Myosottises

  • Gratitude absolue

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    Je sais qu'on me considère souvent comme une bisounours, une ravie de la crèche mais j'assume. Chaque matin, je me réveille en souriant toute seule parce que je suis encore là. Je ne sais pas encore ce qui m'attend dans la journée qui pourrait faire voler en éclats tout ce bonheur qui m'habite mais je me dis chaque matin "j'ai déjà eu tout ça" en pensant aux jours heureux qui se sont écoulés jusqu'ici.

    Cette semaine, Sappho a eu 8 ans et il ne s'est pas passé un seul jour depuis 8 ans où je n'ai pris la mesure du bonheur pour moi d'être grand-mère. A fortiori pour les six pioux qui ont suivi. Je sais qu'un jour viendra – et le temps passe vite – où ils aimeront toujours leurs grands-parents, je n'en doute pas, mais de loin probablement. C'est une évolution tout à fait normale mais donc, j'en profite tout mon saoul maintenant.

    Dès que la cloche aura sonné, on entamera 6 semaines de vacances avec 3, 5, 6 selon les moments. Et je m'en réjouis pleinement.

    Lémoni s'est fait opérer des amygdales et des végétations et tout s'est bien passé. Simon est parti toute la semaine à Vienne et on a aidé Anaïs un tout petit peu. Cela m'a donné l'occasion de passer une dernière fois la porte de la crèche où Jules, Samuel, Maoh et Amalia ont été accueillis à tour de rôle depuis 2018. Amalia rentre à l'école en septembre et il n'y aura plus d'enfant dans cette crèche là. Ce n'est pas que j'y sois allée si souvent mais fermer une porte m'est toujours aussi pénible.

    On a retrouvé à deux reprises deux couples d'amis, à l'opéra voir Carmen et ensuite autour d'un excellent repas concocté par Mitch et Cat. Là aussi, bonheur d'avoir des amis si chers, depuis si longtemps et de nous savoir en bonne santé jusqu'ici. 

    Oui, je suis privilégiée, j'ai beaucoup de chance dans ma vie, sur tous les plans. Et je marche sur un fil, j'ai peur que tout s'effondre tout en ayant parfaitement conscience que ces valises de bonheur que j'ai remplies au cours de ces six décennies pèsent merveilleusement lourd. 

    Prévert disait: Il faudrait essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. Quand je vois le monde autour de moi, j'aurais presque honte de n'avoir vraiment pas beaucoup d'effort à faire. Mon seul mérite est d'en être consciente.

  • Vracs de juin

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    *    Je suis allée manger avec "les garçons". Mon équipe était essentiellement féminine à l'exception de ces trois là. La dernière fois qu'on avait déjeuné ensemble, il y a déjà plus d'un an, on était beaucoup plus nombreux et je n'ai pas pu "profiter" d'eux comme je l'aurais voulu. Là, nous n'étions que nous quatre et c'était parfait. C'était les collègues les plus bas de l"échelle mais les plus dévoués, les plus orientés solution, les plus vrais et disons-le, les moins chiants. Le dernier jour, quand j'ai quitté pour de bon le bâtiment, en larmes, l'un deux m'a aidée à amener le reste de tout mon bazar à la voiture de l'Homme qui m'attendait en bas et a crié "je t'aime" quand la voiture a démarré. Dit comme ça, ça peut paraître très chelou mais c'était juste un cri du coeur spontané et sincère. J'ai passé un très bon moment avec eux et je ne veux plus attendre un an avant de les revoir.

