Catégorie : Friends

  • Un an plus tard

     

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    Hier était une journée particulière. Je savais qu'elle serait difficile mais je n'ai pas anticipé le déluge qui allait me submerger. J'ai sangloté une bonne partie de la matinée, enfermée dans mon bureau. Personne, pour une fois, n'a osé pousser la porte. Je n'ai pas imaginé que le contexte de la journée allait déclencher ce tsunami. Il faut dire que l'ironie du sort a voulu que nos bureaux déménagent d'un coin presque champêtre de Bruxelles dans la rue où se trouve la station Maelbeek. Les cérémonies organisées dans le métro étaient encadrées haute sécurité et les hélicoptères dans le ciel ainsi que les sirènes continues des voitures de police ont planté un décor rappelant, même si plus que probablement dans une moindre mesure, la situation d'il y a un an dans cette même rue où nous n'étions pas. Tout m'a ramenée à elle qui n'est jamais sortie de Maelbeek. Et j'ai pleuré tout ce que je n'ai pas pleuré ces jours là. 

    De toute façon, la journée lui était consacrée. Le comité créé en son nom – dont j'ai expressément évité de faire partie parce que je sentais bien que je n'en étais pas capable – avait organisé une cérémonie qu'ils souhaitaient sobre mais qui les a rapidement dépassés dès lors que tout le gratin de l'Union européenne a souhaité participer à l'événement. Et ils ont réussi à garder à cette commémoration le caractère sobre et digne qu'ils voulaient. Chapeau les filles, vous avez accompli une prouesse phénoménale et vous avez évité tous les écueils.

    Une plaque à sa mémoire a été placée sur un mur à l'entrée du bureau. Décidément, il était écrit que partout où j'irais, elle me suivrait. Turin, Parme, Evere et bien malgré elle cette fois, Maelbeek. 

     

    https://webcast.ec.europa.eu/commemoration-patricia-rizzo

     

  • Ca sent le printemps

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    Je continue à nager dans les eaux des troubles hormonaux et c'est peu de le dire. Nous avons retrouvé un groupe d'amis que nous avons connus à 18 ans et nous avons tous ensemble, 15 petits-enfants et demi (la demie en question s'épanouissant gentiment dans le rond cocon de Maïté…). Et toutes ces grand-mères réelles ou potentielles ne connaissent ni les bouffées de chaleur ni le moindre problème annexe. De 50 à 60 ans et toutes leurs dents et tous leurs cheveux. Non, mais ? Je suis punie ou quoi ?

    Promis, j'arrête de m'auto-narcisser le nombril. 

    Enfin les jours rallongent, enfin la lumière s'intensifie, ça sent le printemps dans l'air. Maïté s'arrondit, elle fait des listes de vêtements de bébé, de biberons, de doudous, de gigoteuses et de nids d'ange. Anaïs fait des listes de lieux verts et accueillants, d'activités ludiques en tous genre, de robes de mariée délicates, de décorations scintillantes. Moi, je fais des listes de listes de listes.

    On prépare activement l'anniversaire de mon sexygénaire. Un weekend en Touraine chez Véro et Olivier, les filles s'occupent de l'entrée sous la houlette de Josiane et les garçons préparent le "main course" guidé par le naked chef Mitch. Une vraie fête des papilles en perspective.

    On se prépare au déménagement des deux filles en avril. 

    En attendant, le boulot me prend la tête et l'énergie mais l'ambiance est plutôt positive. Il faut juste tenir. 

    Allez, encore deux semaines dormir et ma chère Sérénissime, nous voilà.

     

     

     

     

  • Midi à ma porte

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    Tout est question de perspective. Je me plains – beaucoup – ces temps-ci de mon physique qui part en "oh le boudin !", de mes cheveux qui s'éclaircissent non pas de mèche avec le coiffeur ni sous la grisaille du temps à la neige, mais bien au sens strict du mot, à savoir qu'ils se clairsèment à tout va. Je me plains, je me lamente, je râle, j'enquiquine tout le monde. Et bien sûr, " tout le monde" ne comprend pas de quoi je parle, on ne voit pour ainsi dire rien (je masque bien, évidemment), je suis toujours aussi jolie, je ne change pas, je ne fais pas mon âge, ….. Merci, merci, les amis, les enfants, les collègues, vous êtes trop gentils. Nous ne voyons visiblement pas les mêmes choses. Question de perspective.

