Catégorie : Ailleurs

  • Précieuses vacances

    SamJulesSappho

     

    Fin juillet 2007: c'est la fin des vacances. L'aînée s'amuse avec une caméra et joue un micro-trottoir de fortune pour nous demander ce que nous avons pensé de nos vacances. Chacun y va de son petit commentaire, plus ou moins de bon gré (il ne faut pas oublier que j'ai une bande d'adulescents à cette époque). Et moi qui ai la larmichette facile, qui déteste les fins de vacances et qui ai une bande d'adulescents (bis repet….), j'y vais de mon petit laïus mouillé: "ce sont probablement mes dernières vacances avec mes enfants, snif et schnouf….).

    Je croyais avoir du nez, il était bien bouché.

    Fin juillet 2020: Ils sont tous là, les enfants, les valeurs ajoutées, la poupée, le poussin et le chaton. Et même pas pour me faire plaisir. Je suis sans doute la plus heureuse au monde en cette période trouble. J'en rêvais mais je n'osais pas y croire il y a plus de dix ans. 

    On ne s'est pas vraiment reposés, on n'a pour ainsi dire rien lu, tout au plus la fin d'un livre en cours et le début d'un nouveau, on a pris le soleil au visage, sur les bras et les doigts de pied, rien de plus, un programme de vacances aux antipodes du farniente habituel. Mais je suis revenue regonflée à bloc, batteries rechargées, et une pêche d'enfer. Le weekend éclair où j'ai enfin pu voir Swiss'Sis n'y est pas étranger non plus.  C'était plus que nécessaire face à la morosité ambiante au retour et à la marche arrière toute décrétée par le gouvernement devant un corona, visiblement lui aussi au mieux de sa forme.

    Ah oui, et grâce à JD qui a eu l'idée d'aller dormir une nuit sous les étoiles, grâce à Simon qui voulait voir la comète Neowise et grâce à l'homme qui m'a poussée dehors, j'ai vu, à 60 balais, ma toute première étoile filante….. Et je n'ai même pas pensé à faire un voeu.

  • Pourtant, que la montagne….

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    Premières vacances à la montagne depuis 2016, depuis les dernières de mes parents, depuis la dernière de mon papa. Il y a quatre ans, quand tout était encore possible….

    La vue de ces montagnes si belles, comme celles que nous avons admirées pendant près de 30 ans ensemble me laisse un goût salé en bouche. 

    On a loué un énorme chalet et on attend les enfants au compte-gouttes. L'homme est allé récupérer les premiers à l'aéroport de Genève. Je suis seule, en cuisine, et je les attends. J'ai l'impression que l"histoire se répète et que j'ai pris leur place. Et je ne suis pas encore prête. Comment jouer ce rôle quand on a l'impression de ne pas être soi-même encore sorti de l'enfance. 

    Ce matin, face à la montagne, mon père me manque infiniment…..

  • Ici et ailleurs

     

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    Souvent je passe pour une hyperactive et j'essaye de démontrer le contraire. Mais il y a des semaines où j'aurais beaucoup de mal à démentir cette image. En particulier la semaine qui vient de s'écouler:

    Lundi: Dernier jour de vacances à Mykonos, un dernier petit tour par la plage, un dernier petit tour en ville, un dernier apéro, un dernier coucher de soleil. Ce soir, on dort encore à Mykonos. Je déteste les fins de vacances.

    Mardi: Les vacances sont finies, on boucle les valises, on fait un dernier tour d'inspection et nous voilà en route pour l'aéroport. Ce soir on dort à Athènes. On a passé l'après-midi à marcher dans la ville que nous n'avions plus vue depuis 35 ans, une éternité. On a découvert le Jardin Botanique, on est remonté jusqu'à l'Acropole au soleil finissant. Cette vieille dame a pris quelques rides, elle est liftée de partout et c'est dommage. Mais j'étais quand même contente de la revoir. Le soir, ballet d'ombres des evzones sur la façade du Parlement. Souvenirs.

