Auteur/autrice : Myosotis

  • Les derniers livres

     
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    Ta façon d'être au monde – Camille Anseaume

    Sis'Cile m'a passé ce livre en le recommandant fortement. D'abord, complètement perdue par le procédé narratif de l'auteur qui mélange allègrement le "je, le "tu" et le "elle" dans le premier chapître, histoire de brouiller les pistes pour le lecteur qui ne sait plus qui est qui de ces deux amies d'enfance si différentes l'une de l'autre. Puis dans le deuxième et second chapitre, seule l'une d'elle prend la parole et l'on comprend mieux. La fin est imprévisible et bouleversante.

     "c'est bizarre ,quand je suis contente ça me rend triste parce que je me dis que quand ça sera fini je serais triste"                          

    Figure-toi que vous veniez toutes les deux d’avoir une petite sœur qui s’appelait pareil, enfin « pareil » c’était pas son prénom, disons qu’elles avaient le même, de prénom, et aussi d’âge. Tu lui as dit que la tienne était trisomique, elle a répondu que la sienne était capricorne.

    Peut-être qu'il faut changer d'échelle. Si on compare sa vie à la nôtre, on ne voit que la cassure. Mais si je regarde sa vie seule, si j'imagine un trait et que je zoome sur lui, alors je ne vois plus que le trait est petit… Je je vois juste plein, du début à la fin. Sa vie a été pleine finalement….

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    Le Maître ou le tournoi de Go – Yasunari Kawabata

    Le premier des trois derniers livres que m'a offerts Antonios. Il a l'art de m'offrir ce que jamais je n'imaginerais acheter et je suis toujours sous le charme de ce qu'il m'invite à découvrir. Celui-ci, le Maître ou le tournoi de Go, grand classique de la littérature japonaise, est totalement inattendu. Un journaliste raconte un tournoi de go qui dure 6 mois et qui oppose le Maître qui remet son titre en jeu malgré sa santé qui décline de plus en plus au cours du tournoi et un jeune joueur de go d'une trentaine d'années. Le récit raconte les enjeux, les tensions ainsi que tout l'art du jeu. Sublime petit bouquin qui m'a donné l'envie de me mettre au Go.

    L'éventail serré dans le poing, le Maître se leva; il empruntait tout naturellement l'attitude d'un samouraï qui saisit sa dague. Il s'assit devant le damier, les doigts de la main gauche glissés dans le hakama, la jupe de cérémonie, l'autre un peu fermée. Il leva la tête, le regard droit. Otaké prit place en face de lui. Après s'être incliné devant son adversaire, il saisit le bol rempli de pions noirs sur le damier pour le poser à sa droite. Il salua pour la seconde fois puis, immobile, ferma les yeux.

    Soudain cette agitation cessa, le Maître retrouva son calme, son souffle redevint tranquille, mais personne n'aurait pu dire exactement quand la paix était revenue. Je me demandais si c'était le signe du départ, le passage de la ligne pour l'esprit qui affronte la bataille. Etais-je témoin des mouvements de l'âme du Maître au moment où, sans même s'en rendre compte, il recevait l'inspiration, le souffle divin ?

     

     La-Clef

     

     La Clef: la confession impudique – Junichiro Tanizaki

     

    Un respectable professeur d'université, à l'âge du démon de midi, ne parvient plus à satisfaire sa jeune femme dotée d'un tempérament excessif. Après avoir essayé divers excitants, il s'aperçoit que la jalousie est un incomparable stimulant.

    Chacun des deux époux tient un journal, sachant très bien que l'autre le lit en cachette…la société bourgeoise japonaise de l'après-guerre est encore empreinte de ses traditions de pudeur et de retenue.

    Un roman audacieux sur un sujet délicat, qui interpelle et soulève beaucoup d'interrogations sur les mystères de la sexualité et l'importance de la communication au sein du couple.

     

    Une moitié de moi-même déteste violemment mon mari, mais une autre l'aime tout aussi violemment. Nous ne sommes en réalité pas faits pour nous entendre, mais je ne suis pas pour autant disposée à aimer quelqu'un d'autre. Je suis engluée dans de vieux idéaux de fidélité, et par nature incapable de les transgresser. Certes, cette façon perverse et insistante de me caresser m'est insupportable, mais, d'un autre côté, comme il est évident qu'il m'aime à la folie, je me sentirais coupable de ne pas le récompenser d'une manière ou d'une autre.

