Myosottises

  • Une journée comme les autres mais pas tout à fait

     

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    Isa m'a fait remarquer qu'aujourd'hui – incroyable que je ne m'en sois pas rendu compte moi-même – que c'était une combinaison de chiffres un peu particulière: 9/1/19. Est-ce que cette combinaison me portera chance cette année ? Il n'y en aura plus d'autre. Il y a eu le 9/1/1991 mais il n'y aura pas de 9/1/(20)91.

    Le 9/1/1991, j'avais deux petites filles très jolies, une brune et une blonde, j'étais un peu nauséeuse, j'attendais un petit garçon depuis quelques semaines, j'avais un entretien pour un nouveau job – je ne savais pas encore que j'allais l'avoir et qu'il allait être déterminant à tous points de vue: mon orientation professionnelle, ma vision du monde, mes amis pour la vie, ma façon de cuisiner, de boire le café et tant d'autres choses – j'étais probablement la femme la plus heureuse du monde, 31 ans, un partenaire en or, deux enfants et demi, toute la vie devant moi.

    Le 9/1/19, j'ai six enfants, trois d'origine et trois boutures, deux mini-pousses et toujours un partenaire en or, aux cheveux d'argent. Mais je n'ai plus toute la vie devant moi.

    Aujourd'hui, cela fait treize ans que je prends congé le jour de mon anniversaire. Une journée presque pour moi. Une journée où je traîne presque volontairement. Je ne fais rien de très particulier mais je ralentis. Comme pour arrêter le temps, si inexorable. 

     

  • 2018

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    L'année a commencé dans une belle bouffée de bonheur avec l'arrivée de Petit Jules qui a confirmé notre état de grands-parents si jamais on ne l'avait pas encore vraiment intégré. Bonheur qui se renouvelle chaque semaine, lorsque l'un ou l'autre – ou les deux – nous rendent visite. On oublie le planning, on remonte les escaliers et on enlève le manteau si on était sur le point de sortir, plus rien ne compte que ces deux-là. Sans compter qu'ils nous amènent leurs parents respectifs, ce qui n'est pas le moindre de nos plaisirs.

    C'est l'année des 80 ans de Maman, un anniversaire à la fois joyeux et teinté d'émotions, en l'absence du Hibou. 

    Mais c'est aussi une année de gestion de la succession, clôturer les comptes, vendre la voiture, résilier l'immatriculation, transférer les assurances, les services et autres plaisanteries au nom de Maman, écrire ou téléphoner à gauche et à droite. Aider Maman chaque semaine dans une gestion administrative qui est loin d'être sa tasse de thé. Toutes ces démarches qui m'obligent à contenir les larmes à l'intérieur des glandes lacrymales. Jusqu'à ce premier anniversaire où je me suis calfeutrée chez moi pour hurler et pleurer tout mon saoûl. 

    2018, c'est aussi l'année où j'ai pris une décision que j'aurais dû prendre il y a si longtemps. Je me suis offert le mercredi après-midi et cela m'a fait un bien fou. Peut-être plus au début qu'à la fin de l'année où j'ai bousillé une bonne partie de mes mercredis en rendez-vous médicaux ou consacré en chasse aux cadeaux de St Nicolas ou Noël. 

    La fin de l'année aura été riche en maux d'hiver et variés, parfois peu symptomatiques, du genre "le médecin tâtonne", une pneumonie chacun, des trucs peu compréhensibles mais ce qui est certain c'est que nous finissons 2018 dans un état de fatigue rarement aussi parfait.

    Il y aura aussi eu la Normandie, Rome, Preggio, l'Algarve avec Anaïs, Simon, Kerya, Quentin et Petit Jules. Il y aura eu Lyon et bien sûr Venise. Pas de grands voyages mais de bien beaux moments.

    Et puis il y aura eu ces 3 jours avec Petit Jules et ces 3 semaines avec Sappho. Que du bonheur à l'état pur.

    Une année entre grisaille et soleil éblouissant. Une année belge, quoi !

    Dommage de la finir sur la mort d'un ami, aussi brutale qu'inattendue, et que je n'arrive pas à bien intégrer encore. Mais comme le disait la dernière phrase du dernier mail que nous avons échangé: "A part ça, tout va mon capitaine ! "

     

     

     

  • Vous avez dit Noël ?

