Catégorie : Ailleurs

  • Italie 2023 – Acte 3 – Scène 2

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    Lundi: Le ciel est à nouveau gris… Seule la perspective de retrouver Kristien et Kristof à Turin ce soir maintient mon moral à un niveau acceptable. En attendant, je dévore "Trois". On prend la route vers 16h toujours sous la pluie pour arriver à Turin sous un ciel plombé, sans pluie mais lourd d'humidité maximale. L'orage s'annonce ici. On trouve quand même le temps de prendre l'apéro dehors avant d'aller manger chez eux. Il est très rare que l'on se retrouve à quatre et c'est une soirée exceptionnelle que nous passons avec eux. 

    Mardi, mercredi: Cette fois la coupe est pleine. Il pleut sans discontinuer toute la journée. A mon tour de vouloir plier bagages et de rentrer. Mais la perspective de trois jours de soleil pousse l'Homme à m'encourager à rester. Impossible de sortir se promener, il fait marécageux partout. Donc on se résigne à lire et à regarder des séries. Et en fait, c'est bien aussi. 

    Jeudi, vendredi, samedi: Enfin le soleil est revenu ! On profite un maximum de ces 3 jours qu'il nous reste. Et on passe encore une dernière soirée avec les Turinois.

    Dimanche: On quitte cette magnifique maison, encore une fois à regrets en ce qui me concerne. Mais contents d'avoir passé ces deux semaines ensemble, presque rien qu'à nous deux. 

  • Italie 2023 – Acte 3 – Scène 1

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    Lundi: Nous voilà repartis pour un tour. Toujours les Alpes italiennes, toujours la montagne mais cette fois en Piémont et non plus dans un petit refuge minuscule pour deux mais dans une vieille maison du XIXème prévue pour héberger 12 personnes. Au départ, l'idée était d'y passer quelques semaines en été avec toute la tribu mais les calendriers ne se sont pas accordés cette année. Qu'à cela ne tienne, on a décidé de "tester" la maison en juin, rien qu'à nous deux, les grands espaces ne nous ont jamais fait peur, bien au contraire. Ce soir, on s'arrête à Pontarlier, dans la même maison d'hôtes qu'en avril. Même chambre. J'appréhendais un peu de me retrouver dans le même lit où j'ai appris dans la nuit la mort de Michèle mais j'ai dormi sans me réveiller et mes craintes se sont envolées.

    Mardi: Le soleil brille, on passe le col du Grand St Bernard, enfin ouvert, et on descend vers l'Italie. Arrivée sans encombres, sauf le portail de la maison où, bêtement, l'Homme inflige à la voiture sa première griffe. Il fulmine intérieurement tout en faisant bonne figure auprès de la dame qui nous accueille. La maison est magnifique, le jardin aussi, tout en étages. Mais tout est détrempé. Il pleut depuis des semaines ici. Et cela n'a pas l'air de vouloir s'arrêter. Notre enthousiasme pâlit un peu mais on s'installe dans ce douze pièces.

    Mercredi: Le temps est nuageux et le soleil perce timidement de temps à autre. On tente une petite lecture au jardin. L'après-midi, on décide de remplir le frigo pour les dix prochains jours et on descend vers la plaine où la température monte de 10 degrés et le soleil brille de tous ses rayons. On reprend bêtement espoir mais de retour au bercail, le temps est à nouveau bien gris et l'Homme parle déjà de rentrer à la maison.

    Jeudi: On passe la journée en mode farniente et on réussit malgré tout à profiter de ce que le soleil nous offre entre de gros nuages blancs ou gris. Je vais même jusqu'à enlever mes ballerines. Bien mal m'en prit, une abeille passant par là a pris mes orteils pour une fleur et s'apercevant de sa méprise, s'est vengée en me faisant cadeau de son dard, paix à son âme. J'ai maintenant un coussinet tout gonflé sous le pied et je marche sur des oeufs.

    Vendredi: Journée pluie. C'est déprimant au possible. J'ai beau essayé, je n'aime définitivement pas la pluie. Je dois déployer beaucoup d'arguments pour empêcher l'Homme de refaire les valises. On a tenté une balade en montagne mais la pluie nous a fait rebrousser chemin. Heureusement, il y a des livres et des séries sur Arte.

