Catégorie : Petites phrases et grands mots

  • Jaune

    Couleur-jaune

    la couleur du safran

    la couleur du soleil

    la couleur des tournesols du peintre à l'oreille cassée

    la couleur du citron et des bananes

    la couleur des maris trompés

    la triste couleur d'une étoile humiliante

    la couleur du rire gêné

    la couleur d'un péril

    la couleur des R4 postales et des boîtes aux lettres en France

    la couleur des pages où on trouve tout

    la couleur du maillot du plus dopé

    la couleur du carton premier avertissement

    la couleur du meilleur de l'oeuf

    la couleur du poussin et du canari

    la couleur du fleuve Huang Hé

    la couleur des jonquilles et du mimosa

    la couleur des petits carrés collés un peu partout

    la couleur d'un des meilleurs vins du Jura

    la couleur des canards en plastique

    la couleur des taxis de la grosse pomme

    la couleur d'une chambre mystérieuse

    la couleur d'une fièvre tropicale

    la couleur d'un nain joueur

    la couleur de la moutarde

    la couleur des sourires

    la couleur de la paille

    la couleur du sous-marin de quatre scarabées 

    la couleur d'un vieux rocker français

  • Rouge

      COULEUR-ROUGE

    – la couleur de la muleta

    – la couleur du tapis qu'on déroule

    – la couleur qu'on voit en colère

    – la couleur de la grenadine

    – la couleur des poissons qui tournent en rond

    – la couleur du gros qui tâche

    – la couleur de la mer la plus salée qu'on peut traverser à pied sec dans certaines circonstances bibliques

    – la couleur des pommes d'amour

    – la couleur de l'interdiction et du danger

    – la couleur d'un Moulin à cancans

    – le vert des daltoniens

    – la couleur de bâbord

    – la couleur de l'eau à Cana

    – la couleur du carton qui sanctionne

    – la couleur de la croix qui sauve

    – la couleur des cabines téléphoniques of the Queen

    – la couleur du nez du clown

    – la couleur du Père Noël

    – la couleur du petit livre de Mao

    – la couleur du téléphone de guerre froide

    – la couleur d'une Armée qui chante en choeurs

    – la couleur de Rackam

    – la couleur de la lanterne des derniers

    – la couleur de la peau des Indiens d'Amérique

    – la couleur de la honte

    – la couleur du fer qui marque

    – la couleur d'une gorge qui chante joliment

    – la couleur des comptes en banque dégarnis

    – la couleur du feu qu'on grille

    – la couleur de mes "pas pas verts assez" préférés

    – la couleur d'une petite fille qui apportait des galettes à sa grand-mère

     

     

  • Vert

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    VERT

    La couleur de la menthe à l'eau

    La couleur de l'espoir

    La couleur interdite au théâtre

    La couleur du temps ordinaire

    La couleur de la jalousie et de l'envie

    La couleur des écolos

    La couleur de l'Islam

    La couleur de la permission

    La couleur de la croix du pharmacien

    La couleur de l'Irlande

    La couleur d'un soleil peu appétissant

    La couleur des académiciens

    La couleur des mains de ceux qui font des merveilles dans les jardins

    La couleur des mots un peu crus

    La couleur du bois qui fait mal en volée

    La couleur de la pleine forme

    La couleur des petits extraterrestres

    La couleur du billet américain

    La couleur du cap de Cesaria Evora

    La couleur du printemps

  • Grande ire

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    Message à l'homme que j'aime, Don Dingo de la Vague:

    A toi tout seul, tu es un condensé de tous ces personnages désagréables des sixième et septième arts.

    Tu es:

    – Mon Schtroumpf grognon: Son expression favorite est "Moi, je n'aime pas…". Cependant, bien qu'il ne semble rien aimer, il possède en fait un grand cœur. Il aime le Bébé Schtroumpf et est secrètement amoureux de la Schtroumpfette, et c'est le seul qui est aimé par celle-ci. Il aime aussi les fleurs et la poésie. Sous ses airs grognon et râleur, il lui arrive parfois de donner de bons conseils aux Schtroumpfs.