    Mercredi: On referme les valises entrouvertes et retour à l'aéroport. Ce soir, on dort à Bruxelles. Retour à la maison. On devait passer par la case concert tout de suite après l'atterrissage mais ce dernier a été annulé pour des raisons de santé. Retrouvailles avec le chat, ranger les valises, lancer les machines, lire le courrier. Petit coup de froid et petit coup de blues.

    Jeudi: L'Homme reprend le chemin du boulot. Moi celui du coiffeur et de Mamy L. Je passe embrasser Anaïs aussi qui télétravaille. Et je rentre fissa à la maison pour l'étape repassage et préparation d'une nouvelle valise. Ce soir on joue au badminton et on dort encore à Bruxelles.

    Vendredi: Le matin tôt, je rejoins Mamy B. pour prendre le bus direction l'aéroport. Et rebelote, on s'envole pour Milan. Les Sis et moi, on lui a offert un opéra à la Scala et c'est moi qui l'accompagne. Ce soir on dort à la Scala à Milan.

    Samedi: On repart assez vite en début d'après-midi, fatiguées mais plutôt heureuses. Au retour, pas de passage par la case maison, on raccompagne Mamy et on file avec Quentin et Kerya sur Eupen pour fêter les 60 ans de mon cousin. Chaleureuses retrouvailles avec une toute une série de personnes que je n'avais plus vues depuis longtemps. Ce soir, je dors enfin dans mon lit mais on a bien failli dormir à Eupen.

    Dimanche: Un dimanche à la maison. Enfin. Et une après-midi avec deux petits qui m'avaient tellement manqués pendant ces presque 3 semaines. Ce soir, je m'endors fatiguée mais heureuse.

     

  • Venise

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    Encore et toujours. Je sais, on se demande toujours ce que je peux bien faire à Venise chaque année. Une fois embrassés des yeux la place St Marc, le pont de Soupirs et le Rialto, que reste-t'il à voir ? Et bien tout, justement. Les ruelles esseulées, les places désertes, les ponts oubliés, les dédales méconnus, tout un monde de mystères nous attend à Venise. 

    Les autres îles de la lagune aussi. Celles qu'on connaît déjà, Murano où l'on dort, loin de toute l'agitation, Burano et surtout sa voisine Mazzorbo où on vit au rythme des habitants plus âgés, et Torcello ma bien-aimée, le berceau de Venise. On y retourne manger au même endroit chaque année où on nous accueille maintenant avec un "Bentornati !" absolument réconfortant. Pour peu, on se sentirait presque de la famille.

    Il y a encore tellement d'îles qu'on ne connaît pas et qu'on rêve de découvrir.

    Prendre le temps de faire quelques expos avec l'Homme qui cède à mon plaisir et qui finalement y trouve un peu du sien. Cette année, nous avons enfin poussé les portes de l'Accademia, une mine de chefs d'oeuvre absolument magnifiques. Une deuxième expo complètement différente nous a fait découvrir un des artistes majeurs de l'arte povera, Iannis Kounellis. J'adore ces moments-là.

    J. et S. se sont joints à nous pour les premiers jours et partager ces moments avec eux fait également partie du plaisir.

    J'aime cette ville de manière inexplicable et dès que je quitte la lagune, je n'ai de cesse d'organiser le prochain séjour pour retrouver la sérénité.

  • Prem de dix

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    Weekend à dix. Sous prétexte de célébrer tous ensemble les 30 ans d'Anaïs, on s'est tous retrouvés en Touraine chez Véro et Olivier et nous avons squatté leur gîte et chambres d'hôtes troglodytes pendant deux nuits. Pour Anaïs, cela comptait vraiment puisqu'elle a passé là trois mois de stage pendant son bachelor en gestion hôtelière et que ces deux-là ont été sa deuxième famille pendant tout ce temps. Un séjour là est une parenthèse de bonheur tranquille et paisible. On retrouve pour quelques jours une espèce de sérénité.

    Même le soleil a pointé le bout de ses rayons et la journée s'est écoulée entre une petite promenade dans Amboise, la préparation d'un dîner d'anniversaire digne de son nom, une sieste au soleil, quelques parties de ping pong et quelques verres de champagne.