    Elle a un enfant en pré-adolescence, il ment sur des bêtises, juste pour éviter les ennuis, juste pour ne pas dire ce qui serait susceptible de la fâcher – et il n'aime pas quand ses beaux yeux se fâchent – , juste pour le plaisir peut-être…. Elle en fait une montagne. Juste comme moi j'en faisais des tonnes quand mes adolescents à moi me cachaient la vérité pour exactement les mêmes raisons. Comme elle, je leur jouais le grand air de la perte de confiance en sol majeur, comme elle je me demandais comment ces enfants allaient finir s'ils osaient déjà me faire ça à 13 ans. Aujourd'hui, je souris de ces petits délits d'initiation à la vie d'adulte, qui permettent de se mesurer à ces colosses que sont les parents. Et je ne peux m'empêcher de trouver qu'elle fait un monde de rien du tout. Question de perspective.

    Je suis moins disponible pour mes collègues parce que la nouvelle hiérarchie m'accapare au moins un tiers de mon temps. Certaines d'entre elles vivent très mal cet abandon de poste. Objectivement, elles n'ont pas besoin de moi, elles sont parfaitement autonomes et fières de l'être. Mais je ne suis plus à leur entière disposition pour lever le moindre doute, pour répondre à la question immédiate, pour rassurer, apaiser ou soulager. Et c'est vécu un peu comme une trahison. Au point de me trouver "moins chaleureuse depuis qu'elle est là". Bien sûr que ce n'est pas le cas, selon moi. Mais pour certaines, la perception est différente. Question de perspective.

    Il n'y a pas là de quoi chercher midi à quatorze heures mais une petite piqûre de rappel sur l'importance de se mettre dans les chaussures de l'autre pour comprendre quel est ce petit caillou qui le blesse.

  • Une si jolie semaine

     

     

    Mardi: Concert avec Mamy. Un moment d'exception. Jordi Savall fait partie de ces musiciens qui ne laissent personne indifférent. On aime ou on n'aime pas. Mais quand on aime la musique baroque, la viole de gamme et les musiques du monde, on ne peut pas rester insensible à ses concerts à thème. Cette fois, il nous a emmenés sur les routes de l'esclavage. Entre plusieurs épisodes allant du début de l'esclavage à son abolition, récités par Kassé Mady Diabaté, il a alterné les morceaux de musique latino-américaine, mexicaine, colombienne et brésilienne et les morceaux de musique d'Afrique Noire au rythme de la kora et du chant de griot. Juste sublime.

    Mercredi: C'était l'anniversaire de Patricia, le premier qu'elle ne fêtera pas. On était quelques unes à s'en souvenir au bureau et à ne rien dire parce qu'il ne servait à rien de s'épancher. Mais chacune savait que l'autre savait et on se parlait avec les yeux. Et on s'est embrassées le soir par sms pour ne pas craquer.

    Jeudi: Et voilà j'attends une petite-fille. Non, non, bien sûr, je ne suis pas enceinte, j'ai largement dépassé la date de péremption mais Maïté et JD attendent un petit baby et ils ont appris ce jeudi que c'est une petite fille. On a fait une petite téléconférence à midi entre filles pour se réjouir de ces histoires de filles. Je reviendrai plus tard sur cette histoire de mère-grand (!) mais je suis tellement ravie pour elle que je fais en sorte d'oublier la galette et le petit pot de beurre e tutti quanti.

    Vendredi: une soirée sous le signe du rire, de l'amitié, d'un dîner plus que parfait et d'un peu trop de vin. Dix amis autour de la table, une ambiance détendue, des fous rires et de la tendresse. Un si joli moment.

    Samedi: de nouveaux fous rires avec Quentin, Maïté, l'Homme et JD déclenchés par des jeux de mots déchaînés, en cascade et sans queue ni tête mais tellement drôles. Le soir, un dîner pour mon anniversaire par J. et S. qui me gâtent chaque année et cette année encore plus que d'autres quand on sait à quel point cette fin de semaine n'a pas été drôle du tout pour ma Joséphine. Et toujours les petits plats dans les grands, même quand elle fait simple.

    Dimanche: Gros cadeau de Simon et Anaïs venus réparer l'ordinateur tombé dans le coma jeudi soir. L'Homme était totalement démuni sans son amie la Pomme mais ce midi il a retrouvé le sourire.