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    Pas le temps d'y penser vraiment. Le temps file et Noël se profile à l'horizon, paraît-il.

    Lundi: A nouveau confinée à la maison. Même pas en congé maladie mais en télétravail, histoire de ne pas sortir par ce temps pluvieux et de faire une sieste, une vraie, à la pause déjeuner. Je suis vraiment sur les rotules et la toux a repris de plus belle. Nous voilà à nouveau, l'Homme (dans un état tout aussi lamentable) dans le cabinet du médecin pour la quatrième fois en cinq semaines. Le médecin se décide enfin à m'envoyer faire un scanner des poumons. Une prise de sang en prime.

    Mardi: Retour au boulot, c'est plus fort que moi.Il faut croire que je suis devenue workaholic. Difficile de lâcher prise. Et pourtant, je suis si fatiguée. Et je ne suis pas prête non plus à renoncer aux activités culturelles du soir. Très belle pièce un peu fantastique. Le porteur d'histoire. Les histoires sont emboîtées les unes dans les autres à la manière de poupées russes, les personnages sont nombreux et on voyage à la fois dans le temps, de l'Antiquité à nos jours, et dans l'espace (de l'Algérie au Canada en passant et repassant par la France.

    Mercredi: Encore une journée bien chargée. Rendez-vous tôt le matin pour un scanner des poumons. Dose de stress déjà suffisante pour la journée: non seulement j'arrive avec 20 minutes de retard parce que j'ai un sens de l'orientation d'une poule sans tête et que l'hôpital a le chic pour changer son entrée principale justement ce jour-là mais aussi le technicien ne trouve pas une bonne veine pour injecter le produit et doit donc s'y reprendre à deux fois. Tout ce que j'aime. Après-midi de congé pour finaliser les achats de St Nicolas, récupérer les colis commandés sur Internet, décharger mes bras et ma vessie par un bref passage à la maison, repartir chercher ce qui me manque et filer chez Maman pour notre rendez-vous du mercredi. Heureusement le badminton était annulé pour cette fois. Sinon, je ne sais pas comment j'aurais survécu à cette journée.

    Jeudi: Le médecin m'appelle pour me donner les résultats du scanner: pas de tumeur (ah bon, on cherchait ça aussi ?), pas d'embolie, par contre toujours un foyer de pneumonie (Yeah !) et accessoirement des bronches en tuyau de pipe (bon, parait que presque tout le monde a ça à un certain âge). Par contre, pas de nouvelles de la prise de sang. Il faut donc attendre pour savoir comment traiter. Le soir, réception en grande pompe pour les employés qui ont 20 ans de carrière. Photo de famille où on voit bien que j'adore ce genre d'événement. On m'avait dit que je verrais, que j'adorerais, que je retrouverais des tas de gens plus vus depuis longtemps. Et bien non, je n'ai pas adoré, je n'ai retrouvé que des gens que je n'avais pas envie de voir sauf une amie que j'ai entrevue cinq minutes et qui s'est carapatée aussi vite que possible. Les ronds de jambe et le pied de grue, un verre de champagne à la main, ce n'est vraiment pas ma tasse de thé.

    Vendredi: Déjà la dernière journée de la semaine qui passe en un éclair. Le soir, pas d'activité prévue. Un vendredi soir sans programme équivaut neuf fois sur dix à une sortie restaurant à nous deux. Cette habitude nous est venue depuis que nous ne sommes plus que deux. Mais elle reste plutôt rare et garde ce caractère un peu festif. Ce soir donc, on pourrait. Mais il propose de manière très vague, je réponds tout aussi vaguement. Je ne mange rien dans l'attente d'une décision. Plus précisément, j'attends qu'il décide. Mais lui ne sait pas trop ce qu'il veut et en l'absence d'un enthousiasme délirant de ma part, reste indécis. Au final, une occasion manquée, une atmosphère grincheuse et grinçante à la fois, une soirée gâchée et …. un estomac vide.

    Samedi: Dernière ligne droite avant la visite de St Nicolas. Derniers achats. Après-midi en cuisine sans lambiner pour être sûrs d'être prêts pour demain. Concert Bartok et Dvorak le soir avec Mamy et retour au pas de course à la maison pour ouvrir la cheminée au Grand Saint et mettre la table.