    Samedi: Toujours un ciel plombé et des pluies drues intermittentes. Journée déprimante à souhait. Heureusement j'ai trouvé dans la bibliothèque de cette jolie maison un livre français traduit en italien. Trois de Valérie Perrin. J'adore. 

    Dimanche: Enfin le soleil est sorti. Les lézards bibliophiles sont contents. On n'aime rien tant que de rester allongés au soleil à bouquiner. C'est l'élément central de nos vacances farniente. Bien sûr, l'orage a grondé vers 16 heures mais c'était déjà bien mieux que rien. On reprend des couleurs au sens propre comme au sens figuré.

  • Italie 2023 – acte 2

     

     

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    J'ai longtemps hésité. Je ne savais plus si je voulais rester ou partir. Je suis allée la voir le mercredi et je savais en partant que je lui disais au revoir pour la dernière fois. Elle était si faible mais en même temps toujours si présente. Mais je suis partie le lendemain à nouveau pour l'Italie. J'ai pleuré une bonne partie du trajet. Nous avons fait étape à Pontarlier et fatiguée d'avoir pleuré, je suis allée dormir tôt. Sis'Cile a appelé vers 23 heures, je dormais et n'ai pas entendu. Evidemment, je me suis réveillée comme souvent à 1 heure du matin et j'ai vu le message. Elle était partie. Je n'ai pas réveillé l'Homme, cela ne servait à rien. Il y avait des lits pour enfants dans la chambre d'hôte, je m'y suis réfugiée pour pleurer en silence.

    Le lendemain, nous traversions les Alpes. J'étais plus sereine, je savais qu'elle ne souffrait plus. Mais j'étais triste, tellement. J'ai installé l'Homme dans un magnifique refuge de montagne et il m'a amenée à Turin retrouver mes sorcières bien-aimées. Elles m'ont portée tout le weekend et j'ai pu sourire et rire malgré tout. On s'est promenées dans les Langhe, à Alba, à Monforte. On a découvert une église sur une place tout en haut du village. C'était juste magique. Un haut parleur diffusait de la musique de jazz, de blues, de reggae. Un instant, il a passé "Every little thing gonna be all right" de Bob Marley. On a pris une video selfie de nous en train de chanter sur la musique. On chantait faux, on riait mais c'était tellement bien. On s'est passé et repassé la video et on se l'est partagée. Elle restera mythique et quand l'une ou l'autre flanchera, on se l'enverra. 

    Après un weekend d'amitié éternelle, j'ai rejoint l'Homme dans son refuge et on s'est promené en montagne pendant deux jours sous la neige; on a rencontré des bouquetins, des chamois, des marmottes à une distance inimaginable, on aurait presque pu prendre les marmottes dans nos bras et toucher les cornes des bouquetins. C'était fou. Et si on a rencontré dix personnes sur ces deux jours, c'est beaucoup. Un moment hors du temps.

    On est rentrés trois jours plus tôt pour les funérailles mais pendant ces quelques jours en Italie, j'ai fait ce qu'elle m'aurait dit de faire: profiter de chaque instant. 

     

  • Italie 2023 – acte 1

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    Ceci n'est pas une poire

    Cette première année de retraite, on va en Italie, puis en Italie, puis encore en Italie et enfin en Italie. Et on ne dira pas non à un cinquième tour si l'occasion se présente. 

    Donc premier acte: 5 jours fin mars. Virée gastronomique à six. Toujours les mêmes six gourmets gourmands. Ceux avec qui manger est un acte sacré. Alors forcément, l'Italie…. Qui plus est avec un Italien pur jus, sa femme pas italienne mais qui cuisine mieux que toutes les mammas de la péninsule et les quatre autres belges ou anglais qui ont passé quand même plus de cinq ans de leur vie sous la botte du slow food.

    Et tout le séjour nous a enchanté le coeur, les papilles, les pupilles et les oreilles. Et même si le but initial du voyage était d'enfin s'asseoir à la table du plus grand 3 étoiles d'Italie, à l'Osteria Francescana de Massimo Bottura, où le menu dégustation était un voyage à lui tout seul, nous avons aussi mangé avec un plaisir tout aussi grand, même si différent, dans une ou deux petites trattorias à Parme.

