Le petit dernier a 35 ans. Ça fait quand même un bail. Je me souviens de ce 26 juillet, date prévue pour son arrivée, j’ai accompagné mes parents à la gare. Ils embarquaient pour leurs vacances annuelles à la montagne et j’étais là, dépitée de savoir qu’ils ne seraient pas présents pour la naissance. De fait, il n’est arrivé que quatre jours plus tard, juste à temps pour que ses autres grands-parents ne viennent le voir avec ses deux soeurs avant de partir, eux, vers la mer. Seul mon grand-père est aussi venu voir son arrière petit-fils.
Cette année, nous sommes à la montagne à nouveau. La première semaine avec Quentin et sa belle-famille. Ce n’était pas le projet initial mais les circonstances ont fait que nous nous retrouvons dans cette configuration inattendue et tout est bien. On apprend à vivre à un rythme beaucoup plus lent que le nôtre et c’est très bien aussi. Seules les disputes incessantes entre Maoh et Lémoni parviennent à avoir raison de moi. Mais j’ai décidé que je ne me laisserais pas abattre par des « pas plus hauts que trois pommes ».
Aujourd’hui, on fête ce petit dernier dans ce cadre-là. Dans deux jours, on retrouve la tribu au complet dans un autre chalet en Suisse et on fêtera à nouveau. Le bonheur sera complet pour moi.
Chaud, chaud la météo. Comme tout le monde, la canicule nous aura bien assommés. Pendant 5 jours, nous avons été incapables de fonctionner normalement. Impossible de cuisiner, de repasser, de bouger simplement. Pendant 5 jours on s’est contenté du minimum syndical. J’ai trié mes boites de souvenirs en tout genre, toujours sous le souffle du ventilateur. Petits mots doux des enfants, souvenirs de vacances, petits mots doux des collègues d’un peu partout, premier salaire, faire-part de naissance, de décès d’êtres chers, etc…. Une rétrospective de toute une vie par 33 degrés à l’ombre dans la cuisine.
Chaud chaud le bowling en famille pour l’anniversaire de Sappho. C’était son souhait et c’était super chouette. On était tous les 15 réunis autour de trois pistes et j’ai vraiment passé un bon moment malgré la chaleur.
Chaud chaud les derniers jours à récupérer encore ce qu’on pouvait chez Mamy L. avant le passage du vide-maison. Très dur pour moi de fermer une dernière fois la porte de l’appartement encore visuellement et olfactivement « habité ». J’ai versé ma petite larme au lieu de soutenir l’Homme qui n’en menait pas plus large.
Chaud chaud la Coupe du Monde. On avait dit qu’on ne regarderait pas et puis la canicule l’empêchant de dormir, l’Homme a commencé à regarder ces matches nocturnes et s’est pris au jeu. Chaud chaud le dernier match de la Belgique contre le Sénégal où au moment où tous les Belges se sont dit « 2-0 et il reste 5 minutes, laisse tomber, on va dormir« , les Diables ont marqué deux buts en 3 minutes puis un troisième pendant les prolongations. Foot nous ? Ben non pourtant.
Chaud chaud la semaine où on a aidé Quentin et Kerya pour amener Maoh à l’école et Oona à la crèche, pour soulager Kerya surtout. On s’est levé tous les jours à 6h30 et il y a longtemps que ça ne nous était plus arrivé. Mais c’était chouette de découvrir l’école et la crèche. Et d’être un peu plus avec eux.
Mais à déguster tièdes, notre premier essai de feuilles de vigne farcies avec une petite sauce au citron. Pas mécontents de nous.
Demain les vacances scolaires commencent et on est chaud !
Lundi: Retour d’un weekend extraordinaire. On est partis vendredi soir pour Athènes. J’avoue, cette année, mon empreinte carbone a explosé, je ne suis pas très contente de moi et je me sens très égoïste. Mais en même temps, mon bonheur a été immense ces trois jours. On a eu la chance inespérée de revoir mon compositeur grec préféré dans l’amphithéâtre de Hérode Atticus, juste en dessous de l’Acropole. Revivre cette magie était tout simplement incroyable. Et puis cette ville que l’on aime tellement tous les deux. L’Homme a dit « j‘aime l’odeur de cette ville » et c’est tout à fait ça.
