Myosottises

  • Et avril s’enfuit

    A3f96cc9-8f0c-4ad9-b406-729b8405a669

     

    Je n'ai pas vu le temps passer. Depuis mon dernier billet, j'ai subi une intervention chirurgicale. Sans gravité au final mais je suis toujours stressée dans les moments qui précèdent. J'ai une gratitude infinie pour l'infirmière qui m'a pris la main quelques instants avant l'anesthésie. Elle a perçu mon angoisse que j'essayais de maîtriser, sans pour autant la nier. Mais on n'imagine pas à quel point un petit geste comme celui-là peut faire la différence. Tout s'est bien passé et j'attends maintenant les résultats de l'anapathologie. 

    Les travaux dans la cuisine se poursuivent tant bien que mal. L'Homme fait et défait et refait jusqu'à ce qu'il soit satisfait et ça prend du temps.

    Mon cousin a commencé une semaine de radiothérapie et je pense à lui tout le temps.

    On a fêté notre anniversaire de mariage dans un restaurant gastronomique. Des places se sont libérées et nous avons prévenu J et S. Ils habitent juste à côté et ils nous ont rejoints au pied levé. C'était inespéré et très sympa.

    Et puis, on a vécu un weekend pascal enchanteur. L'anniversaire de l'Homme d'abord qu'il a voulu fêter toute la journée. La chasse aux oeufs ensuite, entre deux averses. 

    Le soir-même, on est rentrés à la maison faire nos valises pour Venise. 

    Et voilà, on y est enfin. Depuis mardi soir. On recharge nos batteries en terrasse et bouquins avant de se mettre en route en mode expo, crapahutage et restos. Le bonheur.

     

  • Go, go, go !

    IMG_6324

     

    Lundi: Petite virée annuelle en Champagne pour ramener pour nous, pour nos enfants et un peu pour nos amis un nombre assez important de caisses de champagne. Chaque année, c'est le même rituel. On part tôt le matin, on arrive chez Thierry qui nous accueille en nous faisant déguster les dernières mises en bouteille, tout en restant au café en ce qui le concerne. Ensuite, il nous invite à déjeuner dans un petit bistrot sympa et on revient charger la voiture. Chaque année, l'ombre de Renaud, son frère, flotte entre nous. Renaud était mon collègue et il est décédé il y a bientôt 9 ans. C'était lui qui nous a fait connaître le champagne de son frère et depuis sa mort, je me suis fait un devoir puis un plaisir d'aller jusque chez lui, près de Reims, pour faire le plein. Il y a toujours un moment où on parle de lui en riant. Au début, c'était un peu douloureux pour Thierry, un peu gênant pour moi mais avec le temps, on a apprivoisé sa présence et on en parle avec beaucoup de tendresse. On a repris la route pour la Belgique et on a encore pris deux heures pour faire la livraison des caisses à chacun.

    Mardi: Je dors déjà. Ces derniers temps, je tousse beaucoup et vers 22h, je suis à la ramasse. Quentin m'appelle pour demander si on peut garder Maoh demain. Mais je n'entends pas. Il appelle son père qui, lui, ne dort pas. Par contre, sa voix me réveille. J'ouvre un oeil, puis deux, en jette un sur mon téléphone et je vois effectivement que mon fils m'a appelée, puis je les écarquille un peu plus quand je vois que Maman aussi a essayé de m'appeler. Il est 23h mais je la rappelle. Sans succès. J'essaye le fixe, le portable. Rien. Je suis pour le coup bien réveillée. Je panique un peu. J'appelle ma soeur qui n'a pas été appelée, elle. Maman me rappelle enfin et prétend mordicus ne pas m'avoir appelée. Bien sûr, elle a fait une fausse manoeuvre et ne s'en est pas rendu compte. Mais ces dix minutes de cache-cache ont fait grimper mon adrénaline et mon angoisse bien plus que je n'aurais imaginé. J'ai eu un peu plus de difficultés à me rendormir.