    Alors que nous sommes mariés depuis plus de vingt ans, que notre fille est en âge de se marier à son tour, formons-nous un vrai couple, nous qui, au lit, nous contentons d'accomplir la chose en silence, sans jamais échanger aucun tendre aveu ? C'est la frustration de ne pouvoir parler directement avec elle de notre intimité qui m'a décidé à consigner tout cela. Désormais, je tiendrai ce journal comme pour m'adresser directement à elle, en supposant – que ce soit ou non le cas en réalité – qu'elle le lit en cachette.

    "C'est ainsi; cependant, une femme ne doit jamais montrer de passion;a l'égard de son mari, elle ne doit pas prendre d'initiative;voila ce que m'ont enseigné mes parents attachés à l'esprit de jadis. Je ne dirai pas que je suis incapable de passion, mais, dans mon cas, cette passion est d'un caractère intérieur, profondément caché; elle ne s'irradie pas à l'extérieur. Si on la force à s’extérioriser, à l'instant elle s'éteint."

     

     

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    Bartleby, le scribe – Herman Melville

    “Je préférerais ne pas” : telle est la réponse, invariable et d’une douceur irrévocable qu’'oppose Bartleby, modeste commis aux écritures dans un cabinet de Wall Street, à toute demande qui lui est faite. Cette résistance absolue, incompréhensible pour les autres, le conduira peu à peu à l'’isolement le plus total. Bartleby compte parmi les écrits les plus importants d'’Herman Melville. C'est un livre désarmant, un peu cruel et acerbe. Encore un cadeau d'Antonios, qui me fait découvrir ce que l'école ne m'a jamais fait découvrir.

     

    C'était un homme de préférences plutôt que de présupposés.         

    Finalement, je me rendis compte que dans le cercle de mes relations d'affaires courait un murmure d'étonnement au sujet de l'étrange créature que j'abritais dans mes bureaux. Cela me rendit soucieux. L'idée me vint même que bartleby pourrait vivre jusqu'à un âge avancé ; continuer à occuper mes bureaux ; saper mon autorité ; confondre mes visiteurs ; ruiner ma réputation d'homme de loi ; jeter une ombre générale sur les lieux ; garder l'âme chevillée au corps grâce à ses économies (car il ne dépensait sûrement pas plus d'une demi-dîme par jour), et, à la fin des fins, me survivre peut-être, et réclamer possession de mon bureau par droit d'occupation perpétuelle ; ces sombres prévisions se bousculant dans mon esprit, et mes amis se livrant sans répit à des remarques sur l'étrange apparition qui hantait ma pièce, un grand changement s'opéra en moi. Je résolus de battre le rappel de mes facultés pour me délivrer à tout jamais de cet intolérable incube.

    Rien de plus exaspérant pour une personne sérieuse, qu’une résistance passive. En tout cas si la personne ainsi mise à l’épreuve n’est pas dépourvue d’humanité, et si celle qui résiste est parfaitement inoffensive dans sa passivité. Alors, dans les meilleurs moments du premier, il permettra charitablement à son imagination d’interpréter ce qu’il lui est impossible de résoudre par le jugement. Même en ce cas, la plupart du temps, je surveillais Bartleby et ses façons. Pauvre type ! pensai-je, il n’y voit pas malice, c’est évident qu’il n’y met pas d’insolence ; son aspect prouve suffisamment que ses excentricités sont involontaires. Il m’est utile. Je peux me débrouiller de lui comme ça. Si je le renvoie, il y a bien des chances qu’il tombe chez un patron moins indulgent, où il sera vite maltraité, et finalement conduit à traîner la misère. Oui. Je pouvais de cette façon m’accorder à peu de prix une délicieuse auto-approbation. Venir en aide à Bartleby, se prêter à son étrange volonté ne me coûtait rien ou si peu, tandis que j’emmagasinais dans mon âme ce qui me resterait sinon en travers de la conscience. Mais cela ne me mettait pas cependant l’esprit au beau fixe. La passivité de Bartleby me poussait régulièrement à la colère. Je me sentais étrangement aiguillonné à le provoquer dans une nouvelle opposition, et susciter au moins une étincelle de réaction qui pourrait enfin revenir de lui à moi. Mais bien sûr j’aurais pu aussi bien essayer d’enflammer un savon de Marseille avec mes allumettes.

