Catégorie : Fa mi à do ré

  • Beau au bois dormant

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    Contre toute attente, Papy L. a été extubé après trois jours de sommeil intensif. Dur dur le réveil. On nous a prévenus, après un séjour provoqué chez Morphée, on revient plutôt confus. Et effectivement, ce que nous dit péniblement Papy L., on préfère le mettre sur le dos de la confusion. Il parle de partir chez son papa, d’enlever la machine, il nous remercie, nous dit qu’il nous aime, amour toujours. Mais pour le reste, il est loin d’être confus. Il sait exactement de quoi il parle et il parvient même à faire de l’humour.

    Deux jours de laborieux progrès et badaboum, nouvelle intubation sous respirateur et retour obligatoire dans les bras de Morphée. Et cette impression pénible de reculer de quatre pas après avoir fait trois pas en avant. Mais cette fois, la déconnexion est limitée et il parvient , avec une volonté impressionnante, à communiquer avec nous en traçant de l’index sur le drap, les mots lettre par lettre. Il n’a perdu aucune notion du temps, il sait que c’est Noël, il donne (nous fait donner) le cadeau qu’il avait acheté pour Mamy, il contrôle son niveau d’oxygène, il continue à nous épater à chaque visite.

    Mais Noël sans lui avait un petit goût de pas Noël du tout. On s’est tous retrouvés comme d’habitude, on s’est échangé les cadeaux, on a partagé un moment ensemble mais le coeur n’était à la fête pour personne.

    Le plus beau cadeau maintenant serait de pouvoir parler de toute la semaine qui vient de se passer, plus tard, avec lui et en sourire. Noël est passé. J’en fais le seul souhait de ma wish list d’anniversaire…..

  • Ce n’est pas moi qui ai besoin d’air

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    L’état de Papy L. s’est brusquement aggravé. Entré mercredi matin en urgence pour problèmes respiratoires, il a été emmené précipitamment dans la nuit de dimanche à lundi aux soins intensifs. En quelques jours, il est passé de l’assistance respiratoire légère, sous forme de petites lunettes placées sous les narines à un masque léger, puis à un masque beaucoup plus sérieux et aussi beaucoup plus désagréable – qui vous insuffle de l’air au-delà de ce que l’on inspire normalement. Et enfin, malgré tous ses efforts courageux pour ne pas en arriver là, il a été placé en coma artificiel et intubé sous respirateur. Les médecins ont hésité longtemps parce qu’intuber, en soi, n’est rien, mais extuber est une toute autre paire de manches. Plus ça dure, plus la gymnastique respiratoire est difficile à récupérer. A fortiori chez quelqu’un de 80 ans aux poumons mal en point.

    Jusqu’à la dernière minute avant d’être endormi, il nous a fait rire, nous a engueulés, nous a souri, nous a donné des mots gentils. Le médecin nous a appelés lundi matin pour qu’on vienne "lui dire au revoir" avant de l’intuber, étant donné que les chances de le revoir sont  réservées. Cette "cérémonie de pseudo adieux" – okazou – est un des moments les plus pénibles que j’ai connus. Et en même temps, c’est une chance unique de pouvoir se dire qu’on s’aime qui n’est pas offerte à tout le monde. Et  si, contre toute inquiétude, il s’en sort, ce sera autant d’amour pris.

    Et nous sommes là maintenant, chacun dans son mode de fonctionnement. Les optimistes – Mamy, les enfants -, les pessimistes/réalistes – Marie-Chantal et moi – et puis, Claude, celui qui parvient, comme souvent, à faire la part des choses, réaliste mais optimiste. On en arrive presqu’au stade où c’est lui qui me soutient, c’est un comble.

    Entretemps, le réseau famille-soeurs-amis qui s’est regroupé autour de Claude et de nous, en moins de temps qu’il ne faut pour prévenir, nous apporte beaucoup de soutien. Les sms à Claude, les emails, les collègues discrètement présents, les consultations quotidiennes auprès de Françoise et Thierry pour des cours d’anatomie, biologie, biochimie expliqués aux nuls, la bougie de Mamy B., le vécu d’une situation similaire de Papy B., le coeur rouge accroché dans le sapin par Cilou et Clara, autant de petites étoiles de Noël autour de Papy.

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  • Quatre fois vingt

    Lapanne2004_018 Ce n’est pas mon papa. Et il n’est même pas hyper beau. Mais il a le charme gouailleur d’un "ketje de Bruxelles". Presque toujours de bonne humeur, il n’aime rien tant que taquiner. Moi, les enfants, n’importe qui, une vendeuse dans un magasin, un patron de restaurant, quelqu’un dans la rue qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam. En voilà un qui a la tchatche depuis toujours. Pour le faire taire, il faut franchement le fâcher mais il faut vraiment le vouloir pour le mettre de mauvaise humeur. Mais si c’est le cas, il peut bouder pendant plusieurs jours d’affilée.