    Bien sûr, six heures de route aller et six heures de route retour c'est beaucoup sur un weekend. Particulièrement pour une petite fille qui a le mal des transports. Heureusement, après chaque retour de marchandise, elle était joyeuse comme un pinson et ne semblait pas plus affectée que cela. Mais au retour, c'est Quentin qui a voyagé à ses côtés et qui l'a amusée sans fléchir pendant les six heures de trajet, ce qui lui a évité tous ces déboires. Quentin peut envisager une reconversion s'il s'ennuie dans son boulot. Clown anti-émétique.

    J'espère que ce weekend sera le premier d'une longue série. J'aime les regarder vivre, les entendre rire, les écouter chanter, les voir s'aimer. C'est probablement un des mes plus grands bonheurs.

     

  • Et septembre a filé….

     

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    Lundi:  Katia vient passer la soirée à la maison comme tous les mois. C'est l'occasion de nous retrouver avec ceux qui veulent, les filles surtout, pour une soirée manucure, pédicure, vernis de toutes les couleurs. Katia est rayonnante, enfin encore plus rayonnante que d'habitude. Son fils lui a fait la surprise de lui envoyer sa femme et leur petit Noah tout neuf pendant presque 6 semaines pour que sa maman puisse faire connaissance avec son petit-fils. Elle est radieuse, n'a pas de mots pour dire à quel point elle est heureuse.  

    Mardi: Premier concert de la saison avec Maman. Ce n'est pas n'importe quoi ce soir. Pour fêter l'ouverture de la Présidence autrichienne du Conseil européen, Bozar a invité le Wiener Philharmonic Orchestra sous la direction d'un chef d'orchestre de …. 91 ans. Déjà, respect. De manière très protocolaire, l'orchestre entame l'hymne national autrichien et quelque dix personnes se lèvent respectueusement dans la salle. On peut donc compter les Autrichiens sur les doigts de la main. Puis l'orchestre enchaîne avec l'hymne européen. Et là, à ma grande stupéfaction, une salle entière est debout. Qui a dit que l'Europe n'avait plus que des détracteurs ?

    Mercredi: Dans le métro ce midi, un homme s'avance vers moi pour mendier une pièce. Je lui donne quelque chose et il reste devant moi sans oser formuler sa demande suivante. Puis il se lance et me raconte ses difficultés à boucler les fins de mois et surtout son expulsion imminente de son appartement, faute de pouvoir payer son loyer. Il me demande de l'aider, de parler avec son propriétaire. Je suis restée là, complètement démunie, ne sachant trop que lui dire, bafouillant l'une ou l'autre ânerie, consciente de ma stupidité. Puis j'ai profité de l'arrivée de la rame de métro et de mon rendez-vous à venir pour filer sans demander mon reste. Mais je me demande encore comment j'aurais dû réagir.   

    Jeudi: Je suis seule à bord, ma chef est déjà partie. La directrice convoque une réunion dans le quart d'heure. Je suis sensée remplacer ma chef mais moi j'ai un avion à prendre dans deux heures. Je ne peux pas rester. J'attrape la première collègue décente qui passe dans le couloir et je lui demande la faveur de me remplacer. Elle accepte sans trop de difficultés. Dans les cinq minutes qui suivent, je reçois un mail de sa collègue directe, plus légitimée à participer à cette réunion, qui se plaint de mon choix. Elle souffre depuis quelque temps d'une mise à l'écart et cette décision prise un peu à la légère ne fait qu'exacerber ce sentiment d'exclusion. Je prends la peine de lui répondre et de m'excuser avant de vite fermer boutique et de rassembler mes afffaires pour partir. En quittant l'étage, je m'arrête devant son bureau et je la retrouve en pleurs. Je suis tellement désolée de voir comment parfois un simple malentendu, une petite maladresse peut avoir des conséquences insoupçonnées. 

