Auteur/autrice : Myosotis

  • Vagues à lames

    2009-07-24-0001  

    J’ai passé
    des heures à regarder les vagues. Le matin quand elles hésitent encore entre gris et bleu
    foncé, le soleil ne les éclairant pas encore vraiment,  l’après-midi quand le soleil les
    illumine et qu’elles sont transparentes et vert émeraude et le soir quand leur
    transparence se colore d’or et de rose, reflet du soleil couchant.

    De vraies
    vagues, des vagues d’océan, pas des méditerranéennes languides et douces, des
    rouleaux sauvages, des tonnes d’eaux qui s’abattent d’un seul coup en un fracas
    assourdissant, des hordes de chevaux qui déferlent au galop et se transforment
    en des milliers de petits lapins qui courent sur la plage.

     

    DSC_0037

    Des vagues
    puissantes, impressionnantes et sans pitié. Pas un seul jour de drapeau vert,
    deux jours de drapeau jaune et 15 jours de drapeau rouge. Ce sont des vagues de
    porcelaine dans un magasin d’éléphants de mer. On peut regarder jusqu’à plus
    soif mais pas toucher. Ou alors jusqu’aux genoux, pas plus.  Les maîtres-nageurs vivent sur les
    dents de la mer les jours rouges.

    Surtout les
    jours qui ont suivi ce soir où la mer a bien voulu rendre – avec leur aide – le
    corps inanimé d’une touriste imprudente et passée entre les mailles de leur
    vigilance.  On ne saura jamais ce
    qu’il est advenu de cette dame, emmenée par le Samu accouru sur la plage, mais
    j’ai pensé à elle tous les jours qui ont suivi en contemplant cette mer
    possessive et attirante. 

    2009-07-31-0065

  • Lisbonne

    Ville de couleurs, d'ombre et de lumière, azulejos, bondinho, pasteis de nata, bacalhau sous 365 formes, saveurs incomparables, ville sur un fleuve et sur la mer, ville des grands explorateurs, saudade, fado, mélancolie….


  • Comment gâcher une journée de vacances ?

    Commencez
    si possible dès le petit déjeuner. Prenez le premier prétexte venu pour vous
    énerver. Par exemple, contestez une remarque anodine de votre mari sur le code
    de la route. Discutaillez sur l’importance de l’infraction entre rouler en
    permanence sur la bande du milieu ou dépasser par la droite. Piquez une colère
    parce que vous ne supportez soudain plus les “Mais je te dis que…” exaspérés du
    mari. C’est un
    bon début, le mari boude et lit sur son lit. Descendez zapper sur les 3-4
    chaînes portugaises et hésitez en permanence entre la messe du dimanche
    retransmise depuis une église à deux pas d’ici et la finale de beach volley
    Portugal-Brésil également à deux pas d’ici.

    2009-07-28-0002

    Si vous
    êtes le mari boudeur, faites bouillir les marmonnements sous couvert de
    lecture; prenez ombrage de l’éternité passée par vos deux filles dans la salle
    de bains et décidez que le petit maraîcher du coin ferme à midi puisque c’est
    dimanche. Et puisqu’elles ont mis les parents en retard, décrétez qu’elles
    iront elles-mêmes approvisionner la famille en fruits et légumes et surtout
    surtout en pain. Parce que rien n’est plus en rogne qu’un homme sans pain.
    Lorsque vos filles se décident enfin à descendre sur la place du village,
    décrétez qu’elles sont incapables de choisir des fruits et des légumes
    correctement. Allez-y vous-même. Mettez ainsi dans l’embarras votre fille aînée
    qui comptait utiliser cette pseudo-obligation pour acheter des cigarettes après
    deux jours de sevrage (ce qui ajoute à l’ambiance générale !).

    Déjeunez
    rapidement et sans enthousiasme. Evitez surtout d’échanger quelques mots
    agréables.

    Décidez-vous
    enfin à une petite activité touristique d’après-midi. Perdez-vous un peu en
    cours de route. Même madame GPS fait tout pour pourrir l’ambiance. Arrivés à la
    billeterie d’un château à visiter, décrétez que la culture devrait être
    gratuite pour tous et que vous n’allez pas payer pour cela. Mais que ceux qui
    veulent y aller peuvent y aller.