     

    Schtroumpf_grognon

    – Mon Alceste, le misanthrope. Alceste hait l'humanité tout entière, y dénonce l'hypocrisie, la couardise et la compromission. Mais il aime pourtant Célimène, coquette et médisante. Le vertueux se lance ainsi dans des combats perdus d'avance qui l'acculent à la fuite… Il critique les mœurs de la cour, l'hypocrisie qui règne dans cette société du paraître, où les comportements frisent la parodie.



    – Mon Archibald. Haddock possède un caractère pour le moins expressif. C'est un impulsif qui se laisse entraîner par son enthousiasme ou son découragement. Il est très colérique, mais ses emportements sont aussi brefs que spectaculaires. Malgré son caractère bourru et irascible, c'est un homme généreux et sensible. Il éprouve une profonde amitié envers Tintin, pour qui il n'hésiterait pas à donner sa vie et considère Tournesol comme un de ses meilleurs amis, bien que ce dernier le fasse parfois sortir de ses gonds.

     
    Captain-haddock


    – Mon Donald Fauntleroy Duck. Tout l'exaspère et le pousse à des accès de colères. Ce caractère volcanique est pourtant bien apprécié des enfants…

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    On dit que les contraires s'attirent. Moi qui aime la fluidité, qui fuis les conflits comme la peste, qui évite de faire des vagues, toi qui aimes la confrontation des idées, qui recherches les débats, toi qui es pacifique et comme l'océan du même nom, soulèves des vagues énormes et terrassantes. Dès que l'on t'oppose des idées qui pourraient suggérer une négation de la démocratie ou qui laissent entendre une régression de la justice sociale, tu deviens incontrôlable. Tu défends la démocratie de manière dictatoriale et tu combats bec et ongles toute tentative anti-sociale, même si elle est justifiée sous d'autres angles. (Non, je sais, je sais, rien ne la justifie !)

    Face à l'ouragan, c'est bien connu, chacun court aux abris, chacun sort les parapluies, se taire terre au loin. Mais toi, tu ne comprends pas, tu continues à tempêter, à m'embêter aussi, à t'empêtrer dans ta colère et tes arguments, tu hurles et ne veux pas reculer, tu clames et ne veux pas te calmer. Et ceux qui t'entourent commencent à se demander s'il ne serait pas temps de sortir le tensiomètre.

    Tes croisades ont reçu mon adoubement mais je te supplie de calmer tes ardeurs si tu ne veux pas que je te déclare félon pour excès de fiel. Essayer de te faire taire serait délétère, essayer de te contraindre au silence serait t'éteindre à petit feu. Tel n'est pas mon souhait. Je voudrais juste essayer de baisser le son, diminuer les décibels, réduire la puissance des baff(l)es pour qu'on ne devienne pas sourd à tes messages si sages. 

  • Blanc

      Blanc - white

    BLANC

    la couleur du drapeau de la paix

    la couleur immaculée

    la couleur de la neige innocente

    la couleur des marches de protestation

    la couleur de certaines semaines dans les grands magasins

    la couleur des robes de mariées

    la couleur des mariages non consommés

    la couleur des balles "pour rien"

    la couleur des cols de bureau

    la couleur de la moitié d'une ronde

    la couleur des nuits sans sommeil

    la couleur des chevieux qu'on se fait en s'inquiétant

    la couleur de la feuille angoissée

    la couleur de l'hôpital

    la couleur de la peur

    la couleur d'un carré interdit

    la couleur du loup connu

    la couleur du cheval de Napoléon

    la couleur de la patte à montrer

    la couleur de la carte donnée en toute liberté

    la couleur du bonnet identique

    la couleur du chou qui fait tout rater

    la couleur du fil qui coud sans surprise

    la couleur des armes coupantes

    la couleur du pain des jours meilleurs

     

     

    la non couleur

     

     

  • Bleu

     

    Bleu

    BLEU

    la couleur du ciel

    la couleur de la mer

    la couleur de la Prusse

    la couleur de la Bresse

    la couleur de la nuit

    la couleur de l'escarpin de Cendrillon

    la couleur du cobalt

    la couleur du méthylène

    la couleur du froid

    la couleur du manteau de la Vierge

    la couleur des veines

    la couleur des idées noires

    la couleur des casques de paix

    la couleur d'un train de nuit roulant vers le Sud

    la couleur de petites pilules amidonnantes

    la couleur du steak saignant

    la couleur des cordons fins cuisiniers

    la couleur des Touaregs du Sahara

    la couleur des débutants

    la couleur des Gauloises

    la couleur des jeunes filles en fleur

    la couleur de la peur

    la couleur des ecchymoses

    la couleur d'un certain lotus

    la couleur des Schtroumpfs

    la couleur d'une note 

    la couleur des mots de Christophe

    la couleur du Beau Danube

    la couleur du roi

    la couleur du myosotis

     

