Catégorie : nuages noirs

  • Cou dur

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    Je me suis réveillée ce premier matin suisse complètement bloquée. Jamais de ma vie, je n’ai eu un torticolis pareil. Impossible de tourner la tête ni à gauche ni à droite, ni vers le haut ni vers le bas. Je n'ai pas compris ce qui m'arrivait. J'ai déjà eu un torticolis mais ça, ce n'est plus un torticolis, c'est une minerve naturelle…..

    J'ai passé la journée à dormir. Le soir, encore un peu plus fort, pas moyen de me coucher. Après quelques pleurs d'épuisement. j'ai fini par utiliser un système D, une serviette de bain roulée que j'ai utilisée comme poulie autour du cou, pour le faire descendre lentement vers l'oreiller.

    Après 48 heures, les choses sont rentrées plus ou moins dans l'ordre. Mais cet épisode m'a fait comprendre qu'il fallait absolument cesser d'ignorer les signes que mon corps m'envoie. Cela fait dix mois que j'ai une douleur récurrente dans le bras, qui depuis un mois s'est étendue à l'épaule et est devenue fulgurante à certains moments tout en limitant sérieusement l'amplitude de mes mouvements. Je n'ai pas voulu écouter et me voilà bien handicapée. L'ostéopathe renonce à m'aider tant que je n'ai pas fait une radiographie et une échographie. 

    Rendez-vous est enfin pris. On en saura plus la semaine prochaine.

     

     

  • A pied

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    Je m'étais jurée que je ne me laisserais pas atteindre. L'Homme était super pessimiste, moi très optimiste. Comme d'habitude.

    La ville a décidé d'étendre sa zone piétonne et notre immeuble est concerné. Jusque là, pas de problème. 

    Nous avons accueilli le plan de mobilité avec un enthousiasme mêlé d’une certaine appréhension toutefois. 

    Il nous semblait tomber sous le sens que les habitants de la ville bénéficieraient d’un laissez passer afin d’être en mesure de charger et décharger leur véhicule devant leur domicile. Le courrier qui nous a été adressé relatif à la demande de laissez-passer a réveillé nos craintes. Le courrier s’adressait aux riverains propriétaires ou locataires d’un garage ou d’un emplacement de parking dans la zone. 
     
    Notre compréhension était que TOUS les habitants de la zone concernée avaient droit à un laissez-passer. 
     
    Mais lorsque je me suis présentée au service ad hoc, on m’a purement et simplement refusé le laissez-passer qui n’est délivré qu’aux riverains motorisés de plus de 65 ans !!
     
    Rendre la ville à ses citoyens en augmentant les zones piétonnes et en mettant fin une circulation démesurée est une chose, rendre la ville infernale à ces mêmes citoyens en leur interdisant d’avoir un accès motorisé légitime à leur domicile en est une autre. 
     
    Nous ne demandons rien de plus qu’un accès de courte durée devant la maison pour charger et décharger notre véhicule (Mamy L. par exemple, les packs d'eau, les grosses courses, les bûches pour la cheminée, les objets encombrants, etc….) comme c'est le cas dans toutes les autres grandes capitales européennes où le piétonnier est en place depuis longtemps.
     
    Le projet visait à donner un nouveau coeur à la ville, qui mêle qualité de vie, commerce, économie, culture, emplois… et mobilité rendues à la population ». Projet auquel nous adhérions et pourrions encore adhérer si, pour exister, il ne se révélait pas inutilement contraignant pour les vrais habitants du piétonnier. 
    Le but du projet du bourgmestre de Bruxelles est "de permettre à plus de gens de (re)venir en ville » mais son approche totalement fermée à ses propres concitoyens laisserait supposer que son projet soit tout autre. 
     
    Aujourd'hui, je ne décolère pas. C'est plus une question de principe qu'autre chose. On pourra toujours se débrouiller si on n'obtient pas gain de cause. L'être humain s'adapte et c'est tant mieux. Mais je ne digère pas l'idée que ceux qui viennent travailler à côté de chez moi et qui ont un garage dans cette rue auront le droit de passer devant chez moi et moi, je serai interdite de passage devant ma propre porte. Ca me rend plus enragée qu'un chien mordu par un renard.
  • Charlie’s angels

    Je n'ai pas de mots. Alors je les emprunte à Stéphane De Groodt:

     

    Au nom de vils desseins, ils caricatuent. Charliberté, je crie ton nom !

