Catégorie : nuages noirs

  • Blue Monday

    Une agence de voyage a inventé au début des années 2000 le concept du Blue Monday afin d’inciter les météo-dépendants (comme moi) à faire leurs valises et d’aller voir ailleurs si le ciel est plus bleu. Un départ avant ou après le troisième lundi de janvier était bien entendu autorisé. C’est juste un concept cette histoire de Blue Monday. Encore que…. il semble bien que la période qui s’étend de mi-janvier à mi-février soit effectivement propice à la déprime ambiante. Les fêtes sont finies, les guirlandes lumineuses sont éteintes, le sapin est défait, les soldes nous ont ruinés, les kilos en trop s’incrustent, les bonnes résolutions s’effilochent. Bien sûr, les jours s’allongent mais notre cerveau n’a pas encore enregistré l’info.

    Moi, ça va, je ne vois pas la vie en bleu. La fête n’est jamais finie, il y a au moins deux anniversaires par mois, les guirlandes lumineuses clignotent encore toujours dans ma rue, je n’ai pas fait les soldes, les kilos en trop fondront certainement bientôt et les bonnes résolutions ne datent pas du 1 janvier.

    Autour de nous, l’ami qui était hospitalisé pour une pancréatite depuis décembre et dont on ne donnait pas cher sort demain. L’ami qui a subi un pontage en urgence il y a dix jours est déjà au volant de sa voiture. D’accord, ce n’est pas sérieux. Mais il n’est pas sérieux, on le sait.

    Par contre, pour l’ami qui est parti hier en Italie parce que sa maman est dans le coma et que son papa ne sait plus qui est sa femme ni son fils, la couleur est au bleu, c’est sûr. Je suis triste pour lui parce qu’on sait que pour sa maman, c’est la fin, pour son papa, c’est le début d’une autre vie.

  • Mon « vrai » cousin

    En fait, c’est mon petit cousin. Le cousin de ma maman. Sa maman à lui était la soeur de ma grand-mère. C’est comme ça dans les grandes familles. Une maman peut accoucher trois mois avant sa nièce.

    Des cousins, j’en ai eu cinq. Mais l’aîné est arrivé quand j’avais 9 ans. Alors forcément, j’ai plus été leur baby-sitter que leur partenaire de jeux.

    Alors, oui, avec ses trois mois de différence avec moi, c’est ce que j’appelle un vrai cousin (au sens où mes propres petits enfants vivent leur cousinade).

    Pourtant curieusement, on ne s’est pas beaucoup vus enfants. Nous n’habitions pas la même ville, nos parents n’étaient pas de la même génération, bref. Seule ma grand-mère m’emmenait parfois lorsqu’elle allait rendre visite à ses soeurs, toutes vivant dans les cantons germanophones de la Belgique. Mais j’ai des souvenirs très précis de ces rares moments. Ce cousin était très drôle et j’aimais beaucoup rire.

    Ce n’est qu’à l’âge adulte que nous nous sommes vus plus souvent et que nous nous sommes découvert bien plus d’affinités encore que pendant l’enfance. Nous nous sommes invités à nos mariages respectifs et à partir de là, nous nous somme retrouvés bien plus régulièrement. Il est devenu le parrain de mon fils et l’Homme est devenu le parrain d’un des siens.

    Il est parti le dernier dimanche d’août, après une longue bataille de 6 mois. J’ai eu beaucoup de mal à y croire. Difficile d’imaginer ne plus l’entendre rire, difficile de penser qu’il ne m’amènerait plus de boîtes de 20 bâtons de chocolat à la banane (même si cela fait belle lurette que je n’aime plus ça – et d’ailleurs la chocolaterie à côté de chez lui a fermé) ni 6 tartes au riz, spécialité de sa région (mais t’inquiète, ça se surgèle !). Difficile d’accepter qu’un pan de vie se termine.

    Ma belle-cousine est magnifique de résilience. Elle force le respect. Elle a dit qu’elle était l’ombre et lui l’éclat. C’est vrai qu’il était lumineux. Mais elle n’est pas l’ombre. Elle est un soleil d’hiver qui réchauffe le coeur et fait tellement de bien quand on a froid.

