Catégorie : Cordon ombrellical

  • Le monde est vraiment petit petit

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    Je l'ai déjà dit, si on creusait un peu, on pourrait mélanger nos racines avec à peu près n'importe qui.

    L'autre soir, Lohengrin de Wagner à l'opéra, cadeau de Noël des enfants. 4h30 de spectacle, donc forcément une petite pause technique à l'un des entractes s'impose. En sortant des toilettes, je tombe nez à nez sur une de mes collègues. Salutations plus ou moins distinguées. En fin de spectacle, re-belote, je tombe à nouveau sur la même collègue mais cette fois, accompagnée de Monsieur. On se salue à nouveau, on fait les présentations. Généralement, moi, je présente l"Homme par son prénom. Mais elle me présente le sien par ses prénom et nom. La carte de visite complète. Paul-Henri Durand (toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant réellement existé ne saurait être que fortuite). 

    Ce nom m'est tellement familier mais ma mémoire refuse de l'identifier immédiatement. Ce visage ne me dit rien, je ne le connais pas. Son nom oui, très bien. Devant ce paradoxe, mon cerveau bugge. On se dirige vers le vestiaire et dans la bousculade, on se perd de vue. 

    Et puis soudain, mon cerveau retrouve un semblant d'activité. Ce Paul-Henri Durand mais c'est bien sûr ! 

    Pendant 2 ans, mon papa a été instituteur. Deux petites années seulement. Voire moins. Le temps de deux-trois remplacements. Il en a gardé une forme de nostalgie et a gardé, collectionneur en herbe, tout, absolument tout ce qui avait trait à cette période bénie pour lui. Cahiers des premiers de classe, petits mots d'excuse des parents, rédigés avec tout le respect reconnu aux professeurs en ce temps-là, lettres de remerciement des élèves à Monsieur le Professeur….

    Quelques années plus tard, je suis devenue une petite fille qui jouait à "école". J'étais une maîtresse hors pair. Et j'utilisais comme modèle les beaux cahiers des premiers de classe, ceux de …… Paul-Henri Durand, je lisais les petits mots d'excuse de la maman de Paul-Henri et il y a fort à parier que la lettre de remerciement était écrite de sa superbe écriture.

    Quand, le lendemain, j'ai demandé à ma collègue si par hasard…., elle lui a téléphoné illico et m'a confirmé que oui, Paul-Henri se rappelait très bien de mon papa et qu'il aurait beaucoup aimé le rencontrer.

    Le monde est vraiment petit, petit…..

     

  • 80 printemps

     

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    Ah, on peut dire qu'elle les porte joliment ses quatre-vingts printemps. C'est une petite souris encore bien verte qui court toujours, n'est jamais rassasiée de culture, d'expositions, de concerts et surtout surtout, depuis l'envol du Hibou, de cinéma. Elle voit au moins un film par jour, le plus souvent à la cinémathèque, mais aussi au cinéma ou à la télé. Insatiable.

    Je sais de qui tenir, je suis ses traces et si je peux arriver à son âge dans le même état de santé, je serai tout aussi assoiffée. 

    Cette petite souris a une mémoire d'éléphant. Elle peut me dire ce que j'ai fait le 19 septembre 1975 et me donner le temps qu'il faisait. N'essayez pas de tromper cet éléphant, elle ne s'en laisse pas compter. 

    Cette jolie souris est aussi une tête de mule. Si elle a décidé quelque chose, vous pouvez danser le chachacha sur les mains, rien n'y fera. Elle sait ce qu'elle veut – et ce qu'elle ne veut pas – et qui l'aime la suive.