    Dimanche: Today is the day. Probablement le plus beau jour de l'année pour moi, à l'exception du premier jour des vacances d'été. Ce jour où je gâte mes enfants, les originaux, les beaux et les petits, au-delà du raisonnable mais rien ne pourrait m'arrêter. Ce jour où ils nous gâtent aussi avec une mise en scène toujours si jolie et des cadeaux tellement bien pensés et qui me vont droit au coeur. Ce jour où ils sont tous réunis autour de la table, heureux de l'être et me donnant ce sentiment fabuleux d'être la personne la plus comblée au monde.

  • Carcasse répare, carcasse remplace

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    Je ne sais pas ce qui nous arrive cette année mais voilà un mois qu'un virus s'est introduit chez nous sans vraiment demander la permission et ne veut plus vraiment déloger. Une espèce de mal élevé qui n'a pas vraiment été invité mais qui se tape l'incruste à n'en plus finir. Déjà, il nous a empêchés de partir en Suisse chez Swiss'Sis fin octobre. Et pour qu'on renonce à partir, je peux vous dire qu'on était bien mal. L'importun s'est faufilé dans mes poumons très discrètement ou plutôt très sournoisement. Pas de toux, pas de fièvre, rien. Juste un drôle de petit bruit de succion et une légère douleur localisée. C'est bon que j'avais déjà une petite expérience en la matière que je l'ai suspecté d'aller fouiller là où il n'avait rien à faire et que j'ai pu proposer au médecin d'aller voir par là s'il n'y était pas.

    Puis l'Homme a enchaîné avec sa propre pneumonie. Le copain de mon virus a été tout aussi intrusif et beaucoup plus bruyant comme hôte. La toux de l'Homme fait pitié et grimacer. Moi, pour faire bonne figure, j'ai enchaîné de mon côté avec un état grippal, fièvre, mal partout, etc… Cette fois, le médecin nous a gracieusement offert une semaine de repos. Je déteste ce genre de semaine où on est pas assez mal pour passer la journée au lit mais trop mal pour faire quelque chose de rentable. Si je ne dors pas, je ne peux pas rester inoccupée, cela m'est impossible.

    En fin de semaine, on a pensé qu'enfin, on remontait la pente mais non, voilà que le virus – mais est-ce bien lui ? – nous est tombé qui sur le bas du dos, qui sur la peau au niveau de la ceinture. J'ai envie de hurler quand on m'effleure la peau. Et pas la moindre rougeur, rien. Je ne comprends pas ce qui se passe et c'est encore pire.

    Dire que d'habitude on passe à travers l'hiver comme deux perce-neige. 

    Alors si je rajoute que mon épaule gauche prend doucement le chemin de la salle d'op' comme le lui recommande l'épaule droite, que lundi je vais faire une radio et une écho du pied droit dont l'hallux valgus me rappelle à son bon souvenir avec une régularité d'horloge suisse et du pied gauche que des lames de rasoir transpercent de manière plus aléatoire mais tellement plus violente. Pour quelqu'un qui aime bien marcher, cela devient problématique. 

    On est bien d'accord, ce sont bien les charmes de l'âge qui s'annoncent et le jour où on ne sentira plus rien, cela voudra dire qu'on sera mort. Mais quand même, il existe pas un service type "Carcasse répare, carcasse remplace" ?

  • Lettre pour quand tu sauras lire

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    Parce qu'aujourd'hui tu ne peux bien évidemment pas lire mais surtout tu ne peux pas te souvenir. Ou du moins ta mémoire est encore très limitée dans le temps. Tout ce qui se sera passé avant tes deux-trois ans n'aura pas d'existence dans ton album de souvenirs.

    Alors je te raconte ces trois semaines que nous avons passées ensemble. Ta maman a eu trente ans et nous lui avons offert un voyage. Ton papa et elle ont choisi de partir en Thaïlande. Ils ont bien hésité à t'emmener mais est-ce vraiment une bonne idée de te faire commencer ta vie de touriste par un voyage de 17 heures, dérégler ta routine enfantine par des déplacements sur place en avion, des changements d'hôtels, des visites dont tu ne retiendras rien de toute façon. Oui mais te quitter pendant près de trois semaines était aussi un déchirement. Leur décision n'a pas été facile à prendre mais ils savaient qu'on prendrait soin de toi comme ils le faisaient et cette pensée les a aidés à faire leur choix. Ces vacances leur ont fait beaucoup de bien mais tes vacances chez nous nous ont fait beaucoup de bien aussi.

