Auteur/autrice : Myosotis

  • Mon Grexit à moi

     

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    Voilà. Le dernier de mes Grecs s'en va.

    Nick, mon collègue et partenaire direct est parti il y a un an pour exercer des responsabilités plus importantes aux Pays-Bas. Il me manque encore.

    Antonios, lui, est parti à la retraite en juin. C'est toujours un peu mon ami malgré toutes nos dissensions professionnelles et je sais que je le reverrai.

    Costas, mon chef infernal, parano, colérique mais si attachant, part demain à la retraite. Lui part, amer, déçu, plus tôt que prévu parce que renié par la Direction. 

    Mes trois Grecs qui tenaient "kafeneio" un matin sur deux dans le bureau de Costas, refaisaient le monde la Grèce, discutaient politique à grands cris et palabraient pendant des heures (au lieu de travailler). J'adorais les entendre, j'adorais intervenir parfois, dans la mesure de mon pauvre vocabulaire. Souvent Costas et Antonios se disputaient et Nick essayait de les calmer ou se retirait sur la pointe des pieds et me regardait en levant les yeux au ciel.

    Moi aussi, je me suis disputée avec ces deux-là, jamais avec Nick.

    Costas est bien le seul chef sur lequel je me suis autorisée à crier, un jour où il m'avait vraiment poussée à bout. Je crois bien que je ne m'en suis jamais remise.

    Je me sens un peu orpheline ce matin, je n'entendrai plus de sitôt la musicalité de la langue grecque au quotidien (même quand il ne restait plus que Costas, il appelait sa maman tous les deux jours en Grèce et c'était tout sauf discret) et cela me désole.

    On se fera bien quelques lunches de loin en loin mais ce ne sera plus pareil.

    Une autre ère commence. Je ne sais pas qui sera mon chef dans l'avenir et pendant quelques mois, je ferai fonction et c'est une lourde charge qui va me peser sur les épaules.

    J'espère que les deux semaines de vacances en Suisse vont me permettre de recharger les batteries.

     

     

  • Revoir ma Normandie

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    Trois premières cet été:

    1) Première fois que nous retournons au même endroit pour les vacances d'été. Bien sûr je ne tiens pas compte de notre semaine traditionnelle en Suisse où nous retournons depuis près de 30 ans pour terminer les vacances. Mais le temps nous a vraiment pris de court cette année, compte tenu des incertitudes relatives aux résultats de Quentin et compte tenu des vacances de Simon et Anaïs qui, elle, aurait bien voulu un petit rab de vacances avec papa-maman, just for the taste of it, et nous n'avons plus rien trouvé qui nous plaise. Alors, quand l'Homme a vu que la petite maison en Normandie, où nous avions passé les vacances il y a deux, était encore libre pour 10 jours, il s'est tout de suite projeté sur les immenses plages, cerf-volant en main, il a pensé petits marchés, bons petits plats, promenades, soleil et vent. Alors, on a réservé, même pour 10 jours. Et on est arrivés un peu comme chez nous. La dame qui nous accueille avait caché la clé dans un endroit secret et on a tout de suite tout trouvé dans le noir – la clé, les toilettes (vite, vite), les interrupteurs, la chambre, le wifi (!). Enfin comme chez nous, quoi.

    2) Première fois depuis très longtemps qu'on ne part pas pour 4 semaines d'affilée. J'avais pourtant juré que je ne partirais plus autrement, que j'avais vraiment besoin de ça pour récupérer. Mais vu la disponibilité limitée de la maison, vu les commentaires rassurants de Swiss Sis qui m'a juré ses grands dieux que le temps nécessaire à une bonne récupération ne dépassait pas les 12 jours, j'ai acheté le concept des vacances d'été coupées en deux. Et le fait est qu'effectivement je me suis complètement vidée la tête en 10 jours. Côté corps, c'était moins la fête. Si on oublie la douleur croissante à l'épaule, je n'ai en outre pas passé une seule nuit d'affilée. Réveil tous les jours à trois heures du mat' et impossible de refermer l'oeil avant cinq heures. Pas top !

