Catégorie : Cordon ombrellical

  • Remettre à demain

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    Je l’ai déjà dit, la procrastination est un trait de famille. Mais dans certains cas, elle coûte bien cher. Cette année scolaire en est à nouveau un cuisant exemple.

    Si Anaïs a repris brillamment les choses en main  cette année, prouvant à tous mais surtout à elle-même qu’elle pouvait nager au-dessus de la mêlée, on n’en dira pas autant des deux « self-confident ». 

    Cette année, c’est Quentin qui n’a, en aucune façon, réussi à mettre le bout de son nez à la surface de l’eau. A force d’attendre demain pour collectionner 50 insectes, à force de laisser la vingtaine de bourdons, papillons, criquets et autres scarabées congelés dans MON congélateur, de ne pas se donner la peine de donner un coup de lustre aux insectes précédemment collectionnés par S., à force de remettre à demain la mise en herbier de plantes et fleurs cueillies, reçues déjà séchées, prêtes à l’emploi, à force de se dire « demain, je m’y mets », l’atterrissage a été brutal. J’ai voulu participer à l’effort de guerre pendant les vacances d’été mais gagner une bataille n’a jamais équivalu à gagner la guerre. Septembre a mis en exergue l’ampleur des dégâts et c’est  une année quasi complète qu’il doit recommencer. Autant dire que la partie est loin d’être gagnée. Un procrastinateur devient rarement une bête de travail. Et on aura beau le mettre sous surveillance étroite, je sais pertinemment bien que notre vigilance faiblira à un moment ou à un autre. 

    Et Maïté qui a clamé haut et fort que son année était dans la poche s’est pris une belle claque. On ne peut pas ignorer purement et simplement les décisions, certes arbitraires, du pouvoir enseignant. Si un stage est obligatoire et ne peut pas être remplacé par le stage facultatif, même si ce dernier est beaucoup plus adapté à l’étudiant, c’est comme ça. Et sauf argumentation jusqu’à avoir gain de cause, il est illusoire d’ignorer le refus et de se dire qu’on verra bien à la fin de l’année. C’est ainsi qu’on se retrouve bien cuit et obligé de recommencer l’année, faute de stage obligatoire accompli. Même si toute l’année est réussie et même si on est autorisé à suivre tous les cours de l’année de Master.

    Quand peut-on considérer que l’on ne doit plus intervenir dans la vie de nos enfants et qu’ils sont les acteurs de leur propre vie ? Alors qu’on veut pour eux le meilleur et qu’on ne désire qu’une seule chose, les armer pour la vie qui est devant eux. J'ai l'impression qu'on n'en finit jamais d'être parent.

     

     

  • Valais de coeur

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    J'avais dix-douze ans, je devais faire un exposé sur une région d'Europe, au choix. Je n'ai pas la moindre idée du pourquoi j'ai choisi le Valais. Je n'y connaissais personne, je n'avais jamais mis un pied en Suisse, je n'avais rien lu qui puisse m'inciter à faire ce choix. Est-ce que la prémonition existe à cet âge-là ? J'étais de toute manière loin d'imaginer qu'une de mes soeurs émigrerait au bord du lac Léman et que j'y passerai une à deux semaines pendant 23 ans. Mes enfants, l'un après l'autre, y ont passé leur(s) première(s) semaine(s) de vacances – Quentin n'avait d'ailleurs que 4 semaines -, nous avons profité de mes parents pendant ces 23 ans, petit retour aux soins maternels le temps de se rappeler à quel point il est bon d'être enfant, de mon grand-père aussi pendant 10 ans, au grand plaisir des enfants.

    23 ans de plaisirs renouvelés auxquels a mis fin la combinaison de la vente de l'appartement loué – toujours le même – à d'autres propriétaires et le désir d'autre de chose de mes parents. Difficile de leur en vouloir, nous n'avons nous-mêmes jamais offert à nos enfants le bonheur simple d'une "maison de vacances". Nous avons toujours préféré changer chaque année de destination, découvrir d'autres horizons, ne pas se donner les contraintes de la seconde résidence ou se créer une routine familière en retournant systématiquement au même endroit. Facile, les parents l'ont fait pour nous. Les deux formules ont leurs avantages et leurs inconvénients. Rien ne remplace les souvenirs communs accumulés au même endroit mais la rupture avec ces madeleines-là est d'autant plus pénible.

