Auteur/autrice : Myosotis

  • La fille de son père

    Une imagination débordante, un humour subtil, un amour immodéré pour les planches. 

    Lui, en 1925, dans la ruée vers l'or.

     

    Elle, en 2011. Elle a fêté ses 60 ans hier et nous sommes restés ébahis devant tant de jeunesse.

     

     

    Les Chaplin, père et fille, qui pourrait croire qu'il y a 86 ans d'intervalle entre ces deux enchantements poétiques ? 

    Un spectacle splendide.

  • DS quoi ?

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    On a beau habiter le centre ville de la capitale de l'Europe, il y a moyen de ne pas savoir ce qui passe dans le monde. Alors que la planète entière a prononcé un nombre incommensurable de fois les 3 consonnes D, S et K, il semble que j'ai mis au monde la seule adulte saine d'esprit qui ne sache pas de quoi on parle ? DS quoi ? C'est un nouveau parti ? Une nouvelle console de jeu ?

    A sa décharge, elle était en plein examens et bien plus préoccupée de Freud et de philosophie de l'art que de ce qui passionne les foules ces derniers jours.

    Mais tout de même, cette enfant me fascinera toujours …. 

  • Bonne fête Maman ??

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    Est-ce que quelqu'un(e) pourrait m'expliquer comment on inculque à ses enfants certaines traditions, à mes yeux incontournables ? Par l'exemple ? La persuasion ? La répression ? L'indignation ? La gratitude ?

    Si vous avez une idée, je suis preneuse. Moi, je n'ai pas trouvé la formule. 

    Depuis que j'ai l'âge du bricolage scolaire, j'ai toujours fêté la fête des mères. Je dois sans doute être formatée comme ça, je n'imagine pas qu'il en soit autrement et cela me fait sans doute autant plaisir que la fêtée.

    Pourtant, même si la maman de l'homme est assez intransigeante à cet égard – il serait impensable d'oublier ce jour -, la mienne ne se formaliserait pas si – par soudaine attaque d'Alzheimer – je devais oublier ce deuxième dimanche de mai, même si elle a une mémoire des dates plus sûre qu'un calendrier perpétuel. 

    Je résume: mes enfants ont donc eu l'exemple "parfait" sous les yeux. Ils ont été dans des écoles normales où les enseignants les ont aidés à confectionner des colliers de pâtes, des porte-clés, des porte-crayons, des sous-plats, accompagnés de poèmes délicieux. Ils ont des rappels discrets, voire moins discrets, peu de temps avant le jour J. J'ai feint l'indignation quand ils m'ont oubliée, j'ai débordé de gratitude quand ils y ont pensé.

    Alors pourquoi n'y accordent-ils pas la moindre importance ? Anaïs est la seule qui semble être correctement formatée. Cette année, elle s'y est prise à l'avance et s'est trompée de dimanche. Pas de cadeau, bien mieux, un petit mot sur mon petit déjeuner. Je ne demande rien de plus.

    Mais tout de même un peu plus que le: "Oh p….. , c'est la fête des mères !" des deux autres, au moment de servir le café après le déjeuner lorsque l'Homme me demande si je suis prête pour partir chez nos mamans respectives. 

    Peut-être qu'après tout, ils sont sensibles au fait que je ne me formalise pas vraiment. Mais, tout de même, je sais que ma maman ne se formaliserait pas et pourtant….. Grmblgrmblgrmlblgrmbl……

  • Un peu, beaucoup, passionnément….

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    J'ai une relation particulière aux fleurs. Je n'aime pas tant les bouquets que les fleurs solitaires. Non pas une fleur unique à poser dans un solitaire mais les fleurs uniques dans leur variété. Je les préfère dans un jardin ou dans la nature mais comme je n'ai ni jardin ni nature autour de moi, j'aime celles que l'on m'offre – rarement – également.

    Chacune d'elle entretient avec moi une histoire, voire plusieurs histoires particulières. Chacune d'elle m'évoque une branche de ma vie, un pétale de mon coeur.

