Auteur/autrice : Myosotis

  • Abba road

     

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    C'était mon cadeau de Noël de l'année passée, offert par l'autre Abbamaniaque de la famille. On l'a serti dans un city trip à quatre à Londres: l'Homme, les deux filles et moi. Quentin n'a pas pu être de la partie. Les papas ont été sympas comme tout de garder leurs enfants respectifs pendant 4 jours dont un weekend entier tout de même.

    Et ce fut un weekend de rêve. Que du bonheur ! On a trouvé une petite maison à Greenwich, juste assez grande pour dormir, se faire à manger et passer quelques moments au calme. 

    Anaïs et moi, on avait une belle soirée en perspective et on n'a pensé à rien d'autre avant de partir. Maïté, elle, avait bien préparé ses highlights. Elle nous a emmenés dans un salon de thé installé au milieu de pépinières près de Richmond (à une petite heure de route de Londres). Après une magnifique ballade dans les marais et les bois, nous nous sommes installées pour un sublime afternoon tea. Le truc à trois étages, surmonté d'un joli bouquet de fleurs, garni de petits sandwiches salés et de bouchées sucrées, le tout à tomber. Et quand on croit que c'est terminé, on vous amène les scones, la clotted cream et la confiture de framboises. What a treat !

    Elle nous avait aussi réservé une entrée au Tate Modern pour une installation de Yayoi Kusama "Infinity Mirror Rooms". Très court mais magnifique. 

    On a passé un peu de temps chez Liberty, chez Harrod's – dont on s'est assez vite enfuis tant la clientèle est dégoulinante de luxe et de manque de goût – et chez Fortnum & Mason où on a acheté les meilleurs Scottish eggs ever. 

    On s'est promenés le dernier jour dans le parc de Greenwich et Anaïs tenait absolument à manger un "pie & mashed potato" dans un pub avant de reprendre la route pour Folkestone et le tunnel sous la manche.

    Mais le clou du weekend, c'était ce pour quoi on était venus: le concert d'Abba, tout en hologrammes. Bluffant. Ma première et unique expérience d'hologramme, c'était la Callas sur la scène de Bozar qui avançait de manière mécanique et saccadée en chantant. Complètement décevant. Mais là, on est restées bouche bée devant la prestation. On avait beau savoir que c'était des hologrammes, il a fallu à plusieurs reprises recadrer son cerveau pour qu'il enregistre bien la réalité "non tu n'es pas revenue 40 ans en arrière et non, ils ne sont pas sur scène". C'était un spectacle incroyable extrêmement bien ficelé et très diversifié. Pas une seconde de répit pour l'émerveillement et l'éblouissement. 

    Et pour ne rien gâcher, 4 jours de beau temps à Londres, le luxe suprême.

    Un weekend plus que parfait !

  • Première semaine d’octobre

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    Samedi: Ça y est, c'est la quinzaine du proche-aidant. Pour la quatrième année consécutive, nous sommes en charge de ma belle-mère pendant les vacances de ma belle-soeur. Cette année, à mon grand soulagement, nous ne devons plus assurer la nuit. On y va donc à chaque repas. Cela reste un peu contraignant mais beaucoup moins malgré tout. L'Homme assure les petits déjeuners, les déjeuners en semaine et nous y allons ensemble pour le repas du soir. C'est la seule senior que je connaisse qui progresse au lieu de décliner. Elle a de nouveaux appareils auditifs et entend à nouveau ("Ce lave-vaisselle fait beaucoup de bruit !", "je suis obligée de fermer la fenêtre, les voitures m'empêchent d'entendre la télévision"). Elle a fait le Covid mais c'est un petit refroidissement de rien du tout ! Elle n'a plus un poil sur le caillou mais par contre, il ne manque pas le moindre neurone. Elle est assez impressionnante !

    J'ai aussi trouvé le temps d'aller vite à la recherche d'un manteau noir. J'ai donc acheté un manteau jaune.

    Dimanche: Entre deux allers-retours, on a terminé de monter l'armoire dans une chambre et on va maintenant pouvoir s'éclater à y ranger un maximum de trucs. J'attends ça depuis des lunes. Entre deux autres allers-retours, on a vite fait quelques courses. 