    Pour la fêter, on a réuni toute la trHibou autour d'elle, dans une grande maison dans les Vosges. Dans quelques années, elle pourra vous assurer que le weekend du 21 et 22 avril 2018, il faisait un temps magnifique, qu'elle a passé un joli moment avec ses trois filles, ses gendres charmants, ses petits-enfants et consorts et ses deux arrière-petits-poussins, que tout le monde était en mode détente, pétanque, billard, tennis, farniente, couvertures dans l'herbe, bébés suspendus en maxi-cosi aux branches d'un tilleul, qu'elle a reçu en cadeau bonus un kaleidoscope, symbole de sa vie aux multiples facette et de ce qu'elle est au propre et au figuré: une jolie image à regarder. Et à écouter.

     

  • Entre hiver et printemps

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    Lundi: Je continue à tout faire pour ne pas rater l'entraînement tous les lundis midi. Ce n'est pas encore vraiment de l'addiction mais presque. Et pourtant, on peut dire que ça me coûte. Non seulement, je pense bien que je n'y suis jamais allée sans que ce soit un jour de pluie ou pire, de neige. Et David le coach ne lésine pas sur le côté cardio, mon point faible. Mais je persévère. Et, c'est bête, je pense bien que cela fait partie de sa formation de coach, mais quand il me félicite, c'est comme si j'avais 8 ans et que l'institutrice me tapote la tête en me disant "C'est bien !".

    Mardi: Baby sitting express chez petit Jules, le temps de permettre à sa maman de faire un aller retour chez le médecin pour une visite de contrôle. Enfin seuls, lui et moi. Et c'est un moment où on se rencontre enfin, tout en douceur et caresses. Il a cette peau douce et fragile à la fois, que seuls les tout petits ont encore. Il s'exprime par petits essais de areuh ou alors par des pleurs aussi subits que puissants. Quelques chansons et caresses le calment un instant et ses yeux semblent vous regarder pour vous dire toutes les choses qu'il ne peut pas exprimer. Et dans ces moments-là, j'éprouve pour lui toute la tendresse du monde. 

    Mercredi: Ce mercredi, je le réserve à ma maman. Quand j'arrive, elle est en pleine tractation avec le jeune voisin qui lui rachète la voiture de papa. Elle est contente de voir cette voiture partir dans des mains connues et surtout appréciées de Papa. Enfin, le monsieur, pas les mains. 

    Jeudi: Visite de contrôle chez le médecin. Tout va bien. Sauf qu'il entend toujours un léger sifflement dans mes poumons. La fin de bronchite diagnostiquée par la pneumologue n'était pas une bronchite selon lui. Mais quoi alors ? Il ne sait pas, on contrôlera la prochaine fois. Du coup, j'oublie de parler de mes pieds. Ah mes pieds…. A gauche, j'ai l'impression de marcher sur des lames de rasoir, à droite, l'oignon, ce cornichon, me fait crier "aïe" à chaque pas. Je ne supporte plus que les boîtes à chaussures. Je ne peux quand même pas marcher pieds nus en ville. Je sens qu'il va falloir qu'on déménage en bord de plage.

    Vendredi: Spectacle de danse le soir. Aline et Quintijn ont monté un spectacle entre danse, cirque et féérie. J'étais très fatiguée et mes pieds me faisaient terriblement souffrir. Mais j'ai profité de ce moment de magie, malgré, quelquefois, les paupières très lourdes.

    Samedi:  Il neige. On croyait l'hiver terminé mais non, il a repris du service. Et il fait froid. On fait quelques courses, mais au pas de course, on se les gèle trop. On fait un saut chez Mamy qui n'a plus de connexion internet. En arrivant dans sa rue, je ne vois plus la voiture de Papy. Se peut-il que le jeune voisin l'ait déjà emmené en France, comme il en avait l'intention? Je ne peux pas arrêter les larmes qui coulent soudain. Ce n'est qu'une voiture, me dit l'Homme. Oui, bien sûr. Je ne pleure pas la voiture, je pleure un nouveau coup de gomme sur tout ce qui faisait le quotidien lié à mon papa.