     

        

      

     

  • Panier de crabe

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    Allez, le crabe a encore frappé. Cette fois, ce n'est pas une amie mais une autre femme d'exception que j'admirais beaucoup. Même âge, même signe, même sens aigu des couleurs, même rayonnement que Hanka. C'est elle qui m'a appris à superposer les parfums, à détourner les objets, c'est elle qui a inventé notre cuisine, notre salle de bains, nos bibliothèques, notre dressing. Sa patte est partout chez nous. On l'enterre demain. J'espère que là-haut, elles auront l'occasion de se rencontrer, on peut toujours rêver. 

    Et pendant ce temps-là, la vie se poursuit.

    Maïté et JD ont trouvé un appartement, sublime (en tout cas, en photos), trois fois plus grand que leur mouchoir de poche actuel et Maïté a l'impression qu'elle va emménager dans un palais.

    Anaïs et Simon ont adopté un petit chat absolument adorable. 

    Quentin a l'air de se plaire dans son nouvel environnement, je n'ai plus qu'à croiser les doigts pour qu'il y trouve son bonheur plus que du plaisir.

    Nous, on continue les travaux de réfection de notre chambre, tant bien que mal, entre les cours de portugais, les soirées théâtre et concert, le badminton et le boulot.

    L'eau continue de couler sous les ponts, les saisons se poursuivent, le temps poursuit sa course et rien ne peut l'arrêter. Ces départs successifs me rendent la vie à la fois plus précieuse et plus fragile. 

    Et le vertige me reprend…..

  • Bisoucini

      Hanka

    Voilà, tu es partie. Je n'enverrai plus jamais de sms à personne en demandant: "Talkable ?". C'est un mot qui n'existe même pas, qu'on a inventé toutes les deux pour savoir si on pouvait se téléphoner, si on ne dérangeait pas, si c'était le bon moment. Bisoucini non plus d'ailleurs, ça n'existe pas; celui-là, c'est toi qui l'as inventé.

    Je n'arrive même pas à imaginer comment on va faire maintenant que tu n'es plus "talkable". Je crois que je n'ai pas encore vraiment réalisé.

    Ces deux dernières semaines ont été tellement bizarres. Nous sommes allées déjeuner ensemble puis tu as vu le médecin qui a décidé de tout arrêter. Puis je t'ai demandé ce que tu voulais faire de ces derniers mois à vivre et tu as rêvé le Mont St Michel. Claude a tout organisé le soir-même mais deux jours après, tu as vite compris que même ça, tu ne pourrais plus. On a rangé tes papiers, on a paré au plus pressé, le loyer, le gaz, l'électricité, tout ça, pour que tes proches n'aient pas à se casser la tête. Et puis, comme tu le voulais, pour éviter l'encombrement du cercueil dans ta cage d'escalier étroite – tu n'auras décidément pas arrêté de penser aux autres -, on t'a emmenée à l'hôpital quand la fin est devenue imminente. J'ai pu te dire au revoir et te transmettre les baisers des sorcières et tu as souri, pour la dernière fois.

    Quand j'ai prévenu nos anciens collègues, j'ai reçu une avalanche de messages pour dire à quel point tu les avais marqués dans leur vie personnelle ou professionnelle, à quel point ta passion pour les autres les avait touchés chacun personnellement.

    Et voilà, hier, la cérémonie d'adieu que tu nous as préparée de la première à la dernière ligne était à ton image. Grande, magnifique, généreuse et humaine. Tellement.

    Tu me passes le flambeau d'aînée des sorcières. Et c'est un sacré poids sur mes épaules, ça. Mais je prends volontiers aussi le flambeau de la défense des autres que personne d'autre n'a jamais aussi bien porté que toi. Et j'essayerai d'en être digne. C'est ma façon à moi de t'aimer aujourd'hui.