    *    On a visité une maison du XVIIème siècle, à l'origine entrepôt le long des quais de la Senne à Bruxelles. On est bien où on est mais il y a quelques bémols. Le parking précaire, l'âge avancé de notre voisin qui occupe la maison arrière et dont les yeux plongent directement dans notre cuisine – il peut me dire par exemple qu'on mange vraiment beaucoup de fruits (sic) -. Le jour où il nous quittera, on ne sait pas qui comptera nos calories. Et quelques autres fausses notes mais rien de trop compliqué jusqu'ici. Cette maison cochait en théorie les bonnes cases concernant ces bémols. Un garage, un jardin, pas de voisin plongeant. Elle offrait en plus beaucoup de lumière, et un salon sous une charpente de bien dix mètres de haut. Magnifique. Mais des escaliers que mes genoux ont tout de suite détestés et des travaux d'embellissement que ma patience a tout de suite refusés. Dommage, pour une fois qu'on trouvait quelque chose qui nous permettait de rester à Bruxelles.

    *    On a continué à vider quelque peu les armoires de Mamy L. Le plus dur a été d'éliminer les vêtements. L'Homme voulait faire vite pour ne pas s'appesantir. Ce que j'ai fait évidemment. Et les larmes sont montées. La robe qu'elle portait à notre mariage, celles qu'elle portait à telle ou telle occasion, son manteau en fourrure synthétique mais qui faisait tellement d'effet et qu'elle m'avait prêté pour un bal russe…. L'Homme avait raison, il valait mieux faire vite. 

    *    Swiss Sis est revenue pour dix jours de vacances et a ramené deux demi-roues de fromage. On a rassemblé tout le monde autour d'une raclette d'été. Un vrai régal dans tous les sens du terme. On a terminé la soirée autour d'un brasero et d'un verre de rhum ou de whisky selon affinités. Tout le monde a apprécié.

    *    On est retourné dans ce petit resto qui monte, qui monte délicieusement. Il est installé dans une ancienne boucherie des années 40-50, classée, magnifique, qui se trouve être la boucherie où allaient mes grands-parents, dans le même pâté de maison. Ma marraine, leur fille cadette était très amie avec la fille du boucher. Moi, petite, je m'accoudais à la fenêtre de la cuisine de ma grand-mère pour guetter ma marraine et sa copine dans le jardin du boucher. Ce soir, je me suis échappée un instant aux toilettes et la fenêtre sur le jardin était ouverte. Je suis restée bouche bée et yeux écarquillés sur la fenêtre de la cuisine de ma grand-mère. J'aurais pu rester là des heures. Mais j'ai bien dû redescendre rejoindre les autres convives. Alors j'ai vite pris une photo pour garder ma grand-mère encore un peu avec moi. 

     

  • Vider sa maison

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    On a laissé passer quatre mois depuis son décès. Pas l'énergie pour ça, Venise, les pioux à garder, les travaux de la cuisine. Mais surtout, on pouvait se le permettre, on continue de payer le loyer dérisoire, et ma belle-soeur n'était pas vraiment en état de penser à cette étape. 

    Mais bon, même dérisoire, on ne va pas payer ce loyer indéfiniment et il faut prendre son courage à deux mains et ouvrir ses armoires. Les filles sont venues nous aider. L'homme a trouvé l'exercice difficile. Retrouver des photos, des souvenirs des grands-parents, l'étole en renard de sa maman, le vieux drapeau belge parfaitement plié, les pipes et la boite à tabac de son papa, mille et un objets que l'on garde, emballés dans du papier de soie ou dans des boîtes en carton qui n'ont plus été ouvertes depuis au moins un demi-siècle, tout cela l'a passablement remué. Il ne veut pas voir la bague de fiançailles de sa maman à mon doigt et je le comprends. Au doigt d'une de ses filles, cela le dérange moins. Et les filles sont heureuses de porter un bijou de leur grand-mère. Pour elles, l'exercice est plus joyeux, il leur rappelle leur enfance chez leurs grands-parents. La relation est différente. 

    Cet après-midi là tenait plus de l'inventaire et de la découverte. Maintenant, il va falloir vider "pour du vrai". Ce sera sans doute encore plus difficile. Trier, donner, jeter, vider. Fermer la porte. Ce sera une autre étape du deuil. Pas nécessairement la plus facile. Surtout pour moi qui n'arrive pas à fermer les portes. 