    3) Première fois depuis si longtemps que nous passons les vacances d'été (entendez par là, les Vacances, pas un voyage) rien qu'à nous deux. Puisque finalement, nos dates ne coïncidaient pas avec celles d'Anaïs et que Quentin a décidé de ne pas nous accompagner, principalement pour laisser s'apaiser les relations post-résultats un peu tendues entre son père et lui, nous sommes partis à deux. Bilan parfait. Même rythme de lézards quand il fait soleil (on peut rester 10 heures d'affilée, allongés dans des transats à bouquiner et soigner le bronzage) ou de furets en promenade touristique les jours plus gris, se promener sur la plage, faire les boutiques de vêtements ou les épiceries fines, se choisir un parapluie à Cherbourg, se faire une bonne table avec un vin différent pour chaque plat, se cuisiner un petit truc ou aller chercher de petites choses chez le traiteur, se faire juste un apéro, danser sur une sélection de mp3, faire un feu dans la cheminée parce que c'est sympa, pas parce qu'il fait froid, et parler pour ne rien dire ou dire de belles choses. 

    Et cerise sur le gâteau aux pommes, nous quand on va en Normandie, on apporte le soleil. Et donc, les Normands nous invitent à revenir plus souvent. 

    Et là, de savoir qu'on a encore deux semaines en Suisse qui s'annoncent avec les parents, Swiss Sis et les enfants quelques jours ou plus selon les disponibilités, la formule de cet été est finalement plus que gagnante !

  • Arrivée à bon port

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    Il y a 7 ans, nous en étions . Aujourd'hui, ça y est, Anaïs est prête. La psycho a été reléguée aux oubliettes depuis belle lurette, la gestion hôtelière est dans la poche et le Master en Sciences du Travail vient de couronner haut la main ce parcours d'abord un peu chaotique, certes, mais après quelques virages dangereux, elle a fini par maîtriser sa nonchalance. Et le résultat est brillant. Une confiance en soi inespérée, une pêche d'enfer, une approche un peu militante et une foi sans égale dans l'avenir. 

    Plus que jamais, prête à ouvrir son salon de thé. Je donnerais cher pour tout arrêter et démarrer ce projet avec elle mais je sais que je n'ai tout simplement pas le choix, tout le monde n'a pas fini d'étudier dans cette famille…..

    Au moment où j'écris ces lignes, la radio passe une chanson de Roy Orbison – je te jure que c'est vrai, Anaïs – que j'écoutais en boucle tout au long des neuf mois où nous avons cohabité elle et moi, en chantant hurlant à tue-tête tout en me dandinant de plus en plus ronde – et, j'en ai les larmes aux yeux de ces clins d'oeil de la vie, toujours à propos…..

    Anything you want, you got it, anything you need, you got it, anything at all you, got it, babyyyy !

     

     

  • La bague au doigt

     

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    Je n'irai pas jusqu'à dire qu'elle avait juré de ne jamais se marier mais en tout cas, elle faisait partie de celles qui pensent "très peu pour moi, merci". Une espèce d'irréductible gamophobe. 

    Mais peut-être savait-elle inconsciemment qu'elle devait l'attendre….

    Elle fait partie aussi de ces femmes mues par la seule passion du "tout ou rien". La passion, c'est un trait de famille. On peut demander le divorce pour une dispute qui se prolonge ou enterrer du jour au lendemain un amour contrarié. On sait que c'est excessif mais c'est plus fort que nous, quand on le dit, on le pense vraiment, sur le moment. Après, bien sûr, on relativise.

    Ils se sont aimés comme les adolescents ou les jeunes adultes peuvent s'aimer. Passionnément, à la folie et puis ils se sont dit que non, pas du tout, ça n'allait pas le faire et ils se sont perdus de vue, se sont cherchés sans se trouver. Mais quelque part, la petite flamme ne s'est jamais éteinte.

    Et puis un jour, quelqu'une a trouvé une petite allumette, une adresse, et le feu a repris à chaque fois qu'un gros soupir d'abandon, de refus d'y croire, a attisé les braises endormies. 

    Et puis un jour, va savoir pourquoi, l'âge aidant à se dire que c'est maintenant ou jamais, que la vie a donné trop d'occasions, trop de signes du destin qu'il en devient indécent de ne pas se donner une chance, un jour, ils y ont cru.

    Et l'irréductible Sis'Cile a dit "oui" au Stromboli tout feu tout flammes, en penchant la tête légèrement sur le côté comme on dit "ben oui, pourquoi pas !"