    Cet été, en retraversant les Alpes, nous sommes forcément passés au pied de l'Ardevaz et il a fallu se concentrer sur la route pour ne pas pleurer.

    Pour nous aider à passer le cap, j'ai fait la liste de tous les petits cadeaux dont nous avons rempli nos valises au cours des deux décennies passées:

    – la montée vers la station, la plupart du temps avec la musique à fond, dernière ligne droite d'une longue route, le coeur qui bat un peu plus de retrouver ceux qu'on aime. Un petit sms avant d'entamer la montée: "Vous pouvez "lancer" le café ! On est là !"

    – la Fondation Gianadda où presque chaque année on a pu admirer l'exposition de l'un ou l'autre grand peintre (Picasso, Degas, les impressionnistes, Suzanne Valadon, Matisse, Courbet, …)

    – le traditionnel chaud froid de fruits rouges à Chiboz avec ou sans marche préalable

    – les piscines intérieure et extérieures du Thermalp, de 30 à 36°au choix

    – le barbecue en plein air

    – la raclette et/ou la fondue

    – les tartes aux fruits rouges

    – les feux du 1er août, les lampions avant 10 ans, les pétards après 10 ans, et les feux de bengale à partir d'un âge plus que de raison, le discours du maire, le petit bal musette, suisse en diable

    – les sacs à dos remplis de petits pains, gendarmes, choc, barres sucrées, fromage, pulls, k-ways, pansements, bouteilles d'eau

    – les petits pots "de merde" (appellation contrôlée depuis le jour où Maïté les a baptisés ici dans sa rébellion ras-le-bolique de ses 15 ans) destinés à la cueillette des mûres,framboises et fraises des bois 

    – les soirées confitures après immolation sur la plaque de cuisson des petits vers sortis des fruits (on ne connaissait pas bien le sadisme méticuleux de Mamy)

    – les étirements du champion de Swiss'Sis après son entraînement vélo en vue, au choix, d'un marathon, triathlon ou IronMan

    – les parties de Mah-Jong, Uno, Monopoly, manille, poker et de l'inusable Scrabble ("Quelqu'un peut me passer le dictionnaire du Scrabble ?"

    – le passage obligé chez Gollut

    – les promenades – le chemin des écureuils, Petit Pré, Grand Pré, Sorgno, Tsantonaire, la Passerelle de Farinet, la Seya, Odonne, Bougnone, la Pierre Avoi, la promenade des planètes à St Luc, à la Cabane Rambert. Ces noms chantent à nos oreilles comme autant de souvenirs joyeux.

    – la virée annuelle à Lausanne avec l'incontournable passage chez Globus, le roi de l'épicerie fine. 

    – les enfants portés comme des moutons sur les épaules, les enfants qui remplissent leurs poches de cailloux qui les alourdissent dangereusement, les enfants qui parlent à leur ami imaginaire pour passer le temps pendant la marche, les enfants qui marchent trop près du précipice et qu'on rattrape de justesse, les ados qui grimpent vite parce que c'est ch…. de marcher, les ados qui chassent les papillons et les sauterelles en marchant….

    23 ans de petits bonheurs suisses accumulés comme autant de barres d'Ovomaltine pour nous donner un maximum d'énergie pour les 20 ans à venir.

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  • Ombres et nuages

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    La dispute annuelle des vacances sans laquelle il manquerait un peu de piment  et de sel à cette cohabitation permanente.  Elle a toujours lieu après deux semaines d’harmonie relative où le plaisir d’être enfin en vacances, le soleil, la beauté environnante, les découvertes, la bonne humeur et quelques compromis compensent les taquineries, mesquineries et autres différends légers qui gonflent lentement au fur et à mesure des jours qui passent. L’ennui commence à s’installer, les centres d’intérêt divergent, les attentes ne sont plus rencontrées. L’agressivité est latente. Cette année, il aura suffi d’un chips chipé à l’autre, d’une main puissante enserrant un poignet, d’un coup sur le bras et d’une gifle claquante pour mettre le feu à une montagne de poudre qui n’attendait que cela pour exploser.