    Mercredi: C'est l'anniversaire de Paul aujourd'hui. Paul c'est le mari de ma marraine, décédée il y a bientôt deux ans. Quand il a appelé au secours en mars 2023 parce qu'elle était tellement mal et qu'il n'en pouvait plus, on n'a pas hésité une seconde à faire les 150 km de route pour les rejoindre et la convaincre de rentrer à l'hôpital.  Pendant sa longue agonie, on a vu Paul à peu près tous les deux jours. Et depuis l'enterrement, on ne l'a plus vu une seule fois. La vie est bizarre. D'accord, il habite loin mais quand même, du jour au lendemain, on ne s'est plus vu. J'aimerais l'inviter avec maman, son frère et sa belle-soeur, avant qu'il ne soit trop tard. Mais je procrastine, je procrastine.

    Jeudi: Guy nous appelle pour nous proposer de les accompagner en Afrique du Sud, de passer quelques jours avec eux à Johannesburg puis de continuer notre route dans ce vaste pays pendant qu'eux rejoignent le Botswana pour se consacrer uniquement à des safaris. L'Afrique du Sud, ils connaissent, ils l'ont déjà faite en long, en large et en travers. Ceci dit, nous sommes les bienvenus au Botswana mais c'est un autre budget et ils ne veulent pas nous imposer ça. Belle proposition, on doit mûrir tout ça.

    Vendredi: Dans notre capharnaüm qui n'en finit pas d'en finir, j'ai invité trois copines que je vois une fois par an. Trois veuves. L'Homme prend donc la poudre d'escampette pour ne pas jouer à cherchez l'intrus. C'est toujours un plaisir de les voir. Cette fois, on a comparé nos maux divers, pour la plupart, dos, genoux, épaules. Exactement comme avec mes sorcières sauf que ces bien-aimées sont franchement plus jeunes que moi alors que mes veuves sont un peu plus âgées que moi. Je finis par me demander si je ne suis pas tout simplement dans la moyenne et que je n'ai aucune raison de me plaindre. Mmmmmh…. Le soir, pièce de théâtre amateur jouée, entre autres, par le frère de maman et sa belle-soeur. Près de 170 ans à eux deux tout de même. La démarche un peu hésitante mais la mémoire du texte intacte. Chapeau. L'occasion aussi de revoir deux de mes cousins et deux de mes petits-cousins, ce qui n'arrive vraiment pas souvent. Envie d'organiser une cousinade. Mais je procrastine, je procrastine.

    Samedi: Concert de jazz avec maman, cadeau de Noël de Sis'Cile. Très chouette soirée, même si la fatigue commence à vraiment me peser. Et puis, on a décidé qu'on allait s'offrir le Botswana et les safaris un peu luxueux. Tant pis, c'est pas comme si on avait encore toute la vie devant nous. Au diable les varices !

    Dimanche: Journée à Gand, pour soutenir Simon qui court son premier semi-marathon et surtout aider Anaïs à occuper trois enfants pendant les quelques heures que prennent l'inscription, la préparation et la course elle-même. Vu que Simon est une gazelle (1h26, c'est vraiment top!), on n'a pas trop galéré pour les faire marcher puis patienter du point de départ où ils ont encouragé leur papa à grands cris jusqu'au point d'arrivée où ils l'ont accueilli avec un enthousiasme tout excité. Maoh et Quentin étaient aussi de la partie. 

    Et entre deux, on continue les travaux dans la cuisine…..

