Catégorie : la vie des autres

  • Les petits plaisirs

    IMG_1255

    Après tout un été de pioux, dix jours rien qu'à nous deux. Enfin presque. Voilà quelque temps que J et S insistent pour qu'on passe quelques jours avec eux dans cette île au large de la Sicile, plutôt difficile d'accès. Ils y ont loué un dammuso pour une dizaine de jours pour y convier quelques amis. Le hic, c'est qu'ils ont réservé aux mêmes dates où nous avons déjà depuis longtemps notre réservation dans notre sacro-sainte Venise. Et donc, un peu de guerre lasse, un peu pour ne pas les vexer, nous avons fini par amputer notre séjour à Venise de 3 jours, pris nos billets d'avion Venise-Palerme, Palerme-Pantelleria et Pantelleria-Venise. Et nous nous sommes embarqués, un peu la moue boudeuse. A tort, comme toujours, quand nous chaussons nos souliers de plomb. L'île est belle, même si nous ne la voyons pas avec les mêmes yeux amoureux que J. – mais nous pouvons comprendre puisque nous vivons cet amour inconditionnel avec la Sérénissime – mais surtout ils ont invité des amis que nous ne connaissions pas à l'exception d'un couple. Et c'est là que souvent la magie opère. Tous plus sympas les uns que les autres, de belles personnes, drôles aussi. Un couple de Romains, un couple de Roumains, un Napolitain et une Néerlandaise. Un arc en ciel d'horizons différents. Et on en repart plus riches qu'avant.

    Retour à Venise où nous avions laissé la voiture, changement de valises et nous voilà à nouveau dans la ville du bonheur. On retrouve notre sous-toiture, notre terrasse sur le toit. Et c'est parti pour dix jours d'expos, de restos et de journées lecture en mode lézard. Je suis toujours émerveillée de voir qu'on peut passer dix jours ensemble H24 sans jamais s'ennuyer ou avoir envie de souffler. Je suis bien avec lui et il me semble bien avec moi.

    J'ai dévoré trois livres: Limonov d'Emmanuel Carrère; la Danse de la Mouette d'Andrea Camilleri; et Pierre-Auguste Renoir, mon père de Jean Renoir. A la descente, on s'était arrêté pour voir une expo sur les Regards Croisés de Renoir et Cézanne. Et j'ai acheté le livre pour poursuivre cette plongée dans la magie de Renoir.

    On s'est offert cinq expos tout aussi différentes qu'intéressantes:

    • Une installation d'Eva Jospin assez féérique, une forêt faite de tableaux brodés et de cartons finement ciselés. Un magnifique travail et une impression de toute beauté.
    • Une rétrospective sur l'oeuvre de Robert Indiana, connu surtout pour sa sculpture du mot LOVE, reprise sous des dizaines de forme, mais qui a créé bien plus que ça en grand maître du pop art. J'ai adoré.
    • Une installation complètement folle reconstituant un soi-disant mont de piété à l'endroit même de l'ancien Mont de Piété de Venise, devenu la Fondation Prada (!), un amoncellement d'objets totalement disparates, des piles de journaux, des outils, des collections de luges, des vélos, des bijoux de pacotille par  centaines, des civières de la Croix-Rouge, des monceaux de vêtements, j'en passe autant que j'en oublie. 
    • Une exposition sur l'artiste de rue Ernest Pignon-Ernest, des portraits magnifiques dessinés au fusain de Pasolini, Alma Akhmatova ou Forough Farrokzhad, poétesses l'une russe, l'autre iranienne, faisant écho à mes lectures toutes récentes. Je ne les connaissais pas avant de les lire cette année et je les retrouve par hasard – mais est-ce un hasard ? – dans  cette expo.
    • Une grande foire d'artisanat du monde entier organisée sur le thème de la vie à la mort. Beaucoup de belles choses en peu de temps.

     

    Et last but not least, on s'est régalé dans quelques restaurants, connus ou découverts, mais pour la plupart exquis dans l'assiette et dans le verre.

    Bref, encore un séjour haut en bonheur. 