    J’ai décrété la fin des vacances, donné le signal de départ pour faire les valises et l’Homme qui a vu là une occupation lui convenant parfaitement bien pour servir d’exutoire à son ras-le-bol-d’enfants-chamailleurs m’a emboîté le pas. Au bout d’une vingtaine de minutes de rangement, ma colère s’est émoussée. La sienne s’est amplifiée. Moi, je ne voulais plus partir – sans compter que le frigo était plein et que je me voyais mal téléphoner à la propriétaire un dimanche soir pour dire « Tout compte fait, on part une semaine plus tôt parce qu’on est pas fichu de vivre ensemble 3 semaines d’affilée » – et lui m’a lancé un ultimatum m’intimant de le suivre. D’une dispute entre deux enfants au sujet d’un chips, le conflit a tourné en une lutte de pouvoir parents-enfants, enfants-enfants et parents-parents. Le cinéma a duré quatre heures, a fait pleurer au moins quatre paires d’yeux,  sortir toute une liste de quatre vérités et gâché une belle après-midi de soleil.

    Je me suis toutefois bien gardée au cours de ces 4 heures d'annuler le restaurant réservé le matin pour le soir même. Et la journée s'est plutôt bien terminée. 

    Mais même en sachant que cette journée est devenue quasi traditionnelle, elle n'en reste pas moins pénible, elle donne mal à la tête, des yeux de grenouille et le nez rouge. 

    Mais sincèrement je ne vois pas comment on l'aurait évitée cette année avec un bébé marmotte qui doit étudier TOUS ses cours en deuxième session, une pile électrique en sevrage de cigarettes depuis une semaine, une râleuse professionnelle et deux parents casse-bonbons .

     

     

  • Bonne fête Maman ??

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    Est-ce que quelqu'un(e) pourrait m'expliquer comment on inculque à ses enfants certaines traditions, à mes yeux incontournables ? Par l'exemple ? La persuasion ? La répression ? L'indignation ? La gratitude ?

    Si vous avez une idée, je suis preneuse. Moi, je n'ai pas trouvé la formule. 

    Depuis que j'ai l'âge du bricolage scolaire, j'ai toujours fêté la fête des mères. Je dois sans doute être formatée comme ça, je n'imagine pas qu'il en soit autrement et cela me fait sans doute autant plaisir que la fêtée.

    Pourtant, même si la maman de l'homme est assez intransigeante à cet égard – il serait impensable d'oublier ce jour -, la mienne ne se formaliserait pas si – par soudaine attaque d'Alzheimer – je devais oublier ce deuxième dimanche de mai, même si elle a une mémoire des dates plus sûre qu'un calendrier perpétuel. 

    Je résume: mes enfants ont donc eu l'exemple "parfait" sous les yeux. Ils ont été dans des écoles normales où les enseignants les ont aidés à confectionner des colliers de pâtes, des porte-clés, des porte-crayons, des sous-plats, accompagnés de poèmes délicieux. Ils ont des rappels discrets, voire moins discrets, peu de temps avant le jour J. J'ai feint l'indignation quand ils m'ont oubliée, j'ai débordé de gratitude quand ils y ont pensé.

    Alors pourquoi n'y accordent-ils pas la moindre importance ? Anaïs est la seule qui semble être correctement formatée. Cette année, elle s'y est prise à l'avance et s'est trompée de dimanche. Pas de cadeau, bien mieux, un petit mot sur mon petit déjeuner. Je ne demande rien de plus.

    Mais tout de même un peu plus que le: "Oh p….. , c'est la fête des mères !" des deux autres, au moment de servir le café après le déjeuner lorsque l'Homme me demande si je suis prête pour partir chez nos mamans respectives. 

    Peut-être qu'après tout, ils sont sensibles au fait que je ne me formalise pas vraiment. Mais, tout de même, je sais que ma maman ne se formaliserait pas et pourtant….. Grmblgrmblgrmlblgrmbl……

  • Maïté, Morphée et moi

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    Je commence tout doucement à émerger de semaines, voire de mois interminables d'insomnie.