     

     

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    L'héritage de Karna – Herbjorg Wassna

    Le livre que Tordis m'a prêté, la dernière trilogie de trois trilogies (une tri-trilogie ?). Juste une pure merveille.

    L'’extrême nord de la Norvège, à la fin du XIXe siècle. Benjamin Gronelv rentre au pays après ses études de médecine à Copenhague. Les retrouvailles sont tumultueuses avec ce pays froid et désertiques, isolé entre la mer et les montagnes.
    C’est un Benjamin adulte qui vient exercer dans ce coin retiré ses fonctions de médecin.

    Et il ne rentre pas seul : il débarque sur le quai avec un paquet gigotant et hurlant sous le bras, Karna, sa fille, fruit d’'amours illicites avec une infirmière danoise morte en couches.

    Alors que Benjamin tente de réaprivoiser le domaine et son enfance, à travers l’'ombre de sa mère Dina absente depuis tant d'’années, et sous le regard farouche de Hanna, l'’amie de tous les jeux d'’enfance et d'’adolescence, Karna grandit et s'’invente un univers.

    Elle s'’ouvre au monde qui 'l’entoure, découvre l’'affection féminine auprès des domestiques, se débat dans les amours emmêlées de son père lorsque vient en visite une autre Anna, celle de Copenhague, et passe des heures au grenier en compagnie d'’une grand-mère fantasmée. Et puis cette grand-mère, Dina, revient au pays….. Et là….

  • Deux semaines noires

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    Que dire de ces deux semaines de cauchemar ?

    • J'ai pu expérimenter à quel point la presse peut parfois dire tout et ni'mporte quoi. Patricia a été déclarée morte bien avant qu'elle ne soit formellement identifiée et que sa famille n'en soit informée. A tel point que l'Agence à Turin a annoncé son décès à tous ses employés avant l'heure. La Gazetta di Parma a claironné qu'elle adorait Parme et qu'elle s'y était immédiatement sentie chez elle. Dans la réalité, Patricia détestait Parme et rêvait de rentrer en Belgique.
    • J'ai compris pourquoi on traîne tant à annoncer le décès des malheureux explosés sous prétexte que les corps ne sont pas identifiés. Ce n'est pas tant l'identification qui pose problème mais bien la reconstruction d'un corps en puzzle qui soit plus "présentable" à la famille.
    • Il n'y a rien de pire pourtant que cette attente et cette angoisse de l'attente. On oscille entre espoir fou, incrédulité, déni et désespoir. Que dire de ceux qui ne retrouvent jamais leurs disparus.
    • Je n'ai jamais autant embrassé et étreint de collègues proches et beaucoup moins proches qu'au cours de ces deux semaines.
    • J'aurais tellement voulu disparaître et me terrer dans un trou de souris et ne pas devoir m'occuper du livre de condoléances, de l'installation d'un petit "autel" à sa mémoire, de la commande du minibus pour emmener les collègues à l'enterrement, de la commande des couronnes de fleurs, des communications au personnel sur les événements.
    • Je n'aurais jamais dû accepter d'écrire un discours en hommage à Patricia au cours de la cérémonie d'adieu. J'ai mal vécu la censure du papa qui refusait toute allusion prétendûment négative à sa fille. Nos "21 ans de fous rires, de disputes, d'agacement mutuel, de tendresse, de confidences, de soutien l'une de l'autre, enfin d'amitié, quoi" sont devenus "21 ans de fous rires, de taquineries mutuelles, de tendresse, de confidences, de soutien l'une de l'autre, enfin d'amitié, quoi". Ce que j'ai refusé d'entériner.
    • Je regrette infiniment que notre histoire se soit effectivement terminée sur un agacement mutuel, précisément sur une question d'intolérance vis-à-vis d'une population déjà stigmatisée – cruelle ironie du sort -. On ne pourra jamais rattraper ce moment-là.
    • J'ai une rage indicible vis-à-vis de deux collègues qui ont eu l'indécence crasse de me demander de ne pas oublier leur dossier ou leur question sur le parvis de l'église à la sortie de la cérémonie.
    • Je suis épuisée. Et ce n'est absolument pas le moment de faire une pause et de prendre du recul. Je vais encore passer à côté du printemps…..

     

  • Patricia

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    Une longue soirée, voire nuit d'attente commence. Pour faire suite à une des plus longues journées qui soient. 

    Bruxelles a son 13 novembre. Ce sera, inscrit à jamais dans les tablettes de l'Histoire, le 22 mars. Le lendemain du printemps. Daech a encore frappé. A l'aéroport puis dans le métro.