  • 13 ans de ma vie

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    Mon école a fêté ses 130 ans. Elle a invité tous ceux qu'elle a pu trouver en ces temps de protection des données. Autant dire que c'est plutôt le bouche-à-oreille qui a fonctionné.

    Je suis rentrée là il y a 60 ans. Je ne voulais pas lâcher la main de mon papa et je voulais qu'il m'accompagne jusque dans la classe et qu'il reste avec moi jusqu'à la dernière minute possible. Puis j'ai grandi et j'ai fait ma vie toute seule. J'y ai passé 13 ans de la maternelle à mes 17 ans.

    J'y ai été heureuse, sans aucun doute. Y retourner pour fêter cet anniversaire a réveillé tout un nuage de souvenirs visuels et olfactifs. J'ai accepté de suivre Bibi à la célébration eucharistique que le comité organisateur de cette école catholique a voulu intégrer dans les festivités, comme il se doit. Mais comme je ne me sens plus du tout concernée par ce tralala, je suis restée tout derrière, juste à côté du confessionnal. Là, je me suis pris en plein coeur mon angoisse, assise sur une petite chaise, attendant mon tour, cherchant désespérément un péché à confesser et me rabattant invariablement sur la gourmandise. Pour le même prix – un pater et deux avé – je trouvais que c'était le péché le plus avouable. 

    Sis'Cile est arrivée en retard et m'a envoyé un message "je suis dans le jardin". J'ai abandonné illico Bibi à ses prières et je suis sortie en catimini rejoindre ma soeur vers d'autres souvenirs. Le préau, le tunnel, ah le tunnel que tout le monde adorait, reliant le préau aux escaliers menant au jardin, le jardin, les peupliers ou plutôt le souvenir qu'il en reste, le terrain de tennis reconverti en terrain de basket, avec une pensée émue pour Baba et Bubu, trop tôt disparues, la maison de M. Perino, le jardinier. On a traîné un peu là , on est redescendu, passé devant la statue de la Vierge devant laquelle on priait en rangs tous les matins du mois de mai, le réfectoire si petit, puis Sis'Cile a demandé si on pouvait monter aux étages et là, tout était encore si vivant. Impossible d'imaginer que dès l'année prochaine, il n'y aura plus d'enseignement secondaire dans cette école. Les classes, la salle de rhéto, les chambres des anciennes religieuses encore meublées, les couloirs feutrés, les escaliers si souvent empruntés, tout avait un parfum d'enfance et d'adolescence. Jusqu'aux toilettes :-).

    Une fois la messe terminée, on s'est tous retrouvés autour d'une flûte de cava, pour à nouveau échanger nos souvenirs, raconter nos parcours professionnels, nos vies privées en format synthétique (pas le temps de s'étaler sur les 48 ans écoulés) et échanger quelques mots avec la dernière religieuse encore en vie de notre séjour entre ces murs. Celle que je trouvais si belle et que je plaignais de tout mon coeur parce qu'elle avait 30 ans à l'époque et que je ne pouvais concevoir qu'on devienne religieuse si jeune. Et si belle. Elle est toujours belle à 88 ans et très heureuse du chemin parcouru. 

    C'était un moment hors du temps, plein d'étoiles. 

  • Venise, Bâle, les pioux et back to business

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    Elle nous avait dit "Prenez des pulls, on ne dépasse pas les 17 degrés à Venise pour le moment". Elle, c'est Elodie, celle qui nous loue depuis tant d'années son flat mansardé à Murano. C'était sans compter sans ma chance habituelle que j'emmène partout avec moi. Il a fait super beau. Ni trop ni trop peu. De quoi s'allonger en terrasse avec quelques bouquins pendant quelques jours et d'alterner avec des promenades dans Venise, quelques expos et quelques bonnes tables. Tout ce qu'on aime. 