    Tu as été une petite fille adorable. Souriante, drôle, parfois plaintive, jamais longtemps. T'observer jouer a été un de mes passe-temps favoris. Regarder les enfants découvrir, essayer, recommencer, tâtonner puis trouver est une source de plaisir toujours renouvelé. T'observer manger, découvrir de nouvelles saveurs – tu peux imaginer qu'on s'en est donné à coeur joie ici -. T'observer dormir surtout m'a ravi le coeur. 

    On a passé trois semaines en plein ravissement. Oh bien sûr, ce ne fut pas de tout repos. On a été malade tous les deux, ce n'était pas vraiment prévu au programme, on a revu nos priorités au niveau du boulot, on a annulé ou reporté toutes nos activités culturelles et sportives. Toutes mes petites routines ont été suspendues. Tout a tourné autour de toi et exclusivement autour de toi. 

    Ce matin, ton papa et ta maman sont revenus. Tellement émus de te retrouver. Tu leur as d'abord offert un sourire poli – je pense bien vous connaître et vous m'êtes plutot sympathiques – puis très vite, tu as retrouvé leurs bras et leurs câlins.

    Ce soir, la maison est vide, mes yeux tombent par hasard sur les petites pantoufles abandonnées et j'ai le blues. Tu me manques déjà. Je retrouve la télécommande que tu as cachée dans une de mes chaussures et je sors les petits canards de la baignoire qui vont retrouver le chemin de l'étagère.

     

  • Premiers frimas

     

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    Lundi: Info du matin. La commune de Ganshoren inaugure une statue d'un artiste flamand érigée en l'hommage d'une maman juive qui, dans le train qui l'emmène elle et son fils vers  Auschwicz, a la préscience de ce qui les attend et pousse son fils hors du train pour qu'il échappe à cette fin certaine. Cette histoire, qui n'est ni la première ni la dernière du genre, m'émeut au plus haut point. Je pense que jamais je n'aurais eu ce courage, cette abnégation dans l'amour. Mon côté mère poule me pousserait à ne pas lever l'aile d'une plume et j'en suis désolée. Je trouve cette mère extraordinaire au-delà de l'imaginable.

    Mardi:  15 ans plus tard, ils les ont enfin démasqués  ! Un couple diabolique qui m'avait mené une vie d'enfer il y a 15 ans, m'avait envoyé des lettres de menace anonymes, m'avait trainée devant l'organisme s'occupant des fraudes, suite à une autre lettre anonyme signée Gérard Manvusa, alléguant que je donnais dans le népotisme et fraudais en quelque sorte le contribuable européen. Eux par contre ne se gênaient pas pour se faire engager avec de faux diplômes, de faux certificats d'emploi puis se faisaient porter pâles pendant des années durant. Je l'ai dit, on ne m'a pas écoutée. D'autres ont été plus persévérants que moi et n'ont eu de cesse qu'ils soient pincés. C'est enfin chose faite. C'est un entrefilet dans la presse qui aurait pu passer inaperçu qui l'a annoncé. Et en une semaine, je recevais cette information une bonne douzaine de fois de mes anciens collègues tout aussi étonnés et ravis que moi. Enfin, probablement pas autant que moi.

    Mercredi: Premier jour des vacances de Sappho chez Bonnie et PapiNonno. Nous sommes allés la chercher à la crèche ensemble, un peu stressés. Dès qu'elle nous a vus, elle a tendu les bras, ça commençait plutôt bien. Elle a souri d'un petit air entendu. Où sont mes esclaves habituels ? Ils ne sont pas là ? C'est vous les intérims ? Mmmmh, ça risque d'être amusant. Arrivés à la maison, elle a enlevé ses chaussures et a tout de suite entrepris de mettre de l'ordre dans ses jouets. Je crois que ça va bien se passer.

    Jeudi: J'avais oublié ou je ne me souviens pas, c'est l'un ou l'autre. Ces petits esclavagistes sont sans pitié. Ils exigent votre présence à tous les instants, vous demandent de les suivre, vous indiquent le plus clairement possible ce qu'ils veulent, du raisin, du pain, mettre leurs chaussures, le jouet qui a roulé 2 mètres plus loin et qu'ils préféreraient que vous alliez chercher plutôt que de lever leurs petites fesses rebondies ou vous signifient d'un quart de tour de visage que le repas est terminé.

