Auteur/autrice : Myosotis

  • A rebrousse-poil

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    Premier jour de boulot. Reprise en douceur. J'ai décidé de ne pas aller sur place ce matin mais de travailler à distance. Cela m'a déjà permis d'éviter toutes les étreintes inutiles de gens que je n'ai pas nécessairement envie d'étreindre.Ceci dit, je n'y échapperai sans doute pas demain. En une matinée j'ai donc pu faire ce que j'aurais fait en une journée sur place. 

    L'après-midi, scintigraphie de contrôle six mois après l'embolie et visite chez la pneumologue. Bon bulletin. Toute trace d'embol a disparu et on peut arrêter la prise d'anti-coagulants. 

    La question maintenant serait de savoir si je peux reprendre un traitement hormonal de substitution sans risque ou pas. Parce que l'air de rien, en six mois de temps, j'ai développé toute une série de caractéristiques masculines auxquelles je ne m'attendais pas. Il parait que ça touche un certain nombre de ménopausées. Le poil se raréfie sur le haut du caillou, par contre il se multiplie non seulement au menton, poil au bonbon, mais aussi en duvet plus dense sur les joues. Alors là, ça commence à me courir sur le haricot. Je coupe peut-être les cheveux en quatre mais j'aurai préféré avoir un poil dans la main, ça m'aurait un peu relaxée au niveau boulot. Mais non, il a fallu que ce soit bien masculin comme symptôme. Bientôt je pourrai faire pipi debout si ça continue…..

    Vous comprendrez que cela me rend vraiment de mauvais poil et que je me fais vraiment des cheveux blancs sur cette affaire. 

    L'Homme et les enfants disent que j'exagère, que c'est seulement le cheveu qui devient plus fin et que je n'ai pas plus de duvet qu'avant et que je fantasme mais je suis sûre d'une chose, je ne suis pas myope. 

    Bon, allez, on va dire que je suis vraiment ravie de m'en sortir à si bon compte…..

     

  • 2016

     

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    2016, annus horribilis. Majoritairement disons.

    Une intervention chirurgicale à l'épaule en janvier. Ce qui en soi n'est rien de très important si ce n'est que non seulement, je n'ai pas vraiment arrêté de travailler (honte sur moi) mais surtout elle est à l'origine des deux petites embolies de mai. Qui elles sont à l'origine non seulement d'une grosse frayeur et d'une remise en perspective mais aussi de toute une série de conséquences en cascade, arrêt des hormones de substitution, premières incriminées dans l'embolie, et donc une recrudescence des symptômes de la ménopause dont un début d'alopécie qui me réjouit au plus haut point. Chauve qui peut ! Les problèmes de thyroïde aussi qui finalement se sont avérés des non-problèmes à mon plus grand soulagement après tous les soucis précédents.

    Et puis ce mois de mars tragique où l'inimaginable jusque là est arrivé. Les attentats à Maelbeek et à Zaventem où tant de gens ont perdu un proche, un parent, un ami, un collègue et où j'ai perdu Patricia.

    Et pendant tout ce temps, tenir le cap, toujours. 

    Et malgré tout, profiter de ces voyages qui forment la non jeunesse. La Roumanie et plus précisément le Maramures, sublime écrin de verdure aux portes de l'Ukraine, moment d'exception malgré la première embolie dans l'avion (au moins j'aurai testé les bonbonnes à oxygène en plein vol), Porto la charmante, malgré la fatigue accumulée, Vienne l'impériale, magnifique reconversion d'un Bongo offert à Noël 2014, Bergame la surprise, Vérone l'amoureuse et Venise l'éternelle en 3 jours de citytrip avec J. et S. Et puis Paris, toujours Paris avec mes enfants pour mon anniversaire, avec mes sorcières adorées et avec Véro cet automne. 

    Un été divin, le farniente total en Ardèche, soleil, piscine et bouquins, plein de bouquins. Mon paradis à moi. 

    Une peur bleue rétrospective pour Swiss Sis, tombée d'un rocher en bord de falaise et sauvée par on ne sait quel à-plat miraculeux en contrebas. 

    2016, ce sont aussi les 80 ans de Papy, fêtés tous ensemble à Bermicourt non loin de Boulogne sur mer. 

