Auteur/autrice : Myosotis

  • Bon bon

     

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    C'est le nom d'un restaurant gastronomique qu'on a découvert il y a plus de quinze ans quand il n'avait pas d'étoiles si ce n'est celles qui brillaient dans nos yeux. Un petit restaurant au coin d'une rue où des amis à la vie à la mort, gourmands et gourmets, m'avaient invitée pour mon anniversaire. La cuisine était déjà ouverte sur la salle et j'avais été impressionnée par le ballet silencieux et calme de cet orchestre à mille poêles que dirigeait ce chef hors pair.

    Dans l'assiette, de petites explosions de saveur incroyables, une présentation inimaginable, dans mon coeur de cuisinière amatrice, l'impression d'avoir trouvé mon maître, même si je le savais déjà inégalable.

    Puis il a grandi de son côté, a déménagé dans un restaurant plus grand, moins convivial, même si sa partner in crime a tout fait pour que tout dans cet environnement soit original et inattendu. Il a gagné une étoile puis deux. Nous, nous avons continué à économiser (parce que ça coûte son nom) pour venir revivre la magie. A deux, à quatre, à cinq, à six, à huit. 

    On en a essayé d'autres, aucun n'a été à la hauteur. 

    Il ferme ses portes à la fin de ce mois, fatigué d'entretenir ses étoiles. Nous avons choisi d'y emmener une dernière fois nos enfants, pour qui la magie a opéré de la même manière que sur nous.

    C'était bien, peut-être pas aussi bien que les autres fois, mais bien quand même. Et même si j'aurais préféré que les valeurs ajoutées soient là, c'était bien aussi de passer trois heures à nous cinq. Comme un peu de poussière de ces étoiles en voie d'extinction.

  • Les deux ans de Sam Sam

     

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    Mon adorable terrible two ! 

    Il me rappelle Quentin, son terrible tonton. Une bouille d'ange, un sourire charmeur à souhait et une incroyable résistance à l'autorité, une propension à n'en faire qu'à sa tête d'enjôleur de première classe.

    Il embrasse avec tellement d'affection, contrairement à ses deux aînés qui préfèrent tendre la joue chastement, un peu avares de baisers donnés. Il affectionne tout particulièrement les "bisous dans le cou" que je lui prodigue avec gourmandise et il en redemande à volonté.

    Il rit beaucoup, s'amuse de rien, développe son côté farceur et nous fait beaucoup rire. 

    Mais il compte aussi sur son charme pour faire fléchir celui à qui il dit non effrontément. L'autorité glisse sur lui comme sur l'eau sur un galet lisse. Il vous regarde avec les yeux plissés et un sourire un rien narquois et dit "non". Sans crier, doucement. Non. J'ai beau faire les yeux du hibou, il me trouve chouette. 

    C'est aussi un petit indépendant, qui mène sa vie, tout seul et quitte fréquemment le groupe pour s'en aller voir ailleurs s'il n'y aurait pas quelque bêtise plus intéressante à faire. C'est celui qu'il ne faut pas perdre de vue. On ne compte le nombre de "Où est Sam Sam ?" sur un weekend.

    On a fêté ses deux ans dimanche et sa joie était le plus beau cadeau.

  • En avril, je perds le fil

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    Voilà à nouveau six semaines de passées. Je m'étais pourtant efforcée d'être plus assidue ici. Mais le temps m'échappe. Quoi de neuf, donc ?

    On arrive tout doucement à la fin des travaux de rénovation de la façade, ce qui veut dire qu'ils vont bientôt démonter l'échafaudage et la bâche sous laquelle nous étions enfouis depuis septembre dernier. Il était temps, la déprime nous guette en l'absence de lumière. Et je ne parle même pas du nombre de fois où l'appartement s'est recouvert d'une fine couche de poussière de travaux. 

    Pâques a enfin pu inviter les cloches au jardin et c'était quand même bien plus sympa qu'en appartement ou en confinement. J'ai adoré voir les deux grands s'entr'aider pour attraper des oeufs arrêtés dans leur chute au creux d'arbres ou sur des branches hautes. Ils se sont fait la courte échelle, ils ont grimpé sur le dos de Nonno, et se sont même occupé des plus petits, dont c'était la première chasse aux oeufs?

    Nous sommes allés au mariage du fils de mon amie d'enfance et c'était bien. La retrouver elle, la voir émue au bras de son petit dernier, et tout simplement s'amuser comme on s'amuse dans un mariage où on est invité, sans être partie prenante. Il y avait longtemps.

    J'ai vu trois concerts: Marisa, diva du fado, un hommage à Toots Thielemans et dans la foulée Goran Bregovic dans le cadre de Balkan Trafic. Très éclectique mais tellement bien !