    Dimanche: Matin maussade, estomac barbouillé de la veille, dîner gastronomique annuel après avoir cassé la tirelire du badminton. Mais puisqu'on a préparé un osso buco pour les lovebirds, Q et K, qui viennent manger ce midi, il faut bien se forcer un peu. Après-midi Sappho, bougonne parce qu'encombrée, mais toujours aussi craquante malgré tout. N'empêche, elle commence à bien savoir ce qu'elle veut et surtout…. ce qu'elle ne veut pas.

    Et la semaine se termine au coin du feu….

  • Laisser couler

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    Voilà deux-trois semaines qu'à peu près toutes les démarches administratives liées à la succession de mon papa sont terminées. Les comptes sont clôturés, ma maman peut enfin accéder à cet argent bloqué depuis des mois, l'après-papa administratif se met tout doucement en place. Pendant tous ces mois, j'ai fait tout ce que je pouvais pour l'aider dans ce domaine. Pendant tout ce temps, j'ai évité de pleurer ou si peu. Il fallait avancer. J'ai avancé. Aujourd'hui la pression retombe un peu, je baisse un peu la garde et le chagrin me prend par surprise.

    Partout. Dans mon bureau, lors d'un bref moment de répit. Dans la rue surtout, quand je marche dans les rues noires et froides. Dans le bus. A la maison, quand personne ne me voit. Aux toilettes. Dans le bain. Bref dès que je suis seule et que je ne dois pas me justifier. 

    Ce sacré hibou est partout et pourtant il me manque terriblement. Physiquement. C'est difficile à expliquer. Je pourrais en hurler. Mais ça, je ne l'ai pas encore fait. Parce que ni seule dans mon bureau, dans la rue, dans le bus, à la maison où je ne suis jamais seule, un hurlement passe beaucoup moins inaperçu que des larmes qui coulent.

    Et que ça ne sert à rien d'importuner les autres avec une peine dont ils ne savent que faire. Le chagrin reste décidément quelque chose de très personnel.

     

  • Jules

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    Jules, mon petit Prince, tout petit petit, je t'aime déjà. Tu t’es fait attendre, tu jouais les prolongations et ta maman trouvait que ça commençait à bien faire. D’accord, le nid était certainement douillet et puis toi, pas fou le moustique, quand ta maman avait le dos tourné, tu glissais un orteil dehors pour prendre la température et, forcément, tu décidais de prolonger le séjour.

    Mais bon, le corps médical, comme des huissiers intraitables, a sorti l’artillerie lourde, gaz lacrymogène et tout pour t’inviter à sortir le bout de ton nez.

    Dans ces conditions, tu t’es dit que ça ne valait plus la peine de résister et tu t’es dit « tant qu’à sortir, je mets le turbo ». Et alors qu’on ne t’attendait pas avant de pénibles longues heures, tu es arrivé en sept heures de travail strictement syndical mais sans pause café ni pause déjeuner. Tu es déjà un beau compromis entre ton papa et ta maman: tu procrastines, tu glandouilles, tu te la coules douce et puis quand faut y aller, faut y aller, tu fonces, tu ne recules devant aucun obstacle et tu ne t’arrêtes plus avant d’avoir atteint l’objectif.

    Maintenant bien sûr, tu fais la moue et tu fronces les sourcils. On t’a obligé à sortir et qui plus est, le jour de la Chandeleur, celui où l’hiver meurt ou reprend vigueur. Et cette année, clairement, brrr il reprend vigueur ! Tu l’avais pourtant bien dit à ta maman, comme ton papa te l’avait appris: "Et on s’en fout, on n’y va pas, on n’a qu’à se cacher sous les draps, on n’a qu’à dire à tes amis qu’on les aime pas et puis tant pis !"

    Le 2 février c'est aussi le jour de la marmotte et les marmottes en hiver elles hibernent. Et le 2 février, elles mettent le nez dehors pour voir le temps qu'il fait. Toi, ma marmotte, tu ne peux plus retourner en arrière mais tu amènes le soleil dans nos coeurs. Bienvenue sur terre, petit Jules, tu vas voir, parfois, on s'amuse bien ici. Demande à ta cousine :-).