  • Printemps en vue

    Df2b2d6c-b71e-4376-88f6-b98cbf810cd4

     

    Lundi: Fin d'un weekend full of love avec mes sorcières bien-aimées. Paris sous un soleil frisquet. Expos, shopping, restos, cocooning dans l'appartement où nous avons passé trois jours exquis. Finies les conversations de midinettes, on compare nos maux de dos, de genoux, nos routines du matin et du soir. On fête la deuxième sexagénaire, c'est dire que le temps passe. Cela fait 30 ans qu'on s'aime et on s'en souhaite encore tout autant. Petit moment en communion avec la cinquième lors de la redécouverte de Notre Dame reliftée. Magnifique par ailleurs. Je rentre à la maison, le coeur gonflé, les lunettes perdues et les yeux pétillants de retrouver l'Homme qui m'a tout de même manqué.

    Mardi: Retour au yoga et à la salle. Un chouia en meilleure forme. L'Homme continue à poncer les plans de travail de la cuisine. Je sens qu'on n'est pas près de retrouver une cuisine opérationnelle. On mange des trucs froids sur un coin de table dans le salon. Ça va vite m'agacer. Petite virée chez l'opticien, il me faut de nouvelles lunettes. Le soir, théâtre: Le jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, complètement revisité et totalement décalé. On aime ou on n'aime pas. Nous on a aimé. Maman beaucoup moins.

    Mercredi: Lunch mensuel avec petite Anne. Le ciel est bleu bleu et la lumière nous inonde. Printemps en vue. Rendez-vous chez le kiné pour mon dos, qui s'occupe en fait de mes genoux. Je suppose que tout est lié. Mais pour la première fois, il me donne un peu d'espoir. 

    Jeudi: Mes lunettes sont déjà prêtes. Journée rangement dans le chaos momentané de la maison. Je prends mon mal en patience. 

    Vendredi: Une de ces journées que je chéris, une journée avec mes filles. Balade dans Bruxelles, shopping, lunch et tea time (pasteis de nata classique et café, un pur délice), le tout assorti de conversations sérieuses, moins sérieuses et de fous rires. Le soir, c'est à moi d'accompagner ma maman pour un concert. Mais cette fois, sans grand plaisir, musique moderne et dissonante à mes oreilles et cerise sur le gâteau, mon voisin dort tout le temps et flaire la chemise pas lavée depuis une semaine.

    Samedi: Remplir le frigo, on se demande pourquoi puisqu'on ne peut même pas cuisiner. Maïté passe avec les filles, on mange une focaccia sur un bout de table mais ça me fait plaisir de les voir. Reprendre le taureau par les cornes et attaquer une nouvelle couche d'huile de lin et de savon noir sur le sol. Le soir, s'affaler dans un fauteuil et finir le bouquin en cours.

    Dimanche: Au bout d'une nuit, le sol n'est toujours pas sec, il reste collant. L'Homme est un chouia découragé. Ne parlons pas de moi. En attendant il peint les portes de la terrasse. Moi j'entreprends de dépoussiérer et de trier tous les livres de notre chambre. Cela me prendra toute l'après-midi. 

    Allez, c'est pas tout ça, demain on part en Champagne faire le plein ;-).

  • Et j’ai pleuré, pleuré, pour qu’ils reviennent

    IMG_6151

    Voilà deux semaines intenses qui viennent de s’écouler. Deux semaines avec de cinq à six petits pioux de 2 à 7 ans pendant les vacances scolaires. Ah oui, bien sûr, c’est fatigant, bien sûr, il m’arrive de perdre patience de et de hausser le ton au point de m’érailler la voix, bien sûr, mes nuits sont plus trouées qu’une tranche d’Emmental, bien sûr le manque de sommeil m’achève à la fin du séjour mais je le dis haut et fort – au cas où mes enfants me lisent – : je donnerais volontiers un an de ma vie (à décompter si possible à partir de 95 ans disons) pour qu’on ne me retire pas ce privilège de les avoir tous ensemble pendant les vacances scolaires au lieu de les envoyer en stage. Le retour sur investissement pour la grand-mère est mille fois supérieur à celui d’une éventuelle sociabilisation des enfants en stage.