    Vendredi: l'Homme et le fils sont partis pour la journée pour rapatrier les bûches qui nous réchaufferont cet hiver. Je suis seule avec la Princesse. Et là, tout est revenu. Mes souvenirs de maman de deux petites filles distantes de 16 mois ne me trompaient pas. Oui, la vie était facile avec ces enfants-là, oui, je pouvais cuisiner tout un plat un rien sophistiqué, passer l'aspirateur et repasser sans que cela ne pose problème. Il suffisait de ne pas les perdre de vue et surtout de ne pas disparaître de leur vue, leur parler ou ne rien dire selon le moment ou l'instant et la journée se déroulait sans heurts. J'étais souvent seule avec elles puisque l'Homme travaillait souvent à des heures autres que les miennes. Et aujourd'hui, seule avec la Princesse, tout a roulé comme sur des roulettes. Et du fin fond de Bangkok, Maïté m'a confirmé qu'en effet, en binôme, ça fonctionne super bien. Quand on est deux, on est forcément moins concentré sur l'enfant d'une part et l'enfant se rend compte qu'il n'est plus le seul centre d'attraction. Et ça change la dynamique.

    Samedi: Première séance chez le coiffeur pour la princesse. Cette petite tête anarchique commençait à me faire peine à voir. Mais avant de l'emmener, j'ai demandé l'autorisation à la maman. Je me souviens que Sis'Cile n'avait pas trop apprécié l'initiative de Mamy B. qui avait emmené Clara chez le coiffeur sans rien dire. Une Bonnie avertie en vaut deux. Mais comme la maman n'avait rien contre, je ne me suis pas fait prier. Chez le coiffeur, elle a fait son petit sourire timide, se demandant où elle était tombée. Mais elle est restée sagement sur mes genoux pendant que les ciseaux du coiffeur mettait un peu d'ordre sur cette petite tête. Les seuls moments où elle a bougé, c'était pour se pencher ou se tordre le cou pour mieux regarder les autres clientes. Sappho ma curieuse. Elle a été si sage que le coiffeur lui a offert la coupe. Et ma petite garçonne est ressortie souriante et jolie comme un coeur.

    Dimanche: Dernière journée de ce long weekend avec Sappho. Quentin et Kerya sont venus déjeuner avec nous. Une Sappho plus grincheuse aujourd'hui, vu le manque de sommeil de la nuit dernière. Il faut dire que les nuisances sonores sur le boulevard sont devenues totalement insupportables. Il n'y a plus de voiture sur le plus grand piétonnier d'Europe mais il y a tous les fêtards du samedi soir, les dealers au coin de la rue et les allumés du café d'en face, tous s'interpellant en hurlant les uns les autres jusqu'à six heures du mat'. Demain reprise du rythme crèche, métro, boulot, crèche, bain, biberon, dodo. Va falloir être organisé. 

     

  • Caprices des anges

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    L'autre jour, un type était totalement insupportable (pour rester polie) au boulot, la nouvelle directrice était dans le reproche et la critique permanentes alors qu’elle n'était encore qu’à distance (en congé). Le soir, mon fils me demande pratiquement de rédiger la moitié de son mémoire le lendemain, jour de congé. A remettre bouclé, imprimé et relié 5 jours plus tard. Alors quand j'ai fait sauter les plombs en fin de journée (par erreur), j'ai éclaté en sanglots. Mais, au final, tout allait bien.

    J’ai beaucoup lu ces derniers temps sur les « caprices » des petits. Quand on pense qu’ils vivent eux aussi toutes ces sortes de frustrations quotidiennes à leur niveau sans pouvoir aucunement verbaliser, rien d'étonnant à ce qu’ils crisent en fin de journée. 

    Et pourtant vient un moment où les enfants perçoivent, d'abord inconsciemment, puis de plus en plus consciemment, le pouvoir de leurs angoisses et de leurs frustrations. Et n'acceptent pas facilement que nous cessions petit à petit de nous précipiter à la moindre larme ou au moindre gémissement. La fatigue prend le dessus chez les adultes, la rage et la colère prennent le pas chez les petits. Et commence un combat de pouvoir. 