     

  • San Michele

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    On se l'était promis. Un de tes derniers souhaits avant de mourir, c'était de voir le Mont St Michel. Mais le temps t'a prise de court. Alors, tes sorcières bien-aimées ont voulu y aller pour toi. Puis on a vite compris que pour la cadette, rejoindre le Mont St Michel au départ de Turin, c'était carrément une expédition d'une journée. On a abandonné l'idée. Et je ne sais plus laquelle d'entre nous a pensé à la Sacra di San Michele. Cette abbaye à une demi-heure de route de Turin pourrait faire l'affaire. San Michele ou St Michel, c'est du pareil au même, non ? Et puis Turin, tout de même, c'est le berceau de notre amitié. 

    On ne pensait pas si bien dire. Arrivées la veille à Turin, nous nous sommes retrouvées pour une soirée spa-apéro. L'apéro j'aime assez, le spa moins. Ca fripe la peau et au bout de vingt minutes, j'en ai déjà marre. Mais mes sorcières bien-aimées aiment tellement ça, les sorties de bain en tissu éponge détrempé et les bains bulles que je n'ai pas eu le coeur de les priver de ce plaisir aquatique. Le lendemain, on a pris la route pour la sacra di San Michele vers onze heures, après une grasse mat' et cappuccino croissant au petit bar du coin. Bien sûr, on est arrivées à midi deux alors que la billetterie fermait à midi pile. Tu devais bien rire de nous, essoufflées, en nage, et dépitées d'être arrivées en retard. 

    On est redescendues tristounettes vers le lac pour déjeuner en attendant 14 heures pour la réouverture de la billetterie.

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    Et nous avons découvert ce lieu sublime que toi, tu avais bien sûr déjà visité et que nous, nous avions négligé en cinq ans de séjour à Turin. On a allumé cinq bougies et on t'a lu la petite bafouille qu'on t'avait écrite pour te dire adieu. Et bien sûr les larmes ont coulé. On avait l'air malin, toutes les quatre, serrées l'une contre l'autre sur un petit banc de prière devant je ne sais même plus quelle statue, en train de renifler et de sortir les mouchoirs.

    Et puis au fond de l'église, on a trouvé un panneau qui nous a expliqué le lien entre le Mont St Michel et la sacra di San Michele. Ce sont deux étapes d'un pèlerinage qui part de St Michael en Irlande et descend vers Jerusalem dans une oblique parfaite en passant par St Michael en Cornouailles, le Mont St Michel, la sacra di San Michele, le monte Sant'Angelo dans les Pouilles et le Mont St Michel à Symi en Grèce. Et cela nous a donné des idées…..

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    Tout en haut de la sacra, on a assisté à une demande en mariage et c'était vraiment un clin d'oeil de ta part.

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    Tu nous as accompagnés tout au long de ce weekend de premières retrouvailles sans toi et c'était vraiment bien. On avait un peu peur de cette première fois et ta présence angélique nous a bien aidées. 

    Mais ton côté sorcière s'est aussi manifesté quand tu as annulé notre avion de retour vers Bruxelles et que nous avons passé le dimanche après-midi, Cat et moi, dans l'aéroport de Turin et que tu nous as déroutées sur Munich avant de nous laisser rentrer paisiblement dans nos chaumières.

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  • A pied

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    Je m'étais jurée que je ne me laisserais pas atteindre. L'Homme était super pessimiste, moi très optimiste. Comme d'habitude.

    La ville a décidé d'étendre sa zone piétonne et notre immeuble est concerné. Jusque là, pas de problème. 

    Nous avons accueilli le plan de mobilité avec un enthousiasme mêlé d’une certaine appréhension toutefois. 

    Il nous semblait tomber sous le sens que les habitants de la ville bénéficieraient d’un laissez passer afin d’être en mesure de charger et décharger leur véhicule devant leur domicile. Le courrier qui nous a été adressé relatif à la demande de laissez-passer a réveillé nos craintes. Le courrier s’adressait aux riverains propriétaires ou locataires d’un garage ou d’un emplacement de parking dans la zone. 
     
    Notre compréhension était que TOUS les habitants de la zone concernée avaient droit à un laissez-passer. 
     
    Mais lorsque je me suis présentée au service ad hoc, on m’a purement et simplement refusé le laissez-passer qui n’est délivré qu’aux riverains motorisés de plus de 65 ans !!
     
    Rendre la ville à ses citoyens en augmentant les zones piétonnes et en mettant fin une circulation démesurée est une chose, rendre la ville infernale à ces mêmes citoyens en leur interdisant d’avoir un accès motorisé légitime à leur domicile en est une autre. 
     