    Le coquelicot: ma préférée. Fragile, éphémère, délicate, associée à jamais aux champs de blés. Il le savait, il s'est arrêté plusieurs fois entre la mer et Bruxelles pour me ramener à la vitesse du vent, avant qu'il ne se fane, un coquelicot cueilli au bord de la route. Je n'en profitais pas parce que je les séchais immédiatement entre deux dictionnaires pour être sûre de ne pas perdre ce précieux témoignage de son amour, comme si je pouvais protéger de la même manière la permanence de cette idylle naissante. Et j'ai toujours dans un tiroir un de ces petits coquelicots, mon âme….

    L'hortensia: Je connais plein de gens qui trouvent l'hortensia ringard. Moi pas. Il est d'abord associé à ma grand-mère que je n'ai pas connue. Mon grand-père me disait qu'elle en coupait toujours quelques uns dans le jardin qu'elle mettait dans un vase sur l'appui de fenêtre pour honorer la Sainte Vierge le jour de la procession du 15 août qui passait devant sa maison. Puis ce fut – et ce l'est probablement encore – une des fleurs préférées de ma Joséphine qui est tout sauf ringarde et qui du même coup a rendu à l'hortensia ses lettres de noblesse. Si Joséphine les aime, c'est que forcément c'est une fleur on ne peut plus élégante. Enfin, c'est LA fleur de notre jardin en Italie. Tout le long de l'escalier qui menait à l'entrée de la maison, des parterres d'hortensia m'accueillaient tous les soirs de mai à septembre. Une vraie bénédiction. C'est leur image qui sera ma dernière vision de la maison quand nous sommes partis en marche arrière. Pour notre anniversaire de mariage, l'Homme – qui déteste les hortensias – m'a fait le plaisir de m'en offrir deux gros pots. 

    Le lys: L'autre fleur préférée de Joséphine. Offrez-lui des lys blancs pour voir ses grands yeux pétiller. Ce sont aussi les fleurs que Mamy L. offre régulièrement au souvenir de Papy L.

    La pensée: La petite veloutée à mettre sous presse par excellence. Tante Danielle en avait des parterres sublimes. Cette discrète est un modèle de perfection de dessin, de couleurs et de douceur.

    La pivoine: Souvent je l'appelle la bonne grosse pivoine. Elle a un côté joufflu, "fluffy" qui me réjouit. Et ses couleurs me regonflent le coeur.

    L'orchidée: Cette fleur que je n'aimais foncièrement pas et qui s'est imposée à moi par amour. C'est la toute première fleur qu'Il m'a offerte, une seule fleur d'orchidée coupée très court, d'une couleur douteuse, piquée dans un petit vase en plastique très moche. Mais je suis restée éveillée une partie de la nuit à la regarder. Nous entretenons des relations distantes, je la trouve foncièrement belle, surtout les blanches et pourtant hautaine et prétentieuse. Mais c'est la fleur de mon premier et unique amour. 

    La glycine: C'est le premier et le seul arbre que nous nous sommes jamais achetés. Elle nous a charmés sur la terrasse à Turin et nous n'avons pas eu le courage de l'abandonner là-bas. Nous l'avons ramenée à La Glanerie où elle s'est acclimatée à des cieux plus frais et s'épanouit tout en parfums. Mais il faut malheureusement jongler avec les calendriers et les caprices des saisons pour en profiter le temps si court d'un weekend.

    La gueule de loup: Une drôle de petite fleur qui m'a toujours fascinée dans le jardin de Tante Danielle. J'ai joué pendant des heures à mener patiemment mais cruellement des insectes dans la …. gueule du loup.

    La jonquille: La fleur de Pâques. Il n'y en avait que deux-trois dans le fond du jardin à La Glanerie et n'en étaient que plus précieuses. Jusqu'au jour où j'ai passé un séjour linguistique chez Mrs Wright qui cultivait des parterres entiers de "daffodils".

