Auteur/autrice : Myosotis

  • Quitter le nid

    09090641 Les familles soudées et unies, c’est toujours agréable à regarder de l’extérieur et c’est encore plus merveilleux à vivre de l’intérieur. Mais cette harmonie a son envers du décor. Difficile pour certains enfants de prendre leur envol de ces cocons douillets où tout est bien.

    Claude, le réaliste, se méfie depuis longtemps de cette image d’Epinal que nous renvoyons autour de nous, les amis, les proches, les amis des enfants qui les envient et s’approprieraient bien notre famille s’ils le pouvaient. Moi, non, bien sûr, je me réjouis de ce bonheur-là parce qu’il est exactement ce que je voulais faire de ma vie et je veux l’entretenir comme un joli jardin.

    Oui mais….

    C’est parfois plus dur à vivre qu’on ne pense pour certains. D’autant que cet aspect fédérateur de la famille est une constante par-delà les générations, des deux côtés de la branche par dessus-le marché. On a vu, pas plus tard que ces dernières semaines autour de Papy L., se resserrer tout le clan VW autour de lui. Chez moi, les filles P. se retrouvent avec beaucoup de plaisir, dès qu’elles le peuvent autour des parents, au moins une fois par an à Pâques et plus si possible.

    Françoise m’a dit récemment qu’elle aussi avait eu beaucoup de mal à quitter la maison, accrochée toutes griffes dehors aux brindilles du nid et que son départ en Suisse l’avait beaucoup aidée. Cécile est partie plus facilement parce que plus rebelle mais elle n’a pas tardé à rebobiner le fil qu’elle avait négligemment laissé traîner par là. Et moi, je suis partie le coeur gros, même si j’avais très envie de jouer à la dînette dans mon chez-moi. Il n’empêche qu’à la première chaussette sale au bord du lit, j’ai voulu rentrer à la maison.

    Peut-être que ce qui m’a aidée, c’est l’anecdote suivante:

    Le soir du mariage, lorsque nous avons quitté la fête, nous avons repris notre voiture que les copains s’étaient amusés à décorer de mousse à raser. La mousse à raser ne fait pas bon ménage avec les costumes de jeune marié et le brand new spoiled husband s’est emporté, comme il sait si bien le faire, encore plus exaspéré par mon hilarité. Le bruit des casseroles attachées à l’arrière de la voiture n’a rien fait pour arranger les choses.

    Quelques kilomètres enragés plus loin, j’ai commencé à la trouver saumâtre et me suis un chouia énervée et il n’a rien trouvé de mieux que de me proposer de me ramener chez mes parents. Ce que, de colère, j’ai aussitôt accepté.

    Arrivés chez mes parents, il a déposé son paquet et c’est sans doute l’humour inaltérable de mon père qui a sauvé la situation et m’a obligé à suivre ce muffle que j’adore. Il lui a illico rendu son colis en lui disant: "La maison ne fait pas de service après-vente."

    Thank God !

  • Tout en douceur et tendresse

    ItemDernier au revoir hier. Il a eu la messe d’adieu qu’il méritait, belle, sobre et élégante. Des petits paquets d’amour de dernière minute (un peu comme quand on quitte Ovronnaz et que Mamy B. nous dit "Vous aurez bien encore une petite place… ?"): le magnifique portrait que Maïté avait fait de lui, les messages de Claude, Marie-Chantal, Anaïs, pleins d’émotion, le morceau de djembé joué par Quentin en souvenir de tous les mardis soirs où Papy l’aura accompagné inlassablement au cours, le ciao ciao de la main de Cilou.

    Les amis de toujours autour de nous et de Mamy L., tous les proches et les moins proches, ceux venus de loin et de très loin, des présences surprise, les cousins de Claude que l’on n’a plus vus depuis le dernier mariage en date – et ça date – et qu’Anaïs découvre avec étonnement ("quelqu’un de la famille, dont on voit de toute évidence qu’ils sont de la famille, physiquement, dans les attitudes, etc… mais qu’on ne connaît pas, sensation bizarre") et beaucoup de douceur et de tendresse autour de cet enterrement. On en revient plus serein même si le vide reste énorme.

    En attendant, Claude et moi on somatise. A plein régime. Lui a maintenant la crève, tousse et dort. Moi, je traîne ce fichu abcès dentaire depuis avant Noël que deux boîtes d’antibiotiques ne parviennent pas à guérir. Et ce dentiste en congé depuis 15 jours qui ne rentre pas avant lundi.