    Quand ils étaient encore cinq à la maison – chien compris -, avant que Claude ne se marie, il avait coutume de se considérer comme la "cinquième roue à la charrette". Depuis plus de 20 ans, ils ne sont plus que quatre à la maison – chien compris- mais il se considère toujours comme la "cinquième roue". Il n’est pas compliqué, il ne discute pas les exigences de sa femme et de sa fille mais il fait ce qu’il veut. Elles peuvent râler, tempêter, réclamer, il ne se plie qu’à ce qu’il veut bien accepter de faire.

    Les années passent et, avec l’âge, Claude lui ressemble de plus en plus par certains côtés:

    • la tchatche à tout va. Ils peuvent palabrer des heures sur un sujet, n’importe quel sujet; ils ont un avis tranché sur tout. Mais ils pourraient tout aussi bien défendre le point de vue contraire s’ils n’avaient des principes aussi solides
    • une façon très personnelle de lire un livre en s’enfermant dans leur bulle où rien ne peut les atteindre ni les distraire
    • une intégrité et un sens de la justice peu communs
    • une générosité incomparable
    • une fidélité exemplaire reposant tout autant sur leurs principes que sur leur amour inconditionnel

    On se vouvoie encore après 30 ans, il ne m’a jamais considérée comme sa fille mais comme sa belle-fille. Comme moi, je ne le prends pas pour mon père mais pour mon beau-père. Mais cela ne diminue en rien l’affection mutuelle que l’on se porte.

    On a fêté ce soir ses 80 ans. Avec Maïté en bout de table, ils faisaient ensemble un joli siècle à regarder.

    Dsc_0043_3 Noël 2004

       

  • Chacun ses doutes, chacun son chemin

    Chacunfe Parfois, un de vos enfants ne se retrouve plus du tout dans les études qu’il a entreprises. Il est sûr d’avoir tout faux, de s’être complètement fourvoyé, d’être diamétralement à l’opposé de ce qui ferait son bonheur.

    Comment on fait dans ces cas-là ?

    1. C’est normal, cela fait partie des questions que tout un chacun se pose à un moment donné, surtout dans ces moments-là où les premiers vrais choix d’adulte peuvent déterminer toute une vie. On comprend l’angoisse. Mais pas de souci, après ce moment de vertige, les choses vont rentrer dans l’ordre.

    2. Ben oui, tout le monde peut se tromper. On ne peut pas toujours (et c’est même bien plus courant qu’on ne croit) savoir au sortir du lycée ce qu’on veut faire de la suite de sa vie. On comprend que l’on puisse avoir soudain la révélation de ce que l’on veut faire – ou de ce qu’on ne veut pas faire.

    Alors quoi ? On encourage l’enfant à continuer quelque chose dont il est sûr de ne plus vouloir entendre parler pour le restant de sa vie ? On accepte qu’il s’arrête au risque qu’il nous reproche ensuite de ne pas avoir perçu le simple moment de découragement ?

    Lourde responsabilité.

    Si on ajoute à cela sa propre expérience et son propre point de vue en fonction des choix qu’on a faits ou pas faits, on complique le jeu. Et si les deux parents voient chacun la chose sous un angle différent, cela devient carrément nébuleux.

    Ceci dit, les problèmes insurmontables de choix ne se posent qu’à ceux qui l’ont, le choix. Problèmes de riches, quoi. Parce que, même moi qui suis la reine des incapables en la matière, je suis bien obligée de reconnaître que la possibilité de choisir est une richesse indiscutable.

  • Binz de bin

    Trouvé dans la poubelle de ma fille:

    • des paquets de mouchoirs en papier neufs (les mouchoirs) et complets (les paquets)
    • une dizaine de bijoux, même pas cassés
    • un crayon pas taillé, mais d’une longueur presque neuve
    • des galets
    • une soucoupe en porcelaine
    • des trousses de toilette, moches certes, mais impecc’
    • deux jeux de cartes (ok, pas complets)
    • des cents (oui, oui, des bébés EURO !!!)
    • du tissu au mètre

    SacpoubelleglamourConclusion: le gène de la conservation (dominant dans ma famille dont le verbe "jeter" ne fait pas partie du vocabulaire) est visiblement récessif chez ma fille.

    Bien sûr, j’ai piqué une colère monstrueuse, criant au scandale, à l’irrespect, à l’incivisme. Bien sûr, forte de mon gêne dominant, j’ai tout récupéré en vitupérant, menaçant et…. triant.

    L’indigne voulait faire du rangement dans son bureau. Méthode Hoover. Le rangement étant une tâche pénible, autant que cela se passe vite et bien.