    Lundi: Journée au bureau pour accueillir une petite nouvelle. Sans doute la dernière que j'accueillerai dans ma vie professionnelle. Sur le moment, je n'y ai pas trop pensé, j'étais encore en mode "vendeur". J'ai vanté la magnifique équipe qu'elle rejoignait, moi compris. Sans m'en rendre compte, je me suis comportée comme si on était parties pour travailler ensemble pendant quelques années. Ce n'est que maintenant que je me dis que c'était effectivement probablement la dernière. 

    Mardi: Journée vaccin. Quatrième dose. On ne se pose pas de question, on y va. Il faisait beau, on a marché. Ce serait mieux d'aller se balader en forêt mais faute de mieux, on s'est promenés jusqu'au dispensaire. 

    Mercredi: Le mercredi soir, c'est le moment Maman. On se retrouve Sis'Cile et moi chez elle pour l'aider, principalement dans son administration et sa gestion bancaire autour d'une tasse de thé et de petits gâteaux. Je suis contente de lui annoncer que j'ai résolu une question administrative un peu épineuse et surtout très coûteuse et je m'attends à ce qu'elle exprime une vraie satisfaction voire un peu de joie festive. Mais non, elle est tellement persuadée d'être dans son bon droit qu'elle l'exprime haut et fort. Sans se rendre compte que parfois, on a beau l'être, se battre comme une administration, cela relève d'une confrontation entre le pot de terre contre le pot de fer. Du coup, je suis frustrée et je marmonne dans ma barbichette. 

    Jeudi: Théâtre ce soir avec Joséphine. Il y avait très longtemps. ADN, une pièce qui aborde la problématique des enfants conçus par procréation médicalement assistée et don de sperme inconnu. Surtout ceux qui n'apprennent qu'assez tard que leur père officiel n'est pas leur père biologique. La question est abordée sous tous les angles et avec beaucoup d'humour. C'était drôle, bien ficelé et nous avons passé un très bon moment.

    Vendredi: Je suis un peu dépassée par les événements. Je pensais tirer ma révérence en douceur et préparer ma sortie à mon aise mais encore une fois, les choses ne se passent pas comme je l'aurais rêvé. Ma collègue directe est en longue maladie, mon chef part en vacances trois semaines et une autre collègue nous quitte de manière impromptue. Ma charge de travail est doublée voire triplée et je me noie. Et je voudrais m'enfuir comme à chaque fois. Mais comme à chaque fois, je fais le vaillant petit soldat et je reste sur le pont. Je pourrais invoquer mon doigt cassé qui gonfle de trop s'agiter sur le clavier et ce serait rigoureusement vrai. Le médecin me l'a proposé et l'Homme me le serine à longueur de journée. Mais le sens du devoir me colle à la peau comme une vieille loque. C'est plus fort que moi. 

  • Linda

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    crédit photo: www.nonos.com

    J'ai rencontré Linda à Venise. Dans un jardin où des artistes de tous horizons exposaient des sculptures ou des installations. J'en ai aimées beaucoup, d'autres moins. Mais devant Linda, j'ai eu un coup de foudre. Preuve en est que depuis quinze jours, je pense à elle tous les jours. 

    Elle est sensée incarner la sensualité, la féminité et la joie de vivre à l'état pur. C'est ce que j'ai ressenti tout de suite en la voyant. C'était aussi parfaitement raccord avec mes états d'âme, là, à Venise. Tellement heureuse d'être là, de vivre pleinement tous mes sens (plaisir des yeux partout, pas de voitures, pas de vélos, pas de trottinette, rien que le bruit de l'eau, de la langue italienne, des mouettes dans les oreilles, la chaleur du soleil ou la brise marine sur la peau, plaisirs de palais et parfums subtils chaque jour aussi). On me demande souvent ce que je peux trouver à Venise pour y retourner si souvent. Et bien tout est là, dans ce qui précède. Et Linda symbolise tout ça.