    Venise, c'est vraiment un moment de déconnexion totale. Pas de voitures, pas de vélos, pas de trottinette au-delà de 8 ans. Juste des piétons. Et quand on évite les gros flux touristiques, on peut se promener sans stress. En général, on ne s'en rend vraiment compte que quand on revient à Bruxelles. Pas d'horaires non plus. Sauf, à la limite, quand on a réservé une table. Pour le reste, on fait comme on veut quand on veut. Et savoir qu'on y retourne en septembre est un luxe incroyable. Je suis tellement reconnaissante de vivre ces moments-là.

    Début mai, on a repris la route pour s'arrêter à Bâle où Swiss Sis et Swiss Beauf (au sens littéral s'entend) nous attendaient pour fêter les 60 ans de ce dernier dans un restaurant gastronomique. L'Homme qui a toujours ses petits préjugés pas très malins (resto en Suisse allemande, je me méfie, etc…) a dû revoir sa copie. C'était juste incroyable. Une cuisine fine, inventive, explosive en saveurs, trois étoiles depuis 10 ans, c'est assez inhabituel. Et une petite journée à Bâle qui valait le détour. C'est une ville charmante où il fait joliment vivre. 

    Ensuite on est rentrés à la maison vider les valises et en refaire d'autres pour emmener trois pioux à la maison-jardin pour la deuxième semaine de vacances scolaires. On a largement perdu 10 à 12 degrés mais on a quand même réussi à jouer un peu dans le jardin. Pour le reste, on a réalisé quelques bricolages, joué à des jeux de société, joué tout court. Sappho a essayé mes vieilles échasses mais après quelques tentatives couronnées de succès, les échasses se sont effondrées, le temps et la vermoulure ayant eu raison de leur solidité. Maoh a voulu jouer à un jeu où on doit courir, se toucher puis essayer de "délibérer" les autres. Lémoni a appris à boutonner son pyjama sans trop rechigner mais coince encore sur l'enfilage des chaussettes.

    On les a ramenés le vendredi soir à leurs parents. Le samedi, on a fêté l'anniversaire de Simon autour d'un verre dans leur toute nouvelle maison et leur chouette jardin. Puis on est repartis tous les deux passer une journée tout seuls dans la maison-jardin. Et le vide d'enfants m'a repris à la gorge. J'ai réussi à ne pas pleurer cette fois mais c'est fou comme après avoir passé du temps avec eux, ils me manquent instantanément. Heureusement que je vis avec un homme extraordinaire et avec qui j'aime passer du temps seuls à seuls , sinon je lui en voudrais d'être là et pas eux. 

    Nous voilà back to business: continuer les travaux de la cuisine, retourner à la salle de sport et au yoga, vider l'appartement de belle-maman, finaliser la succession, fêter les 130 ans de mon ancienne école et sans doute retrouver des visages d'enfance, des parfums, des souvenirs.

    La suite au prochain numéro 🙂

  • Et avril s’enfuit

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    Je n'ai pas vu le temps passer. Depuis mon dernier billet, j'ai subi une intervention chirurgicale. Sans gravité au final mais je suis toujours stressée dans les moments qui précèdent. J'ai une gratitude infinie pour l'infirmière qui m'a pris la main quelques instants avant l'anesthésie. Elle a perçu mon angoisse que j'essayais de maîtriser, sans pour autant la nier. Mais on n'imagine pas à quel point un petit geste comme celui-là peut faire la différence. Tout s'est bien passé et j'attends maintenant les résultats de l'anapathologie. 

    Les travaux dans la cuisine se poursuivent tant bien que mal. L'Homme fait et défait et refait jusqu'à ce qu'il soit satisfait et ça prend du temps.

    Mon cousin a commencé une semaine de radiothérapie et je pense à lui tout le temps.

    On a fêté notre anniversaire de mariage dans un restaurant gastronomique. Des places se sont libérées et nous avons prévenu J et S. Ils habitent juste à côté et ils nous ont rejoints au pied levé. C'était inespéré et très sympa.