  • La vie continue

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    Lundi: On a bouclé le programme de la cérémonie d’adieu à Mamy, envoyé le tout, photos et musiques aux pompes funèbres et on est parti rejoindre les M. qui nous avaient invités au resto pour nos anniversaires respectifs à une heure de Bruxelles. On a dormi sur place, dans une chambre d’hôte, pour ne pas reprendre la route après le resto. C’était sympa mais on est reparti très vite le lendemain matin, l’organisateur de la cérémonie nous ayant demandé de remanier le diaporama de photos.

    Mercredi: L’adieu à Mamy était touchant. Les petits avaient préparé une jolie guirlande et ont été exemplaires pendant ce moment un peu hors du temps où la plupart d’entre eux ne comprenaient pas bien la notion d’adieu à leur arrière grand mère. La musique, les photos, les quelques mots de l’Homme et d’Anaïs m’ont fait pleurer. Mes rapports à ma belle-mère ont quelquefois été difficiles mais, fidèle à moi-même – ou à mon hypocrisie comme dirait ma belle-soeur -,  je n’en ai jamais rien laissé paraître mais je l’aimais beaucoup malgré tout. Et curieusement, la petite goutte qui m’a fait craquer pendant cette cérémonie c’est de penser que je ne caresserais plus ses mains toutes douces et vulnérables comme ce fut le cas pendant ces trois dernières semaines. Le chagrin prend sa source dans d’infimes détails. On s’est retrouvés, famille et quelques amis proches, à la maison pour un goûter salé-sucré. Quand Lémoni a vu toutes ces tartes, elle a demandé: « C’est l’anniversaire de qui ? »

    Jeudi: Nous avons attendu toute la journée la visite d’un électricien qui n’est jamais venu et on est resté tous les deux, assis dans un fauteuil, comme assommés par ces derniers jours. S’il n’y avait pas cet électricien au programme, on aurait tout aussi bien pu dormir toute la journée.

    Vendredi: L’Homme est parti couper du bois à la maison-jardin et moi je me suis fait cajoler par l’esthéticienne, je suis allée chercher un cadeau pour le premier anniversaire d’Oona et j’ai repassé.

    Samedi: J’ai accompagné maman à un concert de son abonnement. Je suis partie un peu avec des pieds de plomb. Le programme annonçait un concert d’electro- gospel acid trip. J’étais plutôt sceptique. J’ai été subjuguée. Ce type – Davone Hines – était juste incroyable. Exubérant, saisissant, une voix divine, un engagement politique très clair. Je ne m’attendais pas du tout à ça. A revoir absolument.

    Dimanche: Quentin et Kerya sont venus faire quelques essais dans mon four pour les gâteaux d’anniversaire d’Oona et Maïté et JD sont repassés après le cinéma. A la grande joie de Maoh qui regrettait que les cousins ne soient pas là. Il s’en sont donné à coeur joie pendant une petite heure. Puis ils sont tous partis et j’ai commencé ma préparation à la colonoscopie du lendemain. A ma plus grande joie. Mais ça c’est une autre semaine.

  • Adieu à la déesse

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    En 1997, elle nous a rendus fous toute l'année. Elle avait 67 ans et comme sa maman était morte à 67 ans, il lui semblait absurdement logique de partir au même âge. On a entendu cette crainte pendant 4 saisons pour finalement l'entendre pousser un soupir de soulagement au crépuscule du 365ème jour. 

    Vingt ans après, en 2017, elle nous a fait mine de partir, dévastée par une bactérie qualifiée à juste titre de "difficile", elle a perdu 20 kilos et toutes ses forces et le médecin ne lui a pas donné 3 mois. Elle est alors rentrée chez elle et une équipe de soins palliatifs a été mise en place pour l'aider à vivre ces derniers mois.

    Mais c'était sans compter la volonté de fer et hors pair de celle que désormais tout le monde appelait la warrior, la guerrière et que Samsam a rebaptisée la Déesse parce que dans sa tête c'est le même concept.

    Elle a fait régresser la bactérie, l'a tenue à distance, a repris des forces et du poil de la bête. Elle a recommencé à se lever, d'abord du lit, puis du fauteuil, s'est à nouveau déplacée dans l'appartement, monté et descendu les escaliers une fois par semaine. Elle a perdu la vue progressivement mais s'est débrouillée pour voir le monde en rétréci puis à inventer ce qu'elle ne voyait plus. 