  • Le coucou du hibou

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    Lundi: 1 janvier. Réveil un peu difficile mais heureuse de la veille. Les enfants autour de la table, la princesse qui termine avec nous les dernières heures de sa première année sur terre. Heureuse de l'ambiance autour de la table, heureuse de les voir heureux, tellement reconnaissante à JD, Simon et Kerya de les rendre heureux. Traditionnelle choucroute du 1er de l'an chez Maman, la courageuse, qui a tenu à maintenir la tradition, même si son compagnon de fourneaux n'est plus là pour l'aider. Elle était délicieuse et revigorante. Et tellement chaleureuse. Puis pour terminer la tournée, petits gâteaux chez Mamy L., ravie de nous voir, nous, mais surtout la princesse, qu'elle n'a pour ainsi dire pas lâchée. Enfin retour à la maison, faire la vaisselle des 24 verres de la veille. Et puis, hop au lit !

    Mardi: Dernière journée de congé déjà. Comme le temps est passé vite ! J'essaye de profiter au maximum de cette journée. Déjà, pour la première fois depuis le début de ces vacances, j'ai dormi jusqu'à dix heures. Grasse mat' exceptionnelle. Pour le reste, on a fait un peu de rangement, un peu de repassage et on s'est envoyé deux films, The Queen et …. impossible de me rappeler le nom du deuxième…..

    Mercredi: Badminton or no badminton tonight ? J et S sont en Italie. M est cloué au lit avec une gastro. On décide donc de faire l'impasse et de rester tranquillement à la maison. C'est bien aussi. 

    Jeudi: Deuxième jour et déjà fatiguée. Je ne suis plus très motivée. Le boulot est devenu très procédurier et je n'aime pas ça. Une partie de mon boulot, c'est aussi de motiver les troupes et sans motivation, c'est aussi efficace que de faire prendre une mayonnaise avec une plume. A midi, j'ai fait un saut chez le coiffeur. Pas très malin non plus, un jour de crachin qui s'insinue sous le parapluie. Sur le chemin du retour, j'ai acheté 4 pralines avec l'idée d'en manger une par jour. A 16h, je les avais mangées toutes les 4. J'ai aussi acheté un petit plant de jasmin pour me faire oublier la grisaille de l'hiver. Enfin, le soir, j'ai repris le chemin de la salle de sport et j'ai dégusté grave. La remise en forme est impérative.

    Vendredi: Fin d'une courte semaine. Soirée tranquille au coin du feu à rêver aux prochaines vacances d'été. Maïté nous annonce la destination de son cadeau de 30 bougies programmé pour l'automne prochain et on se voit déjà en train d'aller chercher Sappho à la crèche tous les soirs pendant deux semaines. Petit bonheur en perspective après avoir reçu plus tôt dans la soirée sa première vidéo de rires aux éclats. 

    Samedi: Soldes habituels dans le seul et unique magasin où je vais depuis 25 ans à cette période de l'année (je déteste les soldes dans les magasins où on doit faire son choix par terre, vu que tout le monde profite de cette période pour se comporter de manière non civilisée et jette tout ce qui ne plaît pas au sol). Pour la première fois, et même si comme toujours, la propriétaire de la boutique me fait essayer la moitié du magasin, je suis ressortie avec une petite pièce. Je deviens sage. Le soir, on pensait être 4 autour d'une lasagne maison, puis finalement deux autres se sont rajoutés et enfin les deux derniers qui ne faisaient que passer pour dire bonjour en fin d'après-midi, ont changé d'avis à la seule évocation de la lasagne. Autant dire que j'ai passé un délicieux moment. Cette tribu fait tout mon bonheur.