    Vendredi: Lyon avec J. et S.. Première journée à flâner sous le soleil, monter à Croix-Rousse, redescendre par des petites rues sympas, revoir la fresque des Lyonnais, manger une glace chez Nardone et être très déçus, tomber sur Amorino au hasard dans le Vieux Lyon et craquer à nouveau pour une glace pour masquer la déception de la première. Monter à la basilique de Fourvière à pied, courageusement et se dire que l'effort est bien récompensé. C'est une basilique magnifique. Finir la journée dans un bouchon toujours aussi sympathique, le Bouchon des Filles.

    Samedi: Petit déjeuner dans un bar où l'on fait des capuccinos absolument extraordinaires, longer la Saône avec l'intention de monter jusqu'à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or retrouver Isa puis faire demi-tour pour cause de vent du Nord trop frais pour nos tenues légèrement optimistes. Retourner à l'hôtel pour se couvrir d'une petite laine et prendre le métro pour Saint Cyr. Arriver juste à temps pour le rendez-vous fixé avec Isa pour un petit lunch super sympa et délicieux au Cyr au Thé. Elle est en cuisine et n'a pas beaucoup de temps mais elle nous accueille avec sourire. C'est un projet fou qu'ils ont mis sur pied et je les trouve bien courageux. Elle m'a fait rire, elle pense à moi chaque fois qu'elle épluche des carottes. Les copines de blog en connaissent parfois plus sur nous que nos plus proches….. Redescendre cette fois vers Lyon à pied, 25 km par de jolis chemins dans la colline, très beau moment un rien gâché par une envie insupportable de faire pipi. Terminer le weekend dans un bouchon réputé, Daniel et Denise, mais qui nous a déçus.  

    Dimanche: Retour à la maison après un trajet la tête à l'envers. Première fois de ma vie que j'oublie ma valise au contrôle de sécurité en étant totalement persuadée que l'Homme l'avait prise et que non, non, non, je ne l'ai pas oubliée, je suis certaine qu'on a quitté la sécurité la valise à la main.  Très contrariée, je rumine à la porte d'embarquement. Au moment d'embarquer, je réalise que j'ai oublié mon livre sur un siège dans la salle d'attente. Je n'en reviens pas d'être aussi distraite. Arrivés à la maison, je reçois un mail de l'hôtel qui dit: 

    Chère Madame,

    Cela a été un plaisir de vous accueillir et nous espérons que vous avez apprécié votre passage chez nous.

    Ce matin, lors de votre départ, il semblerait que votre tête soit restée au fond de notre confortable lit… En effet, nous avons retrouvé dans votre chambre un sèche-cheveux vous appartenant.

    Si vous envisagez de revenir nous voir bientôt, nous serons ravis de le mettre de côté pour vous.

    Dans le cas contraire, nous pouvons, bien sûr, vous le renvoyer.

    Je ne sais pas si j'ai laissé ma tête au fond de leur confortable lit mais en tout cas, elle n'est plus solidement ancrée sur mes épaules. 

  • Vacances

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    Passer dix jours aux Pieux, y'a pas plus reposant ! Pour la première fois depuis longtemps, nous nous sommes retrouvés tous les deux en Normandie. Dix jours parfaits: quelques bouquins, un peu de soleil, quelques promenades sur la plage les jours plus couverts et le farniente le plus total. 

     

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    Passer quinze jours en Algarve, invités par Anaïs et Simon dans la maison des parents de Simon, en compagnie de Petit Jules. Descendre la France et l'Espagne en voiture avec Quentin et Kerya, passer du temps avec ces quatre là et surtout avec ce petit garçon de plus en plus sage, de plus en plus beau, de plus en plus drôle. Découvrir une région du Portugal encore inconnue, passer un moment de pur délice dans un petit restaurant cantine dans la montagne, lire au bord de la piscine, se promener avec petit Jules, faire des apéros géants, ne rien faire….