    Elle me montre aussi la voie de ce que je veux vivre chaque jour de ce qu'il me reste à vivre. Elle devient un peu mon phare dans cette nouvelle vie qui s"ouvre bientôt à moi.

    Et puis, et ça ça vaut tout l'or du monde, elle me rappelle quatre petits lutins qui scandaient derrière moi en Normandie: "La patate, la patate, la patate et l'apéro, yeah !". Je ne sais pas d'où c'est venu, j'ai inventé cette marche à quatorze temps qui se terminait les bras en l'air comme Linda, pour patienter avant l'apéro. Ça ne voulait rien dire mais ça nous rendait joyeux. 

     

  • La Mostra, la Biennale et nous

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    C'est la période faste à Venise. Le tapis rouge est déroulé au Lido (enfin ce soir, on enroule les carpettes et on range tout), la Biennale attire une foule hétéroclite mais toujours très avertie et très curieuse. Et puis il y a nous. 

    Pour nous aussi, on déroule le tapis rouge (virtuellement s'entend): dans notre petit sous-toiture où on est attendu comme les vieux habitués que nous sommes, dans nos restaurants fétiches où on nous souhaite la bienvenue comme à des enfants prodigues. La classe !

    On se fait nos petites expos ici et là, sans vraiment tenir compte de la Biennale. Non pas qu'elle ne nous intéresse pas, loin de là, mais on fuit souvent la foule.

    Et puisque le Lido se désétoile ce soir, on irait bien y faire un tour la semaine prochaine.

    C'est comme ça qu'on aime Venise. Vide, éclairée seulement de la pleine lune comme ce soir, les pas rapides de ceux qui rentrent chez eux, seuls bruits dans les rues étroites et le grondement des vaporetti qui ralentit à l'approche de l'arrêt en dessous de "chez nous". 

    D'ailleurs pour vraiment échapper à la Vrénésie, on loge ailleurs sur la lagune, à Murano la calme. Là où personne n'envisagerait de s'arrêter plus longtemps qu'une petite démonstration de souffleurs de verre et acheter quelques menus souvenirs tous soufflés en Chine. Mais derrière la vitrine, il y a les parcs, les enfants, les écoles, les grands-mères et les caddies ou les paniers à provision.

    Venise, Venise, venez-y, voyez et revenez-y.

     

  • Les chemins

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    Le grand départ approche. Celui à la retraite je veux dire. Pour l'autre je ne suis pas pressée.

    Je nettoie donc mes archives de mails accumulés depuis 16 ans que je suis dans cette boîte. Je vire tout ce qui est professionnel et qui n'intéressera forcément plus personne. Par contre, pour tout ce qui est personnel – et il y en a un paquet -, je les relis un à un. Gros moment de nostalgie, de regret du temps qui passe. 

    Parmi tous ces messages, il y a ceux de Cat, championne des changements de job et des entretiens d'embauche partout en Europe. Un de ses mails disait, il y a 15 ans: 

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    – je vais à Lisbonne mardi prochain pour entretien Communication.

    – Antoine (un de nos ex-collègues devenu ami) commence comme head of Admin en février

    – Mitch (son mari) toujours en liste de réserve.

    ET ils ouvrent bientôt le poste de head of HR… ;-))))

    Falas portuguès??? 

     

    Je venais de quitter Parme pour rentrer en Belgique mais l'idée de rejoindre Lisbonne n'était pas pour me déplaire. En même temps, je ne me voyais pas déménager à nouveau la famille ni reprendre l'avion Lisbonne-Bruxelles toutes les semaines comme je l'avais fait depuis l'Italie. 

    Elle n'a pas réussi l'entretien. Antoine s'est fait virer après un an. Et Mitch n'a plus été appelé et de toute façon ne serait pas parti sans elle. Et je n'ai pas postulé au poste de Head of HR. La seule chose que j'ai faite, c'est me remettre au portugais.

    Entretemps, elle a postulé un peu partout, a bossé un peu partout aussi mais toujours à Bruxelles. Antoine s'est retrouvé en Afrique, sa femme est restée au Portugal, a pris un amant. Puis Antoine a chopé un vilain cancer et est revenu mourir à Lisbonne auprès des siens, l'amant éjecté pour l'occasion. Et Mitch et moi sommes restés dans la même boite pendant plus de 15 ans, alors que nous avions plutôt la bougeotte.