    Dimanche: Blanquette et galette chez Mamy. Je lui suis tellement reconnaissante de maintenir la tradition. J'ai été gâtée par avance pour mon anniversaire, un collier, des boucles d'oreille, un petit carnet "La marchande de prose", un marque-page avec une petite perle, un livre sur Vivaldi à Venise, Alma Viva dédicacé par l'auteur, un bon pour un soin visage chez l'esthéticienne japonaise de Mamy où je rêve d'aller, sans jamais trouver le temps de prendre un rendez-vous, une pochette brodée au point de croix à l'ancienne, et… le It Book de Cachemire et Soie, épuisé depuis si longtemps. Vraiment gâtée.

    Et puis, ce moment tellement inattendu. Mamy devient reine, alors qu'elle ne pourrait même plus dire à quand remonte la dernière fois, et la fève, contre toute attente, est un …. Hibou, le surnom donné à mon papa. Grosse émotion pour tout le monde autour de la table. Moi qui ne crois pas à ce genre de signe, j'ai beau retourner la question dans tous les sens et chercher une explication rationnelle, je suis fortement ébranlée. 

    Papa, s'il te plait, envoie d'autres signes, c'est vraiment très chouette !

     

     

  • 2017

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    Et dire que j'ai qualifié 2016 d'annus horribilis.

    Ma tête était parfaitement au courant, pas dupe, mais mon coeur les croyait éternels. On a beau stocker l'information dans une petite circonvolution du cerveau, on l'entoure d'une bonne couche d'ouate de cellulose insonorisante. Depuis le mois de juin, Mamy L. a décliné de jour en jour. On nous a annoncé qu'elle ne terminerait pas l'année, elle a perdu du poids jusqu'à ne plus peser que 40 kilos mouillée, elle nous a bien des fois donné à penser qu'elle ne terminerait pas la semaine. On a annulé un weekend à Porto, on est partis en Normandie en été à reculons pour malgré tout se le faire reprocher. Le corps médical, infirmier et psychologue nous a tournés en bourrique, l'hôpital ne voulant plus la garder, la maison de repos la considérant comme privée de ses fonctions cognitives, ce qui est loin d'être le cas, jusqu'à ce que sa fille prenne la seule décision qu'il nous restait à prendre, la ramener à la maison. Et contre toute attente, elle a repris du poil de la bête, entre autres en retrouvant la sienne, sa Bella adorée.

    Elle n'est pas partie et c'est très bien ainsi. Mais celui qu'on n'attendait pas aux portes de St Pierre de si tôt nous a pris par suprise. Parti sans crier gare, sans même le signaler au chauffeur de taxi qui l'a cru endormi, sans dire au revoir…. Papa, tu me manques tellement. Et demain, tu ne seras pas là pour nous accueillir sur le pas de 2018. Pour moi, ce sera encore bien plus dur que le soir de Noël……

    Vovo, le grand-père de Simon, est parti lui aussi, en été. JD a aussi perdu le sien. C'était l'année des grand-pères.

    2017, c'est aussi l'année des secrets de famille. Les dévoilés, les insinués et les sous-entendus. Des secrets lourds comme des pavés dans des mares de larmes, des pavés qu'on porte en bandoulière et qui sont trop lourds pour nos épaules déjà affaissées.

    Mais pour relever la tête, il faut repenser aux 60 ans de l'Homme et aux 30 ans de Maïté. Il faut se souvenir du bonheur d'être entourés d'amis, de la chaleur familiale autour de Mamy et entre nous depuis le départ de Papa et à la chance d'avoir trois enfants merveilleux et trois valeurs ajoutées extraordinaires. 

    Et puis 2017, c'est aussi et surtout la rencontre avec une petite fille que tout le monde à la crèche appelle si justement le petit soleil et qui n'est que sourires et petits pieds dodus. 2017, c'est l'année de Sappho.

    Et la promesse d'un petit cousin dans quelques semaines. 

