Catégorie : la vie des autres

  • La vie des autres

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    Lundi: On part tôt le matin pour terminer l'installation des lits superposés pour accueillir 5 pioux sur sept à Pâques. Les deux dernières dormiront encore avec leurs parents. On élague vite un des figuiers avant que la sève ne monte trop. Je change les draps d'à peu près tout le monde et les embarque pour les laver à Bruxelles, histoire d'avoir des draps propres et secs pour tous. Hop hop hop un passage chez le fermier et au supermarché en vue de la visite des amis demain et on repart fissa sur Bruxelles où une préparation de la réunion des copropriétaires nous attend chez les voisins. 

    Mardi: Les amis arrivent de Bourgogne pour trois jours. Pur bonheur de les retrouver. On parle à bâtons rompus sans discontinuer et tout est intéressant dans ce qu'ils nous partagent. Ce qui m'a émue ce sont les récits de famille que Martine m'a partagés. La grand-mère algérienne, naturalisée Française et même rebaptisée d'un prénom bien français français et dont personne de ses petits enfants n'a soupçonné la nationalité avant un âge adulte avancé. Alors qu'elle se faisait appelé Mamouna et préparait si bien la tchatchouka. L'arrière-grand père déposé dans une tour d'abandon, appelée chez nous "boîte à bébés" et dont Martine a fini par retrouver la trace généalogique. Toutes ces histoires de vie méconnues qui sont imprimées dans vos gênes et qu'on ne soupçonne même pas.

    Mercredi: Il fait un magnifique soleil, premier jour de vrai printemps. C'est idéal pour emmener ces amis visiter Bruxelles. On les emmène au Sablon, à la Grand Place, dans les Marolles, place du Jeu de Balle où se tient le marché aux puces tous les jours de l'année. On leur fait découvrir la cuisine typique bruxelloise au Stekerlapatte, vieux bistrot bruxellois dans le quartier des Marolles. On remonte vers le Palais de Justice, le Mont des Arts et on termine la journée devant une pasta alla Norma et un bon verre de vin. Gérard m'a offert des cordes de guitare qu'il a montées et qu'il a ensuite accordées. Il m'a redonné l'envie d'apprendre à jouer de cette guitare, cadeau de mes 20 ans que je n'ai jamais exploité. 

    Jeudi: On abandonne les amis pour la matinée pour aller à l'enterrement de l'oncle de Kerya, parti trop vite et trop bêtement. Une intervention chirurgicale sur les vertèbres cervicales est a priori sans danger et tout le monde l'a encouragé à le faire. Et deux jours après, il fait une hémorragie et part en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Toute la famille est atterrée et incrédule. J'aimais bien ce monsieur qu'on rencontrait aux fêtes d'anniversaire. Ce que je ne savais pas et qu'on nous a appris pendant la cérémonie d'adieu, c'est qu'il avait quitté le Cambodge avec femme et enfants pour fuir le régime de Pol Pot et les Khmers Rouges et se réfugier dans un camp en Thaïlande avant d'atterrir en Belgique et que dans ce camp, ils ont perdu une petite fille de 5 ans, de faim et de froid.

    Vendredi: Les amis nous quittent. L'Homme retrouve un ancien collègue pour le déjeuner et moi je rattrape mon repassage avant de partir chez l'orthopédiste pour ma première infiltration au genou. Même pas mal. Anaïs m'avait pourtant laissé entendre que c'était très douloureux. Sans doute un orthopédiste n'est pas l'autre. Ou la fille serait plus douillette que la mère ? Mais ça, ça m'étonnerait. Le soir, spectacle à La Monnaie, première partie: Rivoluzione. Mai 68 à Paris et en Italie.

    Samedi: Deuxième partie: Nostalgia. Que sont devenus en 2000 tous ceux qui se sont battus en mai 68, lutte armée ou lutte non violente. La plupart du temps, ils se sont rangés vers plus de confort. Leurs vies racontées pendant ces 5 heures de spectacle cumulées me laissent beaucoup de questions. Que laissons-nous à la postérité finalement ?