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    Passer une semaine de rêve à Venise, rien qu'à deux, pour terminer en beauté cette trilogie. Ce n'est jamais que la dixième fois qu'on y revient, inlassablement, mais tout nous appelle.  Toutes ces rues cachées, loin des hordes, ces surprises à chaque coin de ramo, le labyrinthe des canaux, toutes ces îles au large de la lagune, celles qu'on connaît déjà si bien, ce restaurant où ils nous demandent des nouvelles des enfants quand on y retourne, les îles qu'on découvre pour la première fois…… ces coins et recoins qu'on connaît par coeur et qui pourtant nous font encore découvrir d'autres facettes, c'est là toute la magie de Venise.

    Alors oui, nous avons passé de merveilleuses vacances cette année.

  • Nostalgies

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    Sur la route des vacances, on oscille entre Radio Nostalgie et l'Info Trafic. Ca roule plutôt bien. Les vieux morceaux s'enchaînent et mon esprit vagabonde. Il y a les morceaux que j'adore, les morceaux qui ne me parlent en rien et puis, il y a les morceaux qui éveillent une image. Toujours la même. Je veux dire, une chanson bien spécifique fait naître un souvenir bien particulier. 

    Juste quelques-uns, entendus là sur la route:

    Like a virgin de Madonna: Je suis à Turin. J'ai laissé mari et enfants à grands regrets à Bruxelles. L'Homme a dit que c'était une opportunité en or, qu'on devait partir, ce serait bien pour les enfants, cette ouverture sur autre chose. Moi, je ne voulais pas mais je me suis laissée faire. Mais il fallait que les enfants terminent l'année scolaire, le temps que je passe la période d'essai. Pas la peine de déménager toute une famille si on ne me gardait pas à l'issue de cette période. Donc, pendant neuf mois, j'ai fait l'aller retour Bruxelles-Turin et obtenu de travailler trois jours sur place et deux jours à distance, histoire de ne pas me priver de trois petits enfants, si petits, que les trois jours hebdomadaires de sevrage me restent encore en travers du coeur, 25 ans plus tard. 

    Madonna donc. Il faut préciser que ce nouveau boulot n'était que la prolongation du précédent et que je n'étais pas seule à partir. Nous étions 30 collègues à quitter Bruxelles et à nous retrouver pendant quelques temps, logés dans le même hôtel, accolé au bureau, le temps de trouver un logement plus permanent. Trente garçons et filles entre 20 et 35 ans. Tous célibataires et plein de fougue. Sans enfants. J'en avais 35 et 3 enfants. Après le boulot, on se retrouvait tous au bar de l'hôtel. Et Silvana chantait Madonna. Dansait Madonna. Et me subjuguait. Ce morceau reste à jamais associé à cette courte période d'insouciance en contradiction avec mon statut de maman de 3 jeunes poussins.

    Roxane de Sting: J'ai 20 ans. La vraie insouciance cette fois. Je ne dois penser à rien d'autre qu'à mes études et mes amours. Je fais des pauses à la cafetaria qui n'est rien d'autre qu'un deux-pièces au premier étage d'une vieille maison délabrée. On boit de la bière, beaucoup, on joue aux cartes, on rigole. On chante aussi. Tout le répertoire des chansons d'étudiants. Et on revisite les tubes du moment. Ro-xaaaaan est devenue Weeeeeb-ster du nom d'un petit bouclé un peu timide qui se faisait chambrer chaque fois qu'il passait le bout de son nez à la porte de la cafetaria. Je ne chante plus jamais Ro-xaaan d'ailleurs mais bien le nom de ce type dont je me demande bien d'ailleurs ce qu'il est devenu.