    Pendant sept ans, elle a attendu chaque jour Yves, Laurence, Gédéon, Patrick, Claire, Jean-Marie et tous les infirmiers dont elle connaissait les quelques petits détails de leur vie glanés pendant les soins et elle nous les racontait ensuite, au même titre que les infos ou la météo du jour. Pendant sept ans, elle a tenu bon grâce à eux et grâce à Marie-Chantal et elle a pu célébrer dans ses bras la naissance de sept arrière-petits-enfants. Pendant sept ans, elle a montré son indéfectible envie de vivre, jusqu'au dernier jour et a amplement mérité son titre de déesse guerrière. 

    Elle est partie vendredi, à son corps et à notre coeur défendant. 

    Au revoir très belle-maman.

  • En janvier, restons couchés

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    L'année avait pourtant bien commencé. Choucroute et concert du nouvel An. Les traditions ont la saveur du bonheur et des moments de retrouvailles. On a terminé par un gâteau au chocolat peu alléchant chez Mamy L avec les enfants, Lémoni et Maoh. Elle était bien.

    Et puis trois jours après, la situation s'est subitement dégradée. Grosse infection pulmonaire, intense faiblesse, mise sous assistance respiratoire. Mais elle a souhaité rester à la maison et refuse tout acharnement thérapeutique. Je comprends. Elle n'a aucune envie de revivre son parcours du combattant de 2017. Mais son état de faiblesse la prive de toute l'autonomie relative qu'elle avait entre ses quatre murs et il convient de ne pas trop la quitter. On a convenu de partager entre nous, sa fille, l'Homme et moi, la journée auprès d'elle. La nuit, nous avons trouvé quelqu'un qui la veille. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a les jours "sans" où le médecin prescrit les anxiolytiques et des comprimés morphiniques si nécessaire pour l'aider à respirer et où on pense qu'elle ne passera pas la nuit et les jours "avec" où elle dit avoir bien dormi, avale quelques cuillères en plus et parvient encore à nous épater. Un jour comme aujourd'hui où je lui dis "Mamy, ce matin, j'ai défait la moitié du sapin" et où elle me répond "les éléphants aiment manger le sapin". Je n'étais même au courant et interloquée, je vérifie. Et tout à fait, Mamy, il a même été conseillé à ceux qui se débarrassaient de leur sapin de l'apporter au zoo. Les branches de sapin sont des bonbons pour les éléphants.

    Bien entendu, l'Homme et moi, on se voit moins puisqu'on se relaie, ma belle soeur devant travailler ou télétravailler selon les jours. Mais on arrive à intercaler quelques moments pour nous, comme un resto pour mon anniversaire, un concert avec Mamy B. ou un goûter avec la tribu pour nous fêter JD et moi. 

    Petit contretemps, je me réjouissais d'accueillir Jules, SAmSam et Amalia ce weekend mais ils étaient malades, probablement grippés et la mort dans l'âme j'ai dû renoncer à les prendre, pour ne pas choper le moindre virus que j'aurais bien évidemment refilé comme une patate chaude à Mamy L. Résultat, les parents de Simon les ont accueillis tout le weekend et ont attrapé la patate chaude au vol :-(.

    Ah oui, et pour encore mieux gâcher janvier, j'ai fait une deuxième infiltration dans les lombaires, sans le moindre petit succès. 

    D'accord, j'ai eu la fève trois fois cette année. Mais j'aurais donné mes couronnes et mon royaume pour éviter ces tristes moments.

     

     

     

  • Une sainte horreur des adieux

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    Je dois l'avoir déjà consigné par ici, j'ai une sainte horreur des adieux. Je peux m'en rendre malade. Le simple fait de quitter un lieu de vacances que l'on a investi pendant 3 semaines et que j'imagine ne probablement plus jamais revoir me fait monter les larmes aux yeux. C'est en fait aux merveilleux moments que j'y ai passés que je dis adieu, je le sais bien mais ça ne change rien à l'affaire.