    Dimanche: Dîner gastronomique avec les ex-collègues de l'Homme. Dix couples autour de la table pendant 7 heures et toujours des histoires de la vie des autres. Celle à qui on a détecté un cancer du sein depuis la dernière fois que l'on s'est vues, celui qui attend un rein depuis deux ans, celle qui a perdu un beau-frère étouffé avec un petit bout de jambon, celle qui passe son examen de piano mardi, des petits bouts de vie comme j'aime les écouter. 

    Les rencontres dans la vie sont comme le vent, certaines vous effleurent juste la peau, d'autres vous renversent. 

  • Un voyage haut en couleurs

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    Après avoir terminé l'année 2023 et commencé 2024 sur les chapeaux de roue, nous avons pris l'avion le 2 janvier pour une destination inattendue. Bien sûr, on savait où on allait mais ce n'est sans doute pas le premier pays que j'aurais choisi pour fêter un an de retraite. Mais G. et C. nous ont proposé de partir en Inde, et contre toute attente, l'Homme a dit "Pourquoi pas ?". Dans ces conditions, je n'ai pas chipoté sur la destination et j'ai signé des deux mains. 

    Il me restait malgré tout quelques appréhensions mais celles-ci se sont complètement évanouies dès que j'ai posé le pied sur le sol indien. J'ai dans un premier temps été étourdie par le concert ininterrompu de klaxons et la densité de circulation mais petit à petit, je me suis détendue tant la circulation était fluide. En 3 semaines, je n'ai pas vu un seul accident ni le moindre accrochage. Après l'oreille, ce sont mes yeux qui en pris plein la vue. Jusqu'au dernier jour, j'ai été éblouie par l'arc-en-ciel de saris colorés et chatoyants et l'élégance dont ce vêtement habille chaque femme, quelle que soit sa morphologie. 

    Notre voyage avait la forme d'un sourire. De Chennai, ancienne Madras, à Goa, en passant par Pondichéry, Tanjore, Ooty, Cochin, Hampi et tant d'autres étapes aussi variées que dépaysantes. 

    J'ai tout aimé: le vert inédit des rizières, les plantations de thé comme autant de petits coussins verts, les temples époustouflants, les uns creusés à même la roche, les autres construits en énormes blocs de pierres, la dévotion incroyable des Hindous – j'ai moins aimé toutefois me déchausser les jours de pluie, marcher dans la boue et remettre mes baskets sans avoir l'occasion de me laver les pieds mais bon, sortir de sa zone de confort, cela ne peut pas faire de mal parfois -, je suis devenue une spécialiste de la mythologie indienne – bon, niveau 1, mais quand même, je ne m'en sortais pas trop mal -, la visite d'Auroville, cette utopie des années 70, la découverte des banyans, la soirée de mon anniversaire dans un ancien palais de riches commerçants Chettyar, la fête de Pongal, les kolams devant les maisons, ces magnifiques symétries dessinées par les femmes chaque matin, les visites de palais plutôt pas laids, la visite d'un jardin de plantes ayurvédiques, la journée en bateau sur les backwaters au milieu des jacinthes sauvages et des lotus, les deux safaris dont l'un à 6 heures du matin qui nous a permis de voir, chose très rare, un éléphant dormir couché près de son bébé de quelques semaines (normalement les éléphants dorment debout pour éviter de prendre trop de temps à lever leur lourde carcasse en cas de danger et ne s'autorisent à dormir couchés que lorsqu'ils se sentent en confiance), le magnifique site de Hampi, la cuisine indienne malgré le côté parfois fort fort épicé et surtout surtout j'ai été conquise par les Indiens, leur sourire, leur gentillesse et leur permanente envie d'être photographiés avec nous.

     Une semaine après notre retour, je suis toujours sous le charme. Je pourrais y retourner demain. Sans doute à un autre rythme. Mais cette Inde-là, celle du Sud, m'a définitivement séduite. 