    Nous ne demandons rien de plus qu’un accès de courte durée devant la maison pour charger et décharger notre véhicule (Mamy L. par exemple, les packs d'eau, les grosses courses, les bûches pour la cheminée, les objets encombrants, etc….) comme c'est le cas dans toutes les autres grandes capitales européennes où le piétonnier est en place depuis longtemps.
     
    Le projet visait à donner un nouveau coeur à la ville, qui mêle qualité de vie, commerce, économie, culture, emplois… et mobilité rendues à la population ». Projet auquel nous adhérions et pourrions encore adhérer si, pour exister, il ne se révélait pas inutilement contraignant pour les vrais habitants du piétonnier. 
    Le but du projet du bourgmestre de Bruxelles est "de permettre à plus de gens de (re)venir en ville » mais son approche totalement fermée à ses propres concitoyens laisserait supposer que son projet soit tout autre. 
     
    Aujourd'hui, je ne décolère pas. C'est plus une question de principe qu'autre chose. On pourra toujours se débrouiller si on n'obtient pas gain de cause. L'être humain s'adapte et c'est tant mieux. Mais je ne digère pas l'idée que ceux qui viennent travailler à côté de chez moi et qui ont un garage dans cette rue auront le droit de passer devant chez moi et moi, je serai interdite de passage devant ma propre porte. Ca me rend plus enragée qu'un chien mordu par un renard.
  • Pépites pour le coeur

      

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    Au retour de Cuba, il y a eu Pâques et les retrouvailles familiales autour de la chasse aux oeufs, du repas pascal, des anniversaires de Sis'Cile et l'Homme et autour de la brocante de Mamy B. Cette fois, ce sont plutôt mes filles qui ont pioché parmi les trésors trouvés par Mamy. 

    Puis il y a eu le dîner chez Maïté et JD. Je ne suis pas encore habituée à être invitée par mes enfants et cela me semble toujours un peu irréel. Et pourtant c'est un pur plaisir. J'ai adoré les voir se couper en quatre pour nous, servir l'apéro sur la terrasse de leur nouvel appartement, nous offrir un plat de gnocchi aux asperges et aux champignons et un dessert sublime, une ganache à la fleur de sel et à l'huile d'olive. J'ai adoré qu'elle ait allumé les très vieilles bougies glanées à la brocante de Mamy. J'ai craqué lorsqu'elle a dit à JD qui s'est éclipsé pour préparer le dessert "Vas-y, appelle-moi quand ce sera prêt, je viendrai pour les paillettes" en frappant des mains comme une petite fille. C'est tellement plus joli que de dire "appelle-moi pour j'ajoute la touche finale". Surtout qu'il n'y avait rien à ajouter. 

     Il y a eu ce long weekend en Ombrie. A dix. Cinq couples. Cinq garçons, cinq filles de 45 à 60 ans. Enfin, ce serait plus correct de dire cinq hommes et cinq femmes. Quand devient-on l'un et l'une plutôt que l'autre ? C'était un weekend magique où tout est bien. Les plaisirs de tous les sens, la tendresse, les rires, les découvertes des uns et des autres, le farniente ou presque. Le genre de weekend dont on atterrit avec beaucoup de difficultés.

    Il y a tous ces mercredis soirs où je suis accueillie comme un cadeau de Noël par mes parents pour un petit souper avant le badminton. Et franchement rien ne fait plus chaud au coeur que d'être attendue avec autant de bonheur.

    Et enfin, il y a tous ces moments de plus en plus nombreux passés en la seule compagnie de l'Homme, dans une bulle de complicité joyeuse, qui me font voir les années à venir sous d'heureux auspices.

  • Silences

     

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    Je voudrais juste qu'on arrête de me crier dessus. Je voudrais juste pour une fois ne plus être empathique, en mode "tu ne vas pas bien, tu exprimes ta colère et tu iras mieux après, moi j'attends que ça passe". Je voudrais qu'on m'oublie en tant que trop-plein/déversoir de frustrations, rancoeurs, rages, tristesses et autres joyeusetés.

    Juste un jour.

    Je ne veux pas devenir sourde mais je voudrais m'entourer pendant 24 heures d'une bulle de silence.

    D'autres jours, je voudrais ne plus rester silencieuse. Silencieuse face à tout ce qui ne tourne pas rond. Toutes les frustrations, rancoeurs, rages et tristesses que les autres viennent déverser chez moi sont parfois – pas toujours – la traduction de souffrances distillées inconsciemment ou non par d'autres. Et j'obéis parfois trop facilement à la supplique "Je t'en parle parce que ça me fait du bien mais je ne veux pas que tu fasses quoi que ce soit, ça pourrait se retourner contre moi…. ". Et je me fais en quelque sorte complice involontaire de cette souffrance. Par fatigue, lâcheté, manque de temps surtout.