    2016, ce sont toutes les tentatives avortées d'Anaïs pour trouver un local pour ouvrir son salon de thé, sa déception immense et sa résignation raisonnée après la débandade touristique suite aux attentats. C'est son premier boulot trouvé un mois après avoir renoncé à son projet commercial. Et ma fierté de la voir travailler d'arrache-pied. C'est aussi l'achat de leur premier appartement. 

    2016, c'est l'année qui voit se concrétiser les efforts de Quentin en une première année réussie du premier coup et son épanouissement dans l'enseignement.

    2016, c'est le bonheur de recevoir les félicitations de collègues qui travaillent directement avec Maïté. 

    Mais 2016, c'est aussi une année gonflée de promesses pour 2017, dont la plus merveilleuse sera sans doute de voir Anaïs et Quentin se transformer en oncle et tante complètement gagas. 

    Qui ça, grand-mère ? Euh, ça c'est un autre sujet, on en reparlera l'année prochaine, si vous voulez bien……

     

     

  • En panne

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    Je me retrouve en panne d'écriture. Je ne sais trop pourquoi. Il y a des choses que j'aurais voulu écrire mais que je ne pouvais pas et ne peux pas encore écrire par respect pour d'autres que moi, il y a d'autres choses que je ne voulais pas écrire ici et il y a eu pendant des semaines d'autres choses à écrire pour le bureau qui m'ont prise toute la tête. Enfin bref, le blog s'est endormi, il a en quelque sorte hiberné. Merci à celles qui se sont inquiétées. Et désolée de ne même pas avoir répondu, j'étais totalement déconnectée de cette sphère. 

    Mais le souffle va revenir…..

    Entretemps l'année se termine assez péniblement, encore d'autres départs, d'autres attentats, d'autres douleurs, d'autres maux. Mais toujours la petite flamme il faut garder. Parce que seule la petite flamme permet de garder le cap et de tenir debout.

     

     

  • So long Leonard

     

    Je n'arrête pas de penser à ce concert magique, il y a 4 ans déjà, en août 2012. Sur une place magnifique à Gand. Le temps était pourri, il a plu au début du spectacle et quand la pluie s'est arrêtée, un arc-en-ciel s'est fondu dans le soleil couchant. La lumière était magique, je suppose qu"elle n'a pas été étrangère à la vibration extraordinaire qui m'a habitée pendant ce concert de Leonard Cohen. Et Joséphine vibrait au diapason. 

    Bizarre, j'ai rarement vu quelqu'un souffrant de dépression chronique comme lui avoir apporté un tel soutien à tant de personnes traversant des moments difficiles. C'est pourtant ce que je lis partout. Sans doute, cette voix chaude, cette musique envoûtante, ces choristes hors normes, cette classe inimitable apaisent plus que tout.

    Moi qui espérais le voir encore une fois en concert….. So long Leonard. Et merci….

  • Deux

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    Autant de poids que de mesures quand on est partial

    Le nombre de coups qu'on fait d'une seule pierre quand on rentabilise son temps

    Ce que vaut un homme averti

    Le nombre de mots qu'on touche à quelqu'un quand on veut lui dire quelque chose d'important

    Comment Salomon coupe la poire

    Le nombre de lièvres qu'on peut courir à la fois quand on se disperse

    En autant de temps, trois mouvements

    Le nombre d'oreilles sur lesquelles on dort quand on est rassuré

    Combien de bouts il est difficile de joindre quand les finances vont mal

    Le nombre de cuillers à pot quand il suffit de compter jusqu'à trois

    Un âne ne trébuche pas autant de fois sur la même pierre

    Le nombre de bouts de la chandelle qu'on brûle quand on vit à du mille à l'heure 

    Un tiens vaut mieux qu'autant tu l'auras 

    Le nombre de maux entre lesquels il faut choisir le moindre

    Le nombre de cordes que l'on a à son arc quand on est doué

    Le nombre de pieds que l'on a sur terre quand on est pas rêveur

    J'aimerais autant de doigts de Porto

    Il faut prendre son courage à autant de mains quand il faut y aller

    Entre quoi mon coeur balance quand j'hésite

    Avoir autant de mains gauches quand on est maladroit

    Jamais sans trois

     

     

     

     

  • Joli mois d’octobre

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    Ce fut un joli mois d'octobre. Commencé véritablement en beauté: Bergamo, Vérone et Venise.