     

     

  • Le monde des urgences

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    Jeudi, j'ai fait un petit tour aux urgences. Rien de grave, juste un doute (est-ce que je ne suis pas en train de faire une nouvelle pneumonie, moi ?), un médecin traitant en vacances au Mexique, un autre médecin qui n'accepte plus de nouveaux patients (bon, tant pis), et un départ en vacances le lundi suivant. Pas vraiment d'autre choix que d'oser encombrer les urgences. Mais personne ne me l'a reproché sur place, il faut bien le dire.

    J'y suis restée une longue après-midi et une soirée, le temps de faire une kyrielle d'examens (la petite dame a quand même déjà fait une petite embolie et on préfère ne pas passer à côté d'une récidive) et d'en attendre les résultats qui ont bien entendu confirmé mon petit doute.

    Et ce long moment de patience m'a donné l'occasion d'observer mes congénères humains. Le monde des urgences est un microcosme en soi. 

    Il y avait une maman africaine qui accompagnait son mari qui s'était foulé voire cassé la cheville et qui l'attendait dans la salle d'attente avec son bébé de 8-9 mois. Elle avait deux portables, un pour elle avec lequel elle a enchaîné conversation sur conversation et un autre pour son bébé qui regardait (déjà) une video "Dans sa maison, un grand cerf regardait par la fenêtre…..". Je ne suis pas restée longtemps dans la salle d'attente (par chance!) et je ne saurai jamais combien de temps elle a pu tenir ce rythme.

    Il y avait ce jeune Espagnol accompagné d'un copain qui lui faisait la conversation après un épisode de choc anaphylactique, visiblement après avoir mangé du poisson. Ce devait sans doute être la première fois que cela lui arrivait et il devait avoir eu la frousse de sa vie. Son copain essayait de le détendre un peu en lui faisant la liste "googuelisée" de tous les aliments qui pouvaient lui être fatals. L'autre riait d'un jaune nerveux et passait en revue tout ce qu'il avait mangé depuis le début de la semaine.

    Il y avait cette petite dame portugaise qui s'était fait renverser par un vélo et qui s'était fracturé le coude. L'infirmière lui a demandé si elle tenait beaucoup à son joli petit gilet orange et la dame a dit oui. Mais quand on lui a expliqué que ce serait sans doute douloureux de lui enlever son gilet normalement, elle a accepté vaillamment qu'on découpe la manche aux ciseaux: "Bah, un gilet, ça se remplace…." Son mari est arrivé une heure plus tard, elle n'était toujours pas embarquée pour la salle d'op et elle lui a répété, en portugais cette fois "Bah, un gilet, ça se remplace…"

    Il y avait cet Anglais qui ne tenait plus sur ses jambes parce que les 5 grammes d'alcool qu'il avait dans le sang rendait sa marche on ne peut plus instable. Sa femme est arrivée à peu près en même temps que lui et n'a cessé de se fâcher sur lui. Elle le traitait de tous les noms d'oiseaux ivres et lui, plus imbibé que dix babas au rhum, lui répondait avec autant de verve pâteuse. Les Espagnols ont cessé de faire des listes alimentaires pour rire sous cape dans le box voisin. L'Anglais voulait absolument aller aux toilettes, le médecin refusait qu'il se lève et l'enjoignait à utiliser le bocal ad hoc. L'Anglais essayait de se lever, sa femme le replaquait au lit avec une force insoupçonnée. Il a fini par accepter le bocal mais bien entendu n'a pas su viser et quelques litres d'alcool ont arrosé le sol, au grand dam des infirmières. Les Espagnols ne se tenaient plus.

    Je suis rentrée tard le soir et j'ai eu une pensée particulière pour tous ces soignants qui vivent cette réalité jour après jour, nuit après nuit. 

  • Franz

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    Il s'appelait Franz. Il est mort il y a quelques jours. C'était le mari d'une amie de maman. Elles sont voisines depuis près de 50 ans. Je ne sais pas laquelle des deux a emménagé la première mais j'ai l'impression qu'ils habitaient là depuis aussi longtemps que nous. Papa garait sa voiture dans un garage tout proche, Franz non. Il garait sa voiture dans la rue. 