     

  • Amours, amitiés, santé, petits plaisirs

    3ea1e266-f715-48c0-a133-63222e0f107f

     

    Samedi: Les valises sont défaites, les machines ont presque fini de tourner, y'aura plus qu'à repasser. Je savais le vendredi soir que dès que nous aurions passé le seuil de la maison, le rythme reprendrait sa course folle. Ce matin, à la première heure, rendez-vous chez le coiffeur pour remettre un peu d'ordre dans la couleur de mes cheveux, rendre visite à ma belle-mère et remplir le frigo pour accueillir la tribu demain. Retrouver Maïté et les filles chez nous, impatientes de nous revoir. Anaïs et sa troupe nous rejoignent avec l'intention programmée de nous laisser Samuel et Amalia pour leur permettre de participer à une course de 10 km le lendemain matin. Finalement seul Simon participera et Anaïs conduira Jules à un anniversaire à …. 8 heures du mat'. Nouvelle mode. Au final, Sappho et Lémoni demandent à pouvoir rester dormir aussi. Amalia s'est endormie avant que ses parents ne partent et ne s'est rendu compte de la supercherie que le lendemain matin et m'a bien fait comprendre qu'elle appréciait peu ce genre de procédé. Tout dans les yeux. Mais au moins elle ne pleure pas. Puis elle a fait contre mauvaise fortune bon coeur et a accepté de me parler, toujours avec les yeux. 

    Dimanche: On s'est tous retrouvés pour fêter les 67 ans de l'Homme/papa/nonno. Il était heureux. Et moi aussi. Ils étaient même là très tôt parce que Simon court vraiment très vite. Et que les autres étaient pressés d'arriver aussi. On a passé un bon moment, les petits avec les petits, les grands avec les grands et les petits avec les grands. On a profité de la présence de tout le monde pour valider un projet de weekend tous ensemble dans les Ardennes en novembre pour fêter nos 40 ans.

    Lundi: Petit marathon de plaisirs divers et variés: Lunch à midi avec M., pas très en forme. Maman en convalescence en Italie, où elle habite, après une vilaine chute et compagnon en dépression après un double pontage. Stressée par le boulot, bref, pas joyeux tout ça. Mais contentes de se voir. Je file chez l'esthéticienne puis je cours – pas trop – chez l'orthopédiste pour recevoir une infiltration dans le deuxième genou. Les résultats obtenus pour le premier genou étaient suffisamment concluants pour tenter le deuxième. Et comme cette fois, je sais que ça ne fait absolument pas mal, je suis plus détendue. Entre tous ces rendez-vous, il y a chaque fois 45-50 minutes de métro ou de bus et j'en profite pour me plonger dans un bouquin, autre petit moment de plaisir. L'homme vient me chercher pour terminer la journée autour d'un plat de pâtes chez J et S. Eux non plus ne sont pas en grande forme mais ça passera.

    Mardi: Je retrouve Quentin à la salle de sport mais je ne le vois que quelques minutes. Je suis venue plus tôt que prévu parce que je devais être à la maison à midi et il a un autre client que sa maman préférée à cette heure-là. Mais je suis contente de retourner à la salle après un peu plus de deux semaines d'absence. Je rentre retrouver mes filles qui sont venues télétravailler et Katia qui nous fait une belle séance de manucure et pédicure à tous. Entre deux réunions, mes deux Disneyphiles se montent l'une l'autre un projet de séjour à Disneyland après l'été, alors qu'elles s'étaient juré d'attendre 2025. Mais c'est parti, nous voilà sur un nouveau séjour, mais en appartement cette fois, pour éviter les repasbondutout ou les salades passées en catimini dans les chambres d"hôtel. Et avec Maoh cette fois. 

    Mercredi: Le matin, je retrouve Andrea pour un café – déjà un an depuis le dernier – qui s'éternise jusqu'à midi. Il prépare sa retraite, me raconte son voyage en Inde, sa pratique du yoga, sa maman et le temps file. De là, je rejoins B et Z pour un lunch. Elles me racontent les potins du bureau, leurs enfants qui grandissent et leurs vies de maman. Elles sont belles. Je rentre, le temps de me laver les dents et nous voilà partis chez le dentiste. Il est bavard comme un pinson et on passe plus de temps à l'écouter, la bouche ouverte – nous, pas lui – qu'à se faire détartrer. Puis je rejoins Sis'Cile chez maman et on ouvre le champagne pour son anniversaire. 