    Bergame est un petit bijou médiéval très joli. Il y a là un restaurant familial absolument incroyable, du genre à nous faire revenir dans cette petite ville tous les ans, rien que pour le plaisir de cette table.

    Vérone est tout aussi charmante, à part le pseudo balcon de la Juliette, complètement surfait, où des touristes aussi moches les unes que les autres, se penchent l'une après l'autre vers leurs Romeos respectifs armés d'un Nikon ou simplement d'un téléphone photographique braqué sur leur dulcinée. On a fui à toutes jambes. 

    Et Venise, faut-il encore que j'en parle ? Nous avons voulu faire découvrir à J. et S. notre petite île sauvage, malheureusement de plus en plus fréquentée, et surtout notre restaurant de prédilection qui nous revoit aussi chaque année pour le plaisir. Ce fut un moment divin. 

    Et bien sûr, ce long weekend annuel en leur compagnie est à lui seul un plaisir qu'on veut également renouveler chaque année.

    Après deux mois assez pénibles à supporter un doigt à ressaut (le majeur, on se demande bien pourquoi !), j'ai enfin décidé d'accepter l'infiltration. Comme toujours, je m'en faisais une montagne et finalement ce n'est pas plus douloureux que ça. Mais bon, sous anti-coagulants, je ne sais jamais à quoi m'attendre. Et le médecin n'a pas été particulièrement en mode informatif. Je dirais même qu'il était plutôt sur le mode défensif américain, comme si ma seule demande des éventuels risques encourus liés à cette situation particulière visait à lui coller un procès sur le dos en cas de complications. 

    Le weekend dernier, on a fêté l'anniversaire de Maïté. Le samedi, mère et fille, bras dessus bras dessous, marché aux puces, shopping, sandwich, pause café ou thé à la menthe, papote tout au long de la journée. Le bonheur annuel renouvelé. Le dimanche, en cuisine toute la journée pour la fêter le soir avec les 8 avec un résultat gustatif plutôt mitigé toutefois.

     Et ce weekend, aller-retour en Champagne, se ré-approvisionner avant Noël et autres fêtes, chez le frère de Renaud, le collègue qui nous a quittés le mois dernier, repasser par le cimetière sans trouver sa tombe mais revenir contente malgré tout d'être descendue jusque là pour ramener quelques bouteilles à boire à sa mémoire. 

    Un mois plutôt épicurien donc.

  • Lips tic

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    Aussi loin que remonte ma mémoire, je crois que j'ai toujours aimé ça. Petite fille, je faisais semblant. On avait ces mini mini tubes de rouge à lèvres pour faire comme les jolies dames. 

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    Vers 17 ans, quand je suis tombée amoureuse de l'Homme, j'imaginais que les baisers devaient être parfumés et je me suis empressée d'acheter un baume pour les lèvres au parfum de fraise. Je n'aurais jamais pensé qu'un homme n'aime pas embrasser des lèvres collantes, et encore moins au goût fruité.

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    Mais cela ne m'a pas freiné dans mes envies de lipstick. Je les ai toujours choisis roses et brillants. J'en ai partout, dans la salle de bains, dans mon sac, sur mon bureau; il ne faut surtout pas que j'en sois privée. J'en mets au moins dix fois sur la journée. Le matin, dans la salle de bains, dans la voiture, dans le bus, au bureau, en réunion, en rue, au théâtre, en tête à tête avec un collègue ou même avec le directeur. C'est devenu un (lips) tic. Cela fait tellement partie de moi que c'en est devenu un sujet de gentille moquerie à mon égard. Mes sorcières bien-aimées en ont fait un moment clé de leur discours pour mes 50 ans et une de mes collègues a fait dessiner par Maïté mon portrait au rouge à lèvres.

    Si je vous dis que les premiers bâtons de rouge à lèvres ont été commercialisés par Guerlain sous le nom "Ne m'oubliez pas", ça ne vous rappelle rien ?  