    La lavande: La reine de la Provence, la discrète mais entêtante lavande au parfum totalement inimitable. 

     Et puis, last but not least, à ne pas oublier,… le myosotis. 

  • Royal wedding dong

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    Le myosotis est une fleur bleue. Et je ne faillis pas à ma réputation. Fleur bleue, je suis, fleur bleue je reste. Et les mariages princiers, je peux les regarder en boucle. Shame on me mais j'assume, shame beaucoup ça.

    Jeudi soir, j'ai eu une délégation de petites minettes qui sont venues timidement me demander si on pouvait passer le mariage sur le grand écran à la réception pendant les heures de travail. Vu que l'année dernière, les hommes avaient eu droit au grand écran pendant les heures de travail pour regarder la coupe d'Europe de football quand leur pays jouait, je me suis empressée de respecter les grands pricipes de non discrimination. 

    Et je ne me suis pas privée, entre deux e-mails, de regarder dans un coin de mon écran, la retransmission du mariage du siècle. 

    Je vous partage mes impressions de la journée en vrac:

    – Très jolie mariée mais elle doit arrêter de se mordre les joues quand elle stresse. Par contre, quel sourire. A fossettes. 

    – C'est quoi cette histoire d'une alliance sur deux ? Pourquoi il est dispensé William ? Tell me.

    – Mamy Queen tient encore bien la route mais la palme revient tout de même à Papy consort. 90 balais et droit comme un i.

    – Camilla avait des Jimmy Choo's. Woaw !

    – La soeur de la mariée avait une robe presque plus jolie que celle de ma mariée. Troooop belle !

    – J'adore cette petite fille qui se bouche les oreilles sur le balcon de Buckingham. Trop de bruit !

    – J'adore cette grande fille qui laisse échapper un Woaw ! quand elle découvre la foule massée sous le balcon et venue l'applaudir.

     - Et pssst, cette jolie princesse, elle est née le 9 janvier, c'est normal qu'elle soit top 🙂

     

  • Nice br’egg

     

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    Cinq jours de pause on ne peut plus bienvenus. Du jeudi saint au lundi de Pâques, cinq jours si doux. Allez, soyons honnêtes, quatre jours doux et un jour – le dernier – nettement moins. 

    Jeudi: J'adore être en congé en même temps que tous mes collègues – en d'autres termes, ils ne remplissent pas votre boîte mail en votre absence – alors que le reste de la ville travaille. Comme un samedi en semaine. Si en plus, le soleil est de la partie. On a fait le marché et nourri les fauves. Ensuite, l'Homme a emmené Anaïs choisir un bonsaï pour l'anniversaire de son Simon pendant qu'ils me "lâchaient" dans un magasin pour acheter des chaussures. Je suis ressortie avec des chaussures, une robe, trois pantalons, deux tops et le cadeau pour l'anniversaire de Maman. Ils m'ont lâchée, je me suis lâchée. J'aurais bien acheté tout le magasin. 

    Vendredi: Départ dans l'après-midi pour La Glanerie avec Quentin. Les filles nous rejoindront le lendemain. Les parents étaient déjà là, le jardin resplendissait, papa aussi bronzé qu'après deux mois de vacances – le jardinage, même à l'ombre, ça burine – et maman entre blanc farine et rose rhubarbe. Sis'Cile, monsieur F. et Clarinette nous ont rejoints une heure plus tard. Il ne manquait, à notre grand regret, que Swiss'Sis retenue pour vacances grecques. Dîner au jardin. Effluves de parfum de glycine, roucoulements de ramiers et soleil couchant. Ce soir, c'est moi qui raconte l'histoire à Clara et rien n'est plus doux qu'un petit corps chaud abandonné sur les genoux et le parfum des cheveux d'enfant sur le visage.