Mardi: Ce soir, récital de piano de Sappho. Hier, c’était hautbois, mais vu les trois heures de retard de l’avion, on n’a pas pu y assister. Aujourd’hui, l’Homme ne peut pas, il a dentiste mais moi je peux. Une vingtaine d’enfants attendaient leur tour pour s’installer au piano le temps de deux mélodies d’une à deux minutes chacune. Leur stress était palpable et j’avais pitié d’eux. Mais une fois devant le clavier, ils donnaient le meilleur d’eux-mêmes. Sappho n’a pas dérogé à la règle et a très bien joué. Et même si moi, je ne suis pas objective, la prof, elle, lui a discerné une distinction.
Mercredi: Mamy et Grand-Père sont partis au Portugal et c’est donc nous qui prenons la relève pour Jules, Samuel et Amalia, tout le mois de juin. Mais cette fois, Jules est en classe verte (Amalia décrète qu’elle, elle ira en classe rose) et ils ne sont que deux. Enfin, jusqu’à ce que Sappho et Lémoni les rejoignent pour l’après-midi.
Jeudi: On continue l’exercice de vente en ligne des menus trésors de Mamy L. Anaïs photographie, met en ligne, fixe le prix et gère les contacts avec les acheteurs (elle répond aux questions, négocie les rabais éventuels, etc.) et l’Homme et moi nous chargeons de la logistique (emballage, étiquettes, envoi). Curieusement, les bondieuseries ont un succès fou. Et les chapelets, images pieuses, missels, crucifix, médailles, et autres Vierges en plâtre quittent Bruxelles pour partir en mission vers d’autres horizons.
Vendredi: Le musée d’Orsay consacre une exposition à Renoir et la modernité heureuse. J’ai une véritable passion pour ce peintre et j’ai convaincu l’Homme de m’accompagner en train aller-retour. Je me faisais une joie de passer cette journée avec lui. Mais il a éternué une bonne partie de la nuit et s’est réveillé épuisé et tout fiévreux. Je suis donc partie seule, à mon grand regret, vers la Ville-Lumière. J’ai passé toute la matinée dans le musée d’Orsay avec beaucoup de plaisir mais après, j’ai trouvé l’après-midi beaucoup moins drôle. Je n’avais pas vraiment envie de m’asseoir seule dans un restaurant donc, j’ai fait l’impasse. J’ai marché, marché dans Paris jusqu’à épuisement et je me suis endormie sur un banc dans un parc. Je n’avais vraiment pas vu les choses comme ça.
Samedi: A partir de 6 ans, ils ont tous droit à une journée avec nous. Resto, musée, etc. Aujourd’hui, c’était le tour de Samuel. On a commencé par le musée Magritte qu’il aurait bien fait au pas de course. Succès très relatif. Puis un tour dans la grande roue – à sa demande – mais là aussi, c’était moins chouette que lors de sa première expérience. Puis resto italien. D’abord assez enthousiaste, il a fini par décréter que le restaurant où il va parfois avec son autre grand-mère était meilleur. On a donc croisé les doigts pour que l’après-midi ait plus de succès que le matin plutôt décevant. Ouf, l’achat de sa première montre flik flak pour apprendre à lire l’heure et le musée des illusions nous ont permis de mieux finir la journée.
Dimanche: Les filles sont passées nous voir en coup de vent et incroyable mais vrai, Lémoni est venue à vélo, alors que je désespérais qu’elle puisse un jour pédaler. C’était le petit miracle du jour.
Je sais que le monde va mal et je m’en voudrais presque d’aller si bien. Je traque les petites parcelles de bonheur et je vais de l’une à l’autre.
Après cette extraordinaire semaine à Venise, nous voilà rentrés par le chemin des plaisirs. Un arrêt à Gorizia pour offrir à l’Homme un cadeau d’anniversaire inattendu: une visite de vignes totalement naturelles, une production de vins macérés en amphores en très petites quantités. Je connaissais leur vin, j’ai été subjuguée par leurs méthodes et leur respect de la nature. Soirée chez Swiss Sis, ce qui est aussi toujours un pur bonheur.