     

     

     

  • La mort, l’amour, la vie

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    La mort, l'amour, la vie…. Les jours se suivent, ne se ressemblent pas mais finalement le cycle de la vie est toujours présent. 

    Jeudi, on apprenait la mort de ce collègue qui s'est pourtant bien battu contre la sale bête. Un collègue aimé par certains, détesté par d'autres, surtout les femmes qu'il apostrophait vulgairement lorsque, les jours de fête, la bière coulait trop à flot. Une espèce d'ours mal léché qui abritait un grand coeur. C'est lui qui nous fournissait le champagne produit par son frère et sa belle-soeur.

    Le lendemain c'est Célestine qui perdait son papa tout doucement, sans faire de bruit.

    Vendredi, on rentrait le bois pour l'hiver. Parce que le cycle des saisons est là et qu'il faut bien que ça se fasse. L'Homme, Quentin, JD ont transféré les bûches de La Glanerie à Bruxelles de 18h à 4h du matin. Avant de reprendre la route pour le dernier trajet, ils ont pris un moment pour regarder la nuit sans nuages et traquer les étoiles filantes.

    Samedi, c'est une collègue de l'Homme qui se mariait avec l'homme de sa vie après plus de dix ans de vie commune et deux jolies petites filles. La mariée était splendide et personne ne pouvait deviner derrière son sourire la douleur matée à coups d'anti-inflammatoires et qu'en guise de voyage de noces, elle rentre mercredi à l'hôpital pour une lourde chirurgie au niveau du dos.

    Dimanche, nous étions invités chez la mamma de Graziella, que nous n'avions plus vu depuis longtemps mais qui ne change pas. A 85 ans, elle nous a préparé un repas de fête tout à l'italienne: la lasagne fatta a casa, les melanzane alla parmigiana, les saltimboccas, les poivrons marinés, le plateau de fromages italiens, les petits fours italiens, le vin italien et la musique italienne. Une immersion dans tout ce qui nous enchante.

    Et ce soir, skype avec Swiss'Sis qui revient de loin après une chute de 4 mètres, après avoir glissé d'un rocher et qui s'en sort avec des hématomes un peu partout, une dose massive d'arnica et des sueurs froides rétrospectives dans le dos. Mais comme elle le dit, quand c'est pas l'heure, c'est pas l'heure.

     

  • 80 ans et 10 ans

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    Ce blog a 10 ans aujourd'hui. Je n'aurais jamais imaginé que je tiendrais 10 ans. Je l'ai inauguré à l'occasion des 70 ans de mon papa. Aujourd'hui, il fête ses 80 ans.

    Et il les porte joliment. Nous allons le fêter dignement dans 15 jours quand tous ses enfants et petits-enfants seront revenus de vacances. 

    C'est a priori un pur hasard si j'ai démarré ce blog le jour de son anniversaire. Mais le hasard existe-t'il vraiment ? C'est de lui que j'ai hérité le plaisir d'écrire dans tous les sens du terme. La calligraphie d'abord (Oh, tu écris bien pour une gauchère ! – J'écris bien tout court, gauchère ou pas !) – il pouvait transformer une recette de pain grillé au pâté en un poème écrit en calligraphie sur un petit bout de papier. Ensuite, l'écriture et les phrases bien roulées, emballé c'est pesé. Enfin, les jeux de mots, les créations de mots-valises ou les inventions farfelues et les contrepèteries. Mes soeurs ont aussi hérité de ses plumes à des niveaux divers et variés.

    Alors oui, ce blog lui a été dédié à raison, même si c'était inconscient.

    Comme le choix du myosotis, lui qui adore les fleurs bleues. Même si mon intention en choisissant cette fleur était d'utiliser la symbolique du langage des fleurs et l'écriture pour ne pas oublier et ne pas être oubliée.

    Il est beau, mon papa et je suis fière de lui. Du couple qu'il a formé et forme encore aujourd'hui avec maman. Qu'ils soient encore aussi amoureux et complices aujourd'hui me donne une foi indécrottable en l'amour et dans la possibilité de la longévité amoureuse, en dépit des écueils et des obstacles.

