Myosottises

  • Et j’ai pleuré, pleuré, pour qu’ils reviennent

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    Voilà deux semaines intenses qui viennent de s’écouler. Deux semaines avec de cinq à six petits pioux de 2 à 7 ans pendant les vacances scolaires. Ah oui, bien sûr, c’est fatigant, bien sûr, il m’arrive de perdre patience de et de hausser le ton au point de m’érailler la voix, bien sûr, mes nuits sont plus trouées qu’une tranche d’Emmental, bien sûr le manque de sommeil m’achève à la fin du séjour mais je le dis haut et fort – au cas où mes enfants me lisent – : je donnerais volontiers un an de ma vie (à décompter si possible à partir de 95 ans disons) pour qu’on ne me retire pas ce privilège de les avoir tous ensemble pendant les vacances scolaires au lieu de les envoyer en stage. Le retour sur investissement pour la grand-mère est mille fois supérieur à celui d’une éventuelle sociabilisation des enfants en stage.

    Je ne peux pas dire – comme on le lit souvent – que j’aime encore plus mes pioux que mes propres enfants. Vraiment pas. J’aime mes enfants comme Picsou aime ses pépites, un peu sauvagement comme une louve, et ils me le rendent infiniment. Mais ces petits là me ramènent à ce monde fascinant de l’enfance et je profite de chaque minute.

    C’était la première fois aussi que Maoh s’éloignait de ses parents plus d’une nuit et ce fut une réussite. Il a adoré faire partie de la bande de cousins pendant tout ce temps. Sappho s’est collée à lui la nuit pour qu’il soit rassuré, pas une seule fois elle n’a rechigné parce qu’elle ne dormait pas au troisième étage des lits superposés, privilège lié au droit d’ainesse. Mais elle a souvent mené les jeux pendant la journée, quitte à décider pour tout le monde les rôles assignés, sans laisser d’espace à celui qui avait quelques velléités de choix.

    Jules a été super calme. Il nous a quittés quelques jours pour un weekend à Londres avec ses parents et n’a eu de cesse de ramener un cadeau pour chacun des cousins.

    Samuel a mangé comme un bébé ogre, ce qui n’était pas gagné. Il me fait rire comme personne.

    Lémoni s’est chopé la varicelle et s’est laissé prêter aux soins à la pâte d’argile avec une patience d’ange (facilitée par quelques extraits de dessins animés tout de même).

    Amalia est arrivée en deuxième semaine et je suis fière de comprendre tout son charabia, ce qui n’était pas gagné non plus. Elle oscille entre le NON des terrible twos et le charme des enfants qui connaissent bien leur pouvoir.

    Oona n’a pas encore fait partie du clan des sept mais elle est venue les weekends avec ses parents. Elle a démarré la marche et ça c’est aussi une merveille.

    La maison été remplie de leurs jeux, de leurs cris, de leurs rires, de leurs chansons, de leurs disputes, de leurs pleurs pendant deux semaines. Le dernier jour, l’Homme s’est subitement payé une belle gastro et s’est retrouvé cloué à l’oreiller. Tous les parents ont rembarqué leurs enfants sauf Sappho et Lémoni qui devaient rentrer avec nous. Je les ai donc ramenées en train et suis revenue illico au chevet du malade. Mais en arrivant, j’ai trouvé la maison propre et rangée (merci les enfants) mais surtout horriblement vide. Et j’ai pleuré comme une madeleine le manque d’eux. C’était un peu ridicule mais incontrôlable. En fait, le terme chicouf ne me correspond pas vraiment…..

  • La vie continue

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    Lundi: On a bouclé le programme de la cérémonie d’adieu à Mamy, envoyé le tout, photos et musiques aux pompes funèbres et on est parti rejoindre les M. qui nous avaient invités au resto pour nos anniversaires respectifs à une heure de Bruxelles. On a dormi sur place, dans une chambre d’hôte, pour ne pas reprendre la route après le resto. C’était sympa mais on est reparti très vite le lendemain matin, l’organisateur de la cérémonie nous ayant demandé de remanier le diaporama de photos.