    Retour à Parme pour trois d'entre nous qui y avons travaillé et retour pour moi surtout dans l'hôtel qui m'a hébergée pendant un an, face au Duomo, sur la plus belle place de Parme. J'ai retrouvé, intacts, le parfum madeleine de Proust des chambres et surtout, par chance saisonnière, le parfum inégalable de leur glycine couleur…. parme.

    A la descente, nous nous sommes arrêtés à Lausanne chez Swiss Sis qui, elle aussi, nous reçoit autour d'une table qui vous met aussi des étoiles dans les yeux. Et à la remontée, arrêt en Champagne pour faire le plein pour l'année qui vient. 

    On dirait un billet de luxe mais en fait ce n'est qu'un billet d'épicuriens bien décidés à en profiter tant que la vie nous l'offre.

  • Attaquer Mars

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    Mercredi: Petit moment manucure-pédicure-vernis avec les filles, l'une en télétravail, l'autre en congé de maternité. Sappho, Jules et Sam Sam  sont venus aussi puisque les écoles étaient en congé. Enfin pour Sam Sam, c'était une semaine de congé transition entre la crèche et l'école. Puis j'ai emmené les deux aînés chez le coiffeur, ils ont adoré ça. Non seulement aller chez le coiffeur mais surtout y aller à deux. Ils se tenaient la main au bac à shampooing et souriaient béatement. Ils ont dormi tous les trois à la maison et c'était bien.

    Jeudi: Journée avec les mêmes. Ils ont joué toute la journée sans s'ennuyer un seul moment, Jules et Sappho ensemble, Sam Sam tout seul. Et même si c'est difficile à croire, il n'y a pas eu un seul moment de dispute. On a même eu des scrupules à interrompre leurs jeux pour les emmener voir Manneken-Pis et sa soeur Jeanneke-Pis, moins connue, et à vrai dire, moins élégante. Et terminer la promenade glaciale par une bonne gaufre de Bruxelles. 

    Vendredi: Départ tranquille pour Rotterdam dans cette voiture flambant neuve qui vient d'arriver. Chambre d'hôtel au 20 ème étage avec une vue à couper le souffle et même à donner un peu le vertige. Concert de Dalaras le soir, juste tellement bien. Tant qu'il pourra encore donner des concerts, j'irai le voir. Ma fibre hellène vibre sans faiblir depuis tant d'années quand je l'entends et surtout surtout quand je l'entends en public alors que tous ses fans chantent à l'unisson. C'est un plaisir inégalé depuis 40 ans que je le connais.

    Samedi: Touristes dans une Rotterdam glaciale et bruineuse. On a marché pendant des heures sans toutefois jamais s'ennuyer. Entre le vieux port, les parcs, la rue Witte de With, les drôles de maisons cubiques, le Markthal, explosion de couleurs et de parfums et tant d'autres chemins de traverse. On a grignoté quelques marrons chauds puis on est rentré frigorifiés se réchauffer au bar autour d'un ou deux cocktails.

    Dimanche: On a repris la route en passant par les moulins à vent de Kinderdijk et on est rentrés en passant par les cases belle-mère et supermarché. Puis on a passé le restant de la journée à cuisiner ensemble en réécoutant Dalaras et en trinquant au bonheur d'être là tous les deux.

    Lundi: Sam Sam est donc rentré à l'école et ces moments-là m'émeuvent toujours. Pendant ce temps, nous, on a rangé ensemble un meuble, vidé, lavé ce qui pouvait l'être, fait le tri de ce qu'on ne gardait plus, et réorganiser intelligemment. On a retrouvé des trésors, des objets qu'on pensait perdus, des trucs démodés, et il a ciré le meuble. J'adore  ce type de journée.

    Mardi: Petit soin visage le matin. L'esthéticienne me propose un soin régénérant. En gros, elle me perce la peau du visage avec de toutes petites aiguilles pour agresser la peau et l'obliger à se régénérer. J'accepte avant de connaitre le processus, puis subst. Elle y est allée assez fort et je le sens passer. Je regrette de ne pas avoir demandé un soin doux et gentil comme d'habitude s'il vous plait, merci. Je sors de là rouge pivoine comme si j'avais abusé du premier soleil de printemps sans protection. A mon retour, l'Homme s'effraie de mon teint et me demande si c'est normal d'être plus moche après qu'avant un soin visage. Je crois que c'était la première et dernière fois.

