend Véro, ce sera une belle semaine.

     

     

  • Maoh

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    Jusqu'à aujourd'hui, le 1 août était pour nous synonyme de fête nationale suisse. Pendant près de 30 ans, nous étions à la montagne ce jour-là et nous avons participé à autant de processions aux lampions et feux d'artifice que la météo l'a permis. Synonyme de raclette et de petits drapeaux rouges à croix blanche.

    A partir de maintenant, le 1 août deviendra l'anniversaire de Maoh. Il s'est fait longuement attendre. Mais il est arrivé deux jours après les 30 ans de son papa, beau comme un coeur, fort comme un petit lion. 

    Troisième bébé de la famille à être né pendant la pandémie, nous n'avons pas pu aller le voir à la maternité. Et nous sommes impatients de le prendre dans nos bras. Enfant de deux cultures, il va nous ouvrir le coeur encore plus. 

    Je n'en reviens toujours pas qu'en 4 ans, nous nous retrouvons entourés d'une tribu de cinq incroyables petites personnes. Give me five and more, je prends.

    Je suis tout simplement comblée au-delà du possible.

  • Le sourire de Samuel

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    Et voilà, Sam Sam a déjà soufflé sa première bougie. Je n'en reviens pas. Notre premier bébé (enfin pas le nôtre au sens propre, hein !), né pendant le confinement, a eu un an vendredi dernier. Un petit garçon qui aura vu plus de masques que de sourires en dehors de son cocon crèche et maison. On se demande comment il a appris à décocher son sourire extraordinaire. Sa maman sans doute, qui a le plus beau sourire de tout Bruxelles. Qui elle-même le tient de sa propre mère ;-).

    Sam Sam est le plus souriant des enfants. Il offre son sourire à tout va et y ajoute un plissement des yeux absolument irrésistible, qu'il tient peut-être de son arrière-grand-père l'enjôleur. Il est aussi brun lisutanien que son frère est blond british. Jules est joyeux, Samuel est heureux. Happy baby. 

    Je me réjouis de l'année qui vient où il va commencer à parler et à interagir de plus en plus. Je me réjouis de ces prochaines semaines où il va faire ses premiers pas pour ne plus jamais s'arrêter de marcher. 

    J'ai l'impression que le temps passe plus vite encore avec les puînés, tout occupés que nous sommes à écouter avec ravissement les babillages de leurs aînés. 

    Plus que jamais je voudrais arrêter le temps et passer des journées entières avec eux séparément, puis ensemble et recommencer indéfiniment. 

     

     

  • Année Chutney

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    Dès janvier, j'ai su que cette épidémie chinoise allait nous apporter des ennuis. Je ne sais pas pourquoi. Je n'ai jamais pensé ça avec la grippe aviaire ou Ebola. Mais cette fois-ci oui. Mon anxiété était irrationnelle et très sincèrement j'avais déjà imaginé qu'on ne finirait pas l'année sans perdre quelqu'un. Et, knock on wood, tout le monde est encore à bord, personne n'a fini aux soins intensifs ni même à l'hôpital. Personne n'a perdu ni boulot, ni salaire. Nos mamans sont chez elles et pas en maison de retraite. Franchement, "on" veille sur nous de là-haut, si là-haut existe.

    Mais tout de même quelle année de m…. ! Le télétravail, c'est bien mais à la longue, le contact humain ça manque. C'est bien mais pas avec des petits enfants à gérer en même temps. C'est bien mais les yeux trinquent, le dos aussi.

    Et ne plus embrasser ceux qu'on aime depuis dix mois, c'est très mauvais pour le moral. Ne parlons même pas de ceux qu'on ne peut plus voir.

    Année au goût amer et aigre, donc.

    Mais aussi au goût doux et sucré. Deux bébés en 6 mois de temps. Un deuxième petit bonhomme chez Anaïs et une deuxième petite fille chez Maïté. Que du bonheur. Un mariage masqué mais heureux, même si ramené à sa plus simple expression. Des vacances ensemble, totalement inespérées, loin de tout, mais ensemble. Et puis, nous deux à Venise encore et toujours. On n'y croyait même pas.

    Une fin d'année tristounette avec un Noël au rabais et en catimini et un Nouvel An en tête à tête, bien agréable mais c'est bien parce que l'Homme a tout fait pour balayer la morosité ambiante. 

     

  • Vracs de décembre

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    Lundi: Scanner de l'abdomen cet après-midi. On m'injecte un produit de contraste. On fait l'examen. Puis on me laisse dix minutes patienter je ne sais quoi. Le technicien vient me voir et me dit qu'ils n'ont pas bien vu un truc dans la partie supérieure de l'abdomen et qu'il faut réinjecter et recommencer. J'appuie sur le bouton "alerte au cerveau". Quoi, un truc ? Un deux!ème larron s'approche comme un joyeux pinson "Ne vous inquiétez pas madame, petit problème technique". Euh t'es sûr ? Pas la peine de demander de toute façon, j'aurai pas une réponse satisfaisante. Résultat: je rentre avec une boule au ventre, de peur d'en avoir une.