    Mercredi: L’adieu à Mamy était touchant. Les petits avaient préparé une jolie guirlande et ont été exemplaires pendant ce moment un peu hors du temps où la plupart d’entre eux ne comprenaient pas bien la notion d’adieu à leur arrière grand mère. La musique, les photos, les quelques mots de l’Homme et d’Anaïs m’ont fait pleurer. Mes rapports à ma belle-mère ont quelquefois été difficiles mais, fidèle à moi-même – ou à mon hypocrisie comme dirait ma belle-soeur -,  je n’en ai jamais rien laissé paraître mais je l’aimais beaucoup malgré tout. Et curieusement, la petite goutte qui m’a fait craquer pendant cette cérémonie c’est de penser que je ne caresserais plus ses mains toutes douces et vulnérables comme ce fut le cas pendant ces trois dernières semaines. Le chagrin prend sa source dans d’infimes détails. On s’est retrouvés, famille et quelques amis proches, à la maison pour un goûter salé-sucré. Quand Lémoni a vu toutes ces tartes, elle a demandé: « C’est l’anniversaire de qui ? »

    Jeudi: Nous avons attendu toute la journée la visite d’un électricien qui n’est jamais venu et on est resté tous les deux, assis dans un fauteuil, comme assommés par ces derniers jours. S’il n’y avait pas cet électricien au programme, on aurait tout aussi bien pu dormir toute la journée.

    Vendredi: L’Homme est parti couper du bois à la maison-jardin et moi je me suis fait cajoler par l’esthéticienne, je suis allée chercher un cadeau pour le premier anniversaire d’Oona et j’ai repassé.

    Samedi: J’ai accompagné maman à un concert de son abonnement. Je suis partie un peu avec des pieds de plomb. Le programme annonçait un concert d’electro- gospel acid trip. J’étais plutôt sceptique. J’ai été subjuguée. Ce type – Davone Hines – était juste incroyable. Exubérant, saisissant, une voix divine, un engagement politique très clair. Je ne m’attendais pas du tout à ça. A revoir absolument.

    Dimanche: Quentin et Kerya sont venus faire quelques essais dans mon four pour les gâteaux d’anniversaire d’Oona et Maïté et JD sont repassés après le cinéma. A la grande joie de Maoh qui regrettait que les cousins ne soient pas là. Il s’en sont donné à coeur joie pendant une petite heure. Puis ils sont tous partis et j’ai commencé ma préparation à la colonoscopie du lendemain. A ma plus grande joie. Mais ça c’est une autre semaine.

  • Adieu à la déesse

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    En 1997, elle nous a rendus fous toute l'année. Elle avait 67 ans et comme sa maman était morte à 67 ans, il lui semblait absurdement logique de partir au même âge. On a entendu cette crainte pendant 4 saisons pour finalement l'entendre pousser un soupir de soulagement au crépuscule du 365ème jour. 

    Vingt ans après, en 2017, elle nous a fait mine de partir, dévastée par une bactérie qualifiée à juste titre de "difficile", elle a perdu 20 kilos et toutes ses forces et le médecin ne lui a pas donné 3 mois. Elle est alors rentrée chez elle et une équipe de soins palliatifs a été mise en place pour l'aider à vivre ces derniers mois.

    Mais c'était sans compter la volonté de fer et hors pair de celle que désormais tout le monde appelait la warrior, la guerrière et que Samsam a rebaptisée la Déesse parce que dans sa tête c'est le même concept.

    Elle a fait régresser la bactérie, l'a tenue à distance, a repris des forces et du poil de la bête. Elle a recommencé à se lever, d'abord du lit, puis du fauteuil, s'est à nouveau déplacée dans l'appartement, monté et descendu les escaliers une fois par semaine. Elle a perdu la vue progressivement mais s'est débrouillée pour voir le monde en rétréci puis à inventer ce qu'elle ne voyait plus. 

    Pendant sept ans, elle a attendu chaque jour Yves, Laurence, Gédéon, Patrick, Claire, Jean-Marie et tous les infirmiers dont elle connaissait les quelques petits détails de leur vie glanés pendant les soins et elle nous les racontait ensuite, au même titre que les infos ou la météo du jour. Pendant sept ans, elle a tenu bon grâce à eux et grâce à Marie-Chantal et elle a pu célébrer dans ses bras la naissance de sept arrière-petits-enfants. Pendant sept ans, elle a montré son indéfectible envie de vivre, jusqu'au dernier jour et a amplement mérité son titre de déesse guerrière. 