    Jeudi: Je pars pour la salle mais c'était sans compter un incident dans le métro et j'ai dû marcher plus d'une demi-heure avec une paire de baskets neuves qui n'avaient pas l'intention de marcher si longtemps au départ. Non seulement, je suis arrivée trop en retard pour que Quentin ait le temps de s'occuper de moi, mais de toute façon, j'étais trop fatiguée et cerise sur l'orteil, je me suis bien blessée au pied. Retour à la maison, en mode grognon. Mais j'ai convaincu l'Homme d'aller au cinéma l'après-midi, un truc qu'on ne fait jamais. Nous sommes allés voir "C'è ancora domani" et c'était un très très bon moment.

    Vendredi: Quentin m'a proposé de venir le lendemain mais très tôt. J'ai pris mon courage à deux mains et me suis levée alors qu'il faisait encore un peu noir. Je suis rentrée et repartie retrouver J pour une expo sur les Surréalistes. C'est fou comme une expo à Bruxelles est nettement moins mise en valeur qu'à Venise. Ou alors suis-je de parti pris ? 

    Amours, amitiés, santé, petits plaisirs, les perles du collier de ma vie…..

  • La vie des autres

    IMG_1714

    Lundi: On part tôt le matin pour terminer l'installation des lits superposés pour accueillir 5 pioux sur sept à Pâques. Les deux dernières dormiront encore avec leurs parents. On élague vite un des figuiers avant que la sève ne monte trop. Je change les draps d'à peu près tout le monde et les embarque pour les laver à Bruxelles, histoire d'avoir des draps propres et secs pour tous. Hop hop hop un passage chez le fermier et au supermarché en vue de la visite des amis demain et on repart fissa sur Bruxelles où une préparation de la réunion des copropriétaires nous attend chez les voisins. 

    Mardi: Les amis arrivent de Bourgogne pour trois jours. Pur bonheur de les retrouver. On parle à bâtons rompus sans discontinuer et tout est intéressant dans ce qu'ils nous partagent. Ce qui m'a émue ce sont les récits de famille que Martine m'a partagés. La grand-mère algérienne, naturalisée Française et même rebaptisée d'un prénom bien français français et dont personne de ses petits enfants n'a soupçonné la nationalité avant un âge adulte avancé. Alors qu'elle se faisait appelé Mamouna et préparait si bien la tchatchouka. L'arrière-grand père déposé dans une tour d'abandon, appelée chez nous "boîte à bébés" et dont Martine a fini par retrouver la trace généalogique. Toutes ces histoires de vie méconnues qui sont imprimées dans vos gênes et qu'on ne soupçonne même pas.

    Mercredi: Il fait un magnifique soleil, premier jour de vrai printemps. C'est idéal pour emmener ces amis visiter Bruxelles. On les emmène au Sablon, à la Grand Place, dans les Marolles, place du Jeu de Balle où se tient le marché aux puces tous les jours de l'année. On leur fait découvrir la cuisine typique bruxelloise au Stekerlapatte, vieux bistrot bruxellois dans le quartier des Marolles. On remonte vers le Palais de Justice, le Mont des Arts et on termine la journée devant une pasta alla Norma et un bon verre de vin. Gérard m'a offert des cordes de guitare qu'il a montées et qu'il a ensuite accordées. Il m'a redonné l'envie d'apprendre à jouer de cette guitare, cadeau de mes 20 ans que je n'ai jamais exploité. 

    Jeudi: On abandonne les amis pour la matinée pour aller à l'enterrement de l'oncle de Kerya, parti trop vite et trop bêtement. Une intervention chirurgicale sur les vertèbres cervicales est a priori sans danger et tout le monde l'a encouragé à le faire. Et deux jours après, il fait une hémorragie et part en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Toute la famille est atterrée et incrédule. J'aimais bien ce monsieur qu'on rencontrait aux fêtes d'anniversaire. Ce que je ne savais pas et qu'on nous a appris pendant la cérémonie d'adieu, c'est qu'il avait quitté le Cambodge avec femme et enfants pour fuir le régime de Pol Pot et les Khmers Rouges et se réfugier dans un camp en Thaïlande avant d'atterrir en Belgique et que dans ce camp, ils ont perdu une petite fille de 5 ans, de faim et de froid.