    Quitter la maison que nous avons habitée pendant 4 ans en Italie m'a arraché des sanglots indécents, assise par terre dans ma cuisine – plus une chaise, tout était dans le camion de déménagement, qui me narguait en bas de la maison – , complètement dévastée à l'idée de quitter cet endroit. Je crois bien, honte à moi, avoir pleuré là plus de larmes que je n'en ai versé aux différents enterrements auxquels j'ai assisté. Même de mes aimés. Mais c'est vrai qu'aux enterrements, je reste digne….. 

    Alors en ce mois de novembre bien gris, j'ai dit adieu cette semaine à un arbre. Celui qui domine de toute sa majesté la maison-jardin, celle qui a vu naître mon père, grandir mes soeurs et moi, jouer nos enfants et jusqu'à aujourd'hui mes petits enfants. Il s'est creusé dangereusement à la base, mangé par un vilain champignon et la mort dans l'âme, j'ai accepté qu'on l'abatte avant qu'il ne s'en charge tout seul sur la maison des voisins. J'ai même fait appel à une "docteur des arbres", qui se dit "pour l'acharnement thérapeutique" mais même elle a signé son arrêt de mort. J'ai quitté la maison-jardin en pleurant en lui jetant un dernier regard.

    Et ce mois aussi, maudit soit-il, je vais faire mes adieux à l'appartement qui a abrité notre amour à ses débuts, mon premier chez-moi, mon premier nid, où j'ai couvé trois petits, où j'ai vécu dix ans de bonheur absolu avant de partir pour l'Italie, en abandonnant l'appartement à ma soeur. Il a finalement été décidé de le vendre. Mais fermer une porte en sachant qu'on peut y retourner, même quelques instants, c'est très différent de fermer la porte pour toujours.

  • Eté es-tu là ?

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    Lundi: Réveil tôt ce matin. L'entreprise qui avait réalisé les travaux de façade de l'immeuble vient enfin réaliser les finitions. Ces petits détails que personne ne voit mais qui n'échappent pas à l'oeil de lynx de  l'Homme qui, bien sûr, ne laisse rien passer. Je l'abandonne à midi et part déjeuner avec Yasmina. Je continue à proposer à une quinzaine de collègues de se retrouver le temps d'un lunch, pour se mettre à jour et pour le plaisir de les voir encore. Bien sûr, ces déjeuners s'espacent un peu, vu notre agenda chargé de pensionnés heureux, mais je les revois toujours avec délices. Et je crois qu'elle aussi parce qu'elle a joué les prolongations au mépris des horaires habituels. Puis je suis allée faire cette prise de sang de contrôle, histoire de voir si mon immunité s'est renforcée suite au deuxième vaccin de protection contre la pneumonie. Et le soir, nous avons ouvert l'été avec un premier barbecue de l'année chez Anne et Guido. Par contre, je n'avais plus autant mangé depuis longtemps.

    Mardi: Maïté est venue télétravailler à la maison puisque Katia était là nous faire de jolies mains et jolis pieds couleur d'été avant de prendre des vacances bien méritées avec son fils et ses enfants qui arrivent demain du Brésil pour tout le mois. Elle était aux anges et moi pour elle. Le soir, j'ai enfin pris ce rendez-vous chez l'ostéopathe qui s'est penchée sur mon dos pendant plus d'une heure. Cela fait deux mois que je traîne ces douleurs lombaires qui m'épuisent. J'espère qu'elle m'aura aidée. L'Homme m'a patiemment attendue et nous avons pris la route de la maison-jardin.

    Mercredi: Comme toujours lorsque nous sommes là, nous avons travaillé dans le jardin et dans la maison sans vraiment prendre le temps de s'asseoir. J'ai cueilli les framboises qui ne demandaient que ça et je les ai transformées en coulis pour les yaourts et les glaces éventuelles de la semaine prochaine. Nous avons également pris contact avec un médecin des arbres qui va venir ausculter le noyer centenaire que nous aimons tant mais qui se creuse de plus en plus et dont le risque potentiel de chute fait peur à tout le monde. Si ce médecin pense qu'il ne sert à rien de faire de l'acharnement thérapeutique, on se résoudra à l'abattre mais la mort dans l'âme. Des larmes en perspective.