    Maigre consolation: Cécile m’a juré qu’elle était comme ça, elle aussi. Que Mamy a récupéré, elle, des petite cuillers, des tasses, …. Et comme Cécile n’est plus comme ça, y’a de l’espoir.

    N"empêche, si maman lit ces lignes, elle va me faire une migraine !

  • Home suite home

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    Naître dans une maison et y passer 94 ans de sa vie, c’était peut-être classique il y a un siècle mais à notre époque, c’est devenu peu commun.

    Alors quand le manque de mobilité finit par contraindre vos deux filles à renoncer à vous garder chez vous – malgré toute l’assistance possible – , on éprouve un vague sentiment d’échec.

    Tante Danielle est en maison de repos depuis le 1er août et même si elle est toujours gaie et enjouée, elle veut savoir "quand est-ce qu’on va rentrer à la maison ?". Et l’immense tristesse de sa fille au téléphone – reverra-t-elle jamais sa chère maison ? – m’a retourné le coeur.

  • Reconquista

    Img20060923_0022_4Reprendre sa place; rendre un peu d’espace. Prendre des gants; lâcher du lest.  Oublier un peu le cynisme; apprendre la tolérance. 

    Réapprendre à vivre ensemble. La nouvelle cohabitation de deux soeurs devenues adultes n’est pas gagnée d’avance. Cris et chuchotements d’injures, rires et chansons, larmes et lamentations.  Mettre le feu aux poudres et fumer le calumet de la paix. Prendre la mouche et crier au loup. Faire la tête ou des ronds de jambe.

    Tout est difficile. Elles se ressemblent tant et si peu. Tempête contre mer d’huile. Cigale contre fourmi. Taupe contre rossignol. Cordon bleu contre nuit blanche. Mais deux idéalistes, fleur bleue et vie en rose, deux marmottes bordéliques, bonnes poires et belles pommes, deux pures merveilles, recto et verseau, balance et justice.

    Ce combat d’enfants de chefs nous épuisent malgré les banquets qui s’ensuivent.

    Mais à y regarder de plus près, ce positionnement dans l’espace commun, ces concessions limitées au strict nécessaire de la survie, ressemblent à s’y méprendre à la mise en place des bases d’une vie commune de leur père et de leur mère 23 ans plus tôt. Ne rien concéder qui ne soit susceptible d’être regretté dans le futur. Lâcher prise sur ce qui peut l’être. Trouver ses marques. Et une fois l’espace et les règles du jeu bien définis, la partie peut commencer et tout n’est plus que plaisir partagé.

  • Dissipation des nuages

    Img20070414_0019 Journées difficiles derrière nous. Papy L. s’est fait opérer hier (en point d’orgue de son "petit" problème de janvier) et tout s’est bien passé. Nous l’avons retrouvé pareil à lui-même ce soir, déjà débarrassé de toute la tuyauterie d’usage, tout beau tout frais dans son pyjama bleu,  déjà gouailleur, l’oeil pétillant, en forme quoi ! Tout le monde peut évacuer son stress, précédemment exprimé ou non. En soi, l’intervention ne présentait pas de danger mais bon, quand on arrive à 80 balais sans avoir jamais vu le moindre bistouri, sans jamais avoir subi la moindre intervention, à l’exception de l’ablation des amygdales dans la salle de bains pendant la guerre, forcément on a le droit de stresser un peu….

  • Noël au balcon… Pâques au jardon…

    C’était pas exactement comme j’avais rêvé (comme toujours, faut jamais anticiper). Mais c’était bien quand même.  On était tous là, Thierry compris. Le temps était magnifique. Le cerisier du Japon était en fleurs.

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    Les cloches de service ont fait leur office.

    Les lapins et le petit chaton ont fait la chasse aux oeufs. Et comme le soleil tapait fort, les lapins ont grimpé aux arbres Img20070408_0105

    et le petit chaton est resté au ras des pâquerettes.

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    Bien sûr, il y a eu quelques grincements de dents, une porte claquée, un début de gros rhume et de vilaines toux mais on a quand même eu un sitting mère-filles sur un autre lit, un demi-menu régression et plein d’oeufs-reux moments.

  • Happy s’Easter weekend

    Plus que deux fois dormir et on se retrouve pour LE week end famipascal de l’année. Plus que deux fois dormir et on redevient pour trois jours des princesses du matin, pour traînasser en peignoir pilou (un rose, un vert et un saumon, plus ringard l’un que l’autre) en grappes sur le lit de la reine mère, entourée de ses filles et de ses journaux du jour, de la semaine, du mois, de l’année. Aucun homme n’est toléré sauf le roi Gaspard, à condition qu’il apporte le café.

    On jacasse, commente, prépare le menu de la journée, on rit un peu, beaucoup.

    Jusqu’à ce que l’une d’entre nous lève la séance: "Prem’ à la douche !"

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