    Vendredi: Les amis nous quittent. L'Homme retrouve un ancien collègue pour le déjeuner et moi je rattrape mon repassage avant de partir chez l'orthopédiste pour ma première infiltration au genou. Même pas mal. Anaïs m'avait pourtant laissé entendre que c'était très douloureux. Sans doute un orthopédiste n'est pas l'autre. Ou la fille serait plus douillette que la mère ? Mais ça, ça m'étonnerait. Le soir, spectacle à La Monnaie, première partie: Rivoluzione. Mai 68 à Paris et en Italie.

    Samedi: Deuxième partie: Nostalgia. Que sont devenus en 2000 tous ceux qui se sont battus en mai 68, lutte armée ou lutte non violente. La plupart du temps, ils se sont rangés vers plus de confort. Leurs vies racontées pendant ces 5 heures de spectacle cumulées me laissent beaucoup de questions. Que laissons-nous à la postérité finalement ?

    Dimanche: Dîner gastronomique avec les ex-collègues de l'Homme. Dix couples autour de la table pendant 7 heures et toujours des histoires de la vie des autres. Celle à qui on a détecté un cancer du sein depuis la dernière fois que l'on s'est vues, celui qui attend un rein depuis deux ans, celle qui a perdu un beau-frère étouffé avec un petit bout de jambon, celle qui passe son examen de piano mardi, des petits bouts de vie comme j'aime les écouter. 

    Les rencontres dans la vie sont comme le vent, certaines vous effleurent juste la peau, d'autres vous renversent. 

  • Un voyage haut en couleurs

    IMG_0797

     

    Après avoir terminé l'année 2023 et commencé 2024 sur les chapeaux de roue, nous avons pris l'avion le 2 janvier pour une destination inattendue. Bien sûr, on savait où on allait mais ce n'est sans doute pas le premier pays que j'aurais choisi pour fêter un an de retraite. Mais G. et C. nous ont proposé de partir en Inde, et contre toute attente, l'Homme a dit "Pourquoi pas ?". Dans ces conditions, je n'ai pas chipoté sur la destination et j'ai signé des deux mains. 

    Il me restait malgré tout quelques appréhensions mais celles-ci se sont complètement évanouies dès que j'ai posé le pied sur le sol indien. J'ai dans un premier temps été étourdie par le concert ininterrompu de klaxons et la densité de circulation mais petit à petit, je me suis détendue tant la circulation était fluide. En 3 semaines, je n'ai pas vu un seul accident ni le moindre accrochage. Après l'oreille, ce sont mes yeux qui en pris plein la vue. Jusqu'au dernier jour, j'ai été éblouie par l'arc-en-ciel de saris colorés et chatoyants et l'élégance dont ce vêtement habille chaque femme, quelle que soit sa morphologie. 

    Notre voyage avait la forme d'un sourire. De Chennai, ancienne Madras, à Goa, en passant par Pondichéry, Tanjore, Ooty, Cochin, Hampi et tant d'autres étapes aussi variées que dépaysantes. 

    J'ai tout aimé: le vert inédit des rizières, les plantations de thé comme autant de petits coussins verts, les temples époustouflants, les uns creusés à même la roche, les autres construits en énormes blocs de pierres, la dévotion incroyable des Hindous – j'ai moins aimé toutefois me déchausser les jours de pluie, marcher dans la boue et remettre mes baskets sans avoir l'occasion de me laver les pieds mais bon, sortir de sa zone de confort, cela ne peut pas faire de mal parfois -, je suis devenue une spécialiste de la mythologie indienne – bon, niveau 1, mais quand même, je ne m'en sortais pas trop mal -, la visite d'Auroville, cette utopie des années 70, la découverte des banyans, la soirée de mon anniversaire dans un ancien palais de riches commerçants Chettyar, la fête de Pongal, les kolams devant les maisons, ces magnifiques symétries dessinées par les femmes chaque matin, les visites de palais plutôt pas laids, la visite d'un jardin de plantes ayurvédiques, la journée en bateau sur les backwaters au milieu des jacinthes sauvages et des lotus, les deux safaris dont l'un à 6 heures du matin qui nous a permis de voir, chose très rare, un éléphant dormir couché près de son bébé de quelques semaines (normalement les éléphants dorment debout pour éviter de prendre trop de temps à lever leur lourde carcasse en cas de danger et ne s'autorisent à dormir couchés que lorsqu'ils se sentent en confiance), le magnifique site de Hampi, la cuisine indienne malgré le côté parfois fort fort épicé et surtout surtout j'ai été conquise par les Indiens, leur sourire, leur gentillesse et leur permanente envie d'être photographiés avec nous.