    Passés les premiers instants de stupeur, on a compté nos troupes. D'abord celle de la famille. Maité était déjà au bureau, Anaïs chez elle, Quentin dans son lit. Sis'Cile, elle, n'a pas pris le métro ce jour-là (Merci Marc de l'en avoir dissuadée). Maelbeek c'est sa station, c'est là qu'elle descend devant son bureau. Quand je l'ai appelée, elle était en train de courir, sur recommandation des services de secours pour s"éloigner de la station de métro. Puis on compte les troupes au bureau, les collègues présents, pas présents, en congé déjà, les malades. On appelle ceux qu'on sait à l'aéroport pour partir en vacances. On demande à ceux qui ne sont pas encore là de rester chez eux s'ils ne sont pas encore partis.

    La journée s'annonce grise. On passe la journée à envoyer des messages à tout le personnel, on suit l'info en ligne minute après minute, on console ceux qui pleurent, sous le choc. On ferme les portes, les garages, on les rouvre, on les referme. Les crèches et les écoles appellent les parents pour qu'ils viennent rechercher leurs enfants mais la sécurité refuse au personnel de sortir. Le drame.

    Puis, une collègue vient me demander si j'ai des nouvelles de Patricia, une collègue qui nous a quittés pour une autre agence il y a quelques mois. C'est aussi une amie, même si ces derniers temps, les liens se sont un peu distendus. Mais nous travaillons ensemble depuis 21 ans, nous nous sommes suivies partout. Turin, Bruxelles, Parme, Bruxelles. Depuis 1995 jusqu'à novembre dernier, nous avons suivi le même chemin. Je l'appelle, je lui envoie un message. Silence radio. Tout le monde essaye, sans succès. Ses parents, son cousin, sa chef actuelle, ses collègues et anciens collègues et amis. La tension monte. On croit la reconnaître sur une video, on fait des arrêts sur image, c'est elle, non ce n'est pas elle. Les optimistes sont sûrs de reconnaître son visage, son écharpe, les pessimistes sont certains que cette dame assise par terre, le visage crispé de peur et peut-être de douleur, n'est pas Patricia.

    Il reste encore un petit nombre de blessés non identifiés. On mise tout sur ça. On ne veut même pas imaginer qu'elle ait rejoint le contingent des morts non encore identifiés. Ou pire des déchiquetés non identifiés. 

    Qu'elle soit vivante ou non, son portable sonne dans le vide. Quelque part, peut-être dans le métro, sous les décombres. Et elle n'est visiblement pas en état de donner signe de vie à ses parents ou à son fils.

    Tout le monde sait que je suis une indécrottable optimiste. Et pourtant depuis ce midi déjà, je n'y crois pas.

    Inch'Allah jacta est.

  • Jeux de mains

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    Il y a 

    La paresseuse qui a un poil dans le creux

    La généreuse qui a le coeur sur elle

    La leste qui ne regarde pas à une petite gifle

    La verte qui sait comment caresser les plantes dans le sens de la feuille

    L'amoureuse, demandée en mariage

    La serviable qui donne un coup d'aide ou se met à la pâte

    La propre qui se passe d'intermédiaire

    La sûre de soi qui se met au feu

    La rapide qui fait tout en un petit tour

    La conflictuelle qui en vient à se battre

    La voleuse qui la fait basse sur ce qu'elle convoite ou qu'on prend dans le sac

    La contrainte qu'on force

    La baladeuse qui va là où elle ne devrait pas

     L'apprivoisée dans laquelle on mange

    La désintéressée qui s'en lave comme Ponce Pilate

    La ferrugineuse qui se cache dans un gant de velours

    La courante à laquelle on se cramponne

    Les maladroites qui en ont deux gauches

    Les pleines qu'on donne aux innocents

    Les désespérées qui se tordent`

    … et celle que je vous passe maintenant.

     

     

     

     

  • La fin de l’hiver

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    Lundi: Depuis la semaine dernière, je suis retournée au cours de Portugais. Je sais que JD, Anaïs et Simon ne supportent plus le côté hyper scolaire du prof, sa façon d'encenser certains étudiants et d'en dénigrer d'autres, sa progression d'escargot dans l'enseignement qu'elle nous donne mais moi, j'y trouve mon compte. Un cours au ralenti me permet de suivre sans étudier régulièrement; son style un peu ringard, un peu beaucoup vieille école ne me dérange pas outre mesure. Bien sûr, les soirs où elle porte le Portugal aux nues au point de laisser soupçonner qu'elle regrette l'empire colonial du Portugal, j'ai la mâchoire qui se crispe mais elle a d'autres côtés un peu vieille fille plus attendrissants.