    Et puis, on a vécu un weekend pascal enchanteur. L'anniversaire de l'Homme d'abord qu'il a voulu fêter toute la journée. La chasse aux oeufs ensuite, entre deux averses. 

    Le soir-même, on est rentrés à la maison faire nos valises pour Venise. 

    Et voilà, on y est enfin. Depuis mardi soir. On recharge nos batteries en terrasse et bouquins avant de se mettre en route en mode expo, crapahutage et restos. Le bonheur.

     

  • Go, go, go !

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    Lundi: Petite virée annuelle en Champagne pour ramener pour nous, pour nos enfants et un peu pour nos amis un nombre assez important de caisses de champagne. Chaque année, c'est le même rituel. On part tôt le matin, on arrive chez Thierry qui nous accueille en nous faisant déguster les dernières mises en bouteille, tout en restant au café en ce qui le concerne. Ensuite, il nous invite à déjeuner dans un petit bistrot sympa et on revient charger la voiture. Chaque année, l'ombre de Renaud, son frère, flotte entre nous. Renaud était mon collègue et il est décédé il y a bientôt 9 ans. C'était lui qui nous a fait connaître le champagne de son frère et depuis sa mort, je me suis fait un devoir puis un plaisir d'aller jusque chez lui, près de Reims, pour faire le plein. Il y a toujours un moment où on parle de lui en riant. Au début, c'était un peu douloureux pour Thierry, un peu gênant pour moi mais avec le temps, on a apprivoisé sa présence et on en parle avec beaucoup de tendresse. On a repris la route pour la Belgique et on a encore pris deux heures pour faire la livraison des caisses à chacun.

    Mardi: Je dors déjà. Ces derniers temps, je tousse beaucoup et vers 22h, je suis à la ramasse. Quentin m'appelle pour demander si on peut garder Maoh demain. Mais je n'entends pas. Il appelle son père qui, lui, ne dort pas. Par contre, sa voix me réveille. J'ouvre un oeil, puis deux, en jette un sur mon téléphone et je vois effectivement que mon fils m'a appelée, puis je les écarquille un peu plus quand je vois que Maman aussi a essayé de m'appeler. Il est 23h mais je la rappelle. Sans succès. J'essaye le fixe, le portable. Rien. Je suis pour le coup bien réveillée. Je panique un peu. J'appelle ma soeur qui n'a pas été appelée, elle. Maman me rappelle enfin et prétend mordicus ne pas m'avoir appelée. Bien sûr, elle a fait une fausse manoeuvre et ne s'en est pas rendu compte. Mais ces dix minutes de cache-cache ont fait grimper mon adrénaline et mon angoisse bien plus que je n'aurais imaginé. J'ai eu un peu plus de difficultés à me rendormir.

    Mercredi: C'est l'anniversaire de Paul aujourd'hui. Paul c'est le mari de ma marraine, décédée il y a bientôt deux ans. Quand il a appelé au secours en mars 2023 parce qu'elle était tellement mal et qu'il n'en pouvait plus, on n'a pas hésité une seconde à faire les 150 km de route pour les rejoindre et la convaincre de rentrer à l'hôpital.  Pendant sa longue agonie, on a vu Paul à peu près tous les deux jours. Et depuis l'enterrement, on ne l'a plus vu une seule fois. La vie est bizarre. D'accord, il habite loin mais quand même, du jour au lendemain, on ne s'est plus vu. J'aimerais l'inviter avec maman, son frère et sa belle-soeur, avant qu'il ne soit trop tard. Mais je procrastine, je procrastine.

    Jeudi: Guy nous appelle pour nous proposer de les accompagner en Afrique du Sud, de passer quelques jours avec eux à Johannesburg puis de continuer notre route dans ce vaste pays pendant qu'eux rejoignent le Botswana pour se consacrer uniquement à des safaris. L'Afrique du Sud, ils connaissent, ils l'ont déjà faite en long, en large et en travers. Ceci dit, nous sommes les bienvenus au Botswana mais c'est un autre budget et ils ne veulent pas nous imposer ça. Belle proposition, on doit mûrir tout ça.