    Jeudi: Une matinée encore sur place et retour à Bruxelles pour le dîner d'anniversaire de Cat dans un resto spécialisé en viande. Dîner au jardin très sympa, très bon. Dommage qu'à nouveau l'Homme ait réagi de manière violente lors d'une altercation avec Joséphine sur ….. le bien-fondé des statines. Franchement, il y a des fois où je ne comprends pas la nécessité de se gâcher la soirée pour des sujets aussi peu importants. 

    Vendredi: Une journée d'entretien: fitness en salle où j'ai le plaisir de retrouver mes filles qui terminent leur séance au moment où j'arrive et petit café avec le coach, fils de l'une, frère des deux autres et coach des trois. Il ne manquait que le père récalcitrant aux salles de sport. Dommage, il ne sait pas ce qu'il rate. Après-midi soin visage, couleur et brushing et soirée à l'opéra pour la dernière de la saison: Turandot de Puccini. Pas le grand enthousiasme mais pas moche non plus. Mes problèmes de dos sont descendus dans la jambe. Je suppose qu'ils suivent le tracé du nerf sciatique.

    Samedi: Anniversaire de la jolie Sappho. Sept ans déjà. Tout le monde au complet autour d'elle, elle a soufflé ses bougies et ouvert chaque cadeau avec un sourire radieux. Retour à la maison et repos.

    Dimanche: La saison des pioux est ouverte. Dès demain, on accueille pour commencer Sam Sam, Amalia et Lémoni et dès mardi, on emmène ce petit monde à la maison-jardin. Les autres pioux suivront au gré des allers et venues pendant les trois semaines qui viennent. L"été est enfin là.

  • De mauvais poil

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    En bonne disciple de Samson, j'ai toujours mis ma force dans mes cheveux. Ou plutôt pouvoir de séduction. Pas tant séduction des autres mais séduction de moi-même ou pour le dire autrement, ma confiance en moi est directement proportionnelle au shampooing-brushing. 

    Un moment de déprime, un coup de mou, un shampoo et ça repart. 

    Mais voilà, les grossesses, la baisse d'hormones, la chère ménopause et un capital génétique d'alopécie androgénique (merci maman, bonne-maman and co) ont entraîné la chute de cette partie de mon anatomie. Et je suis presque terrorisée à l'idée de me retrouver sans un poil sur le caillou comme ma belle-mère ou en sous (effec)tifs comme ma maman ou tant de femmes entre mon âge et le sien. Parce que oui, c'est effectivement très courant. Quand on est au balcon au théâtre et qu'on attend le lever de rideau, j'ai sous les yeux un parterre de crânes féminins largement clairsemés. Et non, ce n'est pas la repousse de cheveux blancs qui encadrent la raie au milieu, c'est bien la raie au milieu qui tient plus du boulevard que de la ruelle. 

    Je mène toutes les batailles que je peux – les compléments alimentaires comba-tifs, les masques à l'huile de ricin (plus gras, tu meurs), etc…. – et oui, ça marche sur les cheveux existants, ils sont beaux, en bonne santé, mais là où Tchernobyl est passé, plus rien ne repousse. 

    Alors je donne le change en gonflant un peu ce qui reste mais le miroir, mon beau miroir, me dit cruellement la vérité et que lutter contre l'alopécie, c'est peigne perdu. 

    Mais bon, vanité des vanités, rien de nouveau sous le soleil, comme disait le sage que je ne suis pas.

  • Michèle

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    On ne choisit pas sa marraine. Ce sont les parents qui choisissent, pas toujours avec bonheur mais c’est comme ça. Moi c’est sûr j’ai tiré le gros lot. Dix ans entre toi et moi. Tu aurais donc pu être ma grande soeur. Et quelle grande soeur tu as été. 

     Le plus ancien souvenir que j’ai de mon enfance, c’est cette comptine « je fais le tour du jardin, je tire la sonnette, toc toc qui est là, etc…. », cette comptine que tu me chantais dans le lit, visage contre visage et on riait aux éclats. J’avais 4 ans, tu en avais 14. Mon grand père, ton père, tonnait « vous devez dormir maintenant ! ». Et on riait de plus belle. 

    Mon tout premier film au cinéma, c’est toi, mon premier réveillon de Nouvel An hors de la maison, c’est toi, mes premiers babysittings ce sont tes enfants. 