    Mardi: Sur base des résultats d'une échographie, le médecin m'a envoyé faire une scintigraphie de la thyroïde. Il trouve que j'ai trop de nodules et veut savoir s'ils sont chauds ou froids. Chaud c'est bon, froid c'est moins bon. J'attends les résultats mais j'espère que ce sera plutôt chaud, parce que les interventions, je sors d'en prendre. 

    Mercredi: Concert avec les Mamies et Joséphine. La Grande Pâque Russe de Rimsky-Korsakov pour commencer puis un morceau d'un compositeur chinois Tan Dun, Tears of Nature, écrit spécialement pour un percussionniste génial, Martin Grubinger, une vraie découverte. Le Sacre du Printemps qui a suivi après l'entracte a pour une fois fait pâle figure.

    Jeudi: J'ai beau avoir repris le boulot à 80%, ce qui me laisse quelques heures de sommeil les lundi et mercredi matins pour compenser mes nuits désastreuses, je suis épuisée en fin de semaine. Je rêve de me coucher sur la moquette du bureau et de fermer les yeux pour dormir une demi-heure. Mais je ne le fais pas et je finis la journée totalement vidée.

    Vendredi: Enfin, la fin de la semaine. On la termine en beauté mains et pieds. Katia vient à la maison et on se retrouve autour de la table, les filles, l'Homme et moi à se faire faire de jolies mains et de jolis pieds, avec de jolies couleurs…. Enfin, pas l'Homme mais nous les filles. JD, Simon et Quentin nous rejoignent un peu plus tard et on se commande des pizzas. Katia reste avec nous et son rire brésilien enchante notre soirée. 

    Samedi: Ce soir, on reçoit Cath et Graziella. L'une a étudié avec l'Homme avant qu'il ne me rencontre, est devenue mon amie aussi, la marraine de Maïté. L'autre a étudié avec l'Homme et moi dans un autre parcours et est restée notre amie de loin en loin depuis ce temps. Les deux se sont rencontrées une ou deux fois à l'occasion d'une fête d'anniversaire de l'un ou l'autre mais elles se sont surtout rencontrées sur Face de Bouc et restent presque plus en contact que nous avec l'une et l'autre. Je les ai donc réunies autour de la table. L'Homme les a chouchoutées et elles ont adoré ça. Anaïs et Quentin nous ont rejoints et la soirée a été bien agréable.

    Dimanche: Lendemain de la veille, vaisselle et rangement. Repassage. Réception de la dernière livraison d'oranges d'Italie. C'est là qu'on sait que c'est la fin de l'hiver……

     

  • Chez Tante Danielle, il y avait……

    Il y avait de quoi se soigner. Des pastilles Pulmoll qui ressemblaient aux petites crottes de ses lapins, cachés derrière le grillage en treillis; de l'onguent Vickx dont elle enduisait le haut de la poitrine et sur lequel elle appliquait en guise d'emplâtre des carrés de tissu de récupération, bien chauds; des pastilles Valda à l'eucalyptus.

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    Il y avait des livres merveilleux dont, entre autres, Les aventures de Sylvain et Sylvette, Petzi et toute la collection des petits livres d'or…..

     

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    Il y avait des tasses aux couleurs pastel et nacrées. Elles me faisaient rêver et visiblement mes soeurs étaient sous le même charme parce que nous avons toutes les trois les mêmes tasses dans nos armoires, rachetées dans l'une ou l'autre brocante.

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    Il y avait la télévision, boîte magique inconnue pour moi jusqu'alors sauf chez mon grand-père. Et j'ai toujours eu un faible pour la jolie poupée Claire, ses grands yeux aux longs cils et son petit chat Bigoudi. 

     

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    Il y avait des cuisinières jouets où je préparais des mixtures de soupe aux herbes absolument immondes. 

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     Il y avait une trancheuse manuelle pour trancher le pain qu'elle achetait une fois chez un boulanger, une fois chez l'autre, "pour ne pas faire de jaloux". Et avant de trancher, elle traçait une croix avec un couteau sur le dos de la grosse miche pour bénir le pain ou tout au moins remercier le Seigneur de ce pain quotidien.