    Elle est partie vendredi, à son corps et à notre coeur défendant. 

    Au revoir très belle-maman.

  • En janvier, restons couchés

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    L'année avait pourtant bien commencé. Choucroute et concert du nouvel An. Les traditions ont la saveur du bonheur et des moments de retrouvailles. On a terminé par un gâteau au chocolat peu alléchant chez Mamy L avec les enfants, Lémoni et Maoh. Elle était bien.

    Et puis trois jours après, la situation s'est subitement dégradée. Grosse infection pulmonaire, intense faiblesse, mise sous assistance respiratoire. Mais elle a souhaité rester à la maison et refuse tout acharnement thérapeutique. Je comprends. Elle n'a aucune envie de revivre son parcours du combattant de 2017. Mais son état de faiblesse la prive de toute l'autonomie relative qu'elle avait entre ses quatre murs et il convient de ne pas trop la quitter. On a convenu de partager entre nous, sa fille, l'Homme et moi, la journée auprès d'elle. La nuit, nous avons trouvé quelqu'un qui la veille. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a les jours "sans" où le médecin prescrit les anxiolytiques et des comprimés morphiniques si nécessaire pour l'aider à respirer et où on pense qu'elle ne passera pas la nuit et les jours "avec" où elle dit avoir bien dormi, avale quelques cuillères en plus et parvient encore à nous épater. Un jour comme aujourd'hui où je lui dis "Mamy, ce matin, j'ai défait la moitié du sapin" et où elle me répond "les éléphants aiment manger le sapin". Je n'étais même au courant et interloquée, je vérifie. Et tout à fait, Mamy, il a même été conseillé à ceux qui se débarrassaient de leur sapin de l'apporter au zoo. Les branches de sapin sont des bonbons pour les éléphants.

    Bien entendu, l'Homme et moi, on se voit moins puisqu'on se relaie, ma belle soeur devant travailler ou télétravailler selon les jours. Mais on arrive à intercaler quelques moments pour nous, comme un resto pour mon anniversaire, un concert avec Mamy B. ou un goûter avec la tribu pour nous fêter JD et moi. 

    Petit contretemps, je me réjouissais d'accueillir Jules, SAmSam et Amalia ce weekend mais ils étaient malades, probablement grippés et la mort dans l'âme j'ai dû renoncer à les prendre, pour ne pas choper le moindre virus que j'aurais bien évidemment refilé comme une patate chaude à Mamy L. Résultat, les parents de Simon les ont accueillis tout le weekend et ont attrapé la patate chaude au vol :-(.

    Ah oui, et pour encore mieux gâcher janvier, j'ai fait une deuxième infiltration dans les lombaires, sans le moindre petit succès. 

    D'accord, j'ai eu la fève trois fois cette année. Mais j'aurais donné mes couronnes et mon royaume pour éviter ces tristes moments.

     

     

     

  • 2024

     

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    Démarrer l'année en prenant un vol pour l'autre bout du monde, il y a pire. Cela faisait plus de 10 ans que nous n'avions plus pris un long courrier ni fait un long voyage. Et quel voyage ! J'avais déjà été séduite par la Nouvelle Zélande et le Pérou mais je m'y attendais. L'Inde, ce fut la surprise ! Jamais je n'aurais imaginé que ce pays me marquerait autant. Je n'ai qu'une envie, c'est d'y retourner.

    Le temps d'atterrir et de se poser, nous voilà éblouis par l'arrivée de la septième merveille du monde, la princesse Oona. Belle comme un coeur, elle vient compléter l'équipe qui grandit aussi, chacun à sa manière. Sappho perd sa première dent et Amalia fait ses premiers pas.