    J'ai eu des enfants, il y a 30 ans; j'en ai des petits aujourd'hui. Je ne sais toujours pas quel est le bon compromis entre la reconnaissance de leurs frustrations difficiles à exprimer autrement que par des pleurs et la nécessité de mettre des limites à des exigences de plus en plus nombreuses qui d'une part nous épuisent mais surtout ne leur permettent de grandir par la confrontation au refus.

    Je sais que c'est un débat sans fin, une guerre d'écoles pédagogiques et on n'en finit pas de tâtonner. Et tout l'amour du monde ne nous aide pas à trouver LA solution parfaite.

  • Le coffre

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    La veille d'un 6 décembre au milieu des années 60, je l'ai entendu distinctement monter lourdement l'escalier. Nous n'avions pas de cheminée, alors forcément il devait l'emprunter pour venir déposer les jouets que nous avions espéré, Françoise et moi. Enfin, elle, elle était encore trop petite pour attendre quelque chose mais moi, oui, je savais qu'il viendrait mais quand je l'ai entendu, je n'ai pas bougé le moindre petit orteil et suis bien restée sous les couvertures, sous peine de rompre le charme.

    Le matin, au réveil, il y avait parmi les jouets laissés par le Grand Saint, un magnifique coffre à jouets, en forme de maison. Il s'ouvrait par le toit. On pouvait se cacher dedans et regarder par la petite lucarne. Il était beau et je ne me lassais pas de le regarder. J'ai repensé au pas lourd de Saint Nicolas dans l'escalier et je me suis dit qu'en effet, ce coffre ne devait pas être très léger sur son dos.

    Un quart de siècle plus tard, le coffre a repris du service pour ranger les jouets de mes enfants. Un matin d'automne,  petite Anaïs commençait à se mettre debout et s'agrippait à tout ce que ses petites mains pouvaient atteindre. Le coffre ouvert offrait une jolie prise. Mais sous les oscillations imprimées au coffre par la petite exploratrice, le toit à moitié ouvert s'est brusquement refermé sur les petits doigts agrippés. Petites larmes et gros chagrin; petits points de suture et grosse frayeur de la maman. 

    Un demi-siècle plus tard, le revoilà dans la cuisine de Bonnie pour ranger tous les jouets qui s'accumulent quand Sappho et Jules débarquent. Toujours fidèle au poste, il est toujours aussi beau. 

    Est-ce qu'il se souvient de moi ? Ce n'était pourtant pas il y a si longtemps.

  • Et septembre a filé….

     

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    Lundi:  Katia vient passer la soirée à la maison comme tous les mois. C'est l'occasion de nous retrouver avec ceux qui veulent, les filles surtout, pour une soirée manucure, pédicure, vernis de toutes les couleurs. Katia est rayonnante, enfin encore plus rayonnante que d'habitude. Son fils lui a fait la surprise de lui envoyer sa femme et leur petit Noah tout neuf pendant presque 6 semaines pour que sa maman puisse faire connaissance avec son petit-fils. Elle est radieuse, n'a pas de mots pour dire à quel point elle est heureuse.  

    Mardi: Premier concert de la saison avec Maman. Ce n'est pas n'importe quoi ce soir. Pour fêter l'ouverture de la Présidence autrichienne du Conseil européen, Bozar a invité le Wiener Philharmonic Orchestra sous la direction d'un chef d'orchestre de …. 91 ans. Déjà, respect. De manière très protocolaire, l'orchestre entame l'hymne national autrichien et quelque dix personnes se lèvent respectueusement dans la salle. On peut donc compter les Autrichiens sur les doigts de la main. Puis l'orchestre enchaîne avec l'hymne européen. Et là, à ma grande stupéfaction, une salle entière est debout. Qui a dit que l'Europe n'avait plus que des détracteurs ?

    Mercredi: Dans le métro ce midi, un homme s'avance vers moi pour mendier une pièce. Je lui donne quelque chose et il reste devant moi sans oser formuler sa demande suivante. Puis il se lance et me raconte ses difficultés à boucler les fins de mois et surtout son expulsion imminente de son appartement, faute de pouvoir payer son loyer. Il me demande de l'aider, de parler avec son propriétaire. Je suis restée là, complètement démunie, ne sachant trop que lui dire, bafouillant l'une ou l'autre ânerie, consciente de ma stupidité. Puis j'ai profité de l'arrivée de la rame de métro et de mon rendez-vous à venir pour filer sans demander mon reste. Mais je me demande encore comment j'aurais dû réagir.   