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    Il y avait l'atelier de Padi, l'ébéniste, dont l'odeur enivrante de la sciure de bois me grisait et dont les copeaux me donnaient l'impression d'être autant de boucles. Il y avait l'enclos pour les poules et la réserve de maïs à leur distribuer. Il y avait les toilettes extérieures avec un petit losange en guise de bouche d'aération. Il y avait le grenier à foin, si chaud quand le soleil tapait au plus fort de l'été. Il y avait le local où on entreposait les pommes de terre et les légumes. 

    Il y avait les chambres cocons dans le grenier pour leurs deux filles, la blonde et la brune, toutes deux institutrices que j'adorais aider dans la préparation de leurs cours. Elles me donnaient les crayons à tailler et les feuilles à ronéotyper, magique !

    Il y avait les tartines au beurre salé et à la gelée de groseilles, trempées dans un café plutôt lavette que Clooney, les crêpes à la bière à la cassonade brune, la Piedboeuf à laquelle les enfants avaient droit, l'armoire aux biscuits, les petits verres à Martini et les Tucs.

    Chez Tante Danielle, il y avait tout ça, tous ces petits bouts de vie qui sont devenus des petits bouts de moi, totalement intacts et inaltérables, quelques unes des racines de mon bonheur d'aujourd'hui.

  • Une journée intercalaire

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    C'est en fait l'origine du mot "bissextile"; bis et sextus, on doublait le sixième jour avant les calendes. Une journée intercalaire, donc.

    Aujourd'hui, c'est un peu ma journée intercalaire aussi. Mon dernier jour de congé maladie. J'aurais pu rentrer un lundi, c'était bien plus logique, mais le certificat court jusqu'à la fin du mois. Et comme le mois a un jour de plus….

    A quoi ressemble cette dernière journée ? Un chouia de grass'mat' mais si peu. A huit heures, plus moyen de fermer l'oeil. J'attrape le doudou (pour les non initiés, mon téléphone portable) et je m'adonne à mes addictions habituelles: dans l'ordre, regarder la météo – y'a pas de fenêtre dans ma chambre, papa ! -, passer en revue les nouvelles images sur Pinterest, vérifier si quelqu'un joue avec moi sur Duel Quizz et relever la boîte à messages. Un petit tour sur Facebook pour voir si le monde va bien et un coup d'oeil sur les nouvelles mais pas trop parce que là, le monde ne va pas bien….

    8h30: Après les addictions, les ablutions puis la collation. Un jus de citron chaud et une orange, les médicaments (yeah !), vider le lave-vaisselle, donner quelques croquettes au chat qui se plaint du service, vider le sèche-linge et hop à nouveau une addiction, cinq parties de Candy Crush. Me rappeler que j'ai décidé de me désintoxiquer et de limiter mes parties de ce jeu vide-esprit au weekend.

    9h: Passer à l'addiction suivante: le bureau. Je n'ai pas éteint cet ordinateur pendant ces 5 semaines de pseudo repos forcé. Je m'en veux mais c'est ainsi. Je vérifie les mails, rien d'urgent. Je finis un ou deux tableaux qui me seront précieux à mon retour puis je fais quelque chose pour moi, j'introduis mes demandes de remboursement de frais médicaux à la caisse maladie.

    11h: Anaïs passe à la maison, son rendez-vous pour une visite de local commercial a été annulée. Elle est dépitée, elle se demande si un jour elle trouvera salon à son thé. Nous partons ensemble retrouver Katia qui nous fait de si jolies mains.

    14h: Rendez-vous chez le généraliste pour les résultats de la prise de sang pour l'Homme et moi. Tout est bon, lui un peu d'anémie inexpliquée, moi plutôt un bon bulletin. Manquerait plus que ça avec tout ce que je prends pour rectifier les niveaux d'huile et autres taux hormonaux, tempérer les emballements des circuits, renforcer la charpente et tout ça.

    14h45: Croiser dans la salle d'attente Maïté qui vient consulter dans un vilain état grippal.

    15h: Retour à la maison. Se faire cuire un peu d'orge perlé pour demain, je retourne à l'école au bureau et c'est reparti pour les petits lunches. Prendre un petit café, grignoter un bout de fromage, vérifier les urgences éventuelles au boulot.