    Je ne peux pas dire – comme on le lit souvent – que j’aime encore plus mes pioux que mes propres enfants. Vraiment pas. J’aime mes enfants comme Picsou aime ses pépites, un peu sauvagement comme une louve, et ils me le rendent infiniment. Mais ces petits là me ramènent à ce monde fascinant de l’enfance et je profite de chaque minute.

    C’était la première fois aussi que Maoh s’éloignait de ses parents plus d’une nuit et ce fut une réussite. Il a adoré faire partie de la bande de cousins pendant tout ce temps. Sappho s’est collée à lui la nuit pour qu’il soit rassuré, pas une seule fois elle n’a rechigné parce qu’elle ne dormait pas au troisième étage des lits superposés, privilège lié au droit d’ainesse. Mais elle a souvent mené les jeux pendant la journée, quitte à décider pour tout le monde les rôles assignés, sans laisser d’espace à celui qui avait quelques velléités de choix.

    Jules a été super calme. Il nous a quittés quelques jours pour un weekend à Londres avec ses parents et n’a eu de cesse de ramener un cadeau pour chacun des cousins.

    Samuel a mangé comme un bébé ogre, ce qui n’était pas gagné. Il me fait rire comme personne.

    Lémoni s’est chopé la varicelle et s’est laissé prêter aux soins à la pâte d’argile avec une patience d’ange (facilitée par quelques extraits de dessins animés tout de même).

    Amalia est arrivée en deuxième semaine et je suis fière de comprendre tout son charabia, ce qui n’était pas gagné non plus. Elle oscille entre le NON des terrible twos et le charme des enfants qui connaissent bien leur pouvoir.

    Oona n’a pas encore fait partie du clan des sept mais elle est venue les weekends avec ses parents. Elle a démarré la marche et ça c’est aussi une merveille.

    La maison été remplie de leurs jeux, de leurs cris, de leurs rires, de leurs chansons, de leurs disputes, de leurs pleurs pendant deux semaines. Le dernier jour, l’Homme s’est subitement payé une belle gastro et s’est retrouvé cloué à l’oreiller. Tous les parents ont rembarqué leurs enfants sauf Sappho et Lémoni qui devaient rentrer avec nous. Je les ai donc ramenées en train et suis revenue illico au chevet du malade. Mais en arrivant, j’ai trouvé la maison propre et rangée (merci les enfants) mais surtout horriblement vide. Et j’ai pleuré comme une madeleine le manque d’eux. C’était un peu ridicule mais incontrôlable. En fait, le terme chicouf ne me correspond pas vraiment…..

  • La vie continue

    IMG_5953

    Lundi: On a bouclé le programme de la cérémonie d’adieu à Mamy, envoyé le tout, photos et musiques aux pompes funèbres et on est parti rejoindre les M. qui nous avaient invités au resto pour nos anniversaires respectifs à une heure de Bruxelles. On a dormi sur place, dans une chambre d’hôte, pour ne pas reprendre la route après le resto. C’était sympa mais on est reparti très vite le lendemain matin, l’organisateur de la cérémonie nous ayant demandé de remanier le diaporama de photos.

    Mercredi: L’adieu à Mamy était touchant. Les petits avaient préparé une jolie guirlande et ont été exemplaires pendant ce moment un peu hors du temps où la plupart d’entre eux ne comprenaient pas bien la notion d’adieu à leur arrière grand mère. La musique, les photos, les quelques mots de l’Homme et d’Anaïs m’ont fait pleurer. Mes rapports à ma belle-mère ont quelquefois été difficiles mais, fidèle à moi-même – ou à mon hypocrisie comme dirait ma belle-soeur -,  je n’en ai jamais rien laissé paraître mais je l’aimais beaucoup malgré tout. Et curieusement, la petite goutte qui m’a fait craquer pendant cette cérémonie c’est de penser que je ne caresserais plus ses mains toutes douces et vulnérables comme ce fut le cas pendant ces trois dernières semaines. Le chagrin prend sa source dans d’infimes détails. On s’est retrouvés, famille et quelques amis proches, à la maison pour un goûter salé-sucré. Quand Lémoni a vu toutes ces tartes, elle a demandé: « C’est l’anniversaire de qui ? »

    Jeudi: Nous avons attendu toute la journée la visite d’un électricien qui n’est jamais venu et on est resté tous les deux, assis dans un fauteuil, comme assommés par ces derniers jours. S’il n’y avait pas cet électricien au programme, on aurait tout aussi bien pu dormir toute la journée.