    Mardi: Rendez-vous de routine chez la gynéco. Elle est dans le même circuit hospitalier que là où j'ai fait le scanner hier. Je fais l'innocente et je lui demande si elle a accès, par hasard, au protocole de l'examen. Bien sûr, je sais qu'elle l'a. Mais je sais aussi que ce n'est pas facile pour un médecin qui n'a pas fait la demande d'examen de refiler en douce au patient les infos. On pourrait penser qu'on est quand même en droit d'avoir accès à notre propre dossier médical, ce n'est pas si simple. Il faut accompagner le patient, non "instruit" au sens propre de la médecine, dans la compréhension des termes obscurs. Tout plutôt que de les voir filer sur Doctissimo. Je suis d'accord. Mais je suis aussi curieuse. Et inquiète. Mais parce qu'elle est sympa, la gynéco, elle regarde, me montre, préfère ne pas imprimer le protocole – pour des raisons écolos (mon oeil !) mais j'ai vu. Rien à signaler. C'est déjà ça. Ca n'explique pas les résultats sanguins perplexitants mais on écarte déjà un petit paquet de vilaines choses. Et par les temps qui courent, franchement, c'est déjà ca.

    Mercredi: Petite poupée dernière est venue prendre un biberon ici et c'est fou comme un bébé change en à peine 3 semaines de temps. Elle nous distingue à peine et pourtant son regard suit l'ombre et la voix, sa joue suit le doigt qui la caresse. Les bébés me fascinent.

    Jeudi: C'est quand même incroyable d'être encore aussi timide à 60 balais. Je m'en veux terriblement. Dans le bus tout à l'heure, quelqu'un demande son chemin à une jeune femme qui ne connaît pas l'adresse qu'il désigne. Moi, tout aussi curieuse que timide, j'ai entendu et je sais où il doit aller. Je sais aussi qu'il est dans le bon bus et à quel arrêt il doit descendre. Mais comme je ne voudrais pas qu'on croie que je suis une curieuse et que je me mêle de ce qui ne me regarde pas puisqu'on ne m'a rien demandé, je ne dis rien. Prête à dégainer et renseigner tout sourire si on me le demande. Mais rien ne vient. Pire, la jeune femme qui ne sait pas l'entraîne avec elle et sort du bus pour se renseigner à l'extérieur avant même que je n'ai réalisé. Je peux vraiment être nulle et asociale :-(.

    Vendredi: Ca y est, il est monté. Etonnemment, nous sommes le 12 décembre et le sapin est monté. Je crois bien que cela n'est plus arrivé depuis notre retour d'Italie. Je dois toujours batailler avec l"Homme pour qu'on l'installe. Et cette fois, bizarrement, alors que Noël s'annonce peu festif, le sapin lui est déjà là. On se console comme on peut.

    Samedi: Journée en cuisine parce que demain, on brave l'interdit. On rassemble les enfants, grands et petits pour fêter St Nicolas devant la cheminée et autour de la table. Et tant pis si les drônes nous prennent la température à distance. Soyons fous sinon on va devenir dingue. Nous sommes tous prudents, nos cercles sont limités au maximum, nous télétravaillons pour la plupart. Restent les écoles et les crèches et la faute à pas de chance. Mais notre santé psychologique rentre en jeu aussi. Même si je sais que je suis la dernière à plaindre. Mais quand même, quand on en arrive à ce que les voisins de Maman lui proposent de passer Noël avec elle, même si ça part de la meilleure intention du monde, y'a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce monde.

    Dimanche: Voilà, le grand Saint est passé avec retard pour les enfants, petits et grands. Et voir Jules et Sappho s'émerveiller sans oser toucher dans un premier temps, entendre Jules dire "Il a apporté une maison pour nous?" est le plus beau des cadeaux pour nous.

  • Lémoni

     

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    Bienvenue ma Lémoni chérie dans ce monde bizarre. Comme Samuel ton cousin, les premiers visages que tu n'auras heureusement que perçus plutôt que vus, auront été masqués. Si un jour ta maman te montre la première photo que ton papa aura faite de toi dans un câlin peau à peau avec elle, tu la verras avec le masque sur le menton. Drôle de barbichette pour un drôle de bal.

    Si on m'avait dit un jour que deux de mes petits-enfants verraient le jour en pleine pandémie, j'aurais été terrifiée. Et pourtant non, le bonheur de ces naissances reste intact. 

    Tu es belle comme un coeur et tu es encore plus zen que ta maman bébé. Elle-même a dû mal y croire, tant elle a vécu ces neuf mois en mode stress. Il faut croire que tu n'as rien d'une éponge. Ou que neuf mois passés en télétravail sont finalement bénéfiques si l'on exclut la période où il a fallu cumuler à la maison boulot-école-cantine-garderie et plus si affinités.

    Il faudra quand même qu'on te raconte, ma poupée jolie, que ta maman a dû partir à la maternité en pleine nuit et que bien entendu, Nonno et moi avons bravé le couvre-feu pour venir garder ta grande soeur. Et que bien entendu, la surréaliste maréchaussée bruxelloise n'a pas manqué de nous remarquer, nous les deux sexagénaires masqués seuls dans la ville. Et que bien entendu, elle n'a pas voulu accepter notre excuse on ne peut plus valable – mais peut-être pas prévue dans leur liste ad hoc – pour contrevenir à la règle. Dans un dernier sursaut de bon sens – ou peut-être l'information ayant enfin trouvé le neurone assoupi -, l'agent fatigué nous a accordé un laisser-passer jusqu'à ta future maison.

    Tu peux être sûre, ma Lémoni, que l'âge aidant, on te resservira l'histoire à chaque anniversaire, mais si jamais Alzheimer nous rattrape avant ou si, pire encore, tous les anniversaires à venir seront limités à deux participants maximum, il te restera ce billet pour te souvenir de l'anecdote.