    Je suis fière de ce qu'il a fait – de ce qu'ils ont fait – de nous trois. On n'est pas n'importe qui, vous savez ;-). Et on le vaut bien, comme disait Claudia. 

    Tout le monde l'a rebaptisé "le Hibou". Parce que quand il prend ses airs sévères et désagréables, il ressemble comme deux gouttes d'eau à Monsieur Hibou dans Bambi. Parce qu'il peut lever un sourcil sans lever l'autre ou fermer un oeil sans fermer l'autre. Parce qu'il se prend pour un sage. Parce que sa femme est vraiment chouette. Parce qu'il boude pour un oui pour un non. 

    Alors Hibou Bird day mon papa adoré !

     

     

     

  • Les pages de cet été

     
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    Entre ciel et terre – Jón Kalman Stefánsson

    J'ai une petite marotte (en fait, j'en ai des dizaines) qui veut que j'achète presque systématiquement les livres dont le titre contient le mot "ange". Après je les empile sur la cheminée du salon, là où des anges nous sourient au plafond. J'ai donc acheté La tristesse des anges sans savoir que c'était la suite d'un premier livre. Que je me suis donc empressée d'acheter. Voilà la petite histoire de Entre ciel et terre. Et tout de suite, j'ai adoré cette histoire de pêcheurs islandais, si bien écrite, qu'on ressent le froid aux pieds dans les bottes encaoutchouc et on sent le parfum des embruns et l'odeur forte du poisson.

     

    Il est peu de choses aussi belles que la mer par une magnifique journée ou par une nuit limpide, quand elle rêve et que le clair de lune est la somme de ses rêves.

     

     Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé. Peu importe combien il était important, combien il était bon, combien sa volonté de vivre était forte et combien l'existence était impensable sans lui : touché ! dit la mort, alors, la vie s'évanouit en une fraction de seconde et la personne se transforme en passé. Tout ce qui lui était attaché devient un souvenir que vous luttez pour conserver et c'est une trahison que d'oublier. Oublier la manière dont elle buvait son café. La manière dont elle riait. Cette façon qu'elle avait de lever les yeux. Et pourtant, pourtant, vous oubliez. C'est la vie qui l'exige. Vous oubliez lentement, mais sûrement, et la douleur peut être telle qu'elle vous transperce le coeur.

     

    S'en vient le soir
    Qui pose sa capuche
    Emplie d'ombre
    Sur toute chose,
    Tombe le silence,

    lit Bardur dans le Paradis perdu, il incline le livre afin que la lampe y projette sa clarté, une lumière qui parvient à illuminer un vers bien tourné atteint probablement son but. Ses lèvres s'animent, il lit maintes fois le passage et, à chaque fois, l'univers qu'il abrite en son for intérieur s'élargit et gagne en ampleur.

     

     

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    La couleur du lait – Nell Leyshon

    Encore un livre de la tournante que j'ai décidé d'arrêter l'an dernier. A priori interloquée par l'écriture sans majuscule, dans un langage incorrect, j'ai presque voulu fermer le livre. Mais on comprend vite que l'écriture traduit le manque d'éducation d'une jeune fille, enfants de fermiers rustres, qui se trouve envoyée contre son gré dans la maison du pasteur pour s'occuper de son épouse malade. Où elle découvre la lecture et malheureusement d'autres choses.

     

    Des fois la mémoire c'est bien car sans les souvenirs il ne reste rien de la vie. mais d'autres fois elle retient des choses qu'on préférerait oublier et après on a beau essayer de s'en débarrasser elles reviennent quand même.

     

    je les ai lus.
    mes deux premiers mots.
    j’ai passé mon doigt sur la couverture du petit livre noir. je sentais les lettres gravées dans le cuir et je les lisais tout haut. la. bible, j’ai dit. la bible.
    il a frappé dans ses mains. félicitations. tu vas progresser vite. il a montré le livre que je tenais. c’est pour toi. et chaque fois que tu souhaiteras te souvenir de ce que tu as appris tu n’auras qu’à le regarder.
    il est à moi ?
    mais oui. tu peux le garder.
    j’ai serré le livre de cuir. je l’ai serré contre moi.
    ne le perds pas.
    ça risque pas et si vous croyez une chose pareille, vous êtes un foutu imbécile.
    mary !
    pardon. pardon révérend. je voulais pas dire ça. c’est sorti parce que je suis trop enthousiasmée.
    enthousiaste.
    enthousiaste. oui. je me suis levée. merci. merci. je me suis dirigée vers la porte.
    mary. le plateau.

    j'ai regardé autour de moi. alors c'est ici que vous venez pour bouder ? j'ai fait.
    pardon ?
    Edna a dit que c'était le boudoir.
    madame a ri.