    Vendredi: L’Homme est parti couper du bois à la maison-jardin et moi je me suis fait cajoler par l’esthéticienne, je suis allée chercher un cadeau pour le premier anniversaire d’Oona et j’ai repassé.

    Samedi: J’ai accompagné maman à un concert de son abonnement. Je suis partie un peu avec des pieds de plomb. Le programme annonçait un concert d’electro- gospel acid trip. J’étais plutôt sceptique. J’ai été subjuguée. Ce type – Davone Hines – était juste incroyable. Exubérant, saisissant, une voix divine, un engagement politique très clair. Je ne m’attendais pas du tout à ça. A revoir absolument.

    Dimanche: Quentin et Kerya sont venus faire quelques essais dans mon four pour les gâteaux d’anniversaire d’Oona et Maïté et JD sont repassés après le cinéma. A la grande joie de Maoh qui regrettait que les cousins ne soient pas là. Il s’en sont donné à coeur joie pendant une petite heure. Puis ils sont tous partis et j’ai commencé ma préparation à la colonoscopie du lendemain. A ma plus grande joie. Mais ça c’est une autre semaine.

  • Adieu à la déesse

    IMG_0637

    En 1997, elle nous a rendus fous toute l'année. Elle avait 67 ans et comme sa maman était morte à 67 ans, il lui semblait absurdement logique de partir au même âge. On a entendu cette crainte pendant 4 saisons pour finalement l'entendre pousser un soupir de soulagement au crépuscule du 365ème jour. 

    Vingt ans après, en 2017, elle nous a fait mine de partir, dévastée par une bactérie qualifiée à juste titre de "difficile", elle a perdu 20 kilos et toutes ses forces et le médecin ne lui a pas donné 3 mois. Elle est alors rentrée chez elle et une équipe de soins palliatifs a été mise en place pour l'aider à vivre ces derniers mois.

    Mais c'était sans compter la volonté de fer et hors pair de celle que désormais tout le monde appelait la warrior, la guerrière et que Samsam a rebaptisée la Déesse parce que dans sa tête c'est le même concept.

    Elle a fait régresser la bactérie, l'a tenue à distance, a repris des forces et du poil de la bête. Elle a recommencé à se lever, d'abord du lit, puis du fauteuil, s'est à nouveau déplacée dans l'appartement, monté et descendu les escaliers une fois par semaine. Elle a perdu la vue progressivement mais s'est débrouillée pour voir le monde en rétréci puis à inventer ce qu'elle ne voyait plus. 

    Pendant sept ans, elle a attendu chaque jour Yves, Laurence, Gédéon, Patrick, Claire, Jean-Marie et tous les infirmiers dont elle connaissait les quelques petits détails de leur vie glanés pendant les soins et elle nous les racontait ensuite, au même titre que les infos ou la météo du jour. Pendant sept ans, elle a tenu bon grâce à eux et grâce à Marie-Chantal et elle a pu célébrer dans ses bras la naissance de sept arrière-petits-enfants. Pendant sept ans, elle a montré son indéfectible envie de vivre, jusqu'au dernier jour et a amplement mérité son titre de déesse guerrière. 

    Elle est partie vendredi, à son corps et à notre coeur défendant. 

    Au revoir très belle-maman.