    Et quelques mémorables fous rires aux larmes. Parce que rire, tu le faisais vraiment bien. J’ai toujours adoré ton rire, et je suis sûre que je ne suis pas la seule ici. 

    Dans le rayon des douceurs, il y a les Bêtises de cambrai, les Calissons d’Aix en Provence, les Baisers de Malmedy. Et puis il y a les Galettes de Michèle. 

    Une institution dans toute la famille. Même mes propres petits-enfants adorent les galettes de Michèle. Tu en faisais des quantités énormes. Et à elles seules, ces galettes symbolisaient toute ta générosité.

    Toute ta vie, tu auras donné sans compter. Au risque de perdre. Mais peu importe, ta générosité a été sans limites.

    Ta vie n’a pas vraiment été un long fleuve tranquille mais ce dont je suis sûre, c’est que ces trente dernières années avec Paul ont été infiniment heureuses. Et je lui suis tellement reconnaissante du bonheur qu’il t’a apporté.

    Cette dernière semaine, après t’avoir dit au revoir, je suis partie quelques jours retrouver des amies et me promener en montagne avec Claude. J’ai pensé à vous et à cette après-midi, à l’hôpital, où Paul t’a rappelé tous les endroits où vous étiez partis en vacances avec la caravane, libres comme l’air et heureux d’être ensemble et en vacances. Tu souriais. Et je me suis jurée de profiter de chaque instant. C’est en quelque sorte le testament que tu nous laisses, involontairement mais sûrement. 

    Un des derniers messages que tu m’as écrit disait « je suis toujours heureuse d’être ta marraine » . Je te retourne le compliment. Et nous sommes nombreux à penser ainsi: nous avons été heureux de te connaitre et nous ne sommes pas prêts de t’oublier.

     

  • Italie 2023 – acte 2

     

     

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    J'ai longtemps hésité. Je ne savais plus si je voulais rester ou partir. Je suis allée la voir le mercredi et je savais en partant que je lui disais au revoir pour la dernière fois. Elle était si faible mais en même temps toujours si présente. Mais je suis partie le lendemain à nouveau pour l'Italie. J'ai pleuré une bonne partie du trajet. Nous avons fait étape à Pontarlier et fatiguée d'avoir pleuré, je suis allée dormir tôt. Sis'Cile a appelé vers 23 heures, je dormais et n'ai pas entendu. Evidemment, je me suis réveillée comme souvent à 1 heure du matin et j'ai vu le message. Elle était partie. Je n'ai pas réveillé l'Homme, cela ne servait à rien. Il y avait des lits pour enfants dans la chambre d'hôte, je m'y suis réfugiée pour pleurer en silence.

    Le lendemain, nous traversions les Alpes. J'étais plus sereine, je savais qu'elle ne souffrait plus. Mais j'étais triste, tellement. J'ai installé l'Homme dans un magnifique refuge de montagne et il m'a amenée à Turin retrouver mes sorcières bien-aimées. Elles m'ont portée tout le weekend et j'ai pu sourire et rire malgré tout. On s'est promenées dans les Langhe, à Alba, à Monforte. On a découvert une église sur une place tout en haut du village. C'était juste magique. Un haut parleur diffusait de la musique de jazz, de blues, de reggae. Un instant, il a passé "Every little thing gonna be all right" de Bob Marley. On a pris une video selfie de nous en train de chanter sur la musique. On chantait faux, on riait mais c'était tellement bien. On s'est passé et repassé la video et on se l'est partagée. Elle restera mythique et quand l'une ou l'autre flanchera, on se l'enverra. 

    Après un weekend d'amitié éternelle, j'ai rejoint l'Homme dans son refuge et on s'est promené en montagne pendant deux jours sous la neige; on a rencontré des bouquetins, des chamois, des marmottes à une distance inimaginable, on aurait presque pu prendre les marmottes dans nos bras et toucher les cornes des bouquetins. C'était fou. Et si on a rencontré dix personnes sur ces deux jours, c'est beaucoup. Un moment hors du temps.

    On est rentrés trois jours plus tôt pour les funérailles mais pendant ces quelques jours en Italie, j'ai fait ce qu'elle m'aurait dit de faire: profiter de chaque instant.