    J'ai invité mon mari au restaurant pour son anniversaire à la toute dernière minute, genre "Tu fais quelque chose ce midi ?" à 11h30. Je l'ai amené chez un petit Italien, où Cat m'avait emmenée pour mes 60 ans, et il a adoré. Le patron, un peu dingo, les plats qu'on ne choisit pas (le chef décide si toi tu mangeras de la viande ou du poisson), le vin que tu ne choisis pas (pour le coup, il était un peu déconcerté et sur la défensive, difficile pour un homme qui décide tout de se laisser guider). Il avait au départ un lunch avec des copains, moi avec une collègue. Son lunch a été annulé, en trois clics, j'ai annulé le mien, demandé congé l'après-midi et réservé une table. 

    Et last but not least, j'ai envoyé ma demande de mise à la retraite. 

     

  • Franz

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    Il s'appelait Franz. Il est mort il y a quelques jours. C'était le mari d'une amie de maman. Elles sont voisines depuis près de 50 ans. Je ne sais pas laquelle des deux a emménagé la première mais j'ai l'impression qu'ils habitaient là depuis aussi longtemps que nous. Papa garait sa voiture dans un garage tout proche, Franz non. Il garait sa voiture dans la rue. 

    Dans les années 85-86, l'Homme a entrepris d'apprendre à conduire à ma soeur. C'est toujours plus cool de demander à son beau-frère plutôt qu'à son père. Surtout à un beau-frère cool. 

    Un soir, après une heure de cours, ma soeur ramène la voiture à la maison, prend un tournant un peu trop brusquement, perd le contrôle du véhicule et prend la voiture de Franz de plein fouet. La voiture de l'Homme a quelques égratignures, la voiture de Franz est un sinistre total. Ne me demandez pas pourquoi mais toujours est-il que c'était un peu un choc d'un pot de fer contre un pot de terre. On est fin juin et bien sûr Franz emmène sa petite famille en vacances dans quelques jours. Et bien sûr aussi, il a acheté sa voiture il y a quelques mois.

    Ma soeur est en larmes, comme il se doit, quand on apprend à conduire et qu'on démolit la voiture des voisins. L'Homme n'a jamais supporté les larmes. Il prend tout sur ses épaules et explique à Franz que c'est lui qui était au volant. Franz était furieux. Il ne l'a jamais cru. Ou alors l'Homme devait être ivre. 

    Je crois qu'il a préféré croire à cette version, c'était finalement plus facile d'en vouloir à ce jeune homme qui prétend apprendre à conduire à ses belles-soeurs, sans maîtriser son véhicule. 

    Le garagiste de Franz a fait des pinces et des clés pour que Franz puisse partir en vacances avec seulement quelques jours de retard et ma soeur n'a plus jamais essayé de conduire. 

    Et je crois que des années plus tard seulement, maman a dédouané son beau-fils auprès de son amie. Mais pas si sûre….

     

  • Un vrai chaudron de sorcières

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    Et voilà, après deux ans d'abstinence où on s'est demandées si on allait encore un jour enfourcher son balai et traverser les frontières pour se retrouver, on a enfin repris confiance. 

    La sorcière qui tient château avait une nouvelle chambre d'hôtes, d'un nouveau genre, plus orienté vers une clientèle jeune: une chambre un peu en hauteur, à l'orée du bois, creusée dans une caverne, avec sur la terrasse, un bain nordique chauffé à 39 degrés, de quoi contempler le coucher du soleil, puis la lune et les étoiles, bien emmitouflés dans une eau délicieusement chaude. 

    Vous avez dit "jeune" ? orée du bois ? caverne ? chaudron bouillonnant ? Mais mesdames, cette attraction est pour nous ! Bon, elle nous avait déjà invitées il y a 5 ans mais cette fois, c'est plutôt nous qui nous sommes invitées chez elle. Pour elle, le dépaysement est quand même moins grand. Mais elle nous a gentiment acceptées encore cette fois.

    Faire le sabbat dans un chaudron c'est pas mal non plus. Mais seules les trois plus jeunes se sont mouillées. Moi, fraîchement charcutée par la dermato, je suis restée prudemment en dehors du bouillon mais je n'étais ni en reste de champagne que je servais à ces dames ni en reste de langue de sorcière bien pendue, de celles qui se délient dès les retrouvailles et ne s'arrêtent qu'au moment de se quitter. Cela m'a toujours fascinée combien avec ces bien-aimées là, il n'y a pas le moindre temps mort, aucun creux, c'est une logorrhée joyeuse, sincère, réconfortante, drôle, solidaire, philosophique parfois, si si. 