  • La mort, l’amour, la vie

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    La mort, l'amour, la vie…. Les jours se suivent, ne se ressemblent pas mais finalement le cycle de la vie est toujours présent. 

    Jeudi, on apprenait la mort de ce collègue qui s'est pourtant bien battu contre la sale bête. Un collègue aimé par certains, détesté par d'autres, surtout les femmes qu'il apostrophait vulgairement lorsque, les jours de fête, la bière coulait trop à flot. Une espèce d'ours mal léché qui abritait un grand coeur. C'est lui qui nous fournissait le champagne produit par son frère et sa belle-soeur.

    Le lendemain c'est Célestine qui perdait son papa tout doucement, sans faire de bruit.

    Vendredi, on rentrait le bois pour l'hiver. Parce que le cycle des saisons est là et qu'il faut bien que ça se fasse. L'Homme, Quentin, JD ont transféré les bûches de La Glanerie à Bruxelles de 18h à 4h du matin. Avant de reprendre la route pour le dernier trajet, ils ont pris un moment pour regarder la nuit sans nuages et traquer les étoiles filantes.

    Samedi, c'est une collègue de l'Homme qui se mariait avec l'homme de sa vie après plus de dix ans de vie commune et deux jolies petites filles. La mariée était splendide et personne ne pouvait deviner derrière son sourire la douleur matée à coups d'anti-inflammatoires et qu'en guise de voyage de noces, elle rentre mercredi à l'hôpital pour une lourde chirurgie au niveau du dos.

    Dimanche, nous étions invités chez la mamma de Graziella, que nous n'avions plus vu depuis longtemps mais qui ne change pas. A 85 ans, elle nous a préparé un repas de fête tout à l'italienne: la lasagne fatta a casa, les melanzane alla parmigiana, les saltimboccas, les poivrons marinés, le plateau de fromages italiens, les petits fours italiens, le vin italien et la musique italienne. Une immersion dans tout ce qui nous enchante.

    Et ce soir, skype avec Swiss'Sis qui revient de loin après une chute de 4 mètres, après avoir glissé d'un rocher et qui s'en sort avec des hématomes un peu partout, une dose massive d'arnica et des sueurs froides rétrospectives dans le dos. Mais comme elle le dit, quand c'est pas l'heure, c'est pas l'heure.

     

  • Encore un joli weekend

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    En général, je rechigne un peu quand on m'invite à déjeuner le weekend. Un samedi ou un dimanche midi, cela me donne l'impression de bousiller un temps précieux. C'est encore l'ancienne moi, celle d'avant mai 2016 qui veut rentabiliser le temps, qui se réveille. Et donc ce samedi, il a fallu se lever tôt pour faire malgré tout un rapide petit marché avant de prendre la route pour un petit village près de Liège où vit une de mes plus vieilles amies, celles de l'école primaire, ce qui fait déjà un fameux bail. On ne s'est plus vus depuis 3 ans déjà mais c'était comme si c'était hier. C'est un couple d'éternels amoureux, heureux de ce qu'ils ont et pas compliqués. Pourtant la vie ne les a pas gâtés. Deux enfants morts quelques mois après la naissance, un troisième souffrant d'une malformation cardiaque congénitale et une quatrième en pleine santé jusqu'à il y a deux ans où on lui a détecté un cancer du côlon à 30 ans. Sous contrôle depuis mais sous stress toujours. Rien d'étonnant donc que cette amie ait sombré dans une dépression longue et pénible et qu'elle ait évité de voir beaucoup de monde. Mais comme chaque fois, nous avons passé une après-midi agréable, drôle et pleine de tendresse. 

    Le soir, Maïté et JD nous attendaient à la maison. Ils étaient venus chercher une valise pour leur départ au Japon lundi prochain. Ils sont repartis avec quelques polars pour la grimpette du Mont Fuji programmée pendant ces vacances. J'espère sincèrement qu'ils pourront mettre leur projet à exécution parce que le temps annoncé n'est pas fameux fameux et encore moins propice à l'ascension de cette merveille. Comme toujours, quand mes enfants partent loin, j'ai un petit pincement au coeur mais je suppose que ce sera toujours comme ça, quel que soit leur âge.