    On va retourner au boulot en super forme, nous. Où on nous attend au rendement. Et on n’en a vraiment rien à cirer pour une fois.

  • Passage difficile

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    Premier réveillon de Nouvel An que nous passons à deux depuis…. houla près de 30 ans à mon avis. Première fois depuis longtemps que nous n’organisons pas de fête à la maison – sixième sens peut-être ? – , première fois que les enfants le passent tous à l’extérieur.

    De toute façon, le coeur n’y était pas, mais alors pas du tout. Claude a voulu faire un effort, il a installé le grand écran, déplacé le divan, ouvert une bonne bouteille, acheté une truffe. On a regardé un film, bu un verre de vin, grignoté 3 olives et 2 morceaux de parmesan et on n’a même pas fait ce spaghetti à la truffe.

    On a attendu minuit pour aller dormir, après avoir longtemps hésité à appeler Mamy L. pour lui souhaiter ou non une bonne année. Toutes ces choses deviennent tellement dérisoires dans ces moments-là.

    Et j’ai été suffisamment stupide cet après-midi pour lui souhaiter en l’embrassant une année meilleure que la précédente. Comme si 2008 pouvait être meilleur que cette dernière année qu’elle vient de passer avec Papy L. Silly me !

  • Ciao bello

    Malgré tout l'amour dont on l'a entouré ces dernières semaines, malgré les bougies allumées un peu partout, dans les églises, dans les cuisines des Mamy, malgré les "beat it" passés en boucle, les poings serrés derrière le dos, les pensées magiques, les encouragements silencieux devant les indicateurs respiratoires qui remontaient illusoirement de temps en temps, les prières à Dieu et à différents saints choisis au hasard, les pensées tournées vers lui d'un peu partout, les petits coeurs dans les sapins, malgré tous les soins prodigués, la volonté médicale de trouver un germe, une bactérie, n'importe quoi qui aurait pu justifier son état, autrement que par la simple dégradation de ses poumons, malgré enfin et surtout toute sa volonté à lui, sa ténacité pour continuer, rester, se battre, malgré tout cela, il est parti.

    Je sais qu'il a senti la présence de son clan tout au long de ces semaines et surtout cette dernière après-midi, à la fois si longue et si courte, où nous étions là tous les sept, accompagnés de Mamy B. dont la présence pratique et terre à terre a été providentielle pendant cette douloureuse et merveilleuse après-midi.

    Je suis sûre qu'il ne s'imaginait pas être aussi aimé et je le vois sourire d'étonnement surpris. Il a emporté avec lui dans ses valises tout ce paquet d'amour et à mon avis il a a dû payer une fameuse surcharge au moment de l'enregistrement des bagages. J'espère aussi qu'il a retrouvé son papa avec lequel il attendait impatiemment les retrouvailles. Mais nous, il nous laisse bien seuls, je crois qu'aucun de nous ne réalise encore à quel point il va nous manquer…..


  • Christmas control

    Ce matin, une amie qui vit une profonde remise en forme de son couple, et d’elle-même par la même occasion, m’a fait une réflexion qui ne m’a jamais semblée aussi pertinente qu’aujourd’hui. Elle qui est une "total control freak" – elle épingle sur le frigo des check-lists pour tout le monde, le mari, la nounou, les baby sitters pour être sûre que personne n’oublie rien (les médicaments à prendre, le doudou, le brossage des dents – pendant 3 minutes – la petite histoire avant de se coucher, le bisou, j’en passe et des meilleures même si j’exagère un peu – et encore, pas  sûre) -, qui passe sa vie à tout organiser pour tout le monde, à anticiper, à ne rien laisser au hasard, elle m’a dit, toute chamboulée et remise en question par le bouleversement que vient de connaître sa vie: "Pour le réveillon de Noël, j’ai complètement oublié de cuire les légumes et on s’en fout en fait; au lieu de ça, je me suis fait super jolie !".

    Je vais en prendre de la graine, moi qui lui ressemble un peu, non pas à la puissance x mais à la racine carrée n.

    Ceci dit, ce Noël-ci, vu les circonstances, j’ai complètement lâché le contrôle de tout. Mais sans doute était-ce facile, tout était dans les mains de Swiss Sis’. Et qui d’autre qu’elle – à part Josiane – pouvait faire mieux que ce que je pouvais imaginer faire ?

    Par contre, pour ce qui est de me faire jolie, bof bof, le coeur n’y était vraiment pas….