    Moi qui ai toujours dormi comme un bébé marmotte les quarante premières années de ma vie, j'ai commencé un recensement de moutons il y a une dizaine d'années maintenant. Parfois, il y a pénurie de moutons, plus un seul ovidé à compter et je dors mieux. 

    Mais ces derniers mois, j'ai repris du service en tant que bergère de nuit. Maïté, qui sortait déjà beaucoup et fort tard (traduisez: rentrait fort tôt), a encore intensifié son rythme de croisière. Et fidèle à elle-même, elle est totalement incapable de donner une heure de retour. Ou si elle s'efforce de nous faire plaisir et promet de rentrer à une certaine heure, elle est parfaitement dénuée de toute notion du temps. 

    Et quand elle est sortie, je ne dors pas. Ou si je m'endors confiante, je me réveille au milieu de la nuit comme un pantin sort de sa boîte pour constater qu'elle n'est toujours pas rentrée et me visser instantanément l'oeil au réveille-matin. Je regarde passer les minutes qui s'éloignent l'une après l'autre de l'heure à laquelle elle a plus ou moins promis de rentrer, j'écoute les sirènes passer dans la rue, je l'imagine allongée sur un passage pour piétons, renversée par une voiture, je l'appelle pour vérifier, elle ne répond jamais, elle n'entend pas son portable, elle n'a jamais le moindre sou pour m'appeler ou me laisser un message. Plus les heures passent, plus je file la laine des moutons et je tisse des scenarii tragiques. Immanquablement, je finis par réveiller l'Homme qui devient très vite ronchon et pas content.

    Quand enfin elle glisse la clé dans la serrure, je peux rendre mon tablier de bergère et me glisser dans les bras de Morphée mais souvent l'aube pointe, même s'il fait encore nuit et je vis alors dans l'angoisse de ne pas entendre le réveille-matin. Et je n'ose m'endormir.

    On a bien sûr tout essayé pour raisonner la chouette génératrice d'angoisses maternelles mais rien n'y fit. Elle a compati tout son soûl, a promis, a essayé, a quelquefois (quand plus riche de quelques sous) prévenu de retard prévu, mais toujours elle a insisté pour que je dorme, pour que je ne m'inquiète pas, pour que je me raisonne moi aussi. Elle n'a pas cédé d'un pouce. On a même envisagé de fermer la porte à clé, une fois dépassée l'heure fixée par elle. Bien entendu, cette nuit-là, je ne me suis même pas endormie et j'ai attendu le moment où elle se retrouverait devant porte close. Je n'ai pas tenu une demi-minute et j'ai sommé l'Homme d'aller lui ouvrir. Je ne suis absolument pas parvenue à accepter l'idée de la retrouver le lendemain matin, endormie sur le paillasson.

    Face à cette résistance (consciente ou inconsciente, allez savoir) somme toute assez passive mais épuisante, j'ai capitulé. Il fallait absolument que je dorme et pour me débarrasser du sentiment d'inquiétude maternelle assez légitime, je me suis consciemment déconnectée de toute préoccupation de cet ordre. Je me suis convaincue que si elle n'habitait plus sous mon toit, je ne m'inquiéterais qu'après quelques jours sans nouvelles sollicitées. Je me suis persuadée que s'il lui arrivait effectivement quelque chose la nuit, soit elle serait en état de me prévenir soit je n'en saurais rien avant un bon bout de temps et que ma veille forcée n'y changerait rien.

    Aujourd'hui, je me congratule de mon bel effort de lâcher prise tout en culpabilisant à mort d'une certaine forme de désintérêt.

    Mais je dors au moins deux nuits sur trois. Et mon coeur de marmotte soupire d'aise sous la couette.

     

  • Double semainier

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    Le temps me file entre les mains et je trouve moins de temps pour venir dans ma cabane au fond du jardin.

    Le temps me glisse entre les doigts mais je ne m'ennuie pas pour autant. La frénésie est toujours au rendez-vous. 

    Février a commencé en fanfare et violons. Nous nous étions promis de ne plus y retourner tant notre déception était grande l'année dernière mais l'envie de valser a été la plus forte. Grand mal nous en a pris, c'était pire que l'année dernière. Pas moyen de valser au delà de un, un, un deux, un, un…. Si c'est pour hoqueter de cette manière, autant rester chez soi. On a essayé un petit boogie woogie mais là encore, j'ai servi de cible à un type qui jouait au jokari avec sa partenaire. Le bal russe a vraiment perdu tous ses charmes. On doit trouver d'autres moyens de sortir le smoking et les escarpins !