     

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    Chroniques de San Francisco; Anna Madrigal – Armistead Maupin

    C'était la série que Sis'Cile m'avait passée quand on était jeunes (enfin quand j'étais jeune et elle encore beaucoup plus jeune), qu'on avait adorée toutes les deux et qui racontait la saga d'une bande d'étudiants qui vivent tous chez Anna Madrigal, une logeuse qui tient un petit immeuble sur Barbary Lane et cultive de la marijuana. Etudiants caractérisés par le souci de vivre librement leurs passions, leurs amours, leurs sexualités.

    Le dernier tome en date est l'histoire d'Anna Madrigal, devenue très âgée et revivant son enfance et sa vie avant Barbary Lane.

     

    Il a tendu le bras au-dessus de la table pour prendre sa petite main manucurée. La sienne était constellée de plaques sombres, comme la robe d'un cheval pie, aux formes trop variées et inégales pour être considérées comme des tâches de rousseur. "tâches de vieillesse ", avait-il entendu son père les appeler au temps où il était encore étudiant et où son vieux accusait déjà les coups de l'âge. Mais l'expression lui paraissait maintenant réductrice. "Tâches de vie bien remplie " lui semblait plus adéquat.

     

    Certains boivent pour oublier.
    Moi je fume pour me souvenir.

     

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    Okinawa – Jean-Paul Curtay

    Le bouquin qui a fait mon bonheur cet été au bord de la piscine. Un programme de vie, un régime alimentaire, destinés à nous aider à mieux vivre notre vieillesse. Okinawa est une île du Japon qui compte le plus grand nombre de centenaires heureux et en bonne santé. Le livre analyse assez scientifiquement, mais pas trop non plus sinon je ne comprendrais rien, tous les mécanismes de cette longévité en bon état. J'y ai puisé toute une série de bonnes idées et résolutions que j'applique chaque jour depuis, avec un bien-être immédiat certain. Je recommande. En tout cas, moi, j'y trouve totalement mon compte.

     

    Il n’y a qu’une seule efficacité: celle qui marche. Que cela demande peu ou énormément d’efforts, cinq minutes ou cinquante ans, que cela coûte cher en souffrance ou en argent, ou rapporte gros et soit ‘super-jouissif’ n’est pas le plus important. Le plus important est que nous poursuivions vraiment ce qui compte, ce qui a de la valeur, du sens pour nous; que nous fassions le premier pas, puis le deuxième et ainsi de suite avec une persistance inépuisable, sans exigence de résultat. Et là, tout devient possible.

     

     Centrés, solides, ‘coriaces’, outillés pour rebondir quoiqu’il arrive.
    Cela repose d’abord et avant tout sur une ‘vision’, une carte de valeurs. Quoiqu’il arrive, la vie est belle, parce que cela ne se raisonne pas, c’est. C’est comme cela. Il suffit de s’arrêter sur le fait qu’il n’était pas obligatoire que l’univers existe, que la Terre se forme, que la vie apparaisse, qu’une évolution nous fasse naître à chaque génération dans plus de connaissances, de moyens technologiques, de beautés artistiques accumulées par les générations précédentes.

     

     

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    El paraiso en la otra esquina – Mario Vargas Llosa

    Après avoir découvert Mario Vargas Llosa en espagnol lors de notre voyage au Pérou, je m'étais promis de poursuivre la lecture de cet auteur, toujours en espagnol. Cette fois, il raconte en parallèle l'histoire de Flora Tristan, militante féministe, pré-syndicaliste dont l'idéal est l'union internationale de tous les opprimés (chômeurs, ouvriers, femmes) en vue d'infléchir les bourgeois et de leur offrir des conditions de vie meilleures et de son petit-fils, …. Paul Gauguin. Que je découvre. On voyage dans tous les coins de France, au Pérou d'où vient le père de Flora et dans les îles du Pacifique où Gauguin a terminé sa vie. Passionnant, instructif, j'adore.