    Si vous
    faites partie de ceux qui veulent y aller, dites-le mais sacrifiez-vous, ça
    fait partie du scenario, sinon vous ne pourrez pas râler.

    Revenus au
    village plus bas, qui se visite gratuit lui, faites une légère remarque
    désagréable pour que le mari parte du côté opposé. Suivez-le après quelques
    instants, dépassez-le et ne vous arrêtez pas quand il vous demande ce qui ne va
    pas.  Le plaisir ne serait plus le
    même. Avancez d’un bon pas, puis errez un peu.  Au bout d’un moment, optez pour un retour vers la voiture si
    vous constatez que personne ne vous a suivie.

    DSC_0080

    Retrouvez
    vos enfants à un carrefour qui ont maintenant perdu leur père. Continuez ce jeu
    de l’oie jusqu’au retour à la case départ. 

    Inversez
    les rôles. Prenez la chambre et le lit en ôtage et un bon bouquin. Il prendra
    la télé et la zappette. Laissez les enfants préparer le dîner. Passez à table.
    Mangez sans appétit. Ne vous laissez pas attendrir par les enfants
    médiateurs, casques bleus
    exemplaires. Quittez la table et retirez-vous dans vos boudoirs respectifs. 

    2009-07-14-0020

    Si vous
    êtes décidée à mettre un terme à ce jeu-là, prenez la porte et tentez de
    trouver le chemin de la plage. Il y a gros à parier qu’après dix minutes, il
    prendra la voiture et vous cherchera …. sur le chemin de la plage. Il est trop
    tard pour le coucher du soleil mais le ciel est encore légèrement rose. Le
    sable est froid sous les pieds. Le vent est tombé. Dans ses bras, il fait bon.

    2009-07-24-0108

     

     

     

     

     

  • Faits d’eau

    • La mer à St Jean de Luz en passant 

    2009-07-10-0035

    • La mer à Biarritz en passant et en s'arrêtant émerveillés

      2009-07-10-0070
      

    • L’Atlantique à Lisbonne, un océan dont on ne se lassera pas pendant trois semaines

     2009-07-14-0103   

    • Une inondation au deuxième matin, au rez-de-chaussée de la petite maison que l’on a louée. Le voisin a fait fonctionné son arrosage automatique toute la nuit, en arrosant mécaniquement la fenêtre de notre chambre toutes les 30 secondes.Paf paf paf sur la vitre. J’ai dormi la tête en sandwich entre deux oreillers pour essayer de ne pas entendre. Toute la nuit, la terre de leur miniscule jardin a absorbé l’eau. Toute la nuit, l’eau s’est infiltrée dans les murs de la pièce de vie de la maison en contrebas. Toute la nuit, le mur a rejeté cette eau excédentaire. Au matin, nous sommes descendus pour trouver une pièce inondée, trois tapis trempés; et courageusement, on s’est mis à éponger, un vrai plaisir de vacances.

    6a00d8341c4c1053ef0120a532b478970c

  • Les passagers du Barcelone-Lisbonne

    Vueling320

    Nous sommes
    arrivés à quatre à Lisbonne le
    samedi et Anaïs devait nous rejoindre le dimanche. Elle quittait ses amis à
    Barcelone et prenait un vol Barcelone-Lisbonne le soir. Nous sommes allés tous
    les deux l’attendre à l’aéroport. Le panneau d’affichage des arrivées affichait
    les heures des vols prévus,
    atterris, arrivés, retardés voire annulés. Le vol en provenance de Barcelone était
    affiché mais sans rien d’annoncé dans la colonne de droite. Ni prévu (ah bon
    ?), ni atterri ni arrivé (normal), ni retardé, ni annulé (c’est déjà ça) Un quart d’heure passe, deux quarts
    d’heure passent. Toujours rien. Je suppose que nous y avons pensé tous les deux
    mais nous n’avons rien dit. Quelque part, dans un entrefilet de journal, nous
    avions lu que pour ceux qui
    attendaient le vol  Paris-Rio,
    c’était pareil, rien d’affiché. Puis, je l’ai dit en plaisantant, un peu pour
    conjurer le sort. Et j’ai vu que l’Homme n’avait rien dit jusque là mais y
    pensait aussi. Mais lui ne plaisante pas avec ces choses-là, même pour conjurer
    le sort.