    Après les balalaïkas, un petit tour par les bouzoukis et notre traditionnel rendez-vous au restaurant grec pour l'anniversaire de ma (grande) filleule dont on a fêté les 24 charmants printemps. Nous sommes arrivés un rien avant eux et lorsque nous avons demandé la table réservée à leur nom, on nous a installés à une table de 14 personnes. J'avais un peu perdu de vue que tout ce petit monde grandit et que les jeunes "pièces rapportées" se joignent au festin. Et que dans une famille recomposée, ça double la mise. Mais l'ambiance était bonne et les mezzés savoureux.

    Après les balalaïkas et les bouzoukis, les grands orchestres. Concert avec Mamy B. et le ténor péruvien Juan Diego Florez pour la première fois en Belgique. Absolument magique. Décidément, j'adore l'opéra. Je suis aussi fan de Verdi, Rossini et comparses que d'Elvis, Fats ou Johnny Cash. 

    Voilà pour le weekend dernier.

    J'ai commencé la semaine par une visite chez la diététicienne programmée depuis quelques semaines. Je suis imbattable en quizz diététique mais totalement dénuée de volonté. J'ai donc périodiquement (une fois tous les deux ans à peu près) besoin d'une maîtresse d'école qui me concocte un programme et à qui je dois remettre mes déboires une fois par mois. J'ai besoin qu'on me mette les points sur les i et qu'on me remette dans le droit chemin.

    Vendredi, j'ai pris congé pour la traditiannuelle journée avec Anaïs pour son anniversaire. Malgré la pluie incessante, nous avons passé une charmante journée mère-fille. J'ai épuisé ses petits pieds délicats tant nous avons marché. Magasin de matériel de cuisine, de vêtements, de petits cadeaux jolis, lunch et salon de thé en fin de journée. Pas d'expo cette année mais une très belle journée.

    Le soir, soirée cinéma avec l'Homme. Les émotifs anonymes. Film charmant dont seuls sans doute les vrais émotifs anonymes, qu'ils soient profonds, légers ou moyennement atteints, peuvent s'émouvoir. Nous, on s'y est retrouvés à plus d'une prise.

    Samedi, concert de djembé de Quentin. Rendez-vous annuel au Sénégal. Comme toujours, on aime cette ambiance bon enfant et ces percussions envoûtantes. Et puis Quentin, ah Quentin, mon dernier bébé plus bébé pour deux sous.

    Et on termine le weekend par un resto pour célébrer les 22 ans d'Anaïs, avec notre première pièce rapportée qui commence à trouver sa place dans ce quintette d'enfer.

     

  • Octobre

     

    Pendant longtemps, octobre n'avait aucune connotation particulière pour moi. Depuis 23 ans, c'est le mois de Maïté. Depuis 23 ans, je sais que c'est le mois de l'été indien – c'était l'automne, un automne où il faisait beau…. -, le mois où les arbres ruissellent d'or, flambant leurs dernières flammes avant l'hiver. 

    C'est un mois où on peut dormir une heure de plus – ce n'est pas pour rien que Maïté a choisi ce mois pour naître – , c'est le mois de la nuit blanche – ça non plus, ça ne lui a pas échappé – .

    C'est le mois de la châtaigne et de la citrouille. Le mois des paquets de feuilles mortes et des marrons chauds.

    C'est le mois de mon premier bébé. 

  • Rentrés

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    Ca y est, ils ont tous les trois repris le chemin des étudiants. 

    Maïté entame sa troisième année en illustrations. Elle ne s'épanche pas beaucoup mais ce n'est que la première semaine et je sais aussi qu'elle cogite déjà beaucoup sur son projet de fin d'études. Elle parlait de prendre des cours de reliure en cours du soir mais elle attend de voir les disponibilités de son horaire.

    Anaïs attend lundi pour savoir si elle obtient une dérogation pour recommencer son année mais elle assiste déjà aux quelques (5) cours qu'elle doit recommencer. Lorsque/si elle obtient cette dérogation, elle devra encore négocier pour pouvoir suivre des cours de deuxième.