    The battle of Jericho des Golden Gospel Singers: Je suis à nouveau à Turin. L'Homme et les enfants m'ont rejointe. L'Homme fait l'aller-retour entre Bruxelles et Turin à son tour pendant quelques mois. Au printemps suivant, je n'y tiens plus, lui non plus, il prend une pause carrière de quelques années et joue les papas au foyer au grand bonheur de tous, sauf moi peut-être qui aurais secrètement préféré le scenario renversé. Probablement à cause de ce manque des enfants à jamais imprimé dans ma peau. Ce sont néanmoins les années de la vie douce en Italie. L'appartement est vaste, chaque enfant a sa chambre, la terrasse est une pièce de vie à part entière. Le boulot n'est pas simple, j'ai accepté un job au-dessus de mes compétences mais on m'a tellement seriné que je me sous-estimais que j'ai fini par y croire. Je l'ai payé par après mais c'est une autre histoire. En attendant, la vie était douce. Pas d'heures supp', le temps de prendre un cappuccino le matin entre copines/futures sorcières, lunch avec l'Homme le midi, des enfants dorés comme des brioches, gais comme des pinsons, heureux comme des poissons dans l'eau dans cette bulle de bonheur. Le premier ordinateur, les débuts d'Internet, le jeu video en famille – le papa qui joue à Tomb Raider et les enfants qui jouent les supporters sur ses genoux ou dans son dos -. Pas de mp3 encore, mais un lecteur CD à cinq platines, le luxe. Et The Battle of Jericho qui tourne presque en boucle pendant qu'on range la maison, en sautillant au-dessus des rayons de soleil qui rentrent par les porte-fenêtres et baignent la maison entre ombre et lumière. 

    Bye bye Baby des Bay City Rollers: J'ai 15 ans. Je suis à la mer avec elle. C'est ma meilleure amie. Celle qu'on adore par dessus tout à l'adolescence, qu'on quitte à quatre heures à la fin des cours et à qui on écrit une lettre le soir parce qu'entretemps on a mille choses à lui dire. Ses parents m'ont invitée à passer une semaine avec eux à la mer pendant les vacances de Pâques. On parle jusqu'à plus soif. On se promène, on saute depuis la digue dans le sable, des sauts d'une hauteur inimaginable, on n'a peur de rien à cet âge là. On a repéré deux frères plutôt mignons. Etienne et Stéphane. Elle choisit Etienne, moi Stéphane. Il est né le 1/9, moi le 9/1. C'est un signe indéniable que nous sommes faits l'un pour l'autre. Nous sommes bêtes comme le sont les ados. Elle a acheté une eau de toilette au parfum très frais. Eau jeune. J'adore. Et les Bay City Rollers passent en boucle.

  • En mai, tout ce qui m’a plu

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    Le mois de mai s'est ouvert sur le sabbat annuel des sorcières, à Anvers, cette fois. Trois jours de retrouvailles avec ces trois canailles, si chères à mon coeur. La cinquième était présente malgré elle; le premier soir, K. avait réservé une table pour cinq, sans s'en rendre compte, par une inadvertance lourde de sens. Si l'hôtesse du restaurant n'a pas fait grand cas de cette erreur de couverts, elle, et nous par ricochet, a mis quelques instants à s'en remettre. H. était donc là, parmi nous, encore et toujours. 

    On a passé 4 jours avec petit Jules pendant que ses parents fêtaient les 30 ans de Simon sur la côte d'Opale et s'offraient par la même occasion 3 nuits complètes. Nos nuits l'étaient moins, nos jours ont été plutôt chahutés, petit Jules ne nous a pas laissés beaucoup de répit. Mais quand il ne fait pas la grosse moue et qu'il ne pleure pas, il a l'art de décocher un sourire dévastateur, lumineux et enchanteur.  Rien que pour ce sourire, j'attends avec impatience le prochain besoin de nuits récupératrices de ses parents. Pour autant que je ne sois pas moi-même en gros manque de sommeil. 

    L'amitié, toujours au rendez-vous, en ce mois de mai, et les 50 ans de S. nous ont réunis, comme il y a dix ans – déjà -.  On prend (presque) les mêmes et on recommence. On passe une première nuit à Rome, on retourne dans des restaurants qui nous sont mythiques tant chaque bouchée trouve immédiatement le point G de nos papilles. On se balade, le coeur en fête, dans cette ville tout aussi mythique, on retrouve la fontaine de Trevi, restaurée, en fonction cette fois et c'est juste un moment de pur bonheur. Puis on prend la route et on retrouve cette divine maison de J et B en Ombrie, où la douceur de vivre et le farniente total ont été vécus comme le luxe suprême. 