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    Samedi: Rituel du lever de la Reine-mère, assises en tailleur sur son lit, papote du jour, café servi par le Roi-père, devenu Roger the Butler le temps du petit déjeuner. Toilette tirée en longueur, rien ne presse. Journée qui s'étire entre cuisine et jardin, entre pommes de terre épluchées au soleil et mauvaises herbes patiemment arrachées, entre préparatifs du lendemain et jeux de cache-cache ou de "j'ai perdu mon mouchoir-e tout au bord du trottoir-e" au grand plaisir de Clara, entre lessive et chaises longues, entre arrivée des filles et anniversaire de Mamy. Que du doux.

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    Dimanche: Sis'Cile a remplacé Swiss'Sis dans son rôle annuel de co-cloche et l'Homme l'a trouvée parfaitement à la hauteur. Sa seule erreur de débutante c'est d'avoir oublié – à 7h30 du matin – de mettre ses lentilles et de ne plus se rappeler où elle avait caché les oeufs deux heures plus tard, faute de visualiser correctement ses cachettes. Chasse aux oeufs sous un soleil déjà très présent et une Clara concentrée sur un balayage systématique du paysage. Après une heure de chasse, branle-bas de combat pour préparer le grand barbecue et l'arrivée des guest stars du jour, la soeur de maman et son mari et…. super top guest star, LE Simon d'Anaïs. La pluie nous a obligés à activer le plan B pour le repas mais la tarte à la rhubarbe et les fraises à la crème ont repris le chemin du jardin et le soleil ne nous a plus quittés de l'après-midi. Chaises longues, cache-cache et autres jeux et le temps s'est étiré tout doucement. Retour à regret en fin de soirée vers la ville mais les examens de Quentin mardi ne souffrent plus de retard.

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    Lundi: Studieux pour les uns, maussade pour les autres. Dispute échafaudée sur des malentendus nés de mots véritablement "mal entendus". Quand "ça va tes photos ?" (L'homme se plaignait de la mauvaise qualité de ses dernières photos et s'inquiétait de ce que donnerait la nouvelle fournée pascale) devient "ça te va les faucons ?" (J'avais proposé en début de journée d'aller voir les bébés faucons nés la semaine dernière à la cathédrale et l'Homme a cru que je proposais d'y aller à ce moment-là), cela donne un quiproquo épique, un homme qui s'habille pour sortir, une femme qui se demande où il va mais ne le demande pas et un homme qui ne comprend pas pourquoi sa femme continue d'aller et venir dans la maison sans se préparer pour sortir. Il nous en faut moins que ça pour bouder des heures. Ou comment mal terminer un weekend idyllique.

     

     

  • Emotion pure

    Je savais que ce serait bien. Je ne savais pas que ce serait au-delà des mots.

    Pourtant tout avait mal commencé. Malgré nos réservations sur Internet, il a fallu faire la file pendant 45 minutes pour retirer nos places. Heureusement, nous sommes arrivés un peu à l'avance, heureusement le concert a commencé avec une demi-heure de retard, vu l'organisation déplorable.

    Mais une fois installés, la magie a opéré immédiatement. Il a 60 ans et il en fait 40. Son sourire désarme toutes les kalashnikovs. Sa musique est inclassable. Elle mêle les accents balkaniques, les cymbales et trombones de fanfare, les chants grégoriens, les rythmes andalous et les tremolos orientaux. Il fait exploser la musique des Roms, la culture tsigane.

    Goran Bregovic est né le 22 mars 1950 à Sarajevo, d’une mère serbe et d’un père croate. Conçu dans un tel creuset familial, on ne peut que comprendre, sa prédisposition pour la mixité culturelle. Il devait être prof de philo, il choisit la chanson militante. 

    Il se lie d'amitié avec Emir Kusturica et écrit pour lui la musique du Temps des Gitans. 

    Son orchestre s'appelle l'orchestre des mariages et des enterrements et regroupe jusqu'à cinquante musiciens. 

    Cet ancien réfugié de guerre se bat avant tout pour l’idée de tolérance entre les peuples. Il peut, pour le besoin d'un spectacle réunir des chanteuses appartenant à différentes religions, qu’il fait accompagner par le chœur orthodoxe de Moscou, un ensemble de cordes marocain sans oublier son fameux orchestre. 