    Quentin est rentré lundi pour une première année de bio-ingénieur. Il se lève à l'aube pour prendre le train de 6h37. 40 minutes de train et 5 minutes de vélo. Il est crevé mais heureux. J'essaie de résister à son enthousiasme. Pour l'avoir trop bien vécu avec les deux filles et pour avoir déchanté quelques semaines plus tard, je ne veux plus me laisser entraîner dans cette euphorie des débuts. Mais le naturel me rattrape au pas de course et je me laisse conter la vie des feuilles et des insectes. Est-ce que tu savais, maman, que la mine de crayon et le diamant ont la même provenance, c'est juste une question de pression différente ?

    Et moi, demain, je passe ce fichu examen qui m'ouvrira – ou non – les portes du contrat à durée indéterminée. Je ne devrais d'ailleurs pas être ici à traîner sur les blogs…..

     

  • Gris anthracite

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    La semaine qui vient de s'écouler était une semaine gris anthracite. Il y avait bien sûr moyen de faire plus noir mais personne n'est mort ni malade, donc la vie est belle. Mais Dieu, qu'elle était lourde de nuages, de larmes et de colère !

    Mardi: Ma chef rentre après trois semaines de vacances et pense retrouver une table rase de problèmes et de soucis. Comment pouvait-elle ne pas imaginer que dans les ressources humaines, le mois d'août étant effectivement et traditionnellement oisif dans les autres départements, les problèmes et les questions ne s'arrêtent pas pendant les vacances ? Elle est revenue et sa première question a été: "C'est toujours le même chaos après les vacances ?" avec un tel découragement mêlé de reproche que j'ai entendu "Mais qu'est-ce que tu as fichu pendant mes vacances ?". Bien sûr, elle n'a pas noté que les problèmes à résoudre n'étaient plus ceux qu'elle m'avait transmis avant de partir mais bien de nouveaux, tout frais tout neufs. Et pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai eu envie de tout planter là et de rentrer chez moi.

    Mercredi: Anaïs est rentrée de Malaga et s'est rendue directement à l'école chercher ses points de deuxième session. Les semaines d'étude intensive pendant l'été ont porté leurs fruits, parfois même avec brio comme en comptabilité ou en droit, mais l'échec cuisant en statistiques aura eu raison de son passage en deuxième. Elle me l'annonce en pleurs au téléphone et je suis à la fois triste et déçue pour elle. Je l'envoie se renseigner pour la suite à donner puisqu'en principe elle ne peut, sauf dérogation, poursuivre des études supérieures. En Belgique, l'école peut refuser l'inscription d'un étudiant qui a raté trois premières années consécutives. Entretemps, je compare ses points de juin et je me rends compte qu'il y a quelque chose qui cloche. Je la rappelle, persuadée que l'école a fait une erreur de calcul mais le temps qu'elle me réponde, l'idée m'effleure qu'elle m'a peut-être à nouveau menti en juin et qu'elle a gonflé ses points pour ne pas nous décevoir encore plus. Son silence à l'autre bout du fil puis son aveu me confirment mon pressentiment. Et d'un seul coup la colère éclate et explose comme un volcan. Je n'ai plus décoléré pendant deux jours, je ne voulais plus qu'on me parle d'elle, les collègues bienveillantes s'enquérant des résultats n'ont pas compris ma réaction démesurée, moi qu'ils encensent pour mon calme olympien (face à l'autre furie notamment). Mais ma colère a sans doute été salutaire pour mon enfant-caramel mou, gentille comme un coeur, molle et avachie dans ses études et collée à son noyau familial comme une mouchette engluée dans les fils de la toile tendrement tissée par sa mère. Bon, il y aurait de quoi écrire un long billet sur le sujet mais ce sera pour une autre fois.

    Le mercredi après-midi, j'ai dû reprendre mes esprits et prononcer le discours d'adieu à Samy, le petit chouchou de mon équipe, adoré de tous, que d'autres aventures professionnelles appellent à… Taïwan. J'ai fait de mon mieux, le coeur serré tout à la fois de tristesse, de stress (sa cote de popularité au boulot étant telle qu'au lieu d'une petite équipe c'est devant une centaine de personnes que j'ai dû prononcer mon petit speech, moi qui déteste parler en public) et de colère rentrée.