     

     

  • Semaine de fin d’été

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    Lundi: Visite trimestrielle chez le médecin, histoire de vérifier si l'hypertension est toujours bien maîtrisée. Il est content, moi aussi. Il trouve que mon pantalon aurait besoin de bretelles et me fait monter sur la balance. J'ai effectivement perdu un ou deux kilos mais je ne lui dis pas que le tissu de ce pantalon se distend au fur et à mesure que je le porte. J'ai ma fierté. Il nous recommande, à moi et à l'Homme, de faire le vaccin contre la grippe. C'est la première fois qu'on me dit ça. Signe du temps qui passe. Je fais la moue…

    Mardi: C'est la fin de l'été et la chute des pommes. On a ramené ce weekend deux caisses de petites reinettes bien rouges et ce n'est que le début. On compote à qui mieux mieux. Anaïs et Simon viennent manger ce soir et je m'en réjouis. On passe une charmante soirée à quatre, Quentin retenu chez des copains.

    Mercredi: Elle m'a dit qu'elle ne serait plus là dans quelques mois, voire quelques semaines. Elle m'a délégué la tâche d'informer les autres sorcières bien-aimées. J'ai tourné les mots pour le dire, sept fois dans ma tête avant d'accoucher d'un e-mail froid et clinique, dont j'essaie d'éliminer tout pathos mais entre les lignes duquel les trois chéries auront lu toute l'émotion que j'essaie d'endiguer. Elles sont toutes les trois atterrées et désemparées chacune à leur manière.

    Jeudi: Journée riche en émotions diverses. Déjeuner avec l'Homme, son filleul et sa copine. La communication entre filleul et parrain est quasi inexistante mais l'affection est présente même si jamais manifestée. Et là, tout d'un coup, le filleul prend l'initiative d'un "allons déjeuner" et comme par magie, ils se parlent comme si cela leur avait toujours été totalement naturel et spontané et cette heure passe comme un enchantement.  Nous passons, l'Homme et moi, le reste de l'après-midi avec elle, ma sorcière qui a pris son aller simple pour le paradis. Elle veut ranger ses papiers, mettre de l'ordre avant de partir et tout cela me semble si naturel. Je veux passer le plus de temps possible avec elle, engranger encore quelques petits bouts d'elle qui feront un chapelet de souvenirs intenses et qui ajouteront encore quelques perles au collier qu'elle a fait de moi. Mais je suis immensément triste et les quatre heures d'opéra qui ont suivi cette après-midi ont pris une couleur différente et la musique n'a jamais été aussi consolante que ce soir.

    Vendredi: Maïté part ce matin pour le Japon et mon petit coeur se serre. C'est la première fois qu'un de mes enfants part si loin (sans nous). A son âge, "meno male". Mais voilà, on ne se refait pas. Profite mon grand bébé, enjoy Japan et reviens-moi la tête pleine d'images et l'appareil photo plein d'arguments pour convaincre ton père de m'y emmener aussi.

    Samedi: Enfin un weekend sec qui s'annonce. On va pouvoir donner cette deuxième couche de peinture tant attendue par les volets de la maison là-bas. Avec les parents qui assurent l'intendance. Que du bonheur !

    Dimanche: On est arrivés au bout et il ne reste plus que le portail à peindre. On repart le coffre plein d'une nouvelle cargaison de reinettes et on emmène maman voir Joan Baez en concert. Une grande dame septantenaire, exquisement classe et belle, à la voix toujours aussi extraordinaire. Elle l'a chanté hier mais cette semaine encore, plus que jamais, "gracias a la vida que me ha dado tanto…."

  • Claques d’hiver

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    Winter Blues – Erin Siegel

    C'est une semaine de claques qui vient de s'écouler et je suis épuisée. Oh, rien de grave, mais juste une série de vexations juste suffisantes pour vous couper les ailes et grignoter sournoisement toute votre énergie.