    Dans les années 85-86, l'Homme a entrepris d'apprendre à conduire à ma soeur. C'est toujours plus cool de demander à son beau-frère plutôt qu'à son père. Surtout à un beau-frère cool. 

    Un soir, après une heure de cours, ma soeur ramène la voiture à la maison, prend un tournant un peu trop brusquement, perd le contrôle du véhicule et prend la voiture de Franz de plein fouet. La voiture de l'Homme a quelques égratignures, la voiture de Franz est un sinistre total. Ne me demandez pas pourquoi mais toujours est-il que c'était un peu un choc d'un pot de fer contre un pot de terre. On est fin juin et bien sûr Franz emmène sa petite famille en vacances dans quelques jours. Et bien sûr aussi, il a acheté sa voiture il y a quelques mois.

    Ma soeur est en larmes, comme il se doit, quand on apprend à conduire et qu'on démolit la voiture des voisins. L'Homme n'a jamais supporté les larmes. Il prend tout sur ses épaules et explique à Franz que c'est lui qui était au volant. Franz était furieux. Il ne l'a jamais cru. Ou alors l'Homme devait être ivre. 

    Je crois qu'il a préféré croire à cette version, c'était finalement plus facile d'en vouloir à ce jeune homme qui prétend apprendre à conduire à ses belles-soeurs, sans maîtriser son véhicule. 

    Le garagiste de Franz a fait des pinces et des clés pour que Franz puisse partir en vacances avec seulement quelques jours de retard et ma soeur n'a plus jamais essayé de conduire. 

    Et je crois que des années plus tard seulement, maman a dédouané son beau-fils auprès de son amie. Mais pas si sûre….

     

  • Infinie tristesse et joie sans pareille

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    Encore une fois, ces derniers jours ont été à l'image de ce qu'est la vie, une succession de grand soleil et de nuages gris foncé, météo sans cesse en mouvement.

    J'ai appris vendredi et aujourd'hui deux décès qui ne m'appartiennent pas, pour autant que l'on puisse "posséder" un décès. Je veux dire par là que je ne connaissais pas personnellement les disparus, tant s'en faut. Vendredi, l'auteur du livre "Deux petits pas sur le sable mouillé", Anne-Dauphine Julliand, perdait son troisième enfant. Je suis son compte Instagram, pépite de résilience et de joie de vivre, après avoir lu son livre que m'avait offert Hanka il y a quelques années. Ce livre raconte la découverte de la maladie dégénérative de sa petite fille de 2 ans et l'accompagnement de cette enfant jusqu'à sa mort un an plus tard. Il raconte également l'arrivée de son troisième enfant, une autre petite fille atteinte de la maladie qui vivra jusqu'à ses onze ans. Et vendredi, elle perd son fils aîné qui se suicide la veille de ses 20 ans. La pensée de cette maman ne m'a pas quittée de tout le weekend et aujourd'hui encore, je suis bouleversée. J'ai beaucoup de difficultés à concevoir comment on peut survivre à cela. Et à côté de l'infinie tristesse, sincère, qui m'habite, je ressens un besoin compulsif de prendre de ses nouvelles sur les réseaux sociaux, et je n'aime pas du tout ce comportement que j'apparente à une sorte de voyeurisme mal placé. Et cela me rend encore plus triste.

    Aujourd'hui, j'ai appris également le décès d'un commerçant près de chez moi, que j'aimais beaucoup même si je ne fréquentais pas sa boutique de seconde main toutes les semaines et de savoir que c'est cette saleté de virus qui l'a emporté me révolte d'autant plus. Et à nouveau je ressens une tristesse qui me semble inappropriée.