    Alors, relevons la tête. 

    2018, tu peux venir, nous t'attendons de pied ferme et la tête haute. Nous allons rencontrer un petit conquérant des goals, nous allons fêter les 80 ans de la maman la plus courageuse du monde, nous allons retourner à Venise, nous allons retourner à Preggio, nous allons redistribuer tout l'amour que nous avons reçu sans en perdre une miette. Et affronter ce qui vient, muni de ce bouclier invincible. 

     

  • Coups de blues

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    Certains jours, je ne pense quasi plus à toi et je ne comprends pas comment c'est possible. Je trouve ça presque insultant à ta mémoire, presque honteux. Ainsi donc, on est si vite oublié ? Ceux qu'on aimait et qu'on croyait nous aimer peuvent déjà rire et vivre si facilement sans nous ? J'en ressens comme une espèce d'incrédulité, voire d'effarement. La vie au quotidien m'a rattrapée.

    Les lendemains de ces jours-là, j'en veux à la terre entière de m'avoir fait oublier ta mort. Ceux qui me font travailler jusqu'à m'épuiser, ceux qui me distraient, ceux qui me font rire. Et je ressens une colère immense, non pas tant contre tous ceux-là mais contre moi qui les laisse occuper mon esprit par autre chose que toi.

    Et puis, il y a les jours comme aujourd'hui où c'est toi qui me rattrapes en grosses larmes au coin des yeux. Parce que j'ai vu ta  dernière photo avec Sappho, parce que j'ai retrouvé ta wishlist de cadeaux de Noël de l'année dernière en cherchant celle des autres, parce que j'ai fait la bêtise de regarder la video où tu ris de ce rire inimitable qui me faisait tant rire et aujourd'hui me fait pleurer.

  • Reprendre la plume

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    Long long silence parce que les mots restent prisonniers dans la plume, les larmes dans la gorge et les envies réduites à se cacher sous la couette, la tête enfouie sous l'oreiller pour toujours.

    Depuis mon dernier billet, Vovo s'est finalement endormi, Mamy L. est finalement rentrée chez elle parce que plus personne n'en voulait, ni l'hôpital (plus assez malade), ni la maison de repos (pas assez vaillante ni autonome, seule place possible chez les déments séniles, ce qu'elle n'est pas non plus), ni les soins palliatifs (en fin de vie, mais pas assez mourante). Sa fille a décidé de la ramener à la maison puisque tel était son souhait, au grand dam de l'Homme qui ni'maginait pas l'entreprise possible. A tort, puisqu'elle semble même aller beaucoup mieux chez elle.

    Mais si je n'écris plus depuis tout ce temps, c'est que l'impensable est arrivé. On s'attendait à d'autres départs, pas au sien. Bien sûr, il a tiré la sonnette d'alarme quand il a été hospitalisé pour un oedème pulmonaire lié à une insuffisance rénale maximale. On savait que la dialyse lui pendait au nez. Lui l'a un peu nié mais mis devant le fait accompli, il a bien dû s'y résoudre. Après quelques séances pendant son hospitalisation, il est rentré à la maison le vendredi pour commencer ses allers-retours trois fois par semaine à l'hôpital le lundi suivant. Son coeur fatigué s'est endormi dans le taxi de retour le premier lundi. Le Samu a bien essayé de le réanimer mais quand nous sommes arrivées, Sis'Cile et moi, ils venaient d'arrêter d'essayer. 