    Ce dimanche, malgré la pluie, l'Homme m'a obligée à sortir au marché faire le plein de framboises et de myrtilles. Je l'ai tellement bassiné cet été à vanter les mérites anti-oxydants de toute une série de fruits et légumes qu'il se fait un devoir maintenant de me pousser à poursuivre ce régime anti-rouille. Puis, on a passé l'après-midi en cuisine, confitures et tarte aux reines-claudes cueillies le weekend dernier.

    Ce lundi matin, réveil mitigé: Toots Thielemans est décédé cette nuit et Mindulle le typhon accoste au Japon. What !? Mais ma fille et JD partent ce soir. Plus de 500 vols sont annulés et ils ont évacué la tour de contrôle vu les vents de 180 km/heure. Et il faut voir les trombes d'eau. Malgré tout, leur avion a décollé ce soir; je sens que la nuit va encore être tranquille, tiens…..

  • Sorcières à Paris

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    Dix ans plus tard, nous revoilà à Paris. A quatre malheureusement, même si cette fois encore, elle était bien parmi nous. Quel joli weekend ! 

    J'adore retrouver au moins une fois par an ces adorables sorcières. Nos retrouvailles sont chaque fois un vrai bonheur et il est difficile d'imaginer qu'une année se soit passée sans que l'on se retrouve toutes les quatre. On amène toutes nos soucis, on les partage, et puis on les oublie le temps du weekend. 

    Véro nous avait tout organisé: un airbnb dans le Marais, un petit salon de thé pour le lunch où je recommande la salade de lentilles au saumon fumé, divine, et une visite guidée du Quartier Latin. J'adore ce genre de visite, surtout quand la guide est géniale. J'ai appris plein de choses, vu de très jolies choses et passé un moment délicieux. 

    Le petit bistro où on a reposé nos jambes fatiguées mais pas nos langues, jamais fatiguées, était lui aussi une découverte. Simple mais divinement bon. 

    Le dimanche après la visite guidée, on s'est posées au soleil sur une péniche, moment de complicité enivrée dont on ne ressort pas toutes dignes et droites. Le soir, trop fatiguées pour trouver un resto, on s'est fait livrer un thaï bof bof, juste de quoi absorber les deux caipirinhas de l'après-midi. 

    Et c'était déjà la fin; le temps nous a filé entre les doigts mais il était si riche de moments intenses qu'une nouvelle fois, ce weekend de sorcières restera gravé dans nos mémoires.

     

     

     

  • Au-delà des forêts

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    Petit tour en Transylvanie, à la frontière ukrainienne, entre amis (4 couples, 6 enfants), dans les montagnes du Muramures. Cinq jours de dépaysement total. 

    Le voyage n'a pourtant pas trop bien commencé: après une demi-heure de vol, je me suis réveillée d'un assoupissement léger par une sensation d'étouffement. Le temps de toucher du pied la jambe de l'homme, lui aussi assoupi, et je m'évanouis une petite minute. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ni lui ni moi n'étions rassurés. Le docteur Loulou qui faisait partie de notre petite bande est tout de suite venu, m'a fait allonger et a demandé une bonbonne d'oxygène que j'ai gardé sur le nez pendant toute la durée du vol. Pouls faible, pas moyen de respirer normalement, un chouia de panique (on ne fait pas venir l'ambulance en plein vol, on fait quoi alors ?), un rien sceptique quant à la suite du séjour, un peu ennuyée pour les autres aussi. Diagnostic apporté par l'ingénieur aéronautique: les compagnies low-cost réduisent l'apport en oxygène dans les avions pour réduire les coûts. Seule énigme: pourquoi moi et pas tout l'avion ? Mais une fois sur la terre ferme, les couleurs me sont revenues progressivement et l'épisode a été vite oublié.

    Pendant cinq jours, on a voyagé dans ce paysage sublime, de tous les verts possibles. Dr Loulou et Claudia nous ont partagé leur terre natale avec un enthousiasme très contagieux. En deux temps, trois mouvements, on s'est mis au roumain de base, on comprenait la moitié de ce qui se disait ou se lisait, fastoche pour des italophones comme nous tous.

    L'enthousiasme du Dr Loulou passait surtout par la table et il aurait voulu nous faire goûter tout ce qu'il aime en même temps. Chaque repas est devenu une orgie de ses saveurs d'enfance. On a partagé ses souvenirs gustatifs jusqu'à l'indigestion. Truites, sarmales (feuilles de chou farcies de riz et de viande), mamaliga (polenta), patates et re-patates, lard grillé, fromage, beurre, crème,  les ciorba (soupes) de tripes, les saucisses, enfin le paradis du cholestérol quoi, les papanasi, délicieux beignets à la crème fraîche et à la confiture de myrtilles. Et pour tout digérer, la palinca, eau-de-vie de prune qui se boit cul sec en retournant son verre sur la table. Après çà, on revient plus lourd d'au moins 2 à 4 kilos, selon le laisser aller à la gourmandise. 