    Deux séjours au printemps et à la fin de l'été dans notre Sérénissime adorée dont un a bien failli tomber dans la lagune quand l'Homme m'a fait un choc anaphylactique (et même un choc tout court) le matin du départ. Réaction violente à la pénicilline qu'il avait pourtant l"habitude de prendre. Il aura fallu toutefois plus de 9 mois pour confirmer cette hypothèse. 

    Une semaine en Ombrie et deux-trois jours à Pantelleria où le meilleur du séjour aura été à chaque fois la rencontre avec d'autres amis des amis qui sont tous autant qu'ils sont de belles personnes avec qui on peut échanger vraiment.

    Trois semaines de pioux à géométrie variable à la campagne et deux semaines en Algarve, invités par Anaïs et Simon, avec tous les pioux. Rien que du bonheur. Et pendant notre séjour en Algarve, ce concert tellement improbable de ce bon vieux Tom Jones qui m'a ensorcelée comme à mes 15 ans. 

    Un séjour à Disneyland Paris, prévu pour 2025, mais quand on aime à ce point, on ne compte plus et au diable les varices !

    Un weekend en Ardennes avec toute la tribu pour fêter nos 40 ans de mariage. Un puzzle de mille petits morceaux de nous, un pestacle sur notre histoire et une video reprenant des petits et grands bouts de films HI8 de notre mariage et de notre vie de jeune parents. J'ai dit qu'après ce weekend, je pouvais mourir. Réflexion faite, je ne suis pas si pressée.

    Et terminer l'année sur un anniversaire incroyable, celui de la Fondation où j'ai travaillé pendant 5 ans à Turin. Retrouver tous les anciens avec une émotion non simulée pour la plupart d'entre nous et une joie tellement vraie.

    Tout cela a l'air – et est – idyllique. Mais bien sûr, il y a eu la vente de l'appartement qui nous a vu vivre nos dix premières années de vie commune à deux, puis à trois, quatre et cinq. J'en ai versé des torrents de larmes. Bien sûr, il y a eu l'abattage du noyer qui a vu naître mon papa, jouer mes soeurs et moi, nos enfants et nos petits enfants. Et ce n'est passé sans mal. Et bien sûr, il y a tous ces problèmes de santé qui me minent le moral, les problèmes mécaniques, de genoux, de hanche, de dos qui me font enrager et ces soucis de défense immunitaire très déficiente qui me rendent très suspicieuse au moindre éternuement et à la moindre toux d'autrui. Mais il y a pire et je pense que je peux m'estimer heureuse qu'après tout "ce n'est que çà".

    Au final, une année merveilleuse sur le plan personnel et je mesure ma chance quand je vois tous ceux dont la vie est ruinée par la folie de certains débiles mentaux. 

     

  • Qu’est ce que tu veux faire plus tôt ?

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    Lors de notre descente à Turin, nous avons voyagé avec deux anciens comme nous de Tours à Turin. Une de mes sorcières bien-aimées et son mari. Nous avons parlé de tout et de rien tout au long du trajet, parfois somnolé (pas l'Homme au volant heureusement), grignoté, discuté. Au détour d'une de ces discussions, quelqu'un a demandé: "Et si tout était à refaire, vous auriez fait quoi comme boulot ?" Indépendamment de la contrainte alimentaire."

    Nos réponses étaient spontanées, on n'a pas trop réfléchi et c'était intéressant.

    Elle aurait voulu s'occuper d'animaux abandonnés, tenir un refuge. Elle a été comptable quelques années puis ils se sont lancés tous les deux dans la gestion d'une maison d'hôtes avec beaucoup de succès en Touraine. Aujourd'hui les clients devenus de plus en plus odieux (pas tous mais ceux qui le sont sont de plus en plus insupportables) la rendent folle et elle doit sans doute penser que les animaux seraient bien plus reconnaissants du mal qu'elle se donne. 

    L'Homme aurait été pilote d'avion de chasse. Sa maman n'a pas voulu, elle a sans doute craint qu'il ne meure trop jeune. Je savais qu'il avait regretté ne pas être passé outre mais pas qu'il le regrettait encore aujourd'hui. Enfin, bon, si on lui pose la question, comme ça, de but en blanc. Mais il a quand même reconnu qu'il n'aurait sans doute pas eu la même vie que celle qu'il a eue (sous entendu moi, les enfants, etc….) et que celle-là n'avait pas de prix. Pfiou….