  • Paroles à guérir – Jacques Salomé

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    Paroles à guérir   

    Quand il y a le silence des mots, 
    Se réveille trop souvent la violence des maux. 
    Mais il ne suffit pas de rompre le silence, 
    Et de sortir du mutisme, 
    Encore faut-il se sentir reçu, entendu et amplifié 
    Lors de ses tâtonnements à mettre en mots. 

     
    Il y a des mots vibrants de vie, 
    Des mots ferveur pour l'amour, 
    Des mots patience ou enthousiastes pour la compassion, 
    Des mots de tolérance pour la liberté d'être. 

     
    Il y a des mots porteurs de mort et de violence, 
    Chargés de haine et d'inimitié. 

     
    Il y a des mots simples et nécessaires du quotidien 
    Et les mots rares de l'exceptionnel, 
    Les mots familiers de la banalité 
    Et les mots précieux de l'extraordinaire. 
    Il y a les mots économes de la survie 
    Et ceux dont la richesse 
    Nous transporte vers le meilleur 
    De l'autre et de nous-mêmes. 

    Il y a des mots obscurs, hésitants, torturés, 
    Des mots balbutiants et aussi des mots posés 
    Et confiants déjà plus matures, 
    Pleins de sagesse et de sérénité, 
    Lourds de tout leur poids d'espoir 
    Et du sens profond qu'ils portent. 
    Il faut déjà du temps pour qu'un ressenti, 
    Une émotion, un vécu trouvent le chemin des mots, 
    Pour qu'ils migrent des lieux du corps où ils naissent 
    Et s'inscrivent, 
    Jusque sur la scène symbolique de la représentation, 
    Et qu'ils accèdent ainsi au registre de la pensée, 
    Par un subtil travail de transformation 
    Qui mène de l'irreprésenté au figurable, de l'informulé au dicible. 

    Il faut parfois bien plus de temps encore, 
    Pour qu'un mot devienne parole, 
    Pour qu'il sorte des limbes de l'imaginaire 
    Où il a été conçu et vienne ainsi au monde 
    Dans le passage étroit et délicat 
    Qui va de l'impression à l'expression, 
    De l'ouverture de soi à la transmission à l'autre. 

    Au début était le Verbe 
    Et donc l'énergie du souffle vital. 
    Notre existence est tissée 
    De toutes les tentatives d'échanges et de partages 
    Qui ont jalonné les différetes étapes de notre vie. 
    Notre bien-être se nourrit ainsi de la qualité 
    Des relations significatives amorcées, acceptées, 
    Nouées et entretenues dans la durée, 
    Avec des êtres que nous avons côtoyés. 
    Et notre état de santé est exactement proportionnel 
    À notre capacité à nous respecter face à autrui. 

    Il y a des mots toxiques et des mots blessants, 
    Des mots qui distillent leur venin ou leur aigreur, 
    Bien au-delà du temps où ils ont été prononcés. 
    Je peux imaginer que beaucoup ont déjà appris 
    À ne pas les garder, à ne pas laisser trop longtemp fermenter 
    En eux les disqualifications, les humiliations, 
    Les propos destructeurs 
    Ou simplement négatifs et néfastes qui leur ont été adressés.

    Il y a, bien sûr, des mots cadeaux, 
    Des mots de grâce, des  mots bénis et des mots magiques 
    Que nous pouvons amplifier en nous. 
    Des mots graves et des mots plaisirs, 
    Des mots éveil et des mots envol, 
    Des mots rires et des mots tendres, 
    Des mots si féconds et si lumineux 
    Qu'ils restent longtemps en nous, 
    Tels des germes qui fleuriront 
    Aux instants les plus inattendus de nos jours. 