    Et maintenant que je vais tout doucement fermer la boutique, je regarde le chemin parcouru. Et je me demande ce que serait devenue ma vie et où je serais aujourd'hui si j'avais pris tel chemin plutôt que tel autre.

    Si j'avais pris  ce poste à la banque nationale ? Si l'Homme n'avait pas poussé de toute son âme pour que j'accepte ce poste à Turin ? Si je n'avais pas été virée de Turin après 5 ans en y laissant finalement la mienne d'âme ? Si j'avais accepté ce poste à Thessalonique ? Si Berlusconi n'avait pas fait des pieds et des mains pour que l'Agence pour la sécurité alimentaire s'installe à Parme plutôt qu'à Helsinki ? Si je n'étais pas rentrée de Parme après un an d'allers-retours épuisants ?

    Tous ces choix m'ont menée jusqu'ici. Sans regrets. Mais probablement, d'autres choix, d'autres cieux m'auraient tout aussi épanouie, je crois. Ce que je regrette sans doute, c'est de ne pas avoir pu parcourir tous ces chemins et d'avoir été obligée de faire des choix. Mais ça c'est la vie dans toute sa splendeur. 

     

  • L’autruche

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    Je fais l'autruche. J'ai toute une série de décisions à prendre, je dois me positionner sur toute une série de dossiers, je dois dire clairement ce que je pense. Et je n'y arrive pas. On a dit que l'autruche enfouit sa tête dans le sol quand elle a peur. Mais c'est faux, quand l'autruche a peur, elle s'enfuit à toutes jambes, c'est bien plus malin. Moi, non, je reste tétanisée et si je ne mets pas littéralement la tête dans le sol, le résultat est le même. Je refuse de réfléchir, je ferme les yeux, j'attends que la tempête passe. En vain. J'ai peur de me tromper, j'ai peur de quitter pour vivre autre chose, j'ai peur de blesser, j'ai peur de me disputer avec mes proches. 

    Dans un des derniers romans que j'ai lu, la protagoniste disait "Devant les contrariétés, je courbe la tête, je me roule en boule. J'attends que passe le souffle du vent, que déferle la vague. Quelle est la nature de cette force qui me plie sans combattre ? Lâcheté ou résignation ? Soumission ou fatalisme ? Ou simplement l'instinct de survie et le dédain de la bravoure inutile ?" Je m'y suis tellement retrouvée. 

    Je vis avec un homme qui va au combat toutes les cinq minutes. Bien sûr, il combine les signes du coq (!) dans l'astrologie chinoise et du bélier (!) dans le zodiaque occidental.  Il vole dans les plumes de quiconque a un avis différent du sien, persuadé qu'il a toujours raison. Les prises de bec sont son passe-temps favori. Et souvent, je me retrouve prise en étau entre lui et le merle d'en face. Quand je suis d'accord avec lui, c'est plutôt facile, je tempère ses coups de patte et j'exprime plus posément ses arguments. Quand je doute et que je pense que l'autre a peut-être raison, je me sens comme déloyale vis-à-vis de tous. Vis-à-vis de lui qui ne comprend pas que je puisse imaginer une seconde donner raison à l'autre, vis-à-vis de l'autre que j'hésite à défendre bec et ongles, ne sachant pas moi-même que penser.

    Bref, je fais l'autruche. Parce qu'en vrai, si l'autruche enfouit la tête dans le sol, c'est en attendant que la tempête passe. Mais parfois la tempête ne passe pas et il faut l'affronter si on veut avancer. Et je vais y laisser des plumes, c'est certain.

  • Deux trois minutes

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    Je suis allée récupérer un cadeau pour Maoh chez Nature et Découvertes. Le premier rayon que j'ai traversé vendait le traditionnel attirail du randonneur, du jardinier amateur et du petit bricoleur. Celui où je m'arrêtais systématiquement au mois d'août à la recherche d'un cadeau pour mon papa. Pendant deux-trois minutes, j'ai cherché des yeux ce qui pourrait lui plaire. Et puis d'un coup, mes yeux se sont écarquillés et embués tout à la fois. Il n'est plus là, cela ne sert à rien de chercher. 