    Lundi: J'ai à peine mis les pieds au bureau, je n'ai même pas encore enlevé mon manteau – mais déjà allumé mon ordinateur – que le téléphone sonne. Le cadran lumineux n'affiche aucun nom et je décroche sans savoir qui m'appelle. C'est une collègue en difficulté qui ne veut plus travailler dans l'unité où elle travaille, et je croyais avoir tout arrangé en moins d'une semaine. Je lui ai trouvé une autre unité où atterrir, elle était ravie et du jour au lendemain, elle change d'avis. Et elle m'agresse verbalement au  téléphone, elle ne veut pas aller là où je lui ai trouvé un point de chute contrairement à son enthousiasme de la semaine dernière, elle s'énerve, elle prétend avoir bien le droit de choisir où elle veut aller. Je suis pressée, j'ai une réunion dans 10 minutes, et elle n'écoute rien de ce que je lui dit, elle continue de revendiquer. Je finis par réussir à la quitter et je m'effondre. Je n'ai pas encore enlevé mon manteau, je suis en larmes et j'ai donné un violent coup de pied à mon armoire. La semaine commence bien.

    Mardi: Il rentre dans mon bureau sans crier gare, ferme la porte, me pose une question anodine puis, sans prévenir, me lâche une bordée d'insultes, non pas à moi personnellement mais à "vous, les ressources humaines". Bien sûr, "vous, les ressources humaines", je le prends personnellement. Si on attaque mon équipe, leur travail, c'est à moi que ça s'adresse. Et dans le cas présent, ce n'était même pas ça, c'était plutôt les décisions de la direction qui étaient invectivées mais par le biais de leur messager. Il avait à peine repassé le seuil de mon bureau que, me revoilà en larmes. Deux jours de suite, ça fait beaucoup. Fatigue, fatigue, quand tu nous tiens.

     Mercredi: Rencontre avec une formatrice venue présenter une activité de team building à organiser avec mon équipe. Je ne me suis pas méfiée. En deux coups de cuiller à pot, elle a mis le doigt sur mes deux principales lacunes: mon côté maternel et mon incapacité à dire non. Ce qui freine l'autonomie de mon équipe et me met dans une situation de sollicitation permanente à laquelle tout le monde s'étonne – moi y compris – de me voir résister aussi bien. Jusqu'à ce que….

    Jeudi: Théâtre pour se changer les idées. Le titre de la pièce est déjà inquiétant: "Shut your mouth !". La pièce nous a démoli le moral. Une accumulation trépidante de répliques « horribles », décalquées de l’intimité de plusieurs couples de notre bourgeoisie moderne. C’est ici et maintenant, chez des gens qu’on croit reconnaître, en situation paroxystique parfaitement imaginable. Un homme et une femme qui s’engueulent, se déchirent, s’envoient des horreurs à la figure : qui n’a pas été le témoin involontaire de ces scènes de ménage dont tout le voisinage peut profiter grâce à une fenêtre ouverte, un jardin mitoyen ou des murs mal insonorisés. On est souvent pétrifié par la violence des dialogues, la charge de la frustration, de la rancœur, de la douleur, de la solitude. 

    Vendredi: Présentation au personnel des résultats de l'enquête de satisfaction du personnel. La plupart des indicateurs étant en baisse, l'exercice s'annonçait plutôt difficile. Et vu ma fatigue et mon découragement, chaque remarque un peu plus acerbe du personnel m'a découragée encore plus et je n'avais plus qu'une envie: m'enfuir et changer de boulot.

    Samedi: J'avais besoin de dormir, dormir, dormir. Mon fils avait envie de sortir, sortir, sortir. A quatre heures du matin, je me suis réveillée pour l'attendre et je ne me suis plus rendormie… Mon énergie est au plus bas. Et pourtant, j'avance toujours un pied devant l'autre. Le soir, cousin, cousine et amis passent à l'improviste et nous finissons la journée au marché de Noël et autour d'un spaghetti improvisé à la maison. Qui parlait d'aller dormir tôt ?

    Dimanche: La semaine se termine pourtant en beauté. St Nicolas a décidé de continuer ses tournées dans nos cheminées malgré l'âge indécent de nos enfants. Les valeurs ajoutées ont été considérées comme membres à part entière de ce moment hautement familial et la découverte des cadeaux en pyjama a été remplacée par un brunch digne de Eurodisney. Pour la troisième année consécutive, le grand Saint a aussi gâté les parents et ce moment de douceur et de tendresse m'a donné l'énergie nécessaire à repartir pour une nouvelle semaine de boulot.Je croise les doigts pour qu'elle soit moins "claquante".