Retour à la maison. Lunch avec petite Anne qui me demande d’être témoin de sa déclaration de souhaits à respecter pour le jour où elle ne sera plus lucide. Je me suis sentie très honorée mais aussi très émue de ses dispositions qu’elle prend aujourd’hui pour un futur éventuellement grisâtre. Et cela m’a fait réfléchir.
Mariage de ma filleule où je me rendais un peu réticente et où l’amour des jeunes mariés certes, mais aussi des soeurs de la maman que nous avons tant aimés, de tous ces cousins que nous avons vu grandir, était très contagieux.
Le lendemain, je suis partie très tôt à Milan rejoindre mes sorcières adorées pour quelques jours. Là aussi, l’amitié qui nous unit nous fait énormément de bien à toutes les quatre. Surtout quand l’une ne va pas bien du tout et se bat contre l’anorexie inquiétante d’une de ses filles.
Et nous voilà en vacances scolaires avec Sappho et Lémoni d’abord auxquelles Maoh et Oona viendront se joindre demain avant le grand départ tous ensemble pour Disneyland.
On a fêté les 20 ans de Clara, ma nièce, la fille de Sis’Cile. Je me souviens avec précision du moment où on m’a annoncé sa naissance. Je sortais de la banque italienne à Parme où je venais de clôturer mon compte. J’avais en main ma carte de banque coupée en deux sur laquelle il y avait un angelot. Je l’ai gardée en souvenir de ce moment. Ce qui m’échappe, c’est pourquoi j’ai clôturé mon compte fin janvier alors que je quittais Parme fin juin mais bon, ça c’est une autre histoire. Bref, on a fêté Clara tous ensemble et on lui a offert un match de foot Real Madrid-Atletico fin mars à Madrid. C’est Swiss Sis et Swiss mari qui s’y collent parce que personne n’est fan de foot dans la famille à part Clara. Elle est fan fan fan.
J’ai été invitée chez une ex-collègue pour le lunch. Elle est bipolaire avec tous les écarts d’émotions que cela suppose, pro-Poutine, et donc pas facile à gérer dans mon équipe mais je l’aimais bien. Et son invitation m’a fait plaisir. Elle avait mis les petits plats dans les grands, elle a tenu à me préparer un Spritz (parce que nous partageons la même passion pour la Sérénissime) alors qu’elle est aux abonnés absents côté alcool et elle m’a touchée.
J’ai pris un dernier café avec cet ancien collègue d’une autre vie pour ainsi dire. Il quitte Bruxelles après 35 ans ici pour Lugano en Suisse. Lui aussi est compliqué. Bellâtre grec (mais beau quand même), totalement centré sur lui-même, en couple pendant quelques années avec une de mes proches amies qui n’a finalement pas tenu le coup face à cet égocentrique assumé. Mais je l’aime quand même. Et cela m’a vraiment attristée qu’il parte. Il y a peu de chances que l’on se revoie et je l’ai quitté avec beaucoup d’émotions.
On a fêté les 70 ans d’un ami d’univ, que je n’avais plus vu depuis bien longtemps (l’Homme l’a revu plus régulièrement parce qu’il est devenu notre courtier d’assurances) et j’ai eu vraiment beaucoup de plaisir à retrouver cette bouille rieuse d’Italo-Belge et ses yeux pétillants comme quand on avait 20 ans.
On a aussi fêté les 8 ans de Jules. Le chauffage d’Anaïs et Simon venait de tomber en panne et il faisait vachement froid. Heureusement la température a légèrement augmenté vu le nombre de personnes présentes. La chaleur humaine, y’a que ça de vrai.
J’ai retrouvé Véro à Paris pour une journée. Elle m’a emmenée dans un très joli resto et on a pris le temps de voir deux expos. L’une sur les sculptures de carton de Eva Jospin représentant la Domus Aurea. J’adore son travail, je l’avais découverte à Venise et cette nouvelle expo n’avait rien à envier à la première. Juste à côté, il y avait une exposition de Claire Tabouret qui présentait le travail préparatoire à la confection de nouveaux vitraux pour Notre Dame (ils seront installés fin 2026) et c’était juste magnifique.