    Mercredi: Ma peau se régénère donc. Je passe le mercredi seule et ça me va aussi. Je continue les rangements, je cuisine, je télécharge du Dalaras à la pelle, je repasse, je suis bien. En fin d'après-midi, je rejoins Maman et Sis'Cile comme tous les mercredis. Au moment de partir, le beau-frère de Maman l'appelle pour dire que sa soeur, ma marraine, est au plus mal et qu'il faut envisager de venir lui dire au revoir. On sait qu'elle se bat "contre une vilaine maladie" mais Maman l'appelle tous les jours et elle n'avait pas cette impression, ces derniers jours. Il est vrai qu'elle n'arrive plus à s'alimenter cette dernière semaine. L'Homme, venu nous chercher, ne tergiverse pas et nous enjoint à sauter dans sa voiture et nous voilà partis à 150 km de là. Arrivés vers 21h30, on ne peut que constater qu'elle est dans un état de faiblesse immense. Elle refuse de voir un médecin autre que son médecin traitant, malheureusement parti skier. On parvient finalement à la convaincre de se rendre à l'hôpital le lendemain matin.  Le Covid a frappé et pour quelqu'un dont le système immunitaire est au plus bas, c'est un coup sérieux. Elle va donc rester hospitalisée le temps nécessaire à guérir et reprendre des forces. On y croit.

     

  • La Mostra, la Biennale et nous

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    C'est la période faste à Venise. Le tapis rouge est déroulé au Lido (enfin ce soir, on enroule les carpettes et on range tout), la Biennale attire une foule hétéroclite mais toujours très avertie et très curieuse. Et puis il y a nous. 

    Pour nous aussi, on déroule le tapis rouge (virtuellement s'entend): dans notre petit sous-toiture où on est attendu comme les vieux habitués que nous sommes, dans nos restaurants fétiches où on nous souhaite la bienvenue comme à des enfants prodigues. La classe !

    On se fait nos petites expos ici et là, sans vraiment tenir compte de la Biennale. Non pas qu'elle ne nous intéresse pas, loin de là, mais on fuit souvent la foule.

    Et puisque le Lido se désétoile ce soir, on irait bien y faire un tour la semaine prochaine.

    C'est comme ça qu'on aime Venise. Vide, éclairée seulement de la pleine lune comme ce soir, les pas rapides de ceux qui rentrent chez eux, seuls bruits dans les rues étroites et le grondement des vaporetti qui ralentit à l'approche de l'arrêt en dessous de "chez nous". 

    D'ailleurs pour vraiment échapper à la Vrénésie, on loge ailleurs sur la lagune, à Murano la calme. Là où personne n'envisagerait de s'arrêter plus longtemps qu'une petite démonstration de souffleurs de verre et acheter quelques menus souvenirs tous soufflés en Chine. Mais derrière la vitrine, il y a les parcs, les enfants, les écoles, les grands-mères et les caddies ou les paniers à provision.

    Venise, Venise, venez-y, voyez et revenez-y.

     

  • Les chemins

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    Le grand départ approche. Celui à la retraite je veux dire. Pour l'autre je ne suis pas pressée.

    Je nettoie donc mes archives de mails accumulés depuis 16 ans que je suis dans cette boîte. Je vire tout ce qui est professionnel et qui n'intéressera forcément plus personne. Par contre, pour tout ce qui est personnel – et il y en a un paquet -, je les relis un à un. Gros moment de nostalgie, de regret du temps qui passe. 

    Parmi tous ces messages, il y a ceux de Cat, championne des changements de job et des entretiens d'embauche partout en Europe. Un de ses mails disait, il y a 15 ans: 

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    – je vais à Lisbonne mardi prochain pour entretien Communication.

    – Antoine (un de nos ex-collègues devenu ami) commence comme head of Admin en février

    – Mitch (son mari) toujours en liste de réserve.

    ET ils ouvrent bientôt le poste de head of HR… ;-))))

    Falas portuguès??? 

     

    Je venais de quitter Parme pour rentrer en Belgique mais l'idée de rejoindre Lisbonne n'était pas pour me déplaire. En même temps, je ne me voyais pas déménager à nouveau la famille ni reprendre l'avion Lisbonne-Bruxelles toutes les semaines comme je l'avais fait depuis l'Italie. 