    Ce joli weekend s'est terminé par un des plus beaux concerts de ces dernières années: la dernière tournée de Joan Baez. Subjuguée du début à la fin par cette infatigable militante, par ses paroles, sa présence, sa beauté à 77 ans. 

     Un dîner en pleine semaine avec des amis devenus insaisissables, tant ils voyagent par monts et par vaux. Nous avons mis des semaines à trouver une date commune pour nous retrouver et nous avons fini par nous rabattre sur un soir de semaine si on voulait se voir avant Noël. Mais ce fut un dîner agréable, où on a presque retrouvé l'insouciance et la joie de vivre de nos vingt ans. Ils ont mis leur mal-être et leurs récriminations au vestiaire et cela nous a fait un bien fou.

     Et ce joli mois de mai s'est terminé dans une bulle de poésie. Petite Anne m'a emmenée à la Fondation Folon que je n'avais jamais visitée malgré une envie jamais assouvie. Il faisait délicieux, le château de La Hulpe est un endroit paisible et serein et l'exposition Folon était surprenante. 

    Il y a longtemps que je n'avais plus appliqué les adages aussi à la lettre: En mai, j'ai fait ce qui me plaisait.

  • Middelkerke

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    J'en rêvais depuis des années. Mais l'Homme ne voulait pas m'accompagner. Il ne voulait plus en entendre parler. Je n'avais jamais un moment à moi où je pouvais envisager y aller sans lui. Avec mes tous nouveaux mercredis après-midi, l'occasion était toute trouvée. Alors j'ai rajouté un mercredi matin et je suis partie. 

    J'ai pris le train qui m'a amenée jusqu'à Ostende, puis j'ai pris le tram de la côte jusqu'à Middelkerke, la plage de mon enfance. Je voulais retrouver chaque maison, chaque appartement où, année après année, j'ai passé un bout d'été, avec mes parents, mes grands-parents, mes soeurs et d'autres membres de la famille, en géométrie variable selon les années. 

    Je n'ai rien retrouvé. Tous les lieux de location où j'aurais pu respirer un peu de parfum d'enfance avaient disparu. Tous les immeubles à appartements qui bordent la côte, toutes les villas en lotissement à l'intérieur des terres, m'étaient totalement inconnus, voire hostiles. Même le Casino, emblème, s'il en est, de cette station balnéaire, a été rasé il y a trois mois. Dépit total. 

    Seule la Poste Centrale existait toujours. Disons le bâtiment extérieur. A l'intérieur, plus de poste, et surtout plus de cabines téléphoniques insonorisées par de grandes plaques trouées qui me fascinaient, petite, pendant que j'attendais ma grand-mère qui appelait Bruxelles ou peut-être Eupen. Après avoir attendu patiemment que la préposée nous indique la cabine où le numéro demandé nous attendait au téléphone. Qui pouvait imaginer qu'un jour on appellerait la terre entière où qu'on soit, dans son fauteuil, au bord de la mer, dans la montagne ou en pleine brousse à l'aide d'un téléphone intelligent à peine plus grand qu'un jeu de cartes.

    Mais cette Poste Centrale a été transformée en Musée d'Histoire de la Côte et j'y ai finalement retrouvé quelques vestiges de mes années mer-veilleuses. 

    Puis j'ai marché marché sur la plage, sans but, mais heureuse d'être là.

    J'ai repris le train, un peu déçue, un peu contente. Perdue dans mes pensées, je ne me suis pas rendu compte que je devais changer de train à Gand et je me suis retrouvée perdue en pleine campagne flamande entre Gand et Anvers. J'ai prévenu l'Homme, un peu dépitée et lui qui n'écoute que son coeur de Zorro quand il s'agit de me retrouver, a enfourché illico sa Peugeot Tornado pour un périple de 90 minutes à ma recherche.

    J'ai bouquiné au soleil presque couchant sur un quai de gare désert, finalement pas si mécontente de ma journée.