    Il n'y a rien à dire. Tous ceux qui sont passés par là savent de quoi je parle. Tous ceux qui ne le sont pas, le sauront assez tôt. Les semaines qui se sont écoulées nous ont assommées physiquement et psychologiquement. On croit que la vie va s'arrêter et elle ne s'arrête pas. On voudrait que la vie s'arrête pour vivre les derniers moments – même s'il est déjà mort – au ralenti, le regarder encore et encore, pouvoir toucher ses mains, son visage encore et encore une dernière fois, mais la vie ne s'arrête pas. Les visites au funérarium sont réglementées, limitées, facturées, l'heure c'est l'heure. Le temps ne s'arrête pas, il faut se presser si on veut lui préparer une belle cérémonie d'au revoir, choisir parmi toutes les photos de lui celles qui nous parlent le plus, écrire un texte, des mots pour parler de lui, faire les démarches obligatoires, le temps ne s'arrête pas, pas le temps de pleurer tout le temps qu'on voudrait, pas le temps de penser à ce qui nous arrive. Il faut rester debout, vaillants petits soldats et assurer, toujours assurer. 

    Puisque je lui ai dédié ce blog, j'ai bien pensé arrêter d'écrire ici. Mais je me sens un devoir d'écriture vis-à-vis de je ne sais trop qui, lui, moi, les petits-enfants qui sont là, je ne sais. 

    Mais je lui dédie cette tentative de reprise de plumes. 

     

     

     

  • Semaines de reprise

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    Nous revoilà donc à la maison et au bureau. Je ne trouve plus le temps de venir ici. Mais l'envie est toujours présente.

    Nouvelles du front en vrac:

    Mamy L. est toujours à l'hôpital. On l'a retrouvée samedi en bonne forme, avec une petite dizaine de kilos en plus, avec une sortie programmée pour le mardi matin. Et puis patatras, le lundi, retour à la case départ, the bacteria strikes back. Sortie annulée, la revoilà isolée, les visiteurs tenus de se déguiser en grands tabliers jaunes, et les bébés et femmes enceintes priés de ne plus se présenter à la porte de sa chambre. Après une semaine d'antibiotiques killers, elle peut enfin quitter l'hôpital pour un centre de revalidation où elle suivra un entraînement intensif pour retrouver des forces suffisantes pour rentrer chez elle. Mais la bactérie est tapie dans l'ombre et n'attend qu'une petite faiblesse pour sévir à nouveau. Et puis bingo, retour à la case départ en passant par les urgences. Décompensation cardiaque, eau dans les poumons et on repart à zéro. Une partie du poids gagné est perdue, l'appétit est au plus bas, chaque bouchée est le prix de négociations. Un pas en avant, deux pas en arrière.

    Vovo, le grand-père de Simon, a été admis en soins palliatifs et n'arrive ni à vivre ni à mourir, dans cet entre-deux si difficile à vivre pour lui certainement mais aussi pour tous ceux qui l'aiment et souffrent de le voir souffrir, à la fois toujours là et déjà parti.

    On a fêté l'anniversaire du petit dernier. C'était l'occasion de les retrouver tous les huit autour de la table et on n'a pas boudé notre plaisir. 

    On a eu l'occasion de faire notre premier baby sitting. Pendant une courte période d'éveil, nous nous sommes retrouvés tous les deux face à face, à table, en train d'admirer – et de gagatiser surtout – la petite merveillle qui pédalait sur le dos entre nous. Un pur bonheur.

    Anaïs s'arrondit tout doucement au rythme où Maïté perd ses rondeurs. Le petit cousin de Sappho est en bonne voie et la dernière échographie a confirmé qu'il avait tout ce qu'il faut, là où il faut.

    Retour au bureau où j'étais à nouveau attendue à bras ouverts. Et pour un mois d'août, il y a un travail de ouf ! Même pas le temps de ranger un peu.

    Ce mois d'août s'étire en clair-obscur, au sens propre comme au sens figuré. Petite lumière dans ce paysage un peu sombre, il semblerait que la préparation magistrale à base de mélatonine et de valériane que m'a prescrite le médecin finisse par avoir raison de mes insomnies. Depuis le temps que ça dure, cela valait la peine d'être mentionné. Et la dernière scintigraphie des poumons montre qu'il reste encore quelques traces de l'embolie mais avec une légère amélioration malgré tout. Que demander de plus ?