    Elle n'a pas réussi l'entretien. Antoine s'est fait virer après un an. Et Mitch n'a plus été appelé et de toute façon ne serait pas parti sans elle. Et je n'ai pas postulé au poste de Head of HR. La seule chose que j'ai faite, c'est me remettre au portugais.

    Entretemps, elle a postulé un peu partout, a bossé un peu partout aussi mais toujours à Bruxelles. Antoine s'est retrouvé en Afrique, sa femme est restée au Portugal, a pris un amant. Puis Antoine a chopé un vilain cancer et est revenu mourir à Lisbonne auprès des siens, l'amant éjecté pour l'occasion. Et Mitch et moi sommes restés dans la même boite pendant plus de 15 ans, alors que nous avions plutôt la bougeotte.

    Et maintenant que je vais tout doucement fermer la boutique, je regarde le chemin parcouru. Et je me demande ce que serait devenue ma vie et où je serais aujourd'hui si j'avais pris tel chemin plutôt que tel autre.

    Si j'avais pris  ce poste à la banque nationale ? Si l'Homme n'avait pas poussé de toute son âme pour que j'accepte ce poste à Turin ? Si je n'avais pas été virée de Turin après 5 ans en y laissant finalement la mienne d'âme ? Si j'avais accepté ce poste à Thessalonique ? Si Berlusconi n'avait pas fait des pieds et des mains pour que l'Agence pour la sécurité alimentaire s'installe à Parme plutôt qu'à Helsinki ? Si je n'étais pas rentrée de Parme après un an d'allers-retours épuisants ?

    Tous ces choix m'ont menée jusqu'ici. Sans regrets. Mais probablement, d'autres choix, d'autres cieux m'auraient tout aussi épanouie, je crois. Ce que je regrette sans doute, c'est de ne pas avoir pu parcourir tous ces chemins et d'avoir été obligée de faire des choix. Mais ça c'est la vie dans toute sa splendeur. 

     

  • Débarquement en Normandie

     

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    Je ne sais pas d'où me vient ce désir intense – qui remonte à mon adolescence, voire même à mon enfance – de grandes tablées, de soleil et de coins ombragés, de maisons remplies d'enfants de tous âges, de cette notion de "tribu" qui représente à mes yeux le bonheur suprême. J'ai beau cherché, c'était certainement avant que je rencontre la famille von Trapp, peut-être le Club des Cinq mais ils n'étaient pas assez nombreux, peut-être encore Treize à la douzaine qui m'avait impressionnée mais toujours est-il que le concept de famille nombreuse me colle au coeur depuis toujours. 

    J'ai eu la chance d'avoir trois enfants fantastiques, ce qui n'est pas le cas de tous ceux qui ont le même rêve que moi. Ces enfants se sont multipliés et nous voilà déjà à la tête d'une petite bande de cinq. Rien ne me rend plus heureuse et j'y pense chaque matin.

    On peut alors imaginer mon état d'esprit quand on débarque tous en Normandie, y compris les deux chiens Aki et Pongo, pour 3 semaines de vacances.

    Tout le monde n'est pas arrivé en même temps toutefois et la première semaine avec quatre enfants et une seule maman s'est avérée un peu plus difficile. Surtout avec un petit tyran de 18 mois. Tout se serait plutôt bien passé si nous n'étions pas tombés malades à trois en même temps la même journée. Autant le savoir tout de suite, une indigestion généralisée n'émeut pas du tout les petits tyrans et leurs exigences restent inchangées. Alors que les indigestionnés n'ont aucune énergie pour cadrer les petits tyrans.

    Quand tout le reste de la tribu est arrivé, j'étais devenue un chouia hystérique au moindre pleur ou aboiement intempestif.

    Bien sûr, par la suite, il y a bien eu encore quelques petites tensions. Normal avec un chien bruyant, un grand-père dirigiste, une fille en post op et en sevrage tabagique, une future maman et une grand-mère fétichiste du bavoir, ça peut coincer de temps en temps. 