  • En janvier, restons couchés

    451aeeba-b72d-496b-af19-0ce69ff7cfe8

    L'année avait pourtant bien commencé. Choucroute et concert du nouvel An. Les traditions ont la saveur du bonheur et des moments de retrouvailles. On a terminé par un gâteau au chocolat peu alléchant chez Mamy L avec les enfants, Lémoni et Maoh. Elle était bien.

    Et puis trois jours après, la situation s'est subitement dégradée. Grosse infection pulmonaire, intense faiblesse, mise sous assistance respiratoire. Mais elle a souhaité rester à la maison et refuse tout acharnement thérapeutique. Je comprends. Elle n'a aucune envie de revivre son parcours du combattant de 2017. Mais son état de faiblesse la prive de toute l'autonomie relative qu'elle avait entre ses quatre murs et il convient de ne pas trop la quitter. On a convenu de partager entre nous, sa fille, l'Homme et moi, la journée auprès d'elle. La nuit, nous avons trouvé quelqu'un qui la veille. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a les jours "sans" où le médecin prescrit les anxiolytiques et des comprimés morphiniques si nécessaire pour l'aider à respirer et où on pense qu'elle ne passera pas la nuit et les jours "avec" où elle dit avoir bien dormi, avale quelques cuillères en plus et parvient encore à nous épater. Un jour comme aujourd'hui où je lui dis "Mamy, ce matin, j'ai défait la moitié du sapin" et où elle me répond "les éléphants aiment manger le sapin". Je n'étais même au courant et interloquée, je vérifie. Et tout à fait, Mamy, il a même été conseillé à ceux qui se débarrassaient de leur sapin de l'apporter au zoo. Les branches de sapin sont des bonbons pour les éléphants.

    Bien entendu, l'Homme et moi, on se voit moins puisqu'on se relaie, ma belle soeur devant travailler ou télétravailler selon les jours. Mais on arrive à intercaler quelques moments pour nous, comme un resto pour mon anniversaire, un concert avec Mamy B. ou un goûter avec la tribu pour nous fêter JD et moi. 

    Petit contretemps, je me réjouissais d'accueillir Jules, SAmSam et Amalia ce weekend mais ils étaient malades, probablement grippés et la mort dans l'âme j'ai dû renoncer à les prendre, pour ne pas choper le moindre virus que j'aurais bien évidemment refilé comme une patate chaude à Mamy L. Résultat, les parents de Simon les ont accueillis tout le weekend et ont attrapé la patate chaude au vol :-(.

    Ah oui, et pour encore mieux gâcher janvier, j'ai fait une deuxième infiltration dans les lombaires, sans le moindre petit succès. 

    D'accord, j'ai eu la fève trois fois cette année. Mais j'aurais donné mes couronnes et mon royaume pour éviter ces tristes moments.

     

     

     

  • 2024

     

    IMG_5216

    Démarrer l'année en prenant un vol pour l'autre bout du monde, il y a pire. Cela faisait plus de 10 ans que nous n'avions plus pris un long courrier ni fait un long voyage. Et quel voyage ! J'avais déjà été séduite par la Nouvelle Zélande et le Pérou mais je m'y attendais. L'Inde, ce fut la surprise ! Jamais je n'aurais imaginé que ce pays me marquerait autant. Je n'ai qu'une envie, c'est d'y retourner.

    Le temps d'atterrir et de se poser, nous voilà éblouis par l'arrivée de la septième merveille du monde, la princesse Oona. Belle comme un coeur, elle vient compléter l'équipe qui grandit aussi, chacun à sa manière. Sappho perd sa première dent et Amalia fait ses premiers pas.

    Deux séjours au printemps et à la fin de l'été dans notre Sérénissime adorée dont un a bien failli tomber dans la lagune quand l'Homme m'a fait un choc anaphylactique (et même un choc tout court) le matin du départ. Réaction violente à la pénicilline qu'il avait pourtant l"habitude de prendre. Il aura fallu toutefois plus de 9 mois pour confirmer cette hypothèse. 