    Alors que j'ai passé un weekend absolument magnifique. Malgré un épouvantable lumbago dont j'avais complètement oublié la puissance de la douleur. Nous avons gardé Jules et Sam Sam pendant tout le weekend et ils ont été tout simplement adorables. Petit Jules voulait m'aider à me relever et m'apportait de faux petits déjeuners au lit sur des rampes de garage en guise de plateau. Il nous a bombardés de questions en chaîne et nous a nouveau épatés par son vocabulaire encyclopédique. Inutile de lui parler de bébés cochons ou de bébés sangliers, il rectifie la nomenclature en sanglier, laie et marcassins ou verrat, truie et porcelets. Sam Sam ne s'exprime pas encore comme lui mais sait se faire comprendre. Et nous signale qu'il entend les pigeons sur la terrasse. Ce qui amène son poète de frère à nous faire remarquer que les oiseaux sont comme lui, ils chantent pour dire qu'ils sont contents de commencer leur journée.

    Le samedi soir, J et S et C et M ont amené leurs casseroles et leur matériel pour me concocter un dîner d'anniversaire à domicile et c'était tout simplement fabuleux. Il suffit de donner un ingrédient à J. et elle vous décline un plat et un dessert magiques. Cerise sur le gâteau, avoir deux petits garçons bien élevés à l'apéro qui vont au lit sans difficultés le moment venu, c'est un vrai bonheur.

    Finir le weekend en célébrant, en tout petit comité malheureusement, les seize ans de Clara, et découvrir par la même occasion la nouvelle maison de Sis'cile était juste parfait pour se dire que la famille reste ma priorité absolue dans ma vie. 

  • La quinzaine de l’aidant proche

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    Pour la troisième année consécutive, ma belle-soeur est partie en vacances. Elle les avait programmées dès son retour des vacances précédentes pour être sûre que je bloque les dates avec elle. J'ai donc repris mon service de proche aidant. 

    Ma belle-mère n'est pas compliquée. Elle a besoin d'une présence à chaque repas, d'un peu d'aide logistique et d'un peu de conversation. Celle-ci est toutefois de plus en plus limitée parce que proportionnelle à son degré de surdité. Pendant quinze jours, je crie et articule un peu plus fort que d'habitude. 

    Je dors chez elle aussi, dans un trois pièces en enfilade sans porte. Elle a le sommeil léger et pour combler ses insomnies, elle rallume la télévision sur puissance maximale. En général, je sursaute et ne me rendors plus. Au bout des 15 jours, je suis épuisée.

    Pendant  ce temps, l'Homme a géré l'approvisionnement en bois pour l'hiver et surtout l'ensablement à répétitions de l'appartement. Il a accessoirement vendu un garage. Il est venu me voir mais en coup de vent. Il aime sa maman mais n'arrive pas à rester là plus d'une demi-heure. Il invoque le parcmètre et l'amende probable pour filer à l'anglaise.

    Je le répète, ma belle-mère n'est vraiment pas difficile mais ma maison me manque, encore plus cette année que je l'ai quittée il y a plus d'un mois pour partir en vacances. Alors je décompte les jours grâce aux piluliers que ma belle-soeur a préparés et chaque fois que j'ouvre la petite boîte matin ou après-midi, je calcule ce qu'il me reste à passer là. Plus que douze repas, plus que dix, …..

    Pour fêter mon retour à la maison, on a célébré tous ensemble les 30 ans de Quentin, la naissance de Maoh et les 34 ans de Maïté. On ne s'était plus retrouvés tous autour de la table depuis le mois de juin et comme toujours ce fut un vrai bonheur de les avoir tous là.

    Le soir, Maman m'appelait, très anxieuse de voir sa tension monter d'heure en heure. On a passé une bonne partie de la soirée aux urgences pour finalement rentrer avec plus de peur que de mal.

    Et aujourd'hui, l'Homme s'est fait réparer l"épaule, bien mal en point. Il rentre demain et on fêtera aussi cela.

     

     

  • Moins de mal que de peur

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    Une toux sèche la nuit pendant quelques jours puis plus rien. Je préviens les amis où l'on va enfin se retrouver à six pour fêter un anniversaire. Je sais qu'ils ont respecté le confinement à la lettre pour pouvoir se permettre de partir chez les grands parents en Italie pour les vacances. Je ne voudrais pas leur faire prendre de risque inutilement. Ils décident de passer outre mais je sais que cela leur a coûté un effort inhabituel de convivialité.