    Lui aurait voulu travailler le bois. Etre un artisan. Ou mieux encore un compagnon. Ça m'a surpris, lui qui est un entrepreneur né, qui aime les investissements à risque, je ne le voyais pas dans une filière que je considère – peut-être à tort – comme très posée, très sage. 

    Et moi, moi, j'aurais aimé soit être comédienne, j'ai toujours aimé les planches, même si au-delà de mes vingt ans, je n'en ai plus guère eu l'occasion. Ou j'aurais aimé garder des enfants en bas âge. Je l'avais même sérieusement envisagé avant de rentrer vraiment dans la vie professionnelle mais l'Homme m'avait fermement découragée. Je suppose qu'il ne voulait pas rentrer chez lui et trébucher sur un train électrique ou glisser sur un ours en peluche. J'ai toujours un peu regretté. Rien d'étonnant donc que je suis aujourd'hui aux anges quand je garde quelques jours, ou plus si affinités, l'un ou l'autre de ces merveilleux pioux.

  • 30 ans

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    C'est un anniversaire un peu spécial. Du genre où on ne pense pas être invité. Et pourtant ils l'ont fait. 

    Il y a 30 ans le bureau pour lequel je travaille à Bruxelles ferme ses portes et déplace ses activités à Turin en Italie. On est 60 à choisir de suivre et de tenter l'aventure italienne. Je suis à peu près la seule à avoir des enfants et la moyenne d'âge de cette belle bande approche à peine les 30 ans. Pour moi, les neuf premiers mois de cette année 1995 sont sans doute les mois les plus durs de l'année; je laisse trois enfants de 3 à 7 ans à Bruxelles avec leur papa et même si je reviens tous les jeudis soirs pour repartir le dimanche après-midi, je souffre terriblement de cet éloignement. Même s'ils m'ont rejointe en Italie pour l'année scolaire suivante, cette séparation m'aura marquée à vie. 

    Par contre, les collègues célibataires ou pas se retrouvent comme au Club Med. Il faut préciser que l'hôtel où nous logeons tous les premières semaines, le temps de trouver un logement, est accolé au bureau et dès 17h30, tout le monde se retrouve chaque soir pour l'apéro et au fil du temps, plus si affinités. Et les liens se créent, les amitiés naissent. De celles qui durent pour l'éternité. C'est là que sont nées les sorcières et rien ne saurait rompre ce lien en acier (et caractère) trempé.

    Et voilà que ce bureau que nous avons quitté depuis bien longtemps pour certains décide de fêter ses 30 ans et d'inviter au-delà de son personnel actuel tous ceux qui ont travaillé là depuis le début. Oui mais, protection des données oblige, le bureau n'a pas pu garder les adresses de tous ces gens. Tout est parti de l'un ou de l'autre encore présent sur place qui connaissait encore untel qui avait encore l'adresse d'un autre et comme une boule de neige, le nombre de personnes contactées a grossi, grossi et chacun a appelé l'autre et comme un seul homme, un nombre considérable d'"anciens" a pris un billet d'avion, une réservation d'hôtel ou d'Airbnb pour Turin.

    C'était une vraie fête, des retrouvailles parfois très émouvantes, des cheveux blancs pour certains mais dès les premiers mots ou le premier rire, on retrouve le visage de 30 ans de moins. Pur bonheur, coeurs emplis de joie, oeil pétillant et pour reprendre les mots d'un ancien: contrats de travail devenus pactes d'amitié à vie.

    Je mesure la chance que j'ai eue non seulement de vivre une expérience professionnelle comme celle-là  mais aussi d'avoir eu l'occasion de fêter avec tous ceux là cette chance inouïe.

     

  • Weekend de rêve

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    L'autre jour, C. m'a dit "Mes enfants sont venus tous les deux ce weekend pour fêter l'anniversaire de J.; c'était le bonheur absolu. Après ça, je peux mourir". 

    Je pense que j'en pourrais dire autant après ce dernier weekend si je n'avais pas tant le désir de poursuivre encore l'aventure, voir grandir les pioux, rire avec les grands et les petits, danser et chanter avec les amis et fêter la vie chaque jour du temps qu'il me reste.

