Auteur/autrice : Myosotis

  • Le monde est vraiment petit petit

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    Je l'ai déjà dit, si on creusait un peu, on pourrait mélanger nos racines avec à peu près n'importe qui.

    L'autre soir, Lohengrin de Wagner à l'opéra, cadeau de Noël des enfants. 4h30 de spectacle, donc forcément une petite pause technique à l'un des entractes s'impose. En sortant des toilettes, je tombe nez à nez sur une de mes collègues. Salutations plus ou moins distinguées. En fin de spectacle, re-belote, je tombe à nouveau sur la même collègue mais cette fois, accompagnée de Monsieur. On se salue à nouveau, on fait les présentations. Généralement, moi, je présente l"Homme par son prénom. Mais elle me présente le sien par ses prénom et nom. La carte de visite complète. Paul-Henri Durand (toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant réellement existé ne saurait être que fortuite). 

    Ce nom m'est tellement familier mais ma mémoire refuse de l'identifier immédiatement. Ce visage ne me dit rien, je ne le connais pas. Son nom oui, très bien. Devant ce paradoxe, mon cerveau bugge. On se dirige vers le vestiaire et dans la bousculade, on se perd de vue. 

    Et puis soudain, mon cerveau retrouve un semblant d'activité. Ce Paul-Henri Durand mais c'est bien sûr ! 

    Pendant 2 ans, mon papa a été instituteur. Deux petites années seulement. Voire moins. Le temps de deux-trois remplacements. Il en a gardé une forme de nostalgie et a gardé, collectionneur en herbe, tout, absolument tout ce qui avait trait à cette période bénie pour lui. Cahiers des premiers de classe, petits mots d'excuse des parents, rédigés avec tout le respect reconnu aux professeurs en ce temps-là, lettres de remerciement des élèves à Monsieur le Professeur….

    Quelques années plus tard, je suis devenue une petite fille qui jouait à "école". J'étais une maîtresse hors pair. Et j'utilisais comme modèle les beaux cahiers des premiers de classe, ceux de …… Paul-Henri Durand, je lisais les petits mots d'excuse de la maman de Paul-Henri et il y a fort à parier que la lettre de remerciement était écrite de sa superbe écriture.

    Quand, le lendemain, j'ai demandé à ma collègue si par hasard…., elle lui a téléphoné illico et m'a confirmé que oui, Paul-Henri se rappelait très bien de mon papa et qu'il aurait beaucoup aimé le rencontrer.

    Le monde est vraiment petit, petit…..

     

  • 80 printemps

     

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    Ah, on peut dire qu'elle les porte joliment ses quatre-vingts printemps. C'est une petite souris encore bien verte qui court toujours, n'est jamais rassasiée de culture, d'expositions, de concerts et surtout surtout, depuis l'envol du Hibou, de cinéma. Elle voit au moins un film par jour, le plus souvent à la cinémathèque, mais aussi au cinéma ou à la télé. Insatiable.

    Je sais de qui tenir, je suis ses traces et si je peux arriver à son âge dans le même état de santé, je serai tout aussi assoiffée. 

    Cette petite souris a une mémoire d'éléphant. Elle peut me dire ce que j'ai fait le 19 septembre 1975 et me donner le temps qu'il faisait. N'essayez pas de tromper cet éléphant, elle ne s'en laisse pas compter. 

    Cette jolie souris est aussi une tête de mule. Si elle a décidé quelque chose, vous pouvez danser le chachacha sur les mains, rien n'y fera. Elle sait ce qu'elle veut – et ce qu'elle ne veut pas – et qui l'aime la suive.

    Pour la fêter, on a réuni toute la trHibou autour d'elle, dans une grande maison dans les Vosges. Dans quelques années, elle pourra vous assurer que le weekend du 21 et 22 avril 2018, il faisait un temps magnifique, qu'elle a passé un joli moment avec ses trois filles, ses gendres charmants, ses petits-enfants et consorts et ses deux arrière-petits-poussins, que tout le monde était en mode détente, pétanque, billard, tennis, farniente, couvertures dans l'herbe, bébés suspendus en maxi-cosi aux branches d'un tilleul, qu'elle a reçu en cadeau bonus un kaleidoscope, symbole de sa vie aux multiples facette et de ce qu'elle est au propre et au figuré: une jolie image à regarder. Et à écouter.