    Une semaine en Ombrie et deux-trois jours à Pantelleria où le meilleur du séjour aura été à chaque fois la rencontre avec d'autres amis des amis qui sont tous autant qu'ils sont de belles personnes avec qui on peut échanger vraiment.

    Trois semaines de pioux à géométrie variable à la campagne et deux semaines en Algarve, invités par Anaïs et Simon, avec tous les pioux. Rien que du bonheur. Et pendant notre séjour en Algarve, ce concert tellement improbable de ce bon vieux Tom Jones qui m'a ensorcelée comme à mes 15 ans. 

    Un séjour à Disneyland Paris, prévu pour 2025, mais quand on aime à ce point, on ne compte plus et au diable les varices !

    Un weekend en Ardennes avec toute la tribu pour fêter nos 40 ans de mariage. Un puzzle de mille petits morceaux de nous, un pestacle sur notre histoire et une video reprenant des petits et grands bouts de films HI8 de notre mariage et de notre vie de jeune parents. J'ai dit qu'après ce weekend, je pouvais mourir. Réflexion faite, je ne suis pas si pressée.

    Et terminer l'année sur un anniversaire incroyable, celui de la Fondation où j'ai travaillé pendant 5 ans à Turin. Retrouver tous les anciens avec une émotion non simulée pour la plupart d'entre nous et une joie tellement vraie.

    Tout cela a l'air – et est – idyllique. Mais bien sûr, il y a eu la vente de l'appartement qui nous a vu vivre nos dix premières années de vie commune à deux, puis à trois, quatre et cinq. J'en ai versé des torrents de larmes. Bien sûr, il y a eu l'abattage du noyer qui a vu naître mon papa, jouer mes soeurs et moi, nos enfants et nos petits enfants. Et ce n'est passé sans mal. Et bien sûr, il y a tous ces problèmes de santé qui me minent le moral, les problèmes mécaniques, de genoux, de hanche, de dos qui me font enrager et ces soucis de défense immunitaire très déficiente qui me rendent très suspicieuse au moindre éternuement et à la moindre toux d'autrui. Mais il y a pire et je pense que je peux m'estimer heureuse qu'après tout "ce n'est que çà".

    Au final, une année merveilleuse sur le plan personnel et je mesure ma chance quand je vois tous ceux dont la vie est ruinée par la folie de certains débiles mentaux. 

     

  • Qu’est ce que tu veux faire plus tôt ?

    ORIENTATION-1

     

    Lors de notre descente à Turin, nous avons voyagé avec deux anciens comme nous de Tours à Turin. Une de mes sorcières bien-aimées et son mari. Nous avons parlé de tout et de rien tout au long du trajet, parfois somnolé (pas l'Homme au volant heureusement), grignoté, discuté. Au détour d'une de ces discussions, quelqu'un a demandé: "Et si tout était à refaire, vous auriez fait quoi comme boulot ?" Indépendamment de la contrainte alimentaire."

    Nos réponses étaient spontanées, on n'a pas trop réfléchi et c'était intéressant.

    Elle aurait voulu s'occuper d'animaux abandonnés, tenir un refuge. Elle a été comptable quelques années puis ils se sont lancés tous les deux dans la gestion d'une maison d'hôtes avec beaucoup de succès en Touraine. Aujourd'hui les clients devenus de plus en plus odieux (pas tous mais ceux qui le sont sont de plus en plus insupportables) la rendent folle et elle doit sans doute penser que les animaux seraient bien plus reconnaissants du mal qu'elle se donne. 

    L'Homme aurait été pilote d'avion de chasse. Sa maman n'a pas voulu, elle a sans doute craint qu'il ne meure trop jeune. Je savais qu'il avait regretté ne pas être passé outre mais pas qu'il le regrettait encore aujourd'hui. Enfin, bon, si on lui pose la question, comme ça, de but en blanc. Mais il a quand même reconnu qu'il n'aurait sans doute pas eu la même vie que celle qu'il a eue (sous entendu moi, les enfants, etc….) et que celle-là n'avait pas de prix. Pfiou….