     Une semaine après notre retour, je suis toujours sous le charme. Je pourrais y retourner demain. Sans doute à un autre rythme. Mais cette Inde-là, celle du Sud, m'a définitivement séduite. 

     

     

  • Le monde des urgences

    62080762_1243393715817614_7246381762824110080_n

    Jeudi, j'ai fait un petit tour aux urgences. Rien de grave, juste un doute (est-ce que je ne suis pas en train de faire une nouvelle pneumonie, moi ?), un médecin traitant en vacances au Mexique, un autre médecin qui n'accepte plus de nouveaux patients (bon, tant pis), et un départ en vacances le lundi suivant. Pas vraiment d'autre choix que d'oser encombrer les urgences. Mais personne ne me l'a reproché sur place, il faut bien le dire.

    J'y suis restée une longue après-midi et une soirée, le temps de faire une kyrielle d'examens (la petite dame a quand même déjà fait une petite embolie et on préfère ne pas passer à côté d'une récidive) et d'en attendre les résultats qui ont bien entendu confirmé mon petit doute.

    Et ce long moment de patience m'a donné l'occasion d'observer mes congénères humains. Le monde des urgences est un microcosme en soi. 

    Il y avait une maman africaine qui accompagnait son mari qui s'était foulé voire cassé la cheville et qui l'attendait dans la salle d'attente avec son bébé de 8-9 mois. Elle avait deux portables, un pour elle avec lequel elle a enchaîné conversation sur conversation et un autre pour son bébé qui regardait (déjà) une video "Dans sa maison, un grand cerf regardait par la fenêtre…..". Je ne suis pas restée longtemps dans la salle d'attente (par chance!) et je ne saurai jamais combien de temps elle a pu tenir ce rythme.

    Il y avait ce jeune Espagnol accompagné d'un copain qui lui faisait la conversation après un épisode de choc anaphylactique, visiblement après avoir mangé du poisson. Ce devait sans doute être la première fois que cela lui arrivait et il devait avoir eu la frousse de sa vie. Son copain essayait de le détendre un peu en lui faisant la liste "googuelisée" de tous les aliments qui pouvaient lui être fatals. L'autre riait d'un jaune nerveux et passait en revue tout ce qu'il avait mangé depuis le début de la semaine.

    Il y avait cette petite dame portugaise qui s'était fait renverser par un vélo et qui s'était fracturé le coude. L'infirmière lui a demandé si elle tenait beaucoup à son joli petit gilet orange et la dame a dit oui. Mais quand on lui a expliqué que ce serait sans doute douloureux de lui enlever son gilet normalement, elle a accepté vaillamment qu'on découpe la manche aux ciseaux: "Bah, un gilet, ça se remplace…." Son mari est arrivé une heure plus tard, elle n'était toujours pas embarquée pour la salle d'op et elle lui a répété, en portugais cette fois "Bah, un gilet, ça se remplace…"

    Il y avait cet Anglais qui ne tenait plus sur ses jambes parce que les 5 grammes d'alcool qu'il avait dans le sang rendait sa marche on ne peut plus instable. Sa femme est arrivée à peu près en même temps que lui et n'a cessé de se fâcher sur lui. Elle le traitait de tous les noms d'oiseaux ivres et lui, plus imbibé que dix babas au rhum, lui répondait avec autant de verve pâteuse. Les Espagnols ont cessé de faire des listes alimentaires pour rire sous cape dans le box voisin. L'Anglais voulait absolument aller aux toilettes, le médecin refusait qu'il se lève et l'enjoignait à utiliser le bocal ad hoc. L'Anglais essayait de se lever, sa femme le replaquait au lit avec une force insoupçonnée. Il a fini par accepter le bocal mais bien entendu n'a pas su viser et quelques litres d'alcool ont arrosé le sol, au grand dam des infirmières. Les Espagnols ne se tenaient plus.