    Ce weekend était juste parfait. On avait loué un gîte dans les Ardennes pour fêter nos 40 ans de mariage avec toute la tribu. L'Homme a lâché prise sur l'organisation des repas et chaque couple a pris en charge un des trois repas. Déjà rien que ça, ça changeait toute la dynamique. plus de grand maître absolu en cuisine, plein de nouveautés et d'autres manières de faire, l'Homme disponible pour autre chose (une partie de billard avec les grands, une partie de babyfoot avec les plus petits, une concentration sur l'apéro, …). J'ai adoré. 

    Premier cadeau de la soirée: un puzzle de 1000 pièces représentant une photo de notre mariage. Chacun a bien essayé d'apporter sa petite pièce tout au long du weekend mais cela s'est avéré bien plus compliqué que prévu. Qu'à cela ne tienne, je me mets au défi de le terminer avant Noël. 

    Après le risotto marrons et champignons des bois, une gageure pour 15 un vendredi soir, une fois tous les enfants couchés, deuxième cadeau. Ils ont récupéré les vieilles cassettes HI8 de notre mariage, de leur enfance, à Bruxelles et à Turin et les ont converti en mp3 et préparé un montage de deux heures. Bonheur de replonger de 30 à 40 ans en arrière, de revivre ces moments heureux qui semblent avoir eu lieu hier, juste hier.

    Le lendemain, piscine, billard, babyfoot, puzzle et l'après-midi, longue promenade en forêt, les grands devant, les petits derrière, armés de bâtons magiques, motivés par un "glaçage" façon Reine des Neiges des sorcières, vampires et autres malfaisants de la forêt, ce qui suppose un arrêt tous les 50 mètres mais nous a évité de porter sur les épaules ces apprentis sorciers aux petites jambes. Retour au chaud et nouveau plongeon dans la piscine, apéro et délicieux coquelets-purée de chou-fleur.

    Dimanche, cerise sur le dernier cadeau: un pestacle tellement drôle et émouvant que j'en pleurais. Pièce en un seul acte et quatre scènes: le cours de danse, la demande en mariage, le mariage, le service après-vente. Pour rappel, nous nous sommes disputés après le mariage, j'ai voulu qu'il me ramène chez mes parents et mon père a voulu détendre l'atmosphère en déclarant qu'il était désolé et qu'il n'y avait pas de service après-vente. Samuel dans les baskets improbables de mon père était magnifique. Jules et Lémoni déguisés en nous deux étaient craquants et Sappho en maître de cérémonie était parfaite. 

    Dernier repas, gyozas, wontons et petites billes de riz gluant fourrées au sucre de palme, à tomber…..

    Et puis ce fut déjà l'heure de partir. J'ai réussi à verser quelques larmes avant de fermer la porte. Je n'y peux rien, le bonheur absolu me gonfle le coeur et il déborde par les yeux.

  • Une sainte horreur des adieux

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    Je dois l'avoir déjà consigné par ici, j'ai une sainte horreur des adieux. Je peux m'en rendre malade. Le simple fait de quitter un lieu de vacances que l'on a investi pendant 3 semaines et que j'imagine ne probablement plus jamais revoir me fait monter les larmes aux yeux. C'est en fait aux merveilleux moments que j'y ai passés que je dis adieu, je le sais bien mais ça ne change rien à l'affaire.

    Quitter la maison que nous avons habitée pendant 4 ans en Italie m'a arraché des sanglots indécents, assise par terre dans ma cuisine – plus une chaise, tout était dans le camion de déménagement, qui me narguait en bas de la maison – , complètement dévastée à l'idée de quitter cet endroit. Je crois bien, honte à moi, avoir pleuré là plus de larmes que je n'en ai versé aux différents enterrements auxquels j'ai assisté. Même de mes aimés. Mais c'est vrai qu'aux enterrements, je reste digne….. 