    Ce vendredi, dans le cadre de Balkan Traffik, il nous a offert une version théâtrale et musicale de "sa" Reine Margot, absolument sublime. 

    Nous avons vécu le weekend, imprégnés de sa musique et de sa pensée. 

     

  • Loirs en bord de Loire

     
    Un petit weekend en bord de Loire chez Véro et Olivier. Rien que du bonheur.
    Elle, c'est une de mes sorcières bien aimées.
    La plus piquante, dont le nez se retrousse comme celui de Samantha à chaque plaisanterie bien sentie ou à chaque "gossip" croustillant.
    La plus altière et la plus classe qui porte des colliers lourds comme la Toison d'Or avec une légèreté de gazelle.
    La plus zen que rien ne stresse, rien ne presse. Auprès d'elle, j'ai lâché prise. On s'est promenés pendant 2 heures et demie et tant pis si les enfants ont dû nous attendre jusqu'à près de 15 heures pour déjeûner. Moi qui stresse sans commune mesure quand mes adulescents ne sont pas nourris avant 14 heures…..
    La plus engagée dans la sphère bio, alimentation durable et écolo. Elle est incollable sur les OGM, les parabens et les pesticides en tous genres.
    La plus fidèle de mes lectrices ici qui ne rate aucun épisode et qui, du coup, en sait plus que moi sur ma propre vie.
    La plus audacieuse dans ses projets de vie pour avoir suivi un mari encore plus fou dans une entreprise de chambre d'hôtes parfaitement gérée, dans un endroit sublime.
    La plus courageuse aussi pour avoir accepté de s'enfermer dans un endroit perdu malgré sa sublimité.
    La plus pétulante.
    La plus manipulatrice de toutes, qui nous mène par le bout du nez, nous demande notre avis pour le programme des activités, écoute religieusement et nous propose un programme totalement différent, de son choix sans avoir l'air d'y toucher. Et toutes, béates, nous suivons sans broncher.
    La plus mystérieuse à mes yeux: depuis le jour où nous nous sommes rencontrées pour la première fois, il y a presque 20 ans, nous cherchons d'où nous nous connaissions déjà. Au premier regard, on savait qu'on s'était déjà rencontrées mais on n'a jamais trouvé ni quand ni sous quels cieux. Peut-être en vraies sorcières encore inconscientes de l'être, nous nous sommes reconnues et souvenues de notre vie future.
    Nous avons passé avec elle et lui un moment figé dans la douceur de vivre, le plaisir d'être ensemble, l'envie d'arrêter le temps et de profiter de chaque seconde sans plus aucune contrainte. Un avant-goût du paradis.
  • Au fil d’avril

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    Un petit semainier ?

    Vendredi: Avril commence toujours sous le signe de la facétie et de la plaisanterie. Cette année, nous avons annoncé à nos 500 collègues qui se plaignaient régulièrement de la température trop élevée ou trop basse de leur environnement de travail que nous allions redistribuer l'espace des deux bâtiments dont nous disposons en fonction de leur origine géographique: tous les Méditerranéens dans le bâtiment fournaise et tous les Nordiques dans le bâtiment frigo. La plupart ont tout de suite flairé le relent de poisson mais certains ont mordu à l'hameçon et ont déploré plaintivement l'approche parce que "vraiment ils regretteraient de ne plus pouvoir travailler avec leur charmante collègue portugaise ou leur chef irlandais".

    Samedi: Soirée délicieuse au sens propre et figuré. Au sens propre parce que le lapin à la grecque de l'Homme était divin, que mon tartare de tomates et ma poire confite aux épices et glace vanille n'étaient pas mal non plus. Au sens figuré surtout parce que les convives étaient aussi exquis. Trois couples de 40, 50 et 60 ans que finalement rien ne sépare si ce ne sont les signes du temps et la situation familiale (petits enfants, grands adulescents et jeunes adultes hors nid). Cela donne des conversations et des échanges de vues tout aussi riches qu'agréables. Et on s'endort toujours ces soirs-là avec un sentiment de plénitude non dissimulée.