    L'enthousiasme de Claudia pétillait plus pour les lieux de son enfance, l'appartement où elle a vécu heureuse avec sa grand-mère ou avec ses parents, ses jeux d'enfant, les montagnes, les églises en bois, le cimetière joyeux où les tombes sont toutes décorées par un artiste local qui peint et raconte en quelques lignes la vie du défunt. Et cette profusion de croix colorées et naïves donne une impression de joie et de vies joliment vécues pour la plupart. Les vieilles églises en bois, magnifiques, en particulier celle qu'une vieille paysanne nous ouvre rien que pour nous et qui de fil en aiguille finit par montrer à Dr Loulou son genou où une vieille prothèse toute déglinguée la fait terriblement souffrir et par découvrir qu'elle jouait enfant avec les parents de Dr Loulou. Le mémorial aux deux millions de victimes recensées du communisme, à Sighetu où on retrouve une photo du papa de Dr Loulou. Les promenades dans les collines de Ruscova, à quelques pas de l'Ukraine. La surprise du groupe de danses folkloriques rien que pour nous, qui m'émeut aux larmes, allez savoir pourquoi. Le voyage en train à vapeur jusqu'au bout de nulle part dans la montagne, moment juste inoubliable. 

    Chaque moment était précieux, chaque jour, nous en avons pris plein les yeux d'une merveilleuse nature, d'une région restée encore très attachée à ses traditions, d'une explosion de couleurs partout. Jamais nous ne serions allés spontanément dans cette contrée au milieu de nulle part et nous serions passés à côté d'un petit bijou au coeur même de l'Europe au sens géographique du terme. 

    Ils ont tout organisé, nous n'avions qu'à nous laisser porter. Jamais un tour opérateur ne nous ferait vivre tout l'amour porté à sa terre natale de cette manière.

    Multumesc Liviu et Claudia, c'était totalement romanesque !

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  • Patricia

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    Une longue soirée, voire nuit d'attente commence. Pour faire suite à une des plus longues journées qui soient. 

    Bruxelles a son 13 novembre. Ce sera, inscrit à jamais dans les tablettes de l'Histoire, le 22 mars. Le lendemain du printemps. Daech a encore frappé. A l'aéroport puis dans le métro.

    Passés les premiers instants de stupeur, on a compté nos troupes. D'abord celle de la famille. Maité était déjà au bureau, Anaïs chez elle, Quentin dans son lit. Sis'Cile, elle, n'a pas pris le métro ce jour-là (Merci Marc de l'en avoir dissuadée). Maelbeek c'est sa station, c'est là qu'elle descend devant son bureau. Quand je l'ai appelée, elle était en train de courir, sur recommandation des services de secours pour s"éloigner de la station de métro. Puis on compte les troupes au bureau, les collègues présents, pas présents, en congé déjà, les malades. On appelle ceux qu'on sait à l'aéroport pour partir en vacances. On demande à ceux qui ne sont pas encore là de rester chez eux s'ils ne sont pas encore partis.

    La journée s'annonce grise. On passe la journée à envoyer des messages à tout le personnel, on suit l'info en ligne minute après minute, on console ceux qui pleurent, sous le choc. On ferme les portes, les garages, on les rouvre, on les referme. Les crèches et les écoles appellent les parents pour qu'ils viennent rechercher leurs enfants mais la sécurité refuse au personnel de sortir. Le drame.

    Puis, une collègue vient me demander si j'ai des nouvelles de Patricia, une collègue qui nous a quittés pour une autre agence il y a quelques mois. C'est aussi une amie, même si ces derniers temps, les liens se sont un peu distendus. Mais nous travaillons ensemble depuis 21 ans, nous nous sommes suivies partout. Turin, Bruxelles, Parme, Bruxelles. Depuis 1995 jusqu'à novembre dernier, nous avons suivi le même chemin. Je l'appelle, je lui envoie un message. Silence radio. Tout le monde essaye, sans succès. Ses parents, son cousin, sa chef actuelle, ses collègues et anciens collègues et amis. La tension monte. On croit la reconnaître sur une video, on fait des arrêts sur image, c'est elle, non ce n'est pas elle. Les optimistes sont sûrs de reconnaître son visage, son écharpe, les pessimistes sont certains que cette dame assise par terre, le visage crispé de peur et peut-être de douleur, n'est pas Patricia.