    Alors en ce mois de novembre bien gris, j'ai dit adieu cette semaine à un arbre. Celui qui domine de toute sa majesté la maison-jardin, celle qui a vu naître mon père, grandir mes soeurs et moi, jouer nos enfants et jusqu'à aujourd'hui mes petits enfants. Il s'est creusé dangereusement à la base, mangé par un vilain champignon et la mort dans l'âme, j'ai accepté qu'on l'abatte avant qu'il ne s'en charge tout seul sur la maison des voisins. J'ai même fait appel à une "docteur des arbres", qui se dit "pour l'acharnement thérapeutique" mais même elle a signé son arrêt de mort. J'ai quitté la maison-jardin en pleurant en lui jetant un dernier regard.

    Et ce mois aussi, maudit soit-il, je vais faire mes adieux à l'appartement qui a abrité notre amour à ses débuts, mon premier chez-moi, mon premier nid, où j'ai couvé trois petits, où j'ai vécu dix ans de bonheur absolu avant de partir pour l'Italie, en abandonnant l'appartement à ma soeur. Il a finalement été décidé de le vendre. Mais fermer une porte en sachant qu'on peut y retourner, même quelques instants, c'est très différent de fermer la porte pour toujours.

  • Les menus détails

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    Hier j'ai passé la journée seule. L'Homme devait s'absenter et j'en ai profité pour réduire un chouïa la to do list. Et quand je suis seule, je suis forcément moins distraite par tout ce que j'ai à raconter à l'Homme ou par tout ce qu'il me raconte lui et je suis beaucoup plus attentive et réceptive aux menus détails .

    Les petits riens qu'on ne remarque pas forcément mais qui changent tout. 

    Je suis allée chez le notaire porter nos testaments respectifs. On a voulu que le bien qui constituera le domicile conjugal au moment où l'un de nous tirera sa révérence revienne entièrement à l'autre. Pour cela, il fallait consigner cette volonté dans un testament. Il fallait aussi que celui-ci soit manuscrit et la veille, nous nous sommes prêtés tous les deux à l'exercice. Bien sûr, j'ai écrit le texte d'un seul jet et de ma belle écriture légendaire. L'Homme a dû s'y reprendre à plusieurs reprises et a chiffonné un certain nombre de débuts de copie en bougonnant haut et fort, pour une fois que je suis meilleure que lui. Lorsque j'ai déposé l'enveloppe ouverte avec nos deux copies au secrétariat du notaire, la gentille dame à l'accueil a jeté un oeil à l'intérieur de l'enveloppe et n'a pu s'empêcher de s'exclamer : "Oh quelle belle écriture !" et moi je n'ai pas pu réprimer un sourire de fierté et un petit "C'est la mienne !" de première de classe.

    Je suis allée à l'hôpital prendre rendez-vous pour une radio de mon dos et un scanner de ma hanche. L'orthopédiste est vraiment perplexe sur mes douleurs et ne comprend pas bien ce que j'ai. Ce qui bien sûr ne me rassure pas vraiment. J'ai patienté un petit quart d'heure que ce soit mon tour et j'avais en ligne de mire un gars qui accueillait les patients venus pour une IRM ou un PET-scan. Il avait un don inné pour les mettre à l'aise, demandait systématiquement s'ils étaient bien à jeun – ce qui n'était pas requis – et devant leur air ébahi et interrogateur, il les rassurait tout de suite en leur disant que c'était une blague. Les patients se détendaient illico et il enchainait en parlant de tout et de rien, du petit fromager ou du magnifique parc qu'il connaissait près de chez eux à la lecture de leur adresse. Et je me suis dit que ce type était vraiment cool et que tous ceux qui accueillaient les gens un peu stressés devraient en prendre de la graine.

    Je suis allée chercher deux poulets pour le weekend et la petite marchande de volailles était tellement chou. Elle a pesé les deux poulets et ils pesaient exactement le même poids à un gramme près. Elle a dit "je pense que ce sont des jumeaux". Je ne sais pas si elle y croyait ou si elle plaisantait mais elle était dans son histoire quand elle a ajouté "parfois les frères et soeurs se ressemblent moins que les cousins". Elle m'a fait rire. Et c'était bien.  

    Ce sont d'infimes petits riens mais qui peuvent changer la couleur du monde, quand on prend la peine de les distribuer et de les voir.