Un nouveau sujet arrive bientôt dans la tribu. Du genre féminin. Singulier. Comment conjuguer ce nouveau statut de grand-mère avec mon ressenti d'adolescente attardée ? Allons-nous nous accorder ? Serai-je possessive ? Sera-t-elle démonstrative ? Me donnera-t-elle un diminutif ?
Je l'aimerai inconditionnellement, infinitivement. Nous ferons la liaison entre les genres. Je lui raconterai son passé, simple ou composé, elle construira mon futur. Elle est d'ores et déjà un magnifique présent. Elle est déjà plus-que-parfaite.
Ensemble, nous réécrirons la concordance des temps. Je lui dirai d'oublier le négatif et d'encourager le pluriel. Je lui démontrerai qu'être est tellement plus riche qu'avoir. Je mettrai l'accent sur ce qui est important, je lui ferai connaître le Bon Usage de toute chose, je lui apprendrai la voix active et non la voix passive.
Son père lui enseignera le vocabulaire, son grand-père l'accord du subjonctif, son arrière-grand-père, lui qui s'est un jour spontanément rebaptisé M. Grévisse, la rhétorique et l'orthographe.
Sa maman lui chantera la chanson douce qu'est la grammaire de M. Orsenna et moi, je lui enseignerai les mots-valises et je lui confierai les centaines de billets que j'ai écrits ici ces dix dernières années pour elle, ses frères, soeurs, cousins, cousines.
On fera des balades en tous lieux et par tous les temps. Aujourd'hui, il pleut épithète que demain il fera beau.
Mais surtout, on conjuguera le verbe aimer dans toutes les langues. Et le monde s'ouvre sur d'infinis possibles.
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