On a fait notre aller-retour annuel en Champagne pour approvisionner toute la famille et les amis en bulles festives. Mais au fur et à mesure des années, c’est la rencontre avec Thierry, le vigneron, qui devient festive. C’est un plaisir attendu de le retrouver et d’aller manger un bout avec lui.
Le lendemain, on a passé la journée avec Jules pour son anniversaire, lui seul et nous. Une expo le matin au musée des Sciences Naturelles sur les vols des oiseaux et des avions. Cela ne l’a pas trop branché. Un spaghetti bolo et une crème brûlée au resto où il était prêt à donner toutes les étoiles possibles, tellement il était enchanté. Puis une visite au musée de l’aviation et de l’armée qu’il a adorée. Passer une journée avec lui est un pur bonheur. Il est drôle, intelligent, vif. Et je jure que je suis la plus objective des grands-mères.
Le soir, j’ai appris le décès de ma gynécologue adorée, la maman des mamans.
Le dimanche, on a reçu les amis de Claude et on a passé toute l’après-midi avec eux avant de voir arriver les trois premiers locataires pour la première semaine de vacances scolaires.
Les filles de Maïté sont arrivées le lendemain matin et on a passé une semaine avec ces cinq là, entre jeux, bricolages, déguisements, spectacles, dessins animés (peu) .
On a appris le cancer de l’estomac du papa de Kerya et cela nous a bouleversés. C’est l’autre grand-père de deux des pioux et c’est comme s’il était de notre famille. On les a retrouvés le dimanche pour les deux ans de Oona et on a pu parler assez sereinement. Il commençait la chimio le lendemain.
Swiss Sis est arrivée entretemps pour passer 4 jours avec Maman et pour une fois, elle a pu assister à un anniversaire de pioux.
On est partis le soir même pour la maison-jardin avec six pioux cette fois et on a rempilé pour un programme similaire à la première semaine, jardin en plus.
On a ramené tout le monde le vendredi soir pour fêter Anaïs le samedi et on est repartis passer le dimanche à nettoyer la maison-jardin pour les suivants. Comme à chaque fois, une boule me monte à la gorge dès que je rentre dans cette maison vide de leurs cris, de leurs rires et de leurs bouilles d’amour.
Mois court mais intense, n’est-il pas ? Fêtes, anniversaires, amis, claques, pioux, pioux et encore pioux.
Maintenant mars s’annonce. A nous l’Afrique du Sud et le Botswana. Aventures à suivre.
Une agence de voyage a inventé au début des années 2000 le concept du Blue Monday afin d’inciter les météo-dépendants (comme moi) à faire leurs valises et d’aller voir ailleurs si le ciel est plus bleu. Un départ avant ou après le troisième lundi de janvier était bien entendu autorisé. C’est juste un concept cette histoire de Blue Monday. Encore que…. il semble bien que la période qui s’étend de mi-janvier à mi-février soit effectivement propice à la déprime ambiante. Les fêtes sont finies, les guirlandes lumineuses sont éteintes, le sapin est défait, les soldes nous ont ruinés, les kilos en trop s’incrustent, les bonnes résolutions s’effilochent. Bien sûr, les jours s’allongent mais notre cerveau n’a pas encore enregistré l’info.
Moi, ça va, je ne vois pas la vie en bleu. La fête n’est jamais finie, il y a au moins deux anniversaires par mois, les guirlandes lumineuses clignotent encore toujours dans ma rue, je n’ai pas fait les soldes, les kilos en trop fondront certainement bientôt et les bonnes résolutions ne datent pas du 1 janvier.
Autour de nous, l’ami qui était hospitalisé pour une pancréatite depuis décembre et dont on ne donnait pas cher sort demain. L’ami qui a subi un pontage en urgence il y a dix jours est déjà au volant de sa voiture. D’accord, ce n’est pas sérieux. Mais il n’est pas sérieux, on le sait.
Par contre, pour l’ami qui est parti hier en Italie parce que sa maman est dans le coma et que son papa ne sait plus qui est sa femme ni son fils, la couleur est au bleu, c’est sûr. Je suis triste pour lui parce qu’on sait que pour sa maman, c’est la fin, pour son papa, c’est le début d’une autre vie.