     

  • Trois

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    Le nombre de pelés qui accompagnent le tondu.

    Les mouvements qu'on fait en deux temps.

    La hauteur en pommes des petits.

    Sa règle permet de vérifier que le compte est bon.

    Le nombre de pattes qu'on ne casse pas à un banal canard.

    Le prix bon marché qu'on multiplie par rien.

    Le ménage qu'on fait avec son mari et la technicienne de surface.

    Jusqu'à combien on compte quand on menace.

    Le nombre de pièces que compte un costume complet.

    Les coups avant d'entrer en scène au théâtre.

    Le nombre de mousquetaires avant l'arrivée de d'Artagnan.

    Le nombre de petits cochons affrontant le loup.

    Le nombre de Pieds Nickelés.

    Le nombre de Rois Mages suivant l'étoile du Berger.

    Autant de Suisses qui vendent sur catalogue.

    Les petits tours que font les marionnettes avant de s'en aller.

    Autant de dimensions pour voir dans l'espace.

    Le nombre d'ours qui ont séduit Boucle d'Or.

    Autant de voeux que nous offrent les fées.

    Le nombre de soeurs imaginées par Tchekov, et accessoirement par mes parents.

     

     

     

     

  • Entre hiver et printemps

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    Lundi: Je continue à tout faire pour ne pas rater l'entraînement tous les lundis midi. Ce n'est pas encore vraiment de l'addiction mais presque. Et pourtant, on peut dire que ça me coûte. Non seulement, je pense bien que je n'y suis jamais allée sans que ce soit un jour de pluie ou pire, de neige. Et David le coach ne lésine pas sur le côté cardio, mon point faible. Mais je persévère. Et, c'est bête, je pense bien que cela fait partie de sa formation de coach, mais quand il me félicite, c'est comme si j'avais 8 ans et que l'institutrice me tapote la tête en me disant "C'est bien !".

    Mardi: Baby sitting express chez petit Jules, le temps de permettre à sa maman de faire un aller retour chez le médecin pour une visite de contrôle. Enfin seuls, lui et moi. Et c'est un moment où on se rencontre enfin, tout en douceur et caresses. Il a cette peau douce et fragile à la fois, que seuls les tout petits ont encore. Il s'exprime par petits essais de areuh ou alors par des pleurs aussi subits que puissants. Quelques chansons et caresses le calment un instant et ses yeux semblent vous regarder pour vous dire toutes les choses qu'il ne peut pas exprimer. Et dans ces moments-là, j'éprouve pour lui toute la tendresse du monde. 

    Mercredi: Ce mercredi, je le réserve à ma maman. Quand j'arrive, elle est en pleine tractation avec le jeune voisin qui lui rachète la voiture de papa. Elle est contente de voir cette voiture partir dans des mains connues et surtout appréciées de Papa. Enfin, le monsieur, pas les mains. 

    Jeudi: Visite de contrôle chez le médecin. Tout va bien. Sauf qu'il entend toujours un léger sifflement dans mes poumons. La fin de bronchite diagnostiquée par la pneumologue n'était pas une bronchite selon lui. Mais quoi alors ? Il ne sait pas, on contrôlera la prochaine fois. Du coup, j'oublie de parler de mes pieds. Ah mes pieds…. A gauche, j'ai l'impression de marcher sur des lames de rasoir, à droite, l'oignon, ce cornichon, me fait crier "aïe" à chaque pas. Je ne supporte plus que les boîtes à chaussures. Je ne peux quand même pas marcher pieds nus en ville. Je sens qu'il va falloir qu'on déménage en bord de plage.