    Les extraits ci-dessous sont en français:

    Tu avais peint ta meilleure toile non seulement avec tes mains, avec tes idées, ton imagination et ton métier, mais aussi avec ces forces obscures venues du fond de l'âme, le bouillonnement de tes passions, la fureur de tes instincts, ces impulsions qui surgissaient dans les tableaux exceptionnels. Les tableaux qui ne mourraient jamais, Koké. Comme l'Olympia de Manet.

     

    Qu'il était difficile de convaincre beaucoup de tes compatriotes que tous les êtres humains étaient égaux, quels que soient la couleur de leur peau, la langue ou le dieu qu'ils priaient! Même quand ils semblaient l'admettre, des que surgissait un différend elle voyait affleurer le dédain, le mépris, les insultes, les propos racistes ou nationalistes.

     

    Elle ouvrit l'oeil à quatre heures du matin et pensa : "C'est aujourd'hui que tu commences à changer le monde, Florita." Nullment inquiète à la perspective de mettre en marche le mécanisme qui, au bout de quelques années, devait transformer l 'humanité en faisant disparaître l'injustice.

     

    S'il ne faisait pas l'amour, son inspiration s'évanouissait. Aussi simple que ça.

     

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    L'océan au bout du chemin – Neil Gaiman

    Encore un livre de la tournante. Une découverte. Un monde de fantaisie et de surréalisme à l'anglaise. Genre contes de Narnia. J'ai adoré.

     

    Les souvenirs d'enfance sont parfois enfouis et masqués sous ce qui advient par la suite, comme des jouets d'enfance oubliés au fond d'un placard encombré d'adulte, mais on ne les perd jamais pour de bon

     

    L’enfance ne me manque pas, mais me manque cette façon que j’avais de prendre plaisir aux petites choses, alors même que de plus vastes s’effondraient. Je ne pouvais pas contrôler le monde où je vivais, garder mes distances avec les choses, les gens ou les moments qui faisaient mal, mais je puisais de la joie dans les choses qui me rendaient heureux.

     

    Nous avons cueilli quelques cosses de pois, pour les ouvrir et manger les pois à l'intérieur. Les petits pois étaient pour moi une énigme. Je ne comprenais pas pourquoi les adultes prenaient des choses qui avaient si bon goût quand elles étaient fraîches et crues pour les mettre en boîte de conserve et les rendre écœurantes.

     

    Nous sommes restés assis là, côte à côte, sur le vieux banc de bois, sans rien dire. Je pensais aux adultes. Je me suis demandé si c'était vrai: si en réalité c'étaient tous des enfants enveloppés dans des corps d'adultes, comme les livres pour enfants cachés au milieu de longs bouquins ennuyeux pour adultes, du genre qui ne contiennent ni illustrations ni dialogues.

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    Les hommes tremblent – Mathieu Lindon

     

    Cadeau de Swiss'Sis pour Noël  ou mon anniversaire, je ne me souviens plus. L'histoire d'un sans-abri qui squatte le hall d'entrée d'un immeuble à appartements. Personne n'ose l'en chasser, personne n'est heureux de le voir dormir, manger, parfois faire l'amour dans cet endroit. Sans compter les commentaires qu'il se permet de faire à chacun des locataires sur leur vie. Caustique et interpellant.

     

    Sans que Martin soit expulsé manu militari, il devrait être possible de le convaincre de passer son temps dans le local poubelles, qui est très bien tenu et assez spacieux, de sorte qu'il ne manquerait pas de place pour se mettre à l'aise, même avec Martine, et lui-même ne serait pas sans cesse interrompu dans ses rêveries par des allées et venues. Les allées et venues, pour leur part, n'auraient pas sous leurs yeux, à chaque fois qu'il quittent ou regagnent leur appartement, cette espèce de loque prétentieuse qui donne son avis sur tout et sur chacun. Mais Martin a des complices dans l'immeuble, des locataires principalement, qui tiennent à faire connaître leur idée de l'humanisme, laquelle consiste à se scandaliser de tout contact trop poussé entre les hommes et les déchets. Qu'est-ce qu'ils croient ? Que, dans des pays moins favorisés, les pauvres gens ne fouillent pas jour les décharges d'ordures comme une île au trésor, pour y trouver de quoi se nourrir ou commercer jusqu'à demain? Martin, il était juste question qu'il passe ses journées et dorme, qui plus est éventuellement avec sa Martine, dans la Rolls des locaux poubelles.