Nous n’aurions sans doute jamais choisi ce format de voyage. Organisé, en car, format retraités et plus, avec arrêts sur sites archéologiques, sur musées, sur bazars, sur mosquées, sur ateliers d’artisans de tapis, bijoux ou cuir, arrêts chronométrés et réglementés. C’est clair que cela nous a demandé un certain lâcher prise. Bien sûr , il y a eu des moments plus tendus, quand on serait bien restés une ou deux heures de plus sur le site de Pergame ou de l’ancienne ville de Troie ou encore au musée de Topkapi, quand on est passé à côté de Sainte Sophie et qu’on n’a pas pu y mettre un pied parce que pas au programme ou quand on nous emmène chez des marchands de tapis, bijoux et cuir et où une armée de vendeurs vous encerclent pendant la courte présentation et vous assaillent tout de suite après pour ne plus vous lâcher jusqu’à ce que vous achetiez un tapis, un bijou ou une veste en cuir.
Mais il y a eu aussi des moments vraiment lumineux. L’ambiance dans le car était vraiment sympa. Un bon paquet de troisième âge, d’éclopés, de cannes, d’appareils auditifs mais une joie de vivre et de l’optimisme à revendre. Des visites même raccourcies de sites époustouflants, du mythique Topkapi, de la mosquée bleue, de bazars et marchés éclatants de couleurs et de parfums, des petits cafés turcs en terrasse. Un tour en bateau dans la Corne d’Or, une rencontre inattendue avec un habitant qui nous a offert un thé à Gallipoli, un aperçu de dix minutes sur les impressionnantes terrasses de calcaire de Pamukkale, une cérémonie de derviches tourneurs (probablement spéciale touristes mais majestueuse néanmoins).
Puis la deuxième semaine, on a laissé nos petits copains de car dans un hôtel all-in, on a loué une voiture et visité – à notre rythme cette fois – d’autres sites comme Ephèse, Priène, Didyme et Milet. On a poussé jusqu’à Bodrum où l’on est resté deux nuits. Le château de Bodrum est une pure merveille et abrite, grain de grenade sur le baklava, un musée d’archéologie sous-marine vraiment époustouflant.
En deux semaines, j’ai appris un nombre incroyable de choses, j’ai rencontré une foule d’individus humainement très intéressants et attachants, j’ai vu beaucoup de beauté, en bref, il n’est pas impossible que je réitère l’expérience.
Petite anecdote qui a bien fait rire tout le monde de ma naïveté: bien sûr, je connaissais Ataturk mais je n’avais jamais poussé la curiosité à savoir à quoi il ressemblait. Il se trouve qu’en Turquie, son portrait apparait partout. Mais vraiment partout. A chaque coin de rue, dans chaque magasin, devant chaque hôtel, etc…. Lorsque j’ai découvert un portrait grandeur poster devant notre premier hôtel, j’ai cru que le propriétaire de l’hôtel venait de mourir et qu’on lui rendait hommage à l’entrée. On m’a vite fait comprendre ma méprise et à chaque portrait rencontré, je suis devenue la mignonne petite tête de Turc du groupe.
On a laissé passer quatre mois depuis son décès. Pas l'énergie pour ça, Venise, les pioux à garder, les travaux de la cuisine. Mais surtout, on pouvait se le permettre, on continue de payer le loyer dérisoire, et ma belle-soeur n'était pas vraiment en état de penser à cette étape.
Mais bon, même dérisoire, on ne va pas payer ce loyer indéfiniment et il faut prendre son courage à deux mains et ouvrir ses armoires. Les filles sont venues nous aider. L'homme a trouvé l'exercice difficile. Retrouver des photos, des souvenirs des grands-parents, l'étole en renard de sa maman, le vieux drapeau belge parfaitement plié, les pipes et la boite à tabac de son papa, mille et un objets que l'on garde, emballés dans du papier de soie ou dans des boîtes en carton qui n'ont plus été ouvertes depuis au moins un demi-siècle, tout cela l'a passablement remué. Il ne veut pas voir la bague de fiançailles de sa maman à mon doigt et je le comprends. Au doigt d'une de ses filles, cela le dérange moins. Et les filles sont heureuses de porter un bijou de leur grand-mère. Pour elles, l'exercice est plus joyeux, il leur rappelle leur enfance chez leurs grands-parents. La relation est différente.