    Une parole pleine a des vertus curatives 
    Et une puissance thérapeutique, 
    Elle possède un fort pouvoir de vie, quand elle ne juge pas, 
    Quand elle ne dicte pas, quand elle n'enferme ou ne dépossède pas. 
    Une parole soigne quand elle permet de penser 
    Les douleurs et les souffrances intimes, 
    Un "penser" qui peut s'écrire aussi avec un a 
    Quand il panse les blessures et les mutilations anciennes 
    Jusqu'à la cicatrisation. 
    Et je trouve beau de faire mémoire 
    En son vivant 
    De mots qui ont en nous assez d'énergie 
    Pour nus faire avancer et croître. 
    Une parole guérit lorsqu'elle nous invite 
    À reconnaître le sens, 
    Et à trouver l'enjeu caché 
    D'une mise en maux. 

    Une parole libère lorsqu'elle stimule 
    Une mise en lien, qu'elle devient 
    Un pont, une passerelle 
    Entre deux événements, 
    Entre deux moments de notre histoire 
    Et qu'elle nous amène, non seulement 
    À rendre plus conscient un peu de notre inconscient, 
    Mais à regarder et à voir autrement 
    Tout ce que nous savons déjà. 
    Une parole nous conduit à sortir 
    De nos pièges er de nos répétitions, 
    Elle nous déloge de notre tendance à la "victimisation", 
    Lorsqu'elle suscite des échos et des résonnances 
    Sufisamment profondes pour pouvoir enfin être entendue 
    Par celui-là même qui l'énonce. 

    Ma grand-mère se plaisait à rappeler 
    Que la véritable écoute est une écoute dense (danse) 
    Tissée de silence et d'acceptation, 
    Prolongée par des regards, 
    Soutenue par une respiration et une présence. 
    Une qualité d'écoute qui permet 
    Justement à celui qui parle 
    D'entendre enfin ce qu'il dit.

    Puis-je rappeler qu'un livre a toujours deux auteurs, 
    Celui qui l'écrit et celui qui le lit. 
    Et poursuivre avec cette invitation : 
    Vous convier à inventer et à offrir à votre tour, 
    Aux moments clés de votre vie, 
    Des paroles à guérir.

    Jacques Salomé

  • Vivre dans le « boum »

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     On la trouvait sévère, revêche, colérique. Elle était surtout théâtrale, dramatique, tragédienne. L'école avait déniché je ne sais où cette passionnée des planches dans la ferme intention de relever le niveau des pièces de théâtre des Fancy Fair annuelles. Elle a fait de moi une "femme savante", une "précieuse ridicule" puis une marquise à perruque blonde au temps de la Révolution française, pauvre de moi. Contrairement à la majorité des étudiantes, j'ai vite revu mon jugement hâtif sur ce petit bout de femme extravagant. J'aimais ses emportements exubérants, sa diction idyllique, sa main élégamment levée.

    A 18 ans, j'ai quitté l'école et je ne l'ai revue qu'à de très rares occasions. A 40 ans, j'ai emménagé dans l'immeuble que j'habite aujourd'hui et …. je l'ai retrouvée dans l'escalier. Elle se souvenait parfaitement de moi et nous a accueilli le plus joliment du monde. Elle nous a vanté les agréments de la vie en plein centre ville: "Vous verrez, c'est formidable de vivre dans le boum !". A près de 75 ans, je lui enviais son dynamisme et me sentais contaminée par son enthousiasme.

    Pendant les dix années où sa voix de cristal et son caractère enjoué ont éclairé le hall d'entrée, nous lui avons décerné le Molière de la top voisine. La seule qui se fendait d'une lettre dithyrambique pour nous remercier des petits biscuits offerts chaque Noël, la seule qui s'extasiait exagérément et ne tarissait pas d'éloges chaque fois qu'elle nous rencontrait, nous qui avions bien sûr les enfants les plus beaux, les mieux éduqués, les plus charmants de toute la planète.

    Elle a fait ses adieux à la scène de la vie d'un seul coup, baisser de rideau sans appel, sans rappel. Et tant mieux. Les lamentations n'étaient pas pour elle. On s'était embrassées deux jours avant. Elle m'avait demandé avec emphase: "Dansez-vous la valse ?" et comme je lui rétorquais qu'elle ne pensait pas si bien dire, elle m'a dit: "Cest bien. Continuez à danser, toujours".

    Je suivrai vos recommandations, chère Mademoiselle Thilgès, je continuerai à vivre dans le "boum" et à valser, toujours.