    Dimanche: Guy et Catherine nous ont invités à visionner les photos de leur séjour à Cuba auquel nous avons renoncé, à gros regret en ce qui me concerne. Et les photos mais surtout le compte-rendu de leur séjour riche de nombreux contacts avec les habitants ont attisé ce regret. Je ne parle plus l'espagnol et je n'aurais plus l'occasion de profiter de cette approche plus directe. Bien sûr, je peux toujours m'y remettre, bien sûr. Mais la vie file….

    Lundi: Nous revoilà dans une période de boulot intensif et je dois de nouveau renoncer à plein de choses; pas de table de conversation en grec ce midi, pas de cours de Pilates, pas de cours de barre à terre. A la place, une lasagne maison préparée par un collègue, engloutie sur un bout de bureau, les fesses engluées sur ma chaise.

    Mardi: Et suite logique, lors du rendez-vous chez la diétiéticienne, le verdict est tombé: un kilo de plus que le mois passé alors que son programme est sensé me faire perdre entre 2 et 4 kilos par mois. Je dois sans doute me planter quelque part. Elle passe en revue mon compte-rendu minutieux de mes entrées et identifie les coupables. A partir de maintenant, plus de pain (à part le toast du matin), plus de pâtes, plus de féculents pendant 2 mois. Un litre d'eau pure. 20 minutes de marche serrée par jour. Allez, on s'y remet.

    Mercredi: Séminaire d'une demi-journée pour l'équipe de direction auquel je suis invitée en special guest. Le thème du jour est la responsabilisation et la motivation de ses troupes. J'apprend donc que ma chef considère que si les choses fonctionnent avec moi, entre autres troupes, c'est parce qu'elle a décidé que cela devait marcher, il n'y a pas d'autre choix. De prime abord, son approche me choque parce que tout de même, je pensais qu'elle m'appréciait autrement que pour l'obligation que cela marche. Mais quelque part, elle a raison. Nous n'étions absolument pas faites pour nous accorder. Elle est abrupte, communique comme une guillotine et ses petites tapes amicales dans le dos relèvent plus de la bourrade d'un géant alors qu'elle est petite comme une souris. Moi je suis dans le maternel, la douceur, le réconfort parfois réel parfois hypocrite mais toujours bienveillant. Elle est dans l'efficace, le rendement, le pratique et le logique. Moi, je suis sur une autre planète, toujours en retard d'une guerre, je me perd, elle avance. Je pourrais allonger la liste de nos différences. Mais finalement, nous sommes complémentaires et parce que nous en sommes toutes les deux conscientes et l'acceptons, on fait toutes les deux en sorte que "cela marche".

    Jeudi: Euh, ce qui marche aussi, on dirait, c'est zéro féculent, 20 minutes de marche et un litre d'eau  = 500 g en moins. A suivre.

     

     

  • Mars

    Primavera

    Mars est un mois ambigu. C'est soi-disant le mois du printemps mais ses trois premières semaines sont des semaines d'hiver. 

    C'est un mois de contradictions. On voudrait réformer les gros pulls et les écharpes mais on n'est pas tout à fait prêtes à abandonner ces remparts de protection.

    C'est un mois vert. Les bourgeons se gonflent, les premières feuilles s'épanouissent, les arbres nus et gris hier ont à peine le temps de fleurir que déjà ils se parent d'une ramure émeraude.

    C'est un mois jaune et blanc. Le mois des perce-neiges, des narcisses et des jonquilles.

    C'est l'ouverture de la saison des amours, des agneaux, des poussins et des petits lapins. 

    C'est un mois de transition, de passage. De l'heure d'hiver à l'heure d'été, des frimas à la douceur, de l'engourdissement à la renaissance, de l'hibernation au réveil.

    C'est un mois de promesses.