    Jeudi: Je suis seule à bord, ma chef est déjà partie. La directrice convoque une réunion dans le quart d'heure. Je suis sensée remplacer ma chef mais moi j'ai un avion à prendre dans deux heures. Je ne peux pas rester. J'attrape la première collègue décente qui passe dans le couloir et je lui demande la faveur de me remplacer. Elle accepte sans trop de difficultés. Dans les cinq minutes qui suivent, je reçois un mail de sa collègue directe, plus légitimée à participer à cette réunion, qui se plaint de mon choix. Elle souffre depuis quelque temps d'une mise à l'écart et cette décision prise un peu à la légère ne fait qu'exacerber ce sentiment d'exclusion. Je prends la peine de lui répondre et de m'excuser avant de vite fermer boutique et de rassembler mes afffaires pour partir. En quittant l'étage, je m'arrête devant son bureau et je la retrouve en pleurs. Je suis tellement désolée de voir comment parfois un simple malentendu, une petite maladresse peut avoir des conséquences insoupçonnées. 

    Vendredi: Lyon avec J. et S.. Première journée à flâner sous le soleil, monter à Croix-Rousse, redescendre par des petites rues sympas, revoir la fresque des Lyonnais, manger une glace chez Nardone et être très déçus, tomber sur Amorino au hasard dans le Vieux Lyon et craquer à nouveau pour une glace pour masquer la déception de la première. Monter à la basilique de Fourvière à pied, courageusement et se dire que l'effort est bien récompensé. C'est une basilique magnifique. Finir la journée dans un bouchon toujours aussi sympathique, le Bouchon des Filles.

    Samedi: Petit déjeuner dans un bar où l'on fait des capuccinos absolument extraordinaires, longer la Saône avec l'intention de monter jusqu'à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or retrouver Isa puis faire demi-tour pour cause de vent du Nord trop frais pour nos tenues légèrement optimistes. Retourner à l'hôtel pour se couvrir d'une petite laine et prendre le métro pour Saint Cyr. Arriver juste à temps pour le rendez-vous fixé avec Isa pour un petit lunch super sympa et délicieux au Cyr au Thé. Elle est en cuisine et n'a pas beaucoup de temps mais elle nous accueille avec sourire. C'est un projet fou qu'ils ont mis sur pied et je les trouve bien courageux. Elle m'a fait rire, elle pense à moi chaque fois qu'elle épluche des carottes. Les copines de blog en connaissent parfois plus sur nous que nos plus proches….. Redescendre cette fois vers Lyon à pied, 25 km par de jolis chemins dans la colline, très beau moment un rien gâché par une envie insupportable de faire pipi. Terminer le weekend dans un bouchon réputé, Daniel et Denise, mais qui nous a déçus.  

    Dimanche: Retour à la maison après un trajet la tête à l'envers. Première fois de ma vie que j'oublie ma valise au contrôle de sécurité en étant totalement persuadée que l'Homme l'avait prise et que non, non, non, je ne l'ai pas oubliée, je suis certaine qu'on a quitté la sécurité la valise à la main.  Très contrariée, je rumine à la porte d'embarquement. Au moment d'embarquer, je réalise que j'ai oublié mon livre sur un siège dans la salle d'attente. Je n'en reviens pas d'être aussi distraite. Arrivés à la maison, je reçois un mail de l'hôtel qui dit: 

    Chère Madame,

    Cela a été un plaisir de vous accueillir et nous espérons que vous avez apprécié votre passage chez nous.

    Ce matin, lors de votre départ, il semblerait que votre tête soit restée au fond de notre confortable lit… En effet, nous avons retrouvé dans votre chambre un sèche-cheveux vous appartenant.

    Si vous envisagez de revenir nous voir bientôt, nous serons ravis de le mettre de côté pour vous.

    Dans le cas contraire, nous pouvons, bien sûr, vous le renvoyer.

    Je ne sais pas si j'ai laissé ma tête au fond de leur confortable lit mais en tout cas, elle n'est plus solidement ancrée sur mes épaules.