    Le lendemain, brunch avec d'autres amis. Passage chez ma maman ensuite pour lui régler deux ou trois problèmes administratifs et retour à la maison. Là, sans crier gare, une légère fièvre mais ressenti tempête de frissons. Un chouia de panique. Pas tant pour moi que pour tous ceux que je viens de croiser et qui pourraient, le cas échéant, véhiculer voire choper cette sale petite bestiole.

    Le lendemain, j'appelle le médecin qui m'envoie bien évidemment faire ce fichu test. Deux heures d'attente sous le soleil parce que je ne voulais rentrer dans le "container" d'attente. Pas rigolo du tout ce test mais bon, je me convaincs que je fais ce qu'il faut.

    Ensuite commencent trois longs jours d'attente, pendant lesquels j'ai guetté le moindre symptôme aggravant, j'ai craint la catastrophe pour Maman, anticipé toutes les déconvenues à venir, l'annulation de l'anniversaire de Sappho, l'annulation des vacances, la quarantaine imposée aux amis avant leur propre départ vers les grands-parents. J'ai eu bien le temps de ruminer. J'ai essayé de m'éloigner de l'Homme, j'ai dormi ailleurs, j'ai essayé de ne rien toucher qu'il ne touche lui-même mais c'est presque mission impossible.

    Au bout du troisième jour, quand le médecin m'a appelée, j'en aurais pleuré de soulagement. 

    Moins de mal que de peur mais une angoisse bien envahissante !

  • L’insolence du bonheur

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    Il m'arrive parfois d'avoir envie d'étouffer sous un énorme oreiller tout le bonheur qui m'habite. Mais je ne suis pas douée pour cela et souvent, l'oreiller explose et fait voleter autour de ma tête des plumes de bonheur insolent.

    Je trouve la vie injuste en fait. En soi, ce n'est pas un scoop mais néanmoins, je suis souvent à la limite subtile de la honte et de l'embarras quand je vois autour de moi des proches et un peu moins proches faire face avec dignité et force de caractère à des situations désespérantes alors que je vis chaque instant de ma vie dans une opulence de moments joyeux et heureux.

    Une amie de mes filles vient enfin d'avoir son bébé tant attendu depuis des années pour découvrir un mois après sa naissance que ce petit garçon est atteint d'une amyotrophie spinale et que son espérance de vie est très limitée. Sauf que on vient de trouver un traitement en décembre 2018, remboursé, et susceptible d'être efficace. Tout cela reste malgré tout très fragile mais cette fille merveilleuse au lieu de désespérer, se réjouit de ne pas avoir pu mettre un enfant au monde avant, puisque le traitement n'existait pas. Un modèle de positivité.

    Un de nos amis s'éteint doucement et sa femme est extraordinaire également. Elle veut vivre ses derniers moments le plus sereinement possible. Elle aussi m'épate.

    Et moi, pendant ce temps-là, je passe une journée remplie de bonheur avec ma fille pour fêter ses 32 ans, je profite de Sappho pendant un long weekend – dormir avec elle fait partie des mes plus grands plaisirs, même si je dors peu -, je passe un peu de temps avec Jules et ses parents puis avec Jules et Sappho et mes deux filles. Et je ne me lasse pas de ces instants si précieux.

    Et je me sens impuissante à soulager un tant soit peu ceux qui souffrent malgré leur résilience extraordinaire.

  • Midi à ma porte

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    Tout est question de perspective. Je me plains – beaucoup – ces temps-ci de mon physique qui part en "oh le boudin !", de mes cheveux qui s'éclaircissent non pas de mèche avec le coiffeur ni sous la grisaille du temps à la neige, mais bien au sens strict du mot, à savoir qu'ils se clairsèment à tout va. Je me plains, je me lamente, je râle, j'enquiquine tout le monde. Et bien sûr, " tout le monde" ne comprend pas de quoi je parle, on ne voit pour ainsi dire rien (je masque bien, évidemment), je suis toujours aussi jolie, je ne change pas, je ne fais pas mon âge, ….. Merci, merci, les amis, les enfants, les collègues, vous êtes trop gentils. Nous ne voyons visiblement pas les mêmes choses. Question de perspective.