    16h: Maïté nous rejoint. Grippe confirmée. Elle est accablée, fiévreuse et ne demande qu'à retrouver son lit. Nous repartons toutes les trois l'une vers sa maison, l'autre vers son lit et moi vers la kiné.

    17h: Dur dur, la kiné. Après le weekend, c'est toujours un peu plus dur. Elle continue à forcer un tout petit peu, histoire de gagner un peu de terrain; et moi, je me sens comme chaque fois comme la Barbie que mes enfants obligeaient à lever les bras latéralement alors qu'elle n'était pas du tout équipée pour ça. Après une demi-heure de torture, la kiné m'installe des électrodes de chaque côté de l'épaule pour soulager les tensions et c'est mon petit quart d'heure détente avec le bouquin en cours pour les trajets. C'est un roman de Tanizaki qui s'appelle la confession impudique et qui me laisse perplexe pour l'instant.

    18h: J'ai une heure pour rejoindre le cours de portugais. Je vérifie sur mon doudou en combien de temps je pourrais faire le chemin à pied. 35 minutes, ça va le faire. Il fait très froid mais c'est le dernier jour de lumière avant une semaine de pluie annoncée. Alors en avant marche, c'est bon pour ce que j'ai.

    19h: Retour au cours de portugais après 6 semaines d'absence. Je n'ai rien perdu, ce prof avance comme une tortue, ce qui est avantageux pour les paresseux. Et je suis finalement contente d'être là. 

    21h30: retour à la maison, l'Homme a préparé un spaghetti saumon courgettes. 

    22h: demain, je rentre dans le rang, il me faut préparer toutes mes affaires pour ne pas perdre une minute demain matin. L'Homme est pressé et veut me déposer au plus tard à 8h15 au boulot. Alors vite, rédiger ce billet puis aux plumes avec le bouquin du lit, une saga norvégienne passionnante. J'adore. Euh quelques parties de Candy Crush avant peut-être ?

     

  • Accro au boulot

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    Plus qu'une semaine d'absence maladie et je n'en ai absolument pas profité. Le premier jour de cette incapacité de travail, dans mes rêves, j'allais lire une dizaine de livres, regarder toute une série de films en retard, faire des siestes de deux heures, feuilleter tous les magazines que j'achète et ne lis pas, ranger tous les tiroirs que mon handicap momentané me le permet, et toute autre activité qu'un mois de repos offert sur un plateau me faisait miroiter.

    Encore aujourd'hui, je me demande pourquoi je me suis refusé tous ces plaisirs. Je suis allée deux matinées par semaine au boulot et le reste du temps, j'ai télétravaillé presque tout le temps. Je me suis autorisé une séance chez le coiffeur et la sacro-sainte journée d'anniversaire d'Anaïs que nous avons passée ensemble. Même pour cela, je me suis sentie obligée d'avertir toute l'équipe que je m'absentais de l'écran pendant une journée.

    Je n'ai pas ce problème pendant les vacances. Jamais je ne regarde mes mails professionnels pendant les congés annuels. Les vacances sont sacrées. Alors, quoi ?

    Il semble que je ne m'accorde pas le droit d'être malade, à moins d'avoir une grosse grippe qui me cloue au lit – mais je me fais vacciner – , une gastro-entérite qui me cloue aux commodités – mais je suis totalement hermétique (!) à ce genre de problème -, ou une énorme migraine qui me clôt les paupières – mais un ou deux anti-douleurs en viennent à bout très rapidement. 

    Mais une épaule en compote et une fatigue post-opératoire n'affectent pas mes capacités cérébrales et ne semblent pas m'autoriser à déconnecter.

    J'essaye de comprendre comment expliquer ce comportement un rien ridicule et frustrant. D'accord, j'ai un chef de remplacement qui, outre ses fonctions de chef IT, se farcit un département services horizontaux incluant ressources humaines, communication et finances. C'est beaucoup pour ses frêles épaules et il fait cela pour les beaux yeux du Directeur, rien à gagner. Vu qu'il se donne à fond pro deo, j'ai pitié et j'essaye de ne pas alourdir son fardeau par mon absence. D'accord, je veux rester dans le loop et ne pas perdre une miette. Je me déplace surtout pour les cas difficiles où, vu tout ce que je sais des personnalités des uns et des autres depuis dix ans que je traîne mes oreilles, mon cerveau et mon coeur dans ces couloirs, je sais pertinemment bien que, dans d'autres mains, d'autres oreilles et d'autres bouches, certains problèmes ne peuvent que s'aggraver. D'accord, le lâcher prise n'est pas mon point fort.