    Jeudi: La colère déversée à grands cris et grands pleurs le soir précédent a accentué considérablement mon état grippal qui menaçait les jours précédents (yeux de grenouille, gorge en feu, nez bouché, tête dans un étau). J'ai passé la journée dans un état comateux et les critiques distillées de ma chef n'ont rien arrangé. En fin de journée, un collègue contrarié par une décision que j'avais prise et qui l'agréait peu, m'a agressée verbalement pour exprimer son mécontentement. Je le connais et je l'adore. Je sais qu'il est parfaitement incapable d'exprimer sa rogne autrement que sur le mode "orage" et que ce n'est jamais dirigé contre moi. Mais là, je n'avais plus la distance nécessaire. Nous étions en public, j'ai senti les larmes monter et je l'ai prévenu qu'il fallait arrêter tout de suite, sinon…. Bien sûr, on n'arrête pas un Grec remonté. Bien sûr, j'ai fondu en larmes et j'ai quitté la cafeteria. Bien sûr, il m'a suivie, confus, consterné et contrit, et s'est confondu en excuses. Mais c'était la goutte qui a fait déborder la coupe trop pleine. 

    Heureusement, dans cette semaine grise, trois éclaircies ont illuminé mon horizon: les retrouvailles avec Jaume et Meri, la première rencontre avec Delphine, très (trop) rapide mais très intense et les livres de Coumarine arrivés ce vendredi dans ma boîte aux lettres. 

    J'attends de la semaine qui vient des conditions "Rainbow" !

  • La « maman » des mamans

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    Tableau de Denise Rafenomanjato
     

    Elle m'a prise par surprise. Je savais qu'elle avait dix ans de plus que moi mais comme j'oublie que j'en ai 50, j'ai oublié qu'elle allait avoir 60 ans en décembre. Lors de notre rendez-vous la semaine dernière, elle m'annonce l'impensable: c'est notre dernier rendez-vous, elle arrête à la fin de l'année. Elle ne travaillera plus qu'à mi-temps et se consacrera exclusivement à sa passion: la stérilité. J'ai du mal à y croire. Je lui souris et plaisante mais le coeur n'y est pas, le sentiment d'abandon est immense. Je me sens redevenir une petite fille. 

    Depuis toujours, j'entretiens avec les médecins une relation privilégiée. Dès le premier rendez-vous, ça passe ou ça casse. Si nous ne devenons pas tout de suite amis pour la vie, je ne reviens plus. Mais ouiiii, j'exagère. Mais pas beaucoup.

    En général, on y va même en couple, voire carrément en famille. Oserais-je l'avouer mais nos enfants ont été chez le pédiatre tous les ans pour une simple visite de routine jusqu'à 14-15 ans. On aimait bien y aller, c'est tout. Et on y allait à 5 pour la visite d'un seul à la fin. Simplement pour aller dire bonjour à celui que tous les enfants appelaient Tonton Clément.

    Chez le dentiste (par ailleurs, mari de la gynéco – le concept de famille est assez large), même scénario, on débarque à cinq dans le cabinet. Il jure ses grands dieux qu'il ne connaît que nous qui venions en tribu. 

    Chez la gynéco, on va en couple. D'abord parce que ce n'est pas à côté de la porte mais surtout parce que cela permet à l'Homme de la voir. Ce n'était pas une amie au départ, elle l'est devenue.

    C'est elle qui m'a rendu l'espoir d'avoir des enfants, quand je n'y croyais plus, c'est elle qui les a mis au monde dans la douceur la plus totale, c'est elle qui vous caresse la joue quand vous avez bien travaillé. Elle est la douceur personnifiée, elle a toujours deux heures de retard dans son planning de rendez-vous parce qu'elle double systématiquement son temps de consultation avec ses patientes mais elles sont toutes prêtes à patienter deux ou trois heures s'il le faut plutôt que de changer. Personne ne veut renoncer à cette douceur si rassurante. On doit donc être des centaines à se retrouver démunies. Perdues sans la "maman" des mamans.