    Il me manque toujours. Il me manque tout particulièrement les mercredis soirs quand je vais voir maman. Je monte les escaliers et personne ne m'accueille sur le pas de la porte. Ce n'est pas le style de maman, c'est comme ça. Lui attendait systématiquement et il y avait quelque chose de chaleureux qui donnait le sentiment d'être attendu. Je l'embrassais et cette odeur me manque à chaque fois que je passe la porte.

    Pourtant Dieu sait si pendant ces presque cinq dernières années, il a dégringolé du piédestal où il était installé. Maman n'a pas supporté son départ qu'elle a vécu comme une trahison, venue s'ajouter à une autre trahison vieille de plus de 50 ans, étouffée et jamais pardonnée. Chaque semaine pendant deux ans au moins, elle a ressassé cette douleur diffuse, et lui en vouloir lui a permis de passer l'étape du deuil. Mais elle m'a laissé un beau paquet d'égratignures. J'ai compris aussi que leur couple avait beaucoup plus souffert de ma naissance inattendue que je ne le pensais et que mon arrivée en dehors des liens sacrés du mariage avait donné lieu à toute une série d'histoires rocambolesques dont je n'avais pas connaissance jusqu'ici hormis les mensonges à leurs grands-oncles et tantes sur mon âge réel.

    J'ai appris à accepter aussi que, quand mon père disait que j'étais son "premier jet, son brouillon, ma soeur puinée la correction et ma soeur cadette, le texte parfait", ce n'était pas qu'une boutade. Je n'ai jamais vraiment ressenti cette différence et je me suis sentie aimée comme les autres mais je sais maintenant que tous les deux l'ont vécu comme ça. Je le ressens beaucoup plus aujourd'hui et cela m'attriste un peu mais je me suis construite sans le savoir et en me sentant aimée malgré tout. Et c'est ce qui compte au final. 

    C'est pour cela que cet après-midi, il m'a manqué terriblement.

  • Un an

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    Un an déjà ! J'ai un peu de mal à y croire. J'ai l'impression qu"il est né hier. Tellement hier que j'ai le sentiment de ne pas encore avoir eu le temps de me connecter à lui. 

    Il faut dire qu'il est tout en fusion avec sa maman et qu'il faut qu'elle disparaisse de son champ de vision pour qu'il accepte de rester dans les bras de quelqu'un d'autre. Mais il a un radar qui la repère de loin et il est très difficile d'échapper à ses tentatives de la rejoindre. Et ses forces pour se libérer de votre étreinte sont décuplées dès qu'il la voit.

    Mais il commence à jouer et là je peux le rejoindre sur son terrain de jeux. Et bientôt je sortirai mon arme ultime, le livre :-).

    En attendant, je ne cesse de le contempler. Il est beau comme un coeur et surtout surtout, il a le sourire facile et radieux. Comment ne l'aurait-il pas d'ailleurs avec les parents qu'il a ? Il a cette double fossette à gauche de son sourire qui n'est pas commune, ces petites dents étincelantes et ces éclats de rire merveilleux qui me font craquer à chaque fois.

    On fêtera son premier anniversaire dans quelques jours avec tous ses grands-parents, ses oncles et tantes et ce sera vraiment le petit roi lion.

     

  • Débarquement en Normandie

     

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    Je ne sais pas d'où me vient ce désir intense – qui remonte à mon adolescence, voire même à mon enfance – de grandes tablées, de soleil et de coins ombragés, de maisons remplies d'enfants de tous âges, de cette notion de "tribu" qui représente à mes yeux le bonheur suprême. J'ai beau cherché, c'était certainement avant que je rencontre la famille von Trapp, peut-être le Club des Cinq mais ils n'étaient pas assez nombreux, peut-être encore Treize à la douzaine qui m'avait impressionnée mais toujours est-il que le concept de famille nombreuse me colle au coeur depuis toujours. 