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  • Beau au bois dormant

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    Contre toute attente, Papy L. a été extubé après trois jours de sommeil intensif. Dur dur le réveil. On nous a prévenus, après un séjour provoqué chez Morphée, on revient plutôt confus. Et effectivement, ce que nous dit péniblement Papy L., on préfère le mettre sur le dos de la confusion. Il parle de partir chez son papa, d’enlever la machine, il nous remercie, nous dit qu’il nous aime, amour toujours. Mais pour le reste, il est loin d’être confus. Il sait exactement de quoi il parle et il parvient même à faire de l’humour.

    Deux jours de laborieux progrès et badaboum, nouvelle intubation sous respirateur et retour obligatoire dans les bras de Morphée. Et cette impression pénible de reculer de quatre pas après avoir fait trois pas en avant. Mais cette fois, la déconnexion est limitée et il parvient , avec une volonté impressionnante, à communiquer avec nous en traçant de l’index sur le drap, les mots lettre par lettre. Il n’a perdu aucune notion du temps, il sait que c’est Noël, il donne (nous fait donner) le cadeau qu’il avait acheté pour Mamy, il contrôle son niveau d’oxygène, il continue à nous épater à chaque visite.

    Mais Noël sans lui avait un petit goût de pas Noël du tout. On s’est tous retrouvés comme d’habitude, on s’est échangé les cadeaux, on a partagé un moment ensemble mais le coeur n’était à la fête pour personne.

    Le plus beau cadeau maintenant serait de pouvoir parler de toute la semaine qui vient de se passer, plus tard, avec lui et en sourire. Noël est passé. J’en fais le seul souhait de ma wish list d’anniversaire…..

  • Ce n’est pas moi qui ai besoin d’air

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    L’état de Papy L. s’est brusquement aggravé. Entré mercredi matin en urgence pour problèmes respiratoires, il a été emmené précipitamment dans la nuit de dimanche à lundi aux soins intensifs. En quelques jours, il est passé de l’assistance respiratoire légère, sous forme de petites lunettes placées sous les narines à un masque léger, puis à un masque beaucoup plus sérieux et aussi beaucoup plus désagréable – qui vous insuffle de l’air au-delà de ce que l’on inspire normalement. Et enfin, malgré tous ses efforts courageux pour ne pas en arriver là, il a été placé en coma artificiel et intubé sous respirateur. Les médecins ont hésité longtemps parce qu’intuber, en soi, n’est rien, mais extuber est une toute autre paire de manches. Plus ça dure, plus la gymnastique respiratoire est difficile à récupérer. A fortiori chez quelqu’un de 80 ans aux poumons mal en point.

    Jusqu’à la dernière minute avant d’être endormi, il nous a fait rire, nous a engueulés, nous a souri, nous a donné des mots gentils. Le médecin nous a appelés lundi matin pour qu’on vienne "lui dire au revoir" avant de l’intuber, étant donné que les chances de le revoir sont  réservées. Cette "cérémonie de pseudo adieux" – okazou – est un des moments les plus pénibles que j’ai connus. Et en même temps, c’est une chance unique de pouvoir se dire qu’on s’aime qui n’est pas offerte à tout le monde. Et  si, contre toute inquiétude, il s’en sort, ce sera autant d’amour pris.

    Et nous sommes là maintenant, chacun dans son mode de fonctionnement. Les optimistes – Mamy, les enfants -, les pessimistes/réalistes – Marie-Chantal et moi – et puis, Claude, celui qui parvient, comme souvent, à faire la part des choses, réaliste mais optimiste. On en arrive presqu’au stade où c’est lui qui me soutient, c’est un comble.

    Entretemps, le réseau famille-soeurs-amis qui s’est regroupé autour de Claude et de nous, en moins de temps qu’il ne faut pour prévenir, nous apporte beaucoup de soutien. Les sms à Claude, les emails, les collègues discrètement présents, les consultations quotidiennes auprès de Françoise et Thierry pour des cours d’anatomie, biologie, biochimie expliqués aux nuls, la bougie de Mamy B., le vécu d’une situation similaire de Papy B., le coeur rouge accroché dans le sapin par Cilou et Clara, autant de petites étoiles de Noël autour de Papy.

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  • Besoin d’air

    01parma J’ai besoin d’air, de prendre un peu de recul, je commence franchement à fatiguer. Cette fin d’année est encore plus pénible que les autres.