     

    Je voudrais pouvoir, oser parler et je voudrais que les autres se taisent.

    Tout le contraire de ce qui a fait ma vie jusqu'à aujourd'hui, en somme. 

  • Eternelle

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    Je continue à vivre comme si j'étais éternelle. Une partie de ma tête sait pertinemment bien que ce n'est pas le cas mais une autre partie, plus irrationnelle n'intègre pas du tout cette dimension.

    J'ai largement dépassé la moitié de l'espérance de vie actuelle dans nos pays mais tout dans mon comportement incite à croire que je n'en suis qu'au début. 

    Je sais bien aujourd'hui que je ne pourrai plus matériellement visiter tous les pays mais je fais comme si j'avais devant moi tout le temps de faire le tour du monde.

    Je vois bien que je ne suis plus dans une forme olympique, même si je n'ai vraiment pas à me plaindre de ma condition physique mais j'agis comme si je pouvais encore tout me permettre; je peux même croire qu'en y mettant un peu d'effort, je pourrai bientôt retrouver une souplesse type grand écart que je n'ai quasi jamais eue; je suis sûre que je pourrais encore apprendre à monter à cheval, skier comme Tomba la bomba ou nager comme une sirène.

    Je suis persuadée que je peux encore apprendre au moins dix langues.

    Je sais que je ne lirai pas tout ce que la littérature a de meilleur et pourtant je crois que je vais dévorer encore et toujours plus de bouquins.

    Je n'intègre pas cette fin inéluctable. Et pourtant l'année qui vient de s'écouler s'est bien chargée de me rappeler que nous ne resterons pas indéfiniment sur cette terre. 

    Mais rien n'y fait, je me sens partie pour rester.*

     

    * Celle-là, je l'ai empruntée à Cabrel….

  • Cuba, salsa agridulce

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    Alors, c'était pas le Pérou, c'est sûr. On nous avait dit "Vous allez A-DO-RER !". Et en fait, non, on a juste BIEN-AI-ME. Mais une petite overdose d'arnaques et de gentils coups bas ont eu raison d'un enthousiasme probablement exacerbé. 

    Trop de chaud-froid peut-être: entre esthétisme et désolation, entre zéro analphabètes et liberté d'expression plus que réduite, entre système de santé gratuit et accès limité à l'eau potable, c'est un pays de contrastes à tous les niveaux.

    Oui l'architecture cubaine est magnifique, qu'elle soit coloniale, art déco ou classique, à La Havane ou à Trinidad, les patios, les balcons, les portes sont autant de plaisir pour l'oeil. Et puis, au détour d'une rue, ou vu du bar de la terrasse d'un hôtel luxueux, la désolation d'une ville qui tombe en ruines, un petit air de Beyrouth après la guerre et plus que tout, savoir que ces ruines sont habitées par un grand nombre de personnes.

    Oui les belles américaines dont les couleurs me rappellent tellement les voitures des manèges de mon enfance et sur lesquelles tout le monde s'extasie – à raison – sont rutilantes mais elles ne sont en fait que le résultat de l'ingéniosité des Cubains pour maintenir en état les seules voitures qui pouvaient être importées jusqu'à récemment si on tient compte des petites Made in China autorisées depuis peu.

    Oui, les Cubains sont chaleureux et nous avons fait de très belles rencontres, dans les casas particulares (chambres d'hôtes), dans la rue, en prenant en auto-stop les innombrables infatigables marcheurs en mal de transport en commun. Mais quand l'ouverture à l'autre et la générosité légendaires deviennent un subterfuge pour faire des pigeons voyageurs des voyageurs pigeons, je ris jaune, la moutarde me monte au nez puis je tourne au vinaigre. 

    Ceci dit, une fois rentrés à la maison, on relativise, on se dit que la prochaine fois, on prendra les choses moins au sérieux, on aura appris, on sera plus méfiants prudents et bientôt on en rira.

    On ne gardera en mémoire que les bons moments ensemble pendant 15 jours, 24 heures sur 24, à pied, en voiture, dans des chambres toutes drapées de satin mauve ou rose fuchsia, assis sur des bancs à contempler les lieux, autour d'un verre de daïquiri frappé ou de cuba libre.

    Et on ne regrette pas d'avoir cédé au mythe.