    J'ai eu la chance d'avoir trois enfants fantastiques, ce qui n'est pas le cas de tous ceux qui ont le même rêve que moi. Ces enfants se sont multipliés et nous voilà déjà à la tête d'une petite bande de cinq. Rien ne me rend plus heureuse et j'y pense chaque matin.

    On peut alors imaginer mon état d'esprit quand on débarque tous en Normandie, y compris les deux chiens Aki et Pongo, pour 3 semaines de vacances.

    Tout le monde n'est pas arrivé en même temps toutefois et la première semaine avec quatre enfants et une seule maman s'est avérée un peu plus difficile. Surtout avec un petit tyran de 18 mois. Tout se serait plutôt bien passé si nous n'étions pas tombés malades à trois en même temps la même journée. Autant le savoir tout de suite, une indigestion généralisée n'émeut pas du tout les petits tyrans et leurs exigences restent inchangées. Alors que les indigestionnés n'ont aucune énergie pour cadrer les petits tyrans.

    Quand tout le reste de la tribu est arrivé, j'étais devenue un chouia hystérique au moindre pleur ou aboiement intempestif.

    Bien sûr, par la suite, il y a bien eu encore quelques petites tensions. Normal avec un chien bruyant, un grand-père dirigiste, une fille en post op et en sevrage tabagique, une future maman et une grand-mère fétichiste du bavoir, ça peut coincer de temps en temps. 

    Mais de ces vacances, je ne retiendrai que le bonheur: Henri Dès à tous les petits déjeuners (de quoi rendre fou la valeur ajoutée numéro 1), les plages immenses et vides, la joie des enfants dans les vagues, le château de sable qui a fini par perdre la bataille contre la mer après une résistance bien brave de trois pirates, les glaces et la gaufre pour Sam Sam, les progrès incroyables de langage de Lémoni, les parties de "Jacques a dit" , les câlins, les questions de Jules, les jeux de rôle – conducteur de train et ses passagers, pilote d'avion itou, urgentiste et ses patients, phoque sur la banquise par 32 degrés, déglutition de poule à chaque grain de maïs des salades et j'en oublie – , la complicité de petit Maoh avec Sam Sam, le cerf volant avec Nonno, les livres avec Bonnie, les apéros, les courses de gazelle de Sappho, les parties de Time's up et de Mille bornes et last but not least ….. la teurgoule. Qui comme chacun sait n'est pas du riz au lait, Jules, mais une sorte de riz au lait, spécialité normande parmi tant d'autres. 

     

  • Cinq ans

     

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    C'est l'aînée de sa génération. Comme sa mère de la sienne. C'est elle qui a fait de moi une grand-mère. Je n'ai pas de petit "préféré"; chaque fois qu'on me pose la question, j'essaye de répondre honnêtement, je cherche un soupçon de préférence mais je ne trouve pas. Ils sont tous si différents qu'il y a mille raisons de les aimer indifféremment.

    Elle a pour elle ce statut-là de première née, celle qui m'a rappelé le plaisir du parfum des bébés, le nez dans les cheveux de soie la nuit quand ils dorment, des bisous sur les fesses, le plaisir de dévorer des petits pieds, de tenir une petite main dans la sienne, de fondre de bonheur en les entendant gazouiller. Elle a ouvert la voie du souvenir physique de sa maman, sa tante et son oncle, dont l'enfance est forcément passée trop vite.

    La sienne aussi passe vite. Cinq ans déjà. Elle est grande, elle a les jambes interminables de sa maman, le visage romantique de son papa. Elle a de l'or dans les mains et des tâches sur tous ses vêtements. Elle a des cheveux magnifiques et complètement indomptables. Elle est fine et longiligne et mange comme quatre. Elle a une grâce toute féminine et des attitudes de garçon manqué. Elle rassemble tout un ensemble de paradoxes qui font tout son charme.

    Elle a cinq ans, le temps passe trop vite pour moi. Je voudrais qu'elle garde encore un peu ses quenottes de lait et que l'âge de raison ne la rattrape pas trop vite.

    Ma Sappho….