     

    Les relations sexuelles d'un appartement à l'autre, ce n'est pas commode pour les adultères à cause des risques de rencontres avec le troisième larron que cela suscite – mais entre adultes consentants pas mariés, libres de leurs fesses ?

     

    Un homme tremble au bas de l'immeuble. Le froid, la peur, Parkinson? Faut-il appeler les services sociaux, la police, les urgences? L'alcool, ça n'a vraiment pas l'air. La faim? Faut-il lui offrir un sandwich? Y' a-t-il quelque chose à faire ou rien, comme d'habitude?

     

     

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    Fuir Pénélope – Denis Podalydès

     

    Cadeau de Maïté. Elle me l'a offert pour la Grèce, les échanges en grec qu'elle avait repérés dans le livre en le feuilletant. C'est l'histoire du premier film de Podalydès avec un metteur en scène inconnu dont c'était aussi le premier film. Surprise, suprise, Wikimachin m'apprend que ce metteur en scène est aujourd'hui un collègue à moi (et à Maïté et JD) qui ne travaille plus du tout comme metteur en scène. Le monde est petit.

     

    Yorgos dit une fois: Je veux rentrer chez moi me retrouver avec ma femme et mes enfants. Cette phrase ne souffrait ni enjolivure ni réplique. Je rêve de dire un jour pareil mot, et qu'ils disent ce qu'ils signifient, ni plus, ni moins que tout le bonheur possible en ce monde.

     

    Comme hypnotisé par la deux-chevaux [en stationnement], je roule vers elle; je la vois arriver mais ne freine pas, je crois en avoir le temps ; je ne freine pas encore ; je roule. C'est comme si je la désirais. Je ne me l'explique pas. Mon maître [d'auto-école] est incrédule. Il me regarde. Comme un poids, j'éprouve son effort pour me comprendre, me déchiffrer. Comment lui dire que je ne suis pas plus affranchi de cette énigme? Je le regarde à mon tour. L'inquiétude le saisit; pire que ça : son visage est tout raide. Masque mortuaire. L'angoisse me prend. Le maître voit sa propre stupeur grandir dans la mienne, et moi je me pétrifie comme dans mes grands moments de peur définitive, préférant qu'on en finisse, qu'on y passe tous, puisque, de toute façon, tout est foutu, n'attendez plus rien de moi. Aucun sens de la survie ni de la révolte.

     

     

     

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    Se changer, changer le monde – Christophe André

    Un livre du collectif Emergences, 5 hommes d'une grande sagesse, un moine bouddhiste, un psychiatre, un agriculteur, un philosophe et un professeur de médecine.
    Face au mal-être contemporain, face à la crise de sens et aux désastres écologiques, ils donnent des conseils pratiques pour participer à un monde plus humain.
    Je n'ai rien appris de très nouveau mais cela m'a fait plaisir de le lire malgré tout.

     

    Plus nous sommes indignés, plus nous avons besoin d'être conscients afin que nos actions restent en cohérence avec nos idéaux.

     

    Si nous perdons le contact avec la nature dont nous faisons partie, alors nous perdons la relation avec l'humanité, avec les autres.

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    Le voyage en Italie – Goethe

     

    Cadeau d'Antonios et Marie-Pierre. Ceux qui m'offrent toujours des livres qui m'éduquent à la littérature. Celui-ci est encore en cours de lecture. Pas facile à lire et pourtant très beau. Et il m'a donné l'envie de me remettre à l'allemand.

     

     Je me suis enfin de Carlsbad à trois heures du matin : autrement on ne m'aurait pas laissé partir.

     

    Ce qu'il y a d'agréable en voyage, c'est que, par la nouveauté et la surprise, l'habituel prend l'air d'une aventure.