    Mais plus que tout, j'ai été élevée comme ça. Le "ça va passer" à la moindre égratignure, au moindre bobo peu important, nous a enseigné à mes soeurs et moi qu'on ne s'effondre pas à la moindre douleur, on se tient debout, même sur une patte, au besoin on rampe avec son plâtre mais on va à l'école, on va au cours, on va bosser. Ou à la rigueur, temps modernes obligent, on télétravaille.

     

     

  • La pile de livres

     
     
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    Ce mois-ci, j'ai pris une grande décision. Enfin, n'exagérons rien, tout de suite les grans mots. Mais pour moi, fidèle dans la durée pour tout, c'est une grande décision. Voilà plus de 30 ans que je fais partie d'un cercle de lectrices qui s'échangent sur une durée de 12 mois, douze livres assez récents et qui se sont fait une certaine réputation entre Nobel, Goncourt, Femina et autres Pulitzer. Chacune peut garder pendant un mois le livre qui lui est attribué pour le mois puis le passe à la suivante. J'ai tenu pendant 30 ans parce que mon plus grand plaisir était de découvrir des choix qui n'auraient pas été nécessairement les miens et j'ai eu, bon an mal an, mon lot de surprises et de découvertes. Seul hic: la plupart de ces livres sont des briques de 500 à 900 pages, jamais moins. Et quand, par le plus grand des hasards, un de ces prix "à lire absolument', ne fait pas plus de 250-300 pages, l'organisatrice se fait un devoir de trouver un deuxième livre pour le mois en question d'une taille équivalente. C'est bien, on en a deux pour le prix d'un mais ça fait toujours au moins 600 pages à avaler en 30 jours. Or comme chacun sait, je ne suis ni pensionnée, ni oisive et disons plutôt du type hyperactive. Et doublée d'une maniaque qui met un point d'honneur à finir ce qu'elle a commencé. Y compris les briques de 600 pages.
     
    Entretemps, je reçois des livres pour mes anniversaires, j'achète des livres dans les librairies, j'emprunte des livres que les copines ont trouvés extraordinaires et….. je me retrouve avec une pile de bouquins à lire qui, année après année, devient de plus en plus impressionnante, même si chaque été, j'arrive à raboter la pile de quelques centimètres, …… pour mieux empiler de plus belle.
     
    Et cette année, j'ai déclaré forfait. A mon grand regret, j'ai annoncé à l'organisatrice que j'arrêtais pour une année au moins ma participation au cercle. Le temps de lire la centaine de livres en attente. Y compris, pour mon plus grand plaisir, les livres en italien, en anglais et en espagnol. Et je me mettrais bien au portugais, ça devrait pouvoir le faire cette année.
     
     
     
  • Invisible

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    Je supporte de plus en plus mal le comportement des gens dans la rue. Je ne peux pas expliquer pourquoi mais je ne tolère plus le simple manque d'attention, de considération. Depuis que j'ai le bras en écharpe, cela me frappe encore plus et me met encore plus en rogne. 

    Je ne compte plus le nombre de ceux qui traversent devant votre voiture sans le moindre signe de main, d'yeux ou luxe suprême un petit sourire, de ceux qui vous croisent dans la rue et qui regardent au sol, alors qu'on travaille dans le même bâtiment et pour le même employeur, de ceux à qui vous tenez la porte et qui passent en vous ignorant majestueusement, de ceux qui se glissent subrepticement devant vous dans un magasin ou dans une file, l'air de rien.

    Je peux me consoler en pensant que ces comportements ne sont pas intentionnels. Les gens sont distraits, la tête ailleurs. Mais je pense plutôt que l'individualisme prend de plus en plus d'ampleur. L'autre n'existe pas.

    Il y a quelques temps, Maïté et Quentin ont fait une petite expérience. Ils ont marché dans la rue sur le mode "je suis seul au monde". Et pour une fois dans leur vie, ils ont vu les personnes qui les croisaient s'écarter et leur laisser toute la place du monde. Ils marchaient les yeux au sol ou dans le vague mais ils étaient les rois du monde. Et ils en sont revenus choqués. 

    Moi qui passe mon temps à accrocher les regards des autres, je vis très mal ce refus du contact visuel. Jouer la femme invisible de temps en temps, ce peut être amusant mais au quotidien, ça use.