    Vendredi: Spectacle de danse le soir. Aline et Quintijn ont monté un spectacle entre danse, cirque et féérie. J'étais très fatiguée et mes pieds me faisaient terriblement souffrir. Mais j'ai profité de ce moment de magie, malgré, quelquefois, les paupières très lourdes.

    Samedi:  Il neige. On croyait l'hiver terminé mais non, il a repris du service. Et il fait froid. On fait quelques courses, mais au pas de course, on se les gèle trop. On fait un saut chez Mamy qui n'a plus de connexion internet. En arrivant dans sa rue, je ne vois plus la voiture de Papy. Se peut-il que le jeune voisin l'ait déjà emmené en France, comme il en avait l'intention? Je ne peux pas arrêter les larmes qui coulent soudain. Ce n'est qu'une voiture, me dit l'Homme. Oui, bien sûr. Je ne pleure pas la voiture, je pleure un nouveau coup de gomme sur tout ce qui faisait le quotidien lié à mon papa.

    Dimanche: Matin maussade, estomac barbouillé de la veille, dîner gastronomique annuel après avoir cassé la tirelire du badminton. Mais puisqu'on a préparé un osso buco pour les lovebirds, Q et K, qui viennent manger ce midi, il faut bien se forcer un peu. Après-midi Sappho, bougonne parce qu'encombrée, mais toujours aussi craquante malgré tout. N'empêche, elle commence à bien savoir ce qu'elle veut et surtout…. ce qu'elle ne veut pas.

    Et la semaine se termine au coin du feu….

  • Rien que pour moi

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    Après des années de lutte contre mon esclavagiste de mari, j'ai pris la liberté de ne plus attendre son consentement de principe. N'exagérons rien, surtout en cette journée de la Dame, je ne suis pas femme à demander la permission. Mais j'aime que les choses soient décidées d'un commun accord, je tiens compte de son avis, je suis une adepte du compromis. J'espère que les choses sont claires. 

    Et donc, malgré sa réticence tenace, colérique ou bougonne selon les saisons, j'ai finalement introduit une demande de temps partiel. Oh un trois fois rien, juste le mercredi après-midi. Et encore pour ne pas trop alléger la bourse – parce que tu comprends bien, si tu fais ça, tu vas devoir revoir ton train de vie !, comprenez : tu veux partir en petits city trips par ci par là mais il faudra réduire tes ambitions en la matière mon chou. Ben oui forcément, on ne va pas réduire les bons cigares cubains ou les bonnes bouteilles italiennes ou portugaises quand même !. Donc, pour ne pas trop alléger la bourse, disais-je, je compense mon mercredi après-midi de moitié en rallongeant les 4 autres jours de la semaine d'une demi-heure. Pour faire court, je prends un 95% qui me laisse quand même une après-midi entière.

    Et hier, pour la première fois depuis Mathusalem, je me suis retrouvée avec une après-midi pour moi. Ou presque. C'était juste divin. A un moment dans l'après-midi, au sortir d'une exposition et en ouvrant mon parapluie sur les pavés luisants de la Grand-Place, j'ai murmuré pour moi toute seule: "P….., je m'éclate !". J'ai filé chez le coiffeur, demandé une petite coupe revigorante et puis j'ai rejoint Maman pour passer un peu plus de temps avec elle que les mercredis habituels.

    Mais pourquoi, pourquoi j'ai attendu tout ce temps !? Je le sais pourtant, que tout ce que j'ai décidé malgré ses cors et cris n'était que tout bénéfice. Ah le manque de confiance en soi, quelle plaie !

  • Laisser couler

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    Voilà deux-trois semaines qu'à peu près toutes les démarches administratives liées à la succession de mon papa sont terminées. Les comptes sont clôturés, ma maman peut enfin accéder à cet argent bloqué depuis des mois, l'après-papa administratif se met tout doucement en place. Pendant tous ces mois, j'ai fait tout ce que je pouvais pour l'aider dans ce domaine. Pendant tout ce temps, j'ai évité de pleurer ou si peu. Il fallait avancer. J'ai avancé. Aujourd'hui la pression retombe un peu, je baisse un peu la garde et le chagrin me prend par surprise.