    Lui aurait voulu travailler le bois. Etre un artisan. Ou mieux encore un compagnon. Ça m'a surpris, lui qui est un entrepreneur né, qui aime les investissements à risque, je ne le voyais pas dans une filière que je considère – peut-être à tort – comme très posée, très sage. 

    Et moi, moi, j'aurais aimé soit être comédienne, j'ai toujours aimé les planches, même si au-delà de mes vingt ans, je n'en ai plus guère eu l'occasion. Ou j'aurais aimé garder des enfants en bas âge. Je l'avais même sérieusement envisagé avant de rentrer vraiment dans la vie professionnelle mais l'Homme m'avait fermement découragée. Je suppose qu'il ne voulait pas rentrer chez lui et trébucher sur un train électrique ou glisser sur un ours en peluche. J'ai toujours un peu regretté. Rien d'étonnant donc que je suis aujourd'hui aux anges quand je garde quelques jours, ou plus si affinités, l'un ou l'autre de ces merveilleux pioux.

  • 30 ans

    B3155091-05af-4a4d-a34a-6366ea15e3c7

     

    C'est un anniversaire un peu spécial. Du genre où on ne pense pas être invité. Et pourtant ils l'ont fait. 

    Il y a 30 ans le bureau pour lequel je travaille à Bruxelles ferme ses portes et déplace ses activités à Turin en Italie. On est 60 à choisir de suivre et de tenter l'aventure italienne. Je suis à peu près la seule à avoir des enfants et la moyenne d'âge de cette belle bande approche à peine les 30 ans. Pour moi, les neuf premiers mois de cette année 1995 sont sans doute les mois les plus durs de l'année; je laisse trois enfants de 3 à 7 ans à Bruxelles avec leur papa et même si je reviens tous les jeudis soirs pour repartir le dimanche après-midi, je souffre terriblement de cet éloignement. Même s'ils m'ont rejointe en Italie pour l'année scolaire suivante, cette séparation m'aura marquée à vie. 

    Par contre, les collègues célibataires ou pas se retrouvent comme au Club Med. Il faut préciser que l'hôtel où nous logeons tous les premières semaines, le temps de trouver un logement, est accolé au bureau et dès 17h30, tout le monde se retrouve chaque soir pour l'apéro et au fil du temps, plus si affinités. Et les liens se créent, les amitiés naissent. De celles qui durent pour l'éternité. C'est là que sont nées les sorcières et rien ne saurait rompre ce lien en acier (et caractère) trempé.

    Et voilà que ce bureau que nous avons quitté depuis bien longtemps pour certains décide de fêter ses 30 ans et d'inviter au-delà de son personnel actuel tous ceux qui ont travaillé là depuis le début. Oui mais, protection des données oblige, le bureau n'a pas pu garder les adresses de tous ces gens. Tout est parti de l'un ou de l'autre encore présent sur place qui connaissait encore untel qui avait encore l'adresse d'un autre et comme une boule de neige, le nombre de personnes contactées a grossi, grossi et chacun a appelé l'autre et comme un seul homme, un nombre considérable d'"anciens" a pris un billet d'avion, une réservation d'hôtel ou d'Airbnb pour Turin.

    C'était une vraie fête, des retrouvailles parfois très émouvantes, des cheveux blancs pour certains mais dès les premiers mots ou le premier rire, on retrouve le visage de 30 ans de moins. Pur bonheur, coeurs emplis de joie, oeil pétillant et pour reprendre les mots d'un ancien: contrats de travail devenus pactes d'amitié à vie.

    Je mesure la chance que j'ai eue non seulement de vivre une expérience professionnelle comme celle-là  mais aussi d'avoir eu l'occasion de fêter avec tous ceux là cette chance inouïe.