    Elle a un enfant en pré-adolescence, il ment sur des bêtises, juste pour éviter les ennuis, juste pour ne pas dire ce qui serait susceptible de la fâcher – et il n'aime pas quand ses beaux yeux se fâchent – , juste pour le plaisir peut-être…. Elle en fait une montagne. Juste comme moi j'en faisais des tonnes quand mes adolescents à moi me cachaient la vérité pour exactement les mêmes raisons. Comme elle, je leur jouais le grand air de la perte de confiance en sol majeur, comme elle je me demandais comment ces enfants allaient finir s'ils osaient déjà me faire ça à 13 ans. Aujourd'hui, je souris de ces petits délits d'initiation à la vie d'adulte, qui permettent de se mesurer à ces colosses que sont les parents. Et je ne peux m'empêcher de trouver qu'elle fait un monde de rien du tout. Question de perspective.

    Je suis moins disponible pour mes collègues parce que la nouvelle hiérarchie m'accapare au moins un tiers de mon temps. Certaines d'entre elles vivent très mal cet abandon de poste. Objectivement, elles n'ont pas besoin de moi, elles sont parfaitement autonomes et fières de l'être. Mais je ne suis plus à leur entière disposition pour lever le moindre doute, pour répondre à la question immédiate, pour rassurer, apaiser ou soulager. Et c'est vécu un peu comme une trahison. Au point de me trouver "moins chaleureuse depuis qu'elle est là". Bien sûr que ce n'est pas le cas, selon moi. Mais pour certaines, la perception est différente. Question de perspective.

    Il n'y a pas là de quoi chercher midi à quatorze heures mais une petite piqûre de rappel sur l'importance de se mettre dans les chaussures de l'autre pour comprendre quel est ce petit caillou qui le blesse.

  • La fin de l’été

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    Charmante soirée mardi avec une ancienne collègue que je n'avais plus vu depuis presque dix ans et C. qui nous a rejointes. L'impression de s'être quittées hier ou presque. J'avais oublié à quel point c'était une jolie personne et comme j'aimais échanger avec elle. Elle vient de fêter son demi-siècle et ses petits sont aujourd'hui de grands ados à l'université. Elle vit mal cette nouvelle décennie, ne sait plus comment s'habiller, où s'habiller, voit son corps changer sans rien pouvoir y faire, raconte tout le mal être de notre âge, comme une nouvelle adolescence et je m'y reconnais tellement que je suis ébahie d'entendre dans la bouche d'une autre tout ce que j'ai ressenti et ressens sans l'exprimer aussi bien.

    Dans ma poche, un livre qui me bouleverse. Le bleu de la nuit de Joan Didion qui raconte la mort de sa fille à l'âge de 39 ans mais surtout qui décrit admirablement de son écriture sèche et incisive les tourments du temps qui passe. 

    Quand vient la saison des nuits bleues, on a l'impression que les journées n'en finissent jamais. Et à mesure que la saison des nuits bleues se rapproche de son terme (inexorable, inéluctable), on est saisi d'un frisson, d'une appréhension physique, maladive, lorsqu'on s'en avise pour la première fois : la lumière bleue s'en va, déjà les jours raccourcissent, l'été n'est plus là. Ce livre s'appelle «Le bleu de la nuit» parce qu'à l'époque où j'ai commencé à l'écrire, j'avais l'esprit de plus en plus souvent tourné vers la maladie, vers la fin des promesses, le déclin des jours, l'inévitable assombrissement, l'agonie de la clarté. Le bleu de la nuit, c'est le contraire de l'agonie de la clarté, mais c'est aussi son avertissement.

    Il y a une saison pour tout .
    L’ecclésiaste bien sur, oui, mais je pense d'abord aux Byrds, "turn turn turn".

    Il y a une saison pour tout, oui, et c'est bien ainsi. Mais pourquoi passent-elles si vite ?