    Partout. Dans mon bureau, lors d'un bref moment de répit. Dans la rue surtout, quand je marche dans les rues noires et froides. Dans le bus. A la maison, quand personne ne me voit. Aux toilettes. Dans le bain. Bref dès que je suis seule et que je ne dois pas me justifier. 

    Ce sacré hibou est partout et pourtant il me manque terriblement. Physiquement. C'est difficile à expliquer. Je pourrais en hurler. Mais ça, je ne l'ai pas encore fait. Parce que ni seule dans mon bureau, dans la rue, dans le bus, à la maison où je ne suis jamais seule, un hurlement passe beaucoup moins inaperçu que des larmes qui coulent.

    Et que ça ne sert à rien d'importuner les autres avec une peine dont ils ne savent que faire. Le chagrin reste décidément quelque chose de très personnel.

     

  • Chaud froid

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    Vendredi: Quelle journée intense ! Petit Jules est donc arrivé au pas de course, Maïté a passé un entretien le matin et apprenait l'après-midi qu'elle avait le poste, Quentin se voyait proposer un remplacement de prof jusqu'à la fin de l'année. Toutes ces nouvelles en quelques heures. A quatre heures, j'ai pu partir pour me précipiter avec l'Homme et le reste de la tribu à la maternité. Tout le bonheur du monde s'est voilé en un instant quand j'ai rencontré F. dans le hall de l'hôpital, venue rendre visite à son Homme dont elle m'apprend qu'il est atteint de la maladie de Creutzfeld-Jakob et qu'il n'en a plus que pour quelques mois. Je suis là, face à elle, avec tout mon bonheur qui déborde de partout et dont je ne sais plus que faire. Je ne sais comment lui donner un peu de réconfort, là debout dans le couloir, et je m'enfuis comme on s'envole vers Anaïs et Jules.

    Samedi: JD est parti pour le weekend à Carcassonne. Maïté n'aime pas passer le weekend seule et nous l'accueillons elle et Sappho en ne cachant même pas notre joie. Elle étrenne la chaise haute, copie conforme de celle de sa maman, trouvée sur une brocante (la chaise, pas la maman) avec contentement; cette petite poupée n'est qu'un sourire sur pattes. L'après-midi, elle rend visite à l'une de ses arrière-grand-mères pendant que je passe un peu de temps avec l'autre pour régler cette satanée paperasserie qui semble s'auto-alimenter. Puis on file revoir Jules à la maternité. Le soir, dîner chez C et M, en l'honneur de mon anniversaire, magnifique boeuf Wellington concocté par M, un pur British délice.  Pendant ce temps, Maïté essaye d'endormir la princesse sans la choupette, oubliée dans la voiture. Difficile entreprise. C'est bien la choupette, mais quand on la perd, c'est galère.

    Dimanche: Toujours en compagnie des deux princesses, on passe une bonne partie du dimanche à démonter le sapin de Noël. A chaque fois, ça nous prend deux à trois bonnes heures. C'est toujours avec un petit pincement au coeur qu'on met fin à la magie de Noël, même si on l'a gardée tout le mois de janvier.  

    Lundi: Jules rentre à la maison et la vie à trois peut commencer. 

    Mardi: Rendez-vous à la banque avec Sis'Cile et Mamy pour clôturer la succession de Papy. En soi, c'est une bonne chose que Mamy puisse récupérer enfin l'accès à ses liquidités. Mais je ne m'attendais pas – et visiblement Sis'Cile non plus – à ce que soit si pénible. Oh, pas sur le moment. Pas question de se laisser aller devant l'employé de banque en charge des successions. Mais une fois l'affaire bouclée, chacune repartie de son côté, je sens une grosse boule me monter à la gorge et je laisse les larmes couler – par ce froid de canard, gare aux stalactites – . Ce compte en banque n'est pas un bête compte en banque. Je connais son numéro par coeur, c'est la banque où il a travaillé pendant toute sa vie professionnelle, c'est la banque où j'ai travaillé pendant six ans, lointaine collègue de mon papa. Ce compte en banque est encore un pan de sa vie qu'on clôture.  