    On a encore
    attendu. Un troisième quart d’heure en silence. Puis on s’est décidé à partir à
    la recherche d’un bureau de la compagnie Vueling dans le hall des départs. Pas
    de bureau. Mais malencontreusement, mon regard est tombé sur le tableau des
    affichages des départs. Et le vol Vueling Lisbonne-Barcelone (celui que fait
    l’avion que nous attendons après une brève mise en ordre) est annoncé mais sans
    la moindre indication de l’heure, rien). Et là, tout d’un coup, l’adrénaline
    est montée. Je me suis mise au diapason de l’Homme.

    Pas
    longtemps. Comme s’il sentait ma panique monter, le tableau d’afffichage a
    enfin annoncé une heure prévue.  Le
    temps de redescendre pour voir que notre fille arrivait bientôt, avec du
    retard, mais elle arrivait…..

    Ne rien
    savoir est vraiment la pire des angoisses. Et j’ai eu une pensée pour tous ces
    gens qui ont attendu des heures durant puis des jours durant sans savoir….

     

     

     

  • Blog en pause

    M-Lisbonne_3___Bairro_Alto

    Pour quelques semaines. A moins de wifi inattendu, ce blog va se reposer et se taire un peu. Jour J – 4. Demain les valises, jeudi premiers tours de roues, vendredi et samedi repos à quelques kilomètres de la frontière espagnole. Samedi arrivée à Lisbonne. Dimanche, Anaïs, qui a pris un peu d'avance, nous rejoint.

    Et puis 3 semaines de farniente, fa dodo, bacalhau, pasteis de nata, et autre vinho verde. Até logo !

  • Je grandis puisque je parviens à fermer la porte

    Img2008-07-23_0010

    Depuis toujours je souffre du syndrome de la porte fermée. Au propre, certainement; au figuré, surtout. Je ne supporte pas de fermer la porte, de tourner la page. 

    Quitter les lieux représente pour moi une souffrance exagérée, un deuil de ce qui ne sera plus jamais. 

    J'ai eu la chance de faire toute ma scolarité au même endroit. Je n'ai connu le désarroi des premiers adieux qu'à 18 ans où j'ai pleuré à chaudes larmes l'adieu à l'école. Plus encore peut-être que les étudiantes, les professeurs ou les religieuses qui m'avaient accompagnée pendant douze ans, j'ai pleuré les murs de MON école. 

    Par chance aussi, mes parents n'ont déménagé que deux fois, me laissant peu de cicatrices à 5 et 10 ans. Quand je me suis mariée (parce que je n'ai quitté le nid qu'à ce moment-là), c'est surtout le nid familial que j'ai eu le regret de quitter mais j'allais vers un avenir qui me semblait bien rose pour être vraiment triste.

    Par contre, quitter les lieux de vacances m'a toujours été pénible. Surtout ceux où je sais que je ne reviendrai pas, même si on se rassure toujours en partant en promettant de revenir l'année prochaine. Je fais toujours un dernier tour, seule, de toutes ces pièces que nous avons investi pendant 2 ou 3 semaines et qui sont, au moment du départ, vides de nous. J'ai toujours ces grosses boules de nostalgie dans la gorge, de laisser ces petits bouts de nous, de moi, là.

    Quand nous avons quitté Bruxelles pour Turin, j'ai voulu continuer à payer le loyer de l'appartement pendant deux ou trois ans pour être sûre de pouvoir y revenir. 

    Quand nous avons quitté Turin, j'ai sangloté des heures durant, et cela reste sans doute le plus gros chagrin de ma vie à ce jour. Je ne sais pas vivre les séparations, je ne sais pas fermer les portes.

    J'ai vécu les mêmes déchirements presqu'à chaque fois que j'ai quitté un bureau.