    Vendredi: Dans notre capharnaüm qui n'en finit pas d'en finir, j'ai invité trois copines que je vois une fois par an. Trois veuves. L'Homme prend donc la poudre d'escampette pour ne pas jouer à cherchez l'intrus. C'est toujours un plaisir de les voir. Cette fois, on a comparé nos maux divers, pour la plupart, dos, genoux, épaules. Exactement comme avec mes sorcières sauf que ces bien-aimées sont franchement plus jeunes que moi alors que mes veuves sont un peu plus âgées que moi. Je finis par me demander si je ne suis pas tout simplement dans la moyenne et que je n'ai aucune raison de me plaindre. Mmmmmh…. Le soir, pièce de théâtre amateur jouée, entre autres, par le frère de maman et sa belle-soeur. Près de 170 ans à eux deux tout de même. La démarche un peu hésitante mais la mémoire du texte intacte. Chapeau. L'occasion aussi de revoir deux de mes cousins et deux de mes petits-cousins, ce qui n'arrive vraiment pas souvent. Envie d'organiser une cousinade. Mais je procrastine, je procrastine.

    Samedi: Concert de jazz avec maman, cadeau de Noël de Sis'Cile. Très chouette soirée, même si la fatigue commence à vraiment me peser. Et puis, on a décidé qu'on allait s'offrir le Botswana et les safaris un peu luxueux. Tant pis, c'est pas comme si on avait encore toute la vie devant nous. Au diable les varices !

    Dimanche: Journée à Gand, pour soutenir Simon qui court son premier semi-marathon et surtout aider Anaïs à occuper trois enfants pendant les quelques heures que prennent l'inscription, la préparation et la course elle-même. Vu que Simon est une gazelle (1h26, c'est vraiment top!), on n'a pas trop galéré pour les faire marcher puis patienter du point de départ où ils ont encouragé leur papa à grands cris jusqu'au point d'arrivée où ils l'ont accueilli avec un enthousiasme tout excité. Maoh et Quentin étaient aussi de la partie. 

    Et entre deux, on continue les travaux dans la cuisine…..

  • Printemps en vue

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    Lundi: Fin d'un weekend full of love avec mes sorcières bien-aimées. Paris sous un soleil frisquet. Expos, shopping, restos, cocooning dans l'appartement où nous avons passé trois jours exquis. Finies les conversations de midinettes, on compare nos maux de dos, de genoux, nos routines du matin et du soir. On fête la deuxième sexagénaire, c'est dire que le temps passe. Cela fait 30 ans qu'on s'aime et on s'en souhaite encore tout autant. Petit moment en communion avec la cinquième lors de la redécouverte de Notre Dame reliftée. Magnifique par ailleurs. Je rentre à la maison, le coeur gonflé, les lunettes perdues et les yeux pétillants de retrouver l'Homme qui m'a tout de même manqué.

    Mardi: Retour au yoga et à la salle. Un chouia en meilleure forme. L'Homme continue à poncer les plans de travail de la cuisine. Je sens qu'on n'est pas près de retrouver une cuisine opérationnelle. On mange des trucs froids sur un coin de table dans le salon. Ça va vite m'agacer. Petite virée chez l'opticien, il me faut de nouvelles lunettes. Le soir, théâtre: Le jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, complètement revisité et totalement décalé. On aime ou on n'aime pas. Nous on a aimé. Maman beaucoup moins.

    Mercredi: Lunch mensuel avec petite Anne. Le ciel est bleu bleu et la lumière nous inonde. Printemps en vue. Rendez-vous chez le kiné pour mon dos, qui s'occupe en fait de mes genoux. Je suppose que tout est lié. Mais pour la première fois, il me donne un peu d'espoir. 

    Jeudi: Mes lunettes sont déjà prêtes. Journée rangement dans le chaos momentané de la maison. Je prends mon mal en patience. 