     Mercredi: Comme souvent le mercredi, je quitte le bureau à midi pour aller rendre visite à Mamy L. Pas de bol, en chemin, je me rends compte que j'ai oublié les clés de sa maison. Qu'à cela ne tienne, je ne suis plus qu'à quelques arrêts de tram de petit Jules. J'appelle Anaïs qui m'attend avec plaisir. Je profite de quelques instants avec le petit marmot (masculin de ….), qui a les yeux grand ouverts et qu'on me laisse changer pour la première fois. On pourra dire que l'oubli de clés est un acte manqué mais non, ce ne l'était même pas.

    Jeudi: Rendez-vous chez le médecin qui m'écoute toujours longuement. On fait le point, le bilan sur la fatigue. Il me dit que la dernière fois, il avait noté dans mon dossier que j'étais une sacrée ficelle. Une quoi ? Une sacrée ficelle. Je ne comprends toujours pas. Il voulait dire une "sacrificielle". Qui veut tout faire pour tout le monde, se sacrifie et s'épuise. Au sortir de la consultation, je suis allée consulter Wiki-je-sais-tout. Je ne suis pas une sacrificielle pur jus, du type qui ne vit que par le sacrifice et le fait bien savoir. D'accord, j'en fais peut-être un peu trop mais ni pour me faire aimer (je le suis déjà bien assez) ni pour être reconnue. Il m'a presque vexée, tiens !

     

     

  • Jules

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    Jules, mon petit Prince, tout petit petit, je t'aime déjà. Tu t’es fait attendre, tu jouais les prolongations et ta maman trouvait que ça commençait à bien faire. D’accord, le nid était certainement douillet et puis toi, pas fou le moustique, quand ta maman avait le dos tourné, tu glissais un orteil dehors pour prendre la température et, forcément, tu décidais de prolonger le séjour.

    Mais bon, le corps médical, comme des huissiers intraitables, a sorti l’artillerie lourde, gaz lacrymogène et tout pour t’inviter à sortir le bout de ton nez.

    Dans ces conditions, tu t’es dit que ça ne valait plus la peine de résister et tu t’es dit « tant qu’à sortir, je mets le turbo ». Et alors qu’on ne t’attendait pas avant de pénibles longues heures, tu es arrivé en sept heures de travail strictement syndical mais sans pause café ni pause déjeuner. Tu es déjà un beau compromis entre ton papa et ta maman: tu procrastines, tu glandouilles, tu te la coules douce et puis quand faut y aller, faut y aller, tu fonces, tu ne recules devant aucun obstacle et tu ne t’arrêtes plus avant d’avoir atteint l’objectif.

    Maintenant bien sûr, tu fais la moue et tu fronces les sourcils. On t’a obligé à sortir et qui plus est, le jour de la Chandeleur, celui où l’hiver meurt ou reprend vigueur. Et cette année, clairement, brrr il reprend vigueur ! Tu l’avais pourtant bien dit à ta maman, comme ton papa te l’avait appris: "Et on s’en fout, on n’y va pas, on n’a qu’à se cacher sous les draps, on n’a qu’à dire à tes amis qu’on les aime pas et puis tant pis !"

    Le 2 février c'est aussi le jour de la marmotte et les marmottes en hiver elles hibernent. Et le 2 février, elles mettent le nez dehors pour voir le temps qu'il fait. Toi, ma marmotte, tu ne peux plus retourner en arrière mais tu amènes le soleil dans nos coeurs. Bienvenue sur terre, petit Jules, tu vas voir, parfois, on s'amuse bien ici. Demande à ta cousine :-).