    On s'aime beaucoup individuellement, on s'aime énormément ensemble. 

    Et bien sûr, l'absente n'a pas manqué de se manifester en toute discrétion: quand la mise au bouillon a commencé entre chien et loup, une chouette a hululé par deux fois dans le bois. Puis fini. La coquine.

  • Une pincée de printemps

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    On le sent, il arrive. Mais le froid pique bien.  N'empêche, ce ciel bleu bleu panse un peu les coeurs chamboulés.

    On a pris l'air à la maison-jardin mais il fallait vraiment bien s'emmitoufler. Quelques enfants et chicoufs nous ont rejoints le dimanche en un petit aller-retour avant-coureur. 

    Au bureau aussi, il souffle un petit air de printemps, on nous force maintenant à retourner au moins deux jours par semaine. Au début, c'est un peu dur de sortir le bout du nez de son hibernation mais une fois sur place, il y a quelque chose de frais dans toutes ces retrouvailles. On dirait de jeunes oiseaux qui se déplient et battent des ailes et pépient avec une joie timide mais non feinte. Je crois qu'on est contents de se retrouver. 

    Ceci dit, hier soir, un collègue fêtait son anniversaire et son départ à la retraite et nous a réunis autour d'un verre et des discours et tous ces anciens combattants qui ne s'étaient plus vus depuis mille ans n'ont pas résisté aux grandes embrassades et je suis partie beaucoup trop tôt, tant la crainte de la contagion m'a gâchée la soirée. Je n'étais pas la dernière à résister aux accolades et passé le moment d'euphorie, je m'en suis mordue le masque.

    Le printemps arrive mais il fait encore très nuageux sur bien des régions où les bombardements laissent une poussière grise terriblement envahissante. 

    Et ce soir, j'ai fait le plein de rires avec 3 amies d'univ, qui n'ont pas vraiment changé; nos vies ont pris des chemins différents et pendant longtemps on ne s'est plus vues. Mais l'amitié n'a pas faibli et nos rires n'ont pas vraiment changé eux non plus depuis 40 ans. 

     

  • Promesse

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    Promesse de printemps, le perce-neige m'a toujours émue. Quand je les ai vus à nouveau dimanche, je n'ai pu m'empêcher de les photographier pour me rappeler. Et en ces temps un peu difficiles, tant à l'échelle mondiale que sur le plan privé, je m'accroche à cette image comme à une bouée de secours. Dans le langage des fleurs, le perce-neige symbolise la consolation. Et je ne peux m'empêcher de penser à Célestine qui elle aussi, par ces temps fragiles, voit dans la nature la grande consolatrice. 

    Son nom de conte de fée rivalise de synonymes tout aussi enchanteurs: snowdrops, clochettes d'hiver, galantes des neiges, gouttes de lait…. Comment ne pas fondre comme flocons au soleil devant cette promesse de printemps, pourtant encore très très timide. 

    C'est aussi le symbole de l'espoir. Dans la Genèse, Adam et Ève, après avoir été chassés du Paradis, se retrouvent plongés dans l’hiver. Dieu eut pitié d’eux et leur envoya un ange pour leur assurer du retour du printemps : avec un flocon de neige, l’ange crée le premier perce-neige ! Dans la tradition anglaise, c’est avec les larmes d’Ève que l’ange crée le premier perce-neige (Eve’s tears).

    Besoin d'espoir et de consolation, voilà comment commence ce mois de mars. 

     

  • Etats dames

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    Je fais partie des gens qui prennent leurs rendez-vous médicaux avec la même ponctualité qu'un coucou suisse. A peine sortie de chez le médecin que j'ai en smartpoche mon rendez-vous pour l'année suivante. 

    La semaine dernière, rendez-vous dermato, histoire de faire le compte de tous ces naevi mélanocytaires qu'il est quand même autrement plus élégant d'appeler grains de beauté. Enfin, il y a belle lurette que plus personne ne s'amuse à les compter en me contant fleurette mais la dermato, elle, se contente de les passer au radar de sa grosse loupe et de repérer ceux qui menacent de devenir de moins en moins beaux. Allons bon, il y en a un dans le dos qui m'a échappé et qu'il convient d'exfiltrer. Rendez-vous pris pour dans un mois.

    Cette semaine, l'annuel rendez-vous gynéco. L'année dernière, elle m'a invitée à réfléchir au Stop ou Encore du traitement hormonal de substitution. Je n'étais pas prête du tout et j'ai voté Encore. Cette année, mieux préparée avant de la rencontrer, j'ai pesé les avantages et les inconvénients. J'ai admis que la plupart des avantages tels que la qualité du sommeil ou l'absence de fournaise nocturne ne m'étaient malheureusement pas accordés. Le seul avantage qu'il me reste réside dans la protection contre l'ostéoporose et par conséquent prévenir la casse en cas de chute. Et à mon grand étonnement, cette fois, c'est elle qui m'a encouragée à signer encore jusqu'à 65 ans. Ce que je ne me suis plus fait dire deux fois.