    Vendredi: Une de ces journées que je chéris, une journée avec mes filles. Balade dans Bruxelles, shopping, lunch et tea time (pasteis de nata classique et café, un pur délice), le tout assorti de conversations sérieuses, moins sérieuses et de fous rires. Le soir, c'est à moi d'accompagner ma maman pour un concert. Mais cette fois, sans grand plaisir, musique moderne et dissonante à mes oreilles et cerise sur le gâteau, mon voisin dort tout le temps et flaire la chemise pas lavée depuis une semaine.

    Samedi: Remplir le frigo, on se demande pourquoi puisqu'on ne peut même pas cuisiner. Maïté passe avec les filles, on mange une focaccia sur un bout de table mais ça me fait plaisir de les voir. Reprendre le taureau par les cornes et attaquer une nouvelle couche d'huile de lin et de savon noir sur le sol. Le soir, s'affaler dans un fauteuil et finir le bouquin en cours.

    Dimanche: Au bout d'une nuit, le sol n'est toujours pas sec, il reste collant. L'Homme est un chouia découragé. Ne parlons pas de moi. En attendant il peint les portes de la terrasse. Moi j'entreprends de dépoussiérer et de trier tous les livres de notre chambre. Cela me prendra toute l'après-midi. 

    Allez, c'est pas tout ça, demain on part en Champagne faire le plein ;-).

  • Et j’ai pleuré, pleuré, pour qu’ils reviennent

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    Voilà deux semaines intenses qui viennent de s’écouler. Deux semaines avec de cinq à six petits pioux de 2 à 7 ans pendant les vacances scolaires. Ah oui, bien sûr, c’est fatigant, bien sûr, il m’arrive de perdre patience de et de hausser le ton au point de m’érailler la voix, bien sûr, mes nuits sont plus trouées qu’une tranche d’Emmental, bien sûr le manque de sommeil m’achève à la fin du séjour mais je le dis haut et fort – au cas où mes enfants me lisent – : je donnerais volontiers un an de ma vie (à décompter si possible à partir de 95 ans disons) pour qu’on ne me retire pas ce privilège de les avoir tous ensemble pendant les vacances scolaires au lieu de les envoyer en stage. Le retour sur investissement pour la grand-mère est mille fois supérieur à celui d’une éventuelle sociabilisation des enfants en stage.

    Je ne peux pas dire – comme on le lit souvent – que j’aime encore plus mes pioux que mes propres enfants. Vraiment pas. J’aime mes enfants comme Picsou aime ses pépites, un peu sauvagement comme une louve, et ils me le rendent infiniment. Mais ces petits là me ramènent à ce monde fascinant de l’enfance et je profite de chaque minute.

    C’était la première fois aussi que Maoh s’éloignait de ses parents plus d’une nuit et ce fut une réussite. Il a adoré faire partie de la bande de cousins pendant tout ce temps. Sappho s’est collée à lui la nuit pour qu’il soit rassuré, pas une seule fois elle n’a rechigné parce qu’elle ne dormait pas au troisième étage des lits superposés, privilège lié au droit d’ainesse. Mais elle a souvent mené les jeux pendant la journée, quitte à décider pour tout le monde les rôles assignés, sans laisser d’espace à celui qui avait quelques velléités de choix.

    Jules a été super calme. Il nous a quittés quelques jours pour un weekend à Londres avec ses parents et n’a eu de cesse de ramener un cadeau pour chacun des cousins.

    Samuel a mangé comme un bébé ogre, ce qui n’était pas gagné. Il me fait rire comme personne.

    Lémoni s’est chopé la varicelle et s’est laissé prêter aux soins à la pâte d’argile avec une patience d’ange (facilitée par quelques extraits de dessins animés tout de même).

    Amalia est arrivée en deuxième semaine et je suis fière de comprendre tout son charabia, ce qui n’était pas gagné non plus. Elle oscille entre le NON des terrible twos et le charme des enfants qui connaissent bien leur pouvoir.