    Je suis rentrée tard le soir et j'ai eu une pensée particulière pour tous ces soignants qui vivent cette réalité jour après jour, nuit après nuit. 

  • Franz

    885B472F-82DE-435A-821D-3AD2340AD6B9

     

    Il s'appelait Franz. Il est mort il y a quelques jours. C'était le mari d'une amie de maman. Elles sont voisines depuis près de 50 ans. Je ne sais pas laquelle des deux a emménagé la première mais j'ai l'impression qu'ils habitaient là depuis aussi longtemps que nous. Papa garait sa voiture dans un garage tout proche, Franz non. Il garait sa voiture dans la rue. 

    Dans les années 85-86, l'Homme a entrepris d'apprendre à conduire à ma soeur. C'est toujours plus cool de demander à son beau-frère plutôt qu'à son père. Surtout à un beau-frère cool. 

    Un soir, après une heure de cours, ma soeur ramène la voiture à la maison, prend un tournant un peu trop brusquement, perd le contrôle du véhicule et prend la voiture de Franz de plein fouet. La voiture de l'Homme a quelques égratignures, la voiture de Franz est un sinistre total. Ne me demandez pas pourquoi mais toujours est-il que c'était un peu un choc d'un pot de fer contre un pot de terre. On est fin juin et bien sûr Franz emmène sa petite famille en vacances dans quelques jours. Et bien sûr aussi, il a acheté sa voiture il y a quelques mois.

    Ma soeur est en larmes, comme il se doit, quand on apprend à conduire et qu'on démolit la voiture des voisins. L'Homme n'a jamais supporté les larmes. Il prend tout sur ses épaules et explique à Franz que c'est lui qui était au volant. Franz était furieux. Il ne l'a jamais cru. Ou alors l'Homme devait être ivre. 

    Je crois qu'il a préféré croire à cette version, c'était finalement plus facile d'en vouloir à ce jeune homme qui prétend apprendre à conduire à ses belles-soeurs, sans maîtriser son véhicule. 

    Le garagiste de Franz a fait des pinces et des clés pour que Franz puisse partir en vacances avec seulement quelques jours de retard et ma soeur n'a plus jamais essayé de conduire. 

    Et je crois que des années plus tard seulement, maman a dédouané son beau-fils auprès de son amie. Mais pas si sûre….

     

  • Infinie tristesse et joie sans pareille

    E6558669-1E92-489E-9155-25BB27E1C77C

     

    Encore une fois, ces derniers jours ont été à l'image de ce qu'est la vie, une succession de grand soleil et de nuages gris foncé, météo sans cesse en mouvement.

    J'ai appris vendredi et aujourd'hui deux décès qui ne m'appartiennent pas, pour autant que l'on puisse "posséder" un décès. Je veux dire par là que je ne connaissais pas personnellement les disparus, tant s'en faut. Vendredi, l'auteur du livre "Deux petits pas sur le sable mouillé", Anne-Dauphine Julliand, perdait son troisième enfant. Je suis son compte Instagram, pépite de résilience et de joie de vivre, après avoir lu son livre que m'avait offert Hanka il y a quelques années. Ce livre raconte la découverte de la maladie dégénérative de sa petite fille de 2 ans et l'accompagnement de cette enfant jusqu'à sa mort un an plus tard. Il raconte également l'arrivée de son troisième enfant, une autre petite fille atteinte de la maladie qui vivra jusqu'à ses onze ans. Et vendredi, elle perd son fils aîné qui se suicide la veille de ses 20 ans. La pensée de cette maman ne m'a pas quittée de tout le weekend et aujourd'hui encore, je suis bouleversée. J'ai beaucoup de difficultés à concevoir comment on peut survivre à cela. Et à côté de l'infinie tristesse, sincère, qui m'habite, je ressens un besoin compulsif de prendre de ses nouvelles sur les réseaux sociaux, et je n'aime pas du tout ce comportement que j'apparente à une sorte de voyeurisme mal placé. Et cela me rend encore plus triste.