    Elle m'a aussi dit que les traitements contre l'ostéoporose n'avaient plus trop la cote, vu les effets secondaires assez désastreux et que la prévention maintenant consistait à manger sainement et à faire du sport, histoire d'avoir des muscles à même d'éviter la chute en priorité. Voilà un traitement qui parle à mon corps.

    Pour le reste, lucky me, RAS, bonne pour le service. D'habitude, cela me donne toujours un sentiment un peu idiot de bonne élève qui a réussi l'examen. Et cette fois-ci, pour la première fois, j'ai ressenti un inexplicable soulagement. Comme si maintenant j'acceptais que, oui, cela pouvait m'arriver. L'invincibilité s'éloigne….

  • Weekend de pioux

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    Ces weekends où je finis sur les rotules et la tête dans les étoiles. 

    Ce weekend, Maïté est seule avec les deux filles. Elle demande de l'aide pour garder Lémoni pendant qu'elle amène Sappho à la danse. Puis elle l'emmène à l'anniversaire de Jules version petits copains et pour lequel Anaïs a sollicité son aide en tant que co-animatrice de la chasse au trésor. Bien sûr, elle a préféré nous laisser Lémoni plutôt que de s'en "encombrer" en plus d'une cohorte de petits chasseurs de trésors.

    Quentin a appelé pour voir s'ils pouvaient passer et ils sont venus manger. Maoh grandit tout seul, le temps a filé et il a déjà six mois. Et il est magnifique ! Maïté nous a rejoint en fin de journée, sans Sappho restée dormir chez son cousin, et elle nous a aidés à finaliser le gâteau d'anniversaire de Jules pour le lendemain, l'anniversaire version famille. 

    Dimanche, après le traditionnel Skype avec Swiss'Sis, rapide visite à Mamy L. et tout le monde se retrouve chez Jules pour fêter à nouveau ses 4 ans. Submergé de cadeaux, ivre de bisous de tous ses grand-père, mamy, bonnie, nonno, oncles, tantes, grands-tantes, arrières-grands-mères et cousins à n'en plus finir, il a fini son weekend complètement épuisé. Mais content. Et j'ai eu le plaisir et le privilège d'aller réveiller Sam Sam au sortir de sa sieste, lui qui manquait à ma ribambelle de câlins du weekend. 

    Cerise sur le gâteau, j'ai eu confirmation de la disponibilité de la maison de vacances en Normandie où on pourra en emmener quelques uns cet été et peut-être même y retrouver les autres avec leurs parents. Je suis la plus comblée des Bonnies. 

  • Ciao janvier

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    On dit toujours que c'est le mois le plus triste de l'année. Moi je trouve que c'est février. Mais bon y'en a pas un pour rattraper l'autre. J'en ai tellement marre de cette lumière blafarde, de ces jours si courts, et surtout de ce froid qui me rentre dans les os.

    Mais bon d'accord, janvier et février sont des mois d'anniversaire et ça c'est déjà chouette. On a fêté les capricornes et bientôt on célébrera les verseaux. Le simple fait de pouvoir fêter est un cadeau en soi. Surtout après les quarantaines déplaisantes de fin d'année. 

    J'ai fait le plein d'amitiés, les très anciennes comme Bibi et Alain ce weekend (les amitiés de l'école primaire qui ont traversé les années et les siècles), les vieilles copines qui ont vécu plusieurs vies, et bien sûr les incontournables qui m'ont organisé un dîner d'anniversaire à domicile.

    J'ai pu garder les petits monstres à tour de rôle et ça n'a pas de prix. Ils ont à peine quitté la maison que je me languis de les voir, même si parfois j'aime aussi souffler seule mais surtout surtout pas longtemps.

    Je me suis offert un lumbago première classe, un de ceux qui font hurler au moindre mouvement. Je ne me souvenais plus de cette douleur tant il y avait longtemps. Il y a toujours une petite pointe dans le bas du dos mais la grosse crise est passée, même si elle a duré deux bonnes semaines.

    On a vendu le garage de Maman, c'est aussi une étape.

    Et on a enfin trouvé une voiture à acheter après des mois de tergiversations et d'hésitations, contraints et forcés que nous sommes d'abandonner l'"autobus blanc" comme l'avait baptisé mon papa. 

    Voilà, un mois sans lumière mais plein d'étoiles dans les yeux malgré tout.