Cet après-midi là tenait plus de l'inventaire et de la découverte. Maintenant, il va falloir vider "pour du vrai". Ce sera sans doute encore plus difficile. Trier, donner, jeter, vider. Fermer la porte. Ce sera une autre étape du deuil. Pas nécessairement la plus facile. Surtout pour moi qui n'arrive pas à fermer les portes.
Lundi: Petite virée annuelle en Champagne pour ramener pour nous, pour nos enfants et un peu pour nos amis un nombre assez important de caisses de champagne. Chaque année, c'est le même rituel. On part tôt le matin, on arrive chez Thierry qui nous accueille en nous faisant déguster les dernières mises en bouteille, tout en restant au café en ce qui le concerne. Ensuite, il nous invite à déjeuner dans un petit bistrot sympa et on revient charger la voiture. Chaque année, l'ombre de Renaud, son frère, flotte entre nous. Renaud était mon collègue et il est décédé il y a bientôt 9 ans. C'était lui qui nous a fait connaître le champagne de son frère et depuis sa mort, je me suis fait un devoir puis un plaisir d'aller jusque chez lui, près de Reims, pour faire le plein. Il y a toujours un moment où on parle de lui en riant. Au début, c'était un peu douloureux pour Thierry, un peu gênant pour moi mais avec le temps, on a apprivoisé sa présence et on en parle avec beaucoup de tendresse. On a repris la route pour la Belgique et on a encore pris deux heures pour faire la livraison des caisses à chacun.
Mardi: Je dors déjà. Ces derniers temps, je tousse beaucoup et vers 22h, je suis à la ramasse. Quentin m'appelle pour demander si on peut garder Maoh demain. Mais je n'entends pas. Il appelle son père qui, lui, ne dort pas. Par contre, sa voix me réveille. J'ouvre un oeil, puis deux, en jette un sur mon téléphone et je vois effectivement que mon fils m'a appelée, puis je les écarquille un peu plus quand je vois que Maman aussi a essayé de m'appeler. Il est 23h mais je la rappelle. Sans succès. J'essaye le fixe, le portable. Rien. Je suis pour le coup bien réveillée. Je panique un peu. J'appelle ma soeur qui n'a pas été appelée, elle. Maman me rappelle enfin et prétend mordicus ne pas m'avoir appelée. Bien sûr, elle a fait une fausse manoeuvre et ne s'en est pas rendu compte. Mais ces dix minutes de cache-cache ont fait grimper mon adrénaline et mon angoisse bien plus que je n'aurais imaginé. J'ai eu un peu plus de difficultés à me rendormir.
Mercredi: C'est l'anniversaire de Paul aujourd'hui. Paul c'est le mari de ma marraine, décédée il y a bientôt deux ans. Quand il a appelé au secours en mars 2023 parce qu'elle était tellement mal et qu'il n'en pouvait plus, on n'a pas hésité une seconde à faire les 150 km de route pour les rejoindre et la convaincre de rentrer à l'hôpital. Pendant sa longue agonie, on a vu Paul à peu près tous les deux jours. Et depuis l'enterrement, on ne l'a plus vu une seule fois. La vie est bizarre. D'accord, il habite loin mais quand même, du jour au lendemain, on ne s'est plus vu. J'aimerais l'inviter avec maman, son frère et sa belle-soeur, avant qu'il ne soit trop tard. Mais je procrastine, je procrastine.
Jeudi: Guy nous appelle pour nous proposer de les accompagner en Afrique du Sud, de passer quelques jours avec eux à Johannesburg puis de continuer notre route dans ce vaste pays pendant qu'eux rejoignent le Botswana pour se consacrer uniquement à des safaris. L'Afrique du Sud, ils connaissent, ils l'ont déjà faite en long, en large et en travers. Ceci dit, nous sommes les bienvenus au Botswana mais c'est un autre budget et ils ne veulent pas nous imposer ça. Belle proposition, on doit mûrir tout ça.