    Aujourd'hui, j'ai appris également le décès d'un commerçant près de chez moi, que j'aimais beaucoup même si je ne fréquentais pas sa boutique de seconde main toutes les semaines et de savoir que c'est cette saleté de virus qui l'a emporté me révolte d'autant plus. Et à nouveau je ressens une tristesse qui me semble inappropriée.

    Alors que j'ai passé un weekend absolument magnifique. Malgré un épouvantable lumbago dont j'avais complètement oublié la puissance de la douleur. Nous avons gardé Jules et Sam Sam pendant tout le weekend et ils ont été tout simplement adorables. Petit Jules voulait m'aider à me relever et m'apportait de faux petits déjeuners au lit sur des rampes de garage en guise de plateau. Il nous a bombardés de questions en chaîne et nous a nouveau épatés par son vocabulaire encyclopédique. Inutile de lui parler de bébés cochons ou de bébés sangliers, il rectifie la nomenclature en sanglier, laie et marcassins ou verrat, truie et porcelets. Sam Sam ne s'exprime pas encore comme lui mais sait se faire comprendre. Et nous signale qu'il entend les pigeons sur la terrasse. Ce qui amène son poète de frère à nous faire remarquer que les oiseaux sont comme lui, ils chantent pour dire qu'ils sont contents de commencer leur journée.

    Le samedi soir, J et S et C et M ont amené leurs casseroles et leur matériel pour me concocter un dîner d'anniversaire à domicile et c'était tout simplement fabuleux. Il suffit de donner un ingrédient à J. et elle vous décline un plat et un dessert magiques. Cerise sur le gâteau, avoir deux petits garçons bien élevés à l'apéro qui vont au lit sans difficultés le moment venu, c'est un vrai bonheur.

    Finir le weekend en célébrant, en tout petit comité malheureusement, les seize ans de Clara, et découvrir par la même occasion la nouvelle maison de Sis'cile était juste parfait pour se dire que la famille reste ma priorité absolue dans ma vie. 

  • La quinzaine de l’aidant proche

    IMG_2644

     

    Pour la troisième année consécutive, ma belle-soeur est partie en vacances. Elle les avait programmées dès son retour des vacances précédentes pour être sûre que je bloque les dates avec elle. J'ai donc repris mon service de proche aidant. 

    Ma belle-mère n'est pas compliquée. Elle a besoin d'une présence à chaque repas, d'un peu d'aide logistique et d'un peu de conversation. Celle-ci est toutefois de plus en plus limitée parce que proportionnelle à son degré de surdité. Pendant quinze jours, je crie et articule un peu plus fort que d'habitude. 

    Je dors chez elle aussi, dans un trois pièces en enfilade sans porte. Elle a le sommeil léger et pour combler ses insomnies, elle rallume la télévision sur puissance maximale. En général, je sursaute et ne me rendors plus. Au bout des 15 jours, je suis épuisée.

    Pendant  ce temps, l'Homme a géré l'approvisionnement en bois pour l'hiver et surtout l'ensablement à répétitions de l'appartement. Il a accessoirement vendu un garage. Il est venu me voir mais en coup de vent. Il aime sa maman mais n'arrive pas à rester là plus d'une demi-heure. Il invoque le parcmètre et l'amende probable pour filer à l'anglaise.

    Je le répète, ma belle-mère n'est vraiment pas difficile mais ma maison me manque, encore plus cette année que je l'ai quittée il y a plus d'un mois pour partir en vacances. Alors je décompte les jours grâce aux piluliers que ma belle-soeur a préparés et chaque fois que j'ouvre la petite boîte matin ou après-midi, je calcule ce qu'il me reste à passer là. Plus que douze repas, plus que dix, …..

    Pour fêter mon retour à la maison, on a célébré tous ensemble les 30 ans de Quentin, la naissance de Maoh et les 34 ans de Maïté. On ne s'était plus retrouvés tous autour de la table depuis le mois de juin et comme toujours ce fut un vrai bonheur de les avoir tous là.