  • Le coucou du hibou

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    Lundi: 1 janvier. Réveil un peu difficile mais heureuse de la veille. Les enfants autour de la table, la princesse qui termine avec nous les dernières heures de sa première année sur terre. Heureuse de l'ambiance autour de la table, heureuse de les voir heureux, tellement reconnaissante à JD, Simon et Kerya de les rendre heureux. Traditionnelle choucroute du 1er de l'an chez Maman, la courageuse, qui a tenu à maintenir la tradition, même si son compagnon de fourneaux n'est plus là pour l'aider. Elle était délicieuse et revigorante. Et tellement chaleureuse. Puis pour terminer la tournée, petits gâteaux chez Mamy L., ravie de nous voir, nous, mais surtout la princesse, qu'elle n'a pour ainsi dire pas lâchée. Enfin retour à la maison, faire la vaisselle des 24 verres de la veille. Et puis, hop au lit !

    Mardi: Dernière journée de congé déjà. Comme le temps est passé vite ! J'essaye de profiter au maximum de cette journée. Déjà, pour la première fois depuis le début de ces vacances, j'ai dormi jusqu'à dix heures. Grasse mat' exceptionnelle. Pour le reste, on a fait un peu de rangement, un peu de repassage et on s'est envoyé deux films, The Queen et …. impossible de me rappeler le nom du deuxième…..

    Mercredi: Badminton or no badminton tonight ? J et S sont en Italie. M est cloué au lit avec une gastro. On décide donc de faire l'impasse et de rester tranquillement à la maison. C'est bien aussi. 

    Jeudi: Deuxième jour et déjà fatiguée. Je ne suis plus très motivée. Le boulot est devenu très procédurier et je n'aime pas ça. Une partie de mon boulot, c'est aussi de motiver les troupes et sans motivation, c'est aussi efficace que de faire prendre une mayonnaise avec une plume. A midi, j'ai fait un saut chez le coiffeur. Pas très malin non plus, un jour de crachin qui s'insinue sous le parapluie. Sur le chemin du retour, j'ai acheté 4 pralines avec l'idée d'en manger une par jour. A 16h, je les avais mangées toutes les 4. J'ai aussi acheté un petit plant de jasmin pour me faire oublier la grisaille de l'hiver. Enfin, le soir, j'ai repris le chemin de la salle de sport et j'ai dégusté grave. La remise en forme est impérative.

    Vendredi: Fin d'une courte semaine. Soirée tranquille au coin du feu à rêver aux prochaines vacances d'été. Maïté nous annonce la destination de son cadeau de 30 bougies programmé pour l'automne prochain et on se voit déjà en train d'aller chercher Sappho à la crèche tous les soirs pendant deux semaines. Petit bonheur en perspective après avoir reçu plus tôt dans la soirée sa première vidéo de rires aux éclats. 

    Samedi: Soldes habituels dans le seul et unique magasin où je vais depuis 25 ans à cette période de l'année (je déteste les soldes dans les magasins où on doit faire son choix par terre, vu que tout le monde profite de cette période pour se comporter de manière non civilisée et jette tout ce qui ne plaît pas au sol). Pour la première fois, et même si comme toujours, la propriétaire de la boutique me fait essayer la moitié du magasin, je suis ressortie avec une petite pièce. Je deviens sage. Le soir, on pensait être 4 autour d'une lasagne maison, puis finalement deux autres se sont rajoutés et enfin les deux derniers qui ne faisaient que passer pour dire bonjour en fin d'après-midi, ont changé d'avis à la seule évocation de la lasagne. Autant dire que j'ai passé un délicieux moment. Cette tribu fait tout mon bonheur.

    Dimanche: Blanquette et galette chez Mamy. Je lui suis tellement reconnaissante de maintenir la tradition. J'ai été gâtée par avance pour mon anniversaire, un collier, des boucles d'oreille, un petit carnet "La marchande de prose", un marque-page avec une petite perle, un livre sur Vivaldi à Venise, Alma Viva dédicacé par l'auteur, un bon pour un soin visage chez l'esthéticienne japonaise de Mamy où je rêve d'aller, sans jamais trouver le temps de prendre un rendez-vous, une pochette brodée au point de croix à l'ancienne, et… le It Book de Cachemire et Soie, épuisé depuis si longtemps. Vraiment gâtée.