Vendredi: Dans notre capharnaüm qui n'en finit pas d'en finir, j'ai invité trois copines que je vois une fois par an. Trois veuves. L'Homme prend donc la poudre d'escampette pour ne pas jouer à cherchez l'intrus. C'est toujours un plaisir de les voir. Cette fois, on a comparé nos maux divers, pour la plupart, dos, genoux, épaules. Exactement comme avec mes sorcières sauf que ces bien-aimées sont franchement plus jeunes que moi alors que mes veuves sont un peu plus âgées que moi. Je finis par me demander si je ne suis pas tout simplement dans la moyenne et que je n'ai aucune raison de me plaindre. Mmmmmh…. Le soir, pièce de théâtre amateur jouée, entre autres, par le frère de maman et sa belle-soeur. Près de 170 ans à eux deux tout de même. La démarche un peu hésitante mais la mémoire du texte intacte. Chapeau. L'occasion aussi de revoir deux de mes cousins et deux de mes petits-cousins, ce qui n'arrive vraiment pas souvent. Envie d'organiser une cousinade. Mais je procrastine, je procrastine.
Samedi: Concert de jazz avec maman, cadeau de Noël de Sis'Cile. Très chouette soirée, même si la fatigue commence à vraiment me peser. Et puis, on a décidé qu'on allait s'offrir le Botswana et les safaris un peu luxueux. Tant pis, c'est pas comme si on avait encore toute la vie devant nous. Au diable les varices !
Dimanche: Journée à Gand, pour soutenir Simon qui court son premier semi-marathon et surtout aider Anaïs à occuper trois enfants pendant les quelques heures que prennent l'inscription, la préparation et la course elle-même. Vu que Simon est une gazelle (1h26, c'est vraiment top!), on n'a pas trop galéré pour les faire marcher puis patienter du point de départ où ils ont encouragé leur papa à grands cris jusqu'au point d'arrivée où ils l'ont accueilli avec un enthousiasme tout excité. Maoh et Quentin étaient aussi de la partie.
Et entre deux, on continue les travaux dans la cuisine…..
En 1997, elle nous a rendus fous toute l'année. Elle avait 67 ans et comme sa maman était morte à 67 ans, il lui semblait absurdement logique de partir au même âge. On a entendu cette crainte pendant 4 saisons pour finalement l'entendre pousser un soupir de soulagement au crépuscule du 365ème jour.
Vingt ans après, en 2017, elle nous a fait mine de partir, dévastée par une bactérie qualifiée à juste titre de "difficile", elle a perdu 20 kilos et toutes ses forces et le médecin ne lui a pas donné 3 mois. Elle est alors rentrée chez elle et une équipe de soins palliatifs a été mise en place pour l'aider à vivre ces derniers mois.
Mais c'était sans compter la volonté de fer et hors pair de celle que désormais tout le monde appelait la warrior, la guerrière et que Samsam a rebaptisée la Déesse parce que dans sa tête c'est le même concept.
Elle a fait régresser la bactérie, l'a tenue à distance, a repris des forces et du poil de la bête. Elle a recommencé à se lever, d'abord du lit, puis du fauteuil, s'est à nouveau déplacée dans l'appartement, monté et descendu les escaliers une fois par semaine. Elle a perdu la vue progressivement mais s'est débrouillée pour voir le monde en rétréci puis à inventer ce qu'elle ne voyait plus.
Pendant sept ans, elle a attendu chaque jour Yves, Laurence, Gédéon, Patrick, Claire, Jean-Marie et tous les infirmiers dont elle connaissait les quelques petits détails de leur vie glanés pendant les soins et elle nous les racontait ensuite, au même titre que les infos ou la météo du jour. Pendant sept ans, elle a tenu bon grâce à eux et grâce à Marie-Chantal et elle a pu célébrer dans ses bras la naissance de sept arrière-petits-enfants. Pendant sept ans, elle a montré son indéfectible envie de vivre, jusqu'au dernier jour et a amplement mérité son titre de déesse guerrière.
Elle est partie vendredi, à son corps et à notre coeur défendant.