    Oona n’a pas encore fait partie du clan des sept mais elle est venue les weekends avec ses parents. Elle a démarré la marche et ça c’est aussi une merveille.

    La maison été remplie de leurs jeux, de leurs cris, de leurs rires, de leurs chansons, de leurs disputes, de leurs pleurs pendant deux semaines. Le dernier jour, l’Homme s’est subitement payé une belle gastro et s’est retrouvé cloué à l’oreiller. Tous les parents ont rembarqué leurs enfants sauf Sappho et Lémoni qui devaient rentrer avec nous. Je les ai donc ramenées en train et suis revenue illico au chevet du malade. Mais en arrivant, j’ai trouvé la maison propre et rangée (merci les enfants) mais surtout horriblement vide. Et j’ai pleuré comme une madeleine le manque d’eux. C’était un peu ridicule mais incontrôlable. En fait, le terme chicouf ne me correspond pas vraiment…..

  • La vie continue

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    Lundi: On a bouclé le programme de la cérémonie d’adieu à Mamy, envoyé le tout, photos et musiques aux pompes funèbres et on est parti rejoindre les M. qui nous avaient invités au resto pour nos anniversaires respectifs à une heure de Bruxelles. On a dormi sur place, dans une chambre d’hôte, pour ne pas reprendre la route après le resto. C’était sympa mais on est reparti très vite le lendemain matin, l’organisateur de la cérémonie nous ayant demandé de remanier le diaporama de photos.

    Mercredi: L’adieu à Mamy était touchant. Les petits avaient préparé une jolie guirlande et ont été exemplaires pendant ce moment un peu hors du temps où la plupart d’entre eux ne comprenaient pas bien la notion d’adieu à leur arrière grand mère. La musique, les photos, les quelques mots de l’Homme et d’Anaïs m’ont fait pleurer. Mes rapports à ma belle-mère ont quelquefois été difficiles mais, fidèle à moi-même – ou à mon hypocrisie comme dirait ma belle-soeur -,  je n’en ai jamais rien laissé paraître mais je l’aimais beaucoup malgré tout. Et curieusement, la petite goutte qui m’a fait craquer pendant cette cérémonie c’est de penser que je ne caresserais plus ses mains toutes douces et vulnérables comme ce fut le cas pendant ces trois dernières semaines. Le chagrin prend sa source dans d’infimes détails. On s’est retrouvés, famille et quelques amis proches, à la maison pour un goûter salé-sucré. Quand Lémoni a vu toutes ces tartes, elle a demandé: « C’est l’anniversaire de qui ? »

    Jeudi: Nous avons attendu toute la journée la visite d’un électricien qui n’est jamais venu et on est resté tous les deux, assis dans un fauteuil, comme assommés par ces derniers jours. S’il n’y avait pas cet électricien au programme, on aurait tout aussi bien pu dormir toute la journée.

    Vendredi: L’Homme est parti couper du bois à la maison-jardin et moi je me suis fait cajoler par l’esthéticienne, je suis allée chercher un cadeau pour le premier anniversaire d’Oona et j’ai repassé.

    Samedi: J’ai accompagné maman à un concert de son abonnement. Je suis partie un peu avec des pieds de plomb. Le programme annonçait un concert d’electro- gospel acid trip. J’étais plutôt sceptique. J’ai été subjuguée. Ce type – Davone Hines – était juste incroyable. Exubérant, saisissant, une voix divine, un engagement politique très clair. Je ne m’attendais pas du tout à ça. A revoir absolument.

    Dimanche: Quentin et Kerya sont venus faire quelques essais dans mon four pour les gâteaux d’anniversaire d’Oona et Maïté et JD sont repassés après le cinéma. A la grande joie de Maoh qui regrettait que les cousins ne soient pas là. Il s’en sont donné à coeur joie pendant une petite heure. Puis ils sont tous partis et j’ai commencé ma préparation à la colonoscopie du lendemain. A ma plus grande joie. Mais ça c’est une autre semaine.