    Et puis, ce moment tellement inattendu. Mamy devient reine, alors qu'elle ne pourrait même plus dire à quand remonte la dernière fois, et la fève, contre toute attente, est un …. Hibou, le surnom donné à mon papa. Grosse émotion pour tout le monde autour de la table. Moi qui ne crois pas à ce genre de signe, j'ai beau retourner la question dans tous les sens et chercher une explication rationnelle, je suis fortement ébranlée. 

    Papa, s'il te plait, envoie d'autres signes, c'est vraiment très chouette !

     

     

  • 2017

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    Et dire que j'ai qualifié 2016 d'annus horribilis.

    Ma tête était parfaitement au courant, pas dupe, mais mon coeur les croyait éternels. On a beau stocker l'information dans une petite circonvolution du cerveau, on l'entoure d'une bonne couche d'ouate de cellulose insonorisante. Depuis le mois de juin, Mamy L. a décliné de jour en jour. On nous a annoncé qu'elle ne terminerait pas l'année, elle a perdu du poids jusqu'à ne plus peser que 40 kilos mouillée, elle nous a bien des fois donné à penser qu'elle ne terminerait pas la semaine. On a annulé un weekend à Porto, on est partis en Normandie en été à reculons pour malgré tout se le faire reprocher. Le corps médical, infirmier et psychologue nous a tournés en bourrique, l'hôpital ne voulant plus la garder, la maison de repos la considérant comme privée de ses fonctions cognitives, ce qui est loin d'être le cas, jusqu'à ce que sa fille prenne la seule décision qu'il nous restait à prendre, la ramener à la maison. Et contre toute attente, elle a repris du poil de la bête, entre autres en retrouvant la sienne, sa Bella adorée.

    Elle n'est pas partie et c'est très bien ainsi. Mais celui qu'on n'attendait pas aux portes de St Pierre de si tôt nous a pris par suprise. Parti sans crier gare, sans même le signaler au chauffeur de taxi qui l'a cru endormi, sans dire au revoir…. Papa, tu me manques tellement. Et demain, tu ne seras pas là pour nous accueillir sur le pas de 2018. Pour moi, ce sera encore bien plus dur que le soir de Noël……

    Vovo, le grand-père de Simon, est parti lui aussi, en été. JD a aussi perdu le sien. C'était l'année des grand-pères.

    2017, c'est aussi l'année des secrets de famille. Les dévoilés, les insinués et les sous-entendus. Des secrets lourds comme des pavés dans des mares de larmes, des pavés qu'on porte en bandoulière et qui sont trop lourds pour nos épaules déjà affaissées.

    Mais pour relever la tête, il faut repenser aux 60 ans de l'Homme et aux 30 ans de Maïté. Il faut se souvenir du bonheur d'être entourés d'amis, de la chaleur familiale autour de Mamy et entre nous depuis le départ de Papa et à la chance d'avoir trois enfants merveilleux et trois valeurs ajoutées extraordinaires. 

    Et puis 2017, c'est aussi et surtout la rencontre avec une petite fille que tout le monde à la crèche appelle si justement le petit soleil et qui n'est que sourires et petits pieds dodus. 2017, c'est l'année de Sappho.

    Et la promesse d'un petit cousin dans quelques semaines. 

    Alors, relevons la tête. 

    2018, tu peux venir, nous t'attendons de pied ferme et la tête haute. Nous allons rencontrer un petit conquérant des goals, nous allons fêter les 80 ans de la maman la plus courageuse du monde, nous allons retourner à Venise, nous allons retourner à Preggio, nous allons redistribuer tout l'amour que nous avons reçu sans en perdre une miette. Et affronter ce qui vient, muni de ce bouclier invincible.