    Mais de ces vacances, je ne retiendrai que le bonheur: Henri Dès à tous les petits déjeuners (de quoi rendre fou la valeur ajoutée numéro 1), les plages immenses et vides, la joie des enfants dans les vagues, le château de sable qui a fini par perdre la bataille contre la mer après une résistance bien brave de trois pirates, les glaces et la gaufre pour Sam Sam, les progrès incroyables de langage de Lémoni, les parties de "Jacques a dit" , les câlins, les questions de Jules, les jeux de rôle – conducteur de train et ses passagers, pilote d'avion itou, urgentiste et ses patients, phoque sur la banquise par 32 degrés, déglutition de poule à chaque grain de maïs des salades et j'en oublie – , la complicité de petit Maoh avec Sam Sam, le cerf volant avec Nonno, les livres avec Bonnie, les apéros, les courses de gazelle de Sappho, les parties de Time's up et de Mille bornes et last but not least ….. la teurgoule. Qui comme chacun sait n'est pas du riz au lait, Jules, mais une sorte de riz au lait, spécialité normande parmi tant d'autres. 

     

  • Une pincée de printemps

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    On le sent, il arrive. Mais le froid pique bien.  N'empêche, ce ciel bleu bleu panse un peu les coeurs chamboulés.

    On a pris l'air à la maison-jardin mais il fallait vraiment bien s'emmitoufler. Quelques enfants et chicoufs nous ont rejoints le dimanche en un petit aller-retour avant-coureur. 

    Au bureau aussi, il souffle un petit air de printemps, on nous force maintenant à retourner au moins deux jours par semaine. Au début, c'est un peu dur de sortir le bout du nez de son hibernation mais une fois sur place, il y a quelque chose de frais dans toutes ces retrouvailles. On dirait de jeunes oiseaux qui se déplient et battent des ailes et pépient avec une joie timide mais non feinte. Je crois qu'on est contents de se retrouver. 

    Ceci dit, hier soir, un collègue fêtait son anniversaire et son départ à la retraite et nous a réunis autour d'un verre et des discours et tous ces anciens combattants qui ne s'étaient plus vus depuis mille ans n'ont pas résisté aux grandes embrassades et je suis partie beaucoup trop tôt, tant la crainte de la contagion m'a gâchée la soirée. Je n'étais pas la dernière à résister aux accolades et passé le moment d'euphorie, je m'en suis mordue le masque.

    Le printemps arrive mais il fait encore très nuageux sur bien des régions où les bombardements laissent une poussière grise terriblement envahissante. 

    Et ce soir, j'ai fait le plein de rires avec 3 amies d'univ, qui n'ont pas vraiment changé; nos vies ont pris des chemins différents et pendant longtemps on ne s'est plus vues. Mais l'amitié n'a pas faibli et nos rires n'ont pas vraiment changé eux non plus depuis 40 ans. 

     

  • Amour à Venise

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    C'était prévu en mars. Annulé pour cause de pandémie. On a pris le risque de reporter fin septembre après le mariage de Q et K. 

    Le mariage, lui a été annulé. Reporté en septembre 2021. 

    Mais nos dix jours rien qu'à deux ont été maintenus. Et nous ont fait un bien fou. Pas d'horaires. Pas de contraintes. Se lever quand le corps nous en dit. Retrouver nos restaurants favoris où non seulement on nous dit à nouveau Bentornati mais où on nous dit maintenant A l'anno prossimo. Ils ont compris que nous étions des inconditionnels et que même ce satané Corona ne nous a pas empêchés de nous rendre à notre rendez-vous annuel. 

    Deux jours de soleil où nous avons lézardé-bouquiné sur notre terrasse-toit (ma conception des vacances parfaites – du soleil et 3 ou 4 bouquins en même temps); deux jours de pluie désagréable et donc orgie de musées – deux expos photos, l'une émouvante de Henri Cartier-Bresson, l'autre fantasque et joyeuse de Lartigue, une expo présentant une soixantaine d"oeuvres en tous genres que j'ai vraiment peu appréciée et notre première visite au musée Guggenheim que par contre j'ai adorée. 

    Quelques jours de grisaille ensoleillée, de déambulation dans cette ville adorée, allégée de son tourisme de masse, le nez en l'air, sans guide dans les mains, luxe suprême. 

    Et olive sur le Spritz, un homme détendu, sérénissime, joyeux, heureux. Et ça aussi, ça n'a pas de prix.