     

     

  • Seul

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    Quand on fait face à la maladie, quand on perd un ami, quand on cherche un nouveau souffle après le départ des enfants, quand on se prend une claque aux examens, quand on ne trouve plus l'énergie pour continuer, quand on ressasse les infidélités de son mari, quand on se demande encore vingt ans après pourquoi elle s'est donné la mort, quand on subit le harcèlement de collègues sans oser le dire, quand on doit chercher sa voie après le diplôme, quand on doit partager la garde avec le père ou la mère de ses enfants alors qu'on n'a pas demandé le divorce, on ne voulait rien de tout ça, quand on doit affronter ses enfants muets ou hurlant de colère face à la séparation de leurs parents, quand on doit quitter le nid pour se lancer dans la vie active, quand on on se débat dans des relations professionnelles conflictuelles, quand on doit licencier des chargés de famille, quand on voit ses capacités fondre comme peau de chagrin à cause d'une dégénérescence, quand on doit vendre sa voiture parce qu'on a perdu son boulot, quand on doit gérer l'agressivité d'un proche, quand on n'aime pas son corps, quand son enfant n'est plus qu'un mur….

    On a beau être entouré de parents aimants, d'enfants affectueux, d'amis bienveillants, de frères et soeurs attentifs, de partenaires délicats….

    Au final, on est toujours seul. Seul.

     

     

  • Les risques du métier

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    Pas toujours facile d'être DRH dans la fonction publique. A priori, on pourrait penser que c'est bien plus peinard que dans le privé. Oh bien sûr, on est loin des licenciements collectifs, des lois Renault et autres fermetures générales. Et le licenciement individuel est assez rare. Avant, quand le fonctionnaire public était nommé, il aurait fallu tuer père et mère pour se faire éjecter. Aujourd'hui, les contrats ne sont plus signés à vie et tant la performance que le comportement doivent être l'une acceptable et l'autre irréprochable. Ceci dit, si on licencie une personne par an, c'est déjà beaucoup.

    Par contre, pour rentrer dans la fonction publique, c'est devenu de plus en plus compliqué. Epreuves écrites, entretiens corsés devant 4 à 5 personnes, diplômes et attestations de travail, certificat de bonne vie et moeurs, un vrai parcours du combattant.

    Parfois, on connaît bien les personnes qui se lancent dans ce parcours, on connaît leurs qualités, leur excellente performance, elles ont déjà travaillé avec vous ou travaillent encore toujours là mais sous un type de contrat précaire et on voudrait tout faire pour leur permettre de stabiliser leur situation. Particulièrement en ces temps de crise. Parfois, on est impuissant devant le diplôme qui manque, le nombre d'années d'expérience requis pas atteint, parfois il ne manque que quelques mois, parfois on cherche tous les moyens légaux pour interpréter la règle au mieux des intérêts de chacun. Mais parfois, rien n'y fait et on doit refuser la sélection.

    Et puis, quelques semaines plus tard, celle que vous n'avez pas voulu/pas pu recruter fait un accident vasculaire cérébral et se retrouve bras et jambe paralysés.

    Et sous le coup de l'émotion, de la colère, la collègue, l'amie proche de la victime, déboule dans votre bureau et vient vous cracher sa haine et son reproche. 

    Et vous restez seule avec cette haine glaciale, cette tristesse immense pour celle qui est tombée, cette profonde solitude et puis cette colère volcanique à l'intérieur. 

    Colère contre le système qui nous impose un tel cadre rigide autour du choix des collaborateurs, comme si on entrait à l'Elysée (le paradis de la mythologie grecque, pas le pied-à-terre de Hollande). Colère surtout contre la haine déversée chez moi et uniquement chez moi. Parce qu'on sait que j'accepte tout. Colère contre moi qui accepte tout. 

    Sa haine l'a rendue malade, elle n'est pas revenue pendant quinze jours. Et j'essaie d'entretenir ma colère pour pouvoir en faire part lundi, si elle revient. Mais je ne sais pas garder la colère, elle me file comme du sable entre les doigts.

    Alors je m'entraîne….

    I-dont-hate-you-i-just-hope-your-next-period-happens-in-a-shark-tank