    Dans une moindre mesure, j'ai toujours un pincement au coeur, chaque fois que je me défais d'un objet, un vêtement qui ne me va plus, qui ne nous convient plus. Ils représentent une partie de moi dont je me sépare. Ne parlons pas des voitures qui sont des extensions de la maison souvent.

    Et puis soudain, le week-end dernier, j'ai laissé partir un divan-lit qui nous accompagne depuis Turin, qui avait migré chez les filles et qui avait clairement trop vécu. Je l'ai laissé s'en aller sans un regard, sans lui dire au revoir.

    Je grandis, je vous dis. 
  • En juin, les nuits sont les plus courtes

    Thermo_pinup

    En juin, l'année scolaire prend une tournure de marathon. Puis soudain de vide décompressé.

    En juin, il reste mille et une choses à faire avant de partir en vacances. Au boulot, où tout le monde veut clôturer ses dossiers, ce qui implique neuf fois sur dix une participation des autres, ces autres dont on fait malheureusement aussi partie. A la maison, où on veut laisser une maison pas trop capharnaïque avant le passage de Belle-Maman préposée à nourrir les plantes et Miel le jardinier à quatre pattes.

    En juin, il faut penser à tout ce qui nous accompagne en vacances, des livres à la pharmacie, des valises au plan de route.

    En juin, il faut penser à rhabiller le fils en période de soldes. Les filles s'en occupent bien assez elles-mêmes.

    En juin, on se réjouit de la presque réussite de Maïté et on dresse le bilan avec Anaïs. Encore que, on reparlera de tout cela à tête reposée en vacances parce que pour le moment, les filles travaillent comme des machines au festival Couleur Café et ne savent même plus ce que penser veut dire.

    En juin, on s'étourdit de concerts de festivals, de Cesaria Evora à Benabar, de Ayo à Arno, en passant par Alpha Blondy, les Saules Pleureurs, Khaled et Emir Kusturica, le tout à Couleur Café ces trois derniers jours. On est sur les rotules mais heureux. Et mardi, point d'orgue avec Dalaras.

    En juin, on n'en peut plus de dormir si peu et les vacances semblent reculer plutôt que de se rapprocher.

    En juin, les nuits sont les plus courtes.

  • Bazar magyar

    Bazar magyar

    Petit livre. Premier livre d'un auteur inconnu. J'ai adoré. 

    Klara est née en France de parents hongrois qui ont fui la Hongrie devant les chars de l'armée russe écrasant l'insurrection à Budapest en 1956. Elle ne connaît rien de la Hongrie. Ses parents n'ont plus jamais parlé leur langue maternelle. Seule concession à ce silence de mots, à ce rejet de leur patrie, la cuisine dans laquelle sa mère remplace les mots par les mets. C'est sur la table que Klara va se retrouver une histoire. Une histoire familiale sur le bout de la langue. 

    Les chapîtres se succèdent au gré de recettes telles que les beignets d'abricots, le biscuit roulé, le chou farci, le goulasch, les galuska, les crèpes aux noix. C'est par la cuisine que Klara se réinvente son pays d'origine. Pour le reste, elle va humer et imaginer. Apprendre le hongrois en cachette de ses parents. Devenir journaliste. Passer le rideau de fer et aller à la rencontre de ceux qui sont restés là-bas, sur les rives du Danube. 

    Entre plaisir des papilles et plaisir des mots, ce livre est sensuel et gourmand. 
    A moi qui aime autant les mots d'ailleurs que les mets, qui savoure les mariages et les associations des uns comme des autres, il ne pouvait que plaire, il avait tout pour me séduire. 

    Et puis, ce livre dit toute la difficulté d'être soi quand on vient d'ailleurs. Et c'est un sujet qui m'est cher mais dont je parlerai plus tard.

    Ce livre, je vais l'offrir à Hanka dont les parents ont entretenu la langue autant que la cuisine polonaise et qui ont par là offert un cadeau inestimable à leurs enfants.

    Ce livre, je vais l'offrir à Cat à qui son papa n'a pas transmis sa langue maternelle et qui cherche aujourd'hui sa branche polonaise.

    Ce livre, je vais l'offrir à Alix dont la maman est Hongroise et dont ses propres enfants sont Grecs et n'en parlent pas un traitre mot. 

    2111921