    Le soir, Maman m'appelait, très anxieuse de voir sa tension monter d'heure en heure. On a passé une bonne partie de la soirée aux urgences pour finalement rentrer avec plus de peur que de mal.

    Et aujourd'hui, l'Homme s'est fait réparer l"épaule, bien mal en point. Il rentre demain et on fêtera aussi cela.

     

     

  • Moins de mal que de peur

    Stress-difficultes-respiratoires-covid-19

    Une toux sèche la nuit pendant quelques jours puis plus rien. Je préviens les amis où l'on va enfin se retrouver à six pour fêter un anniversaire. Je sais qu'ils ont respecté le confinement à la lettre pour pouvoir se permettre de partir chez les grands parents en Italie pour les vacances. Je ne voudrais pas leur faire prendre de risque inutilement. Ils décident de passer outre mais je sais que cela leur a coûté un effort inhabituel de convivialité.

    Le lendemain, brunch avec d'autres amis. Passage chez ma maman ensuite pour lui régler deux ou trois problèmes administratifs et retour à la maison. Là, sans crier gare, une légère fièvre mais ressenti tempête de frissons. Un chouia de panique. Pas tant pour moi que pour tous ceux que je viens de croiser et qui pourraient, le cas échéant, véhiculer voire choper cette sale petite bestiole.

    Le lendemain, j'appelle le médecin qui m'envoie bien évidemment faire ce fichu test. Deux heures d'attente sous le soleil parce que je ne voulais rentrer dans le "container" d'attente. Pas rigolo du tout ce test mais bon, je me convaincs que je fais ce qu'il faut.

    Ensuite commencent trois longs jours d'attente, pendant lesquels j'ai guetté le moindre symptôme aggravant, j'ai craint la catastrophe pour Maman, anticipé toutes les déconvenues à venir, l'annulation de l'anniversaire de Sappho, l'annulation des vacances, la quarantaine imposée aux amis avant leur propre départ vers les grands-parents. J'ai eu bien le temps de ruminer. J'ai essayé de m'éloigner de l'Homme, j'ai dormi ailleurs, j'ai essayé de ne rien toucher qu'il ne touche lui-même mais c'est presque mission impossible.

    Au bout du troisième jour, quand le médecin m'a appelée, j'en aurais pleuré de soulagement. 

    Moins de mal que de peur mais une angoisse bien envahissante !

  • L’insolence du bonheur

    Fullsizeoutput_18ad

     

    Il m'arrive parfois d'avoir envie d'étouffer sous un énorme oreiller tout le bonheur qui m'habite. Mais je ne suis pas douée pour cela et souvent, l'oreiller explose et fait voleter autour de ma tête des plumes de bonheur insolent.

    Je trouve la vie injuste en fait. En soi, ce n'est pas un scoop mais néanmoins, je suis souvent à la limite subtile de la honte et de l'embarras quand je vois autour de moi des proches et un peu moins proches faire face avec dignité et force de caractère à des situations désespérantes alors que je vis chaque instant de ma vie dans une opulence de moments joyeux et heureux.

    Une amie de mes filles vient enfin d'avoir son bébé tant attendu depuis des années pour découvrir un mois après sa naissance que ce petit garçon est atteint d'une amyotrophie spinale et que son espérance de vie est très limitée. Sauf que on vient de trouver un traitement en décembre 2018, remboursé, et susceptible d'être efficace. Tout cela reste malgré tout très fragile mais cette fille merveilleuse au lieu de désespérer, se réjouit de ne pas avoir pu mettre un enfant au monde avant, puisque le traitement n'existait pas. Un modèle de positivité.

    Un de nos amis s'éteint doucement et sa femme est extraordinaire également. Elle veut vivre ses derniers moments le plus sereinement possible. Elle aussi m'épate.

    Et moi, pendant ce temps-là, je passe une journée remplie de bonheur avec ma fille pour fêter ses 32 ans, je profite de Sappho pendant un long weekend – dormir avec elle fait partie des mes plus grands plaisirs, même si je dors peu -, je passe un peu de temps avec Jules et ses parents puis avec Jules et Sappho et mes deux filles. Et je ne me lasse pas de ces instants si précieux.

    Et je me sens impuissante à soulager un tant soit peu ceux qui souffrent malgré leur résilience extraordinaire.