    Il reste encore un petit nombre de blessés non identifiés. On mise tout sur ça. On ne veut même pas imaginer qu'elle ait rejoint le contingent des morts non encore identifiés. Ou pire des déchiquetés non identifiés. 

    Qu'elle soit vivante ou non, son portable sonne dans le vide. Quelque part, peut-être dans le métro, sous les décombres. Et elle n'est visiblement pas en état de donner signe de vie à ses parents ou à son fils.

    Tout le monde sait que je suis une indécrottable optimiste. Et pourtant depuis ce midi déjà, je n'y crois pas.

    Inch'Allah jacta est.

  • La fin de l’hiver

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    Lundi: Depuis la semaine dernière, je suis retournée au cours de Portugais. Je sais que JD, Anaïs et Simon ne supportent plus le côté hyper scolaire du prof, sa façon d'encenser certains étudiants et d'en dénigrer d'autres, sa progression d'escargot dans l'enseignement qu'elle nous donne mais moi, j'y trouve mon compte. Un cours au ralenti me permet de suivre sans étudier régulièrement; son style un peu ringard, un peu beaucoup vieille école ne me dérange pas outre mesure. Bien sûr, les soirs où elle porte le Portugal aux nues au point de laisser soupçonner qu'elle regrette l'empire colonial du Portugal, j'ai la mâchoire qui se crispe mais elle a d'autres côtés un peu vieille fille plus attendrissants.

    Mardi: Sur base des résultats d'une échographie, le médecin m'a envoyé faire une scintigraphie de la thyroïde. Il trouve que j'ai trop de nodules et veut savoir s'ils sont chauds ou froids. Chaud c'est bon, froid c'est moins bon. J'attends les résultats mais j'espère que ce sera plutôt chaud, parce que les interventions, je sors d'en prendre. 

    Mercredi: Concert avec les Mamies et Joséphine. La Grande Pâque Russe de Rimsky-Korsakov pour commencer puis un morceau d'un compositeur chinois Tan Dun, Tears of Nature, écrit spécialement pour un percussionniste génial, Martin Grubinger, une vraie découverte. Le Sacre du Printemps qui a suivi après l'entracte a pour une fois fait pâle figure.

    Jeudi: J'ai beau avoir repris le boulot à 80%, ce qui me laisse quelques heures de sommeil les lundi et mercredi matins pour compenser mes nuits désastreuses, je suis épuisée en fin de semaine. Je rêve de me coucher sur la moquette du bureau et de fermer les yeux pour dormir une demi-heure. Mais je ne le fais pas et je finis la journée totalement vidée.

    Vendredi: Enfin, la fin de la semaine. On la termine en beauté mains et pieds. Katia vient à la maison et on se retrouve autour de la table, les filles, l'Homme et moi à se faire faire de jolies mains et de jolis pieds, avec de jolies couleurs…. Enfin, pas l'Homme mais nous les filles. JD, Simon et Quentin nous rejoignent un peu plus tard et on se commande des pizzas. Katia reste avec nous et son rire brésilien enchante notre soirée. 

    Samedi: Ce soir, on reçoit Cath et Graziella. L'une a étudié avec l'Homme avant qu'il ne me rencontre, est devenue mon amie aussi, la marraine de Maïté. L'autre a étudié avec l'Homme et moi dans un autre parcours et est restée notre amie de loin en loin depuis ce temps. Les deux se sont rencontrées une ou deux fois à l'occasion d'une fête d'anniversaire de l'un ou l'autre mais elles se sont surtout rencontrées sur Face de Bouc et restent presque plus en contact que nous avec l'une et l'autre. Je les ai donc réunies autour de la table. L'Homme les a chouchoutées et elles ont adoré ça. Anaïs et Quentin nous ont rejoints et la soirée a été bien agréable.

    Dimanche: Lendemain de la veille, vaisselle et rangement. Repassage. Réception de la dernière livraison d'oranges d'Italie. C'est là qu'on sait que c'est la fin de l'hiver……