    Une fois de plus, le boulot prend le dessus, je recommence à travailler le soir, ce que je n’avais plus fait depuis mon retour de Parme. Mauvais signe, très mauvais plan.

    Je perds patience au bureau, je n’écoute plus avec la même attention. Et pourtant, j’aimerais m’arrêter avec certains, échanger autre chose que des lignes budgétaires ou des articles de règlement.

    Je perds le sens de la hiérarchie, déjà que je l’ai jamais trop eu. J’ai de moins en moins d’ordre. Je n’arrose même plus ma plante. M’en fous.

    Je n’ai aucune envie de Noël. Je fonctionne à l’habitude. Il faut acheter des cadeaux, penser à un menu, une table, écrire des voeux, monter le sapin. Mais le coeur n’y est pas. Et cela m’enrage.

    Papy L. ne va pas bien, il est reparti pour l’hôpital ce matin pour une suspicion d’embolie pulmonaire qui s’est finalement avérée un oedème pulmonaire. Claude, Marie-Chantal et Mamy L. sont de nouveau sur le pont, abonnés au stress de l’angoisse, aux longues attentes et à la fatigue. Les enfants et moi aussi, sur le pont inférieur.

    Quelques rayons de soleil dans ce climat morose:

    un joli lunch avec les 40 personnes de l’unité Ressources sur le principe de l’auberge espagnole: une salle de réunion transformée en cocon de Noël et buffet multiculturel où la feijoada rivalisait avec la quiche, la tortilla défiait la Kartoffelsalat et le San Daniele cotoyait le Stilton et les pasteis de bacalau.

    Anaïs, fée du logis, nous accueille, même absente, par une cuisine Vanderkampisée, et les petites tasses de café prêtes à servir, capsules de café dans les starting blocks.

    C’est pas beaucoup, mais c’est mieux que rien.

  • Nostalgie

    Soirée Golden Years au Sportpaleis d’Anvers samedi soir. Ca fait bien 15 ans qu’on y va, sans jamais se lasser. On passe pour de vieux ringards mais à voir les 18 000 vieux dingos du public, faut croire qu’on n’est pas les seuls à aimer revoir d’autres vieux croûtons qui nous ont fait vibrer entre 15 et 20 ans: the Troggs, the Rubettes, Middle of the Road, the Sweet, Slade, the Tremeloes, Smokie…. Et si nous on avait entre 15 et 20, je vous laisse imaginer l’âge qu’ils ont maintenant. A leur âge, la plupart des gens normaux sont à la retraite et cultivent leurs géraniums. Eux sont chauves, ont les cheveux gris ou se sont teint les cheveux sans trop de succès. Certains sont un peu bedonnants mais ils bougent encore pas mal et la plupart ont encore une fameuse voix.

    Il y a là un mélange de nostalgie, de pitié – qui n’est en fait qu’un apitoiement sur nous-mêmes ("ce qu’on est devenus et qu’on devient tout doucement") – et d’admiration tout à la fois ("on voudrait bien chanter et bouger encore comme eux dans 15 ans").

    Par contre, ce qui est plus étrange, c’est que c’est la deuxième année qu’on y emmène nos enfants (sauf M. cette année-ci) et qu’ils trouvent ça génial. Ce sont bien les seuls de leur génération à aimer les vieux machins. Mais ils ont été nourris, enveloppés de cette musique toute leur enfance. On n’a jamais arrêté d’écouter et de danser sur ces morceaux.

    Et à bien y réfléchir, je suis née entourée des disques de Fats Domino, des Platters, des Shadows et de Paul Anka. Et j’ai suivi mes parents plusieurs fois applaudir Fats.

    C’est génétique à mon avis.

  • Long fleuve tranquille

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    Mouais, ça dépend des jours !

    Hier, par exemple, la vie ressemblait plutôt à une cascade tout sauf relaxante. J’avais pris congé comme convenu pour une journée de préselection de cadeaux de Noël. Je me suis levée tôt, travaillé à distance pour le bureau jusqu’à dix heures, de toute façon les magasins n’ouvrent pas avant onze heures.

    • Je me suis mise en route vers 10h30. Sous la pluie. Elle ne m’a pas quittée pendant mes 4 heures de pérégrination. Après deux heures, je me suis enfin rendue compte que mon parapluie n’était plus du tout imperméable et qu’il laissait passer l’eau comme une étamine. Mon pantalon trop long absorbait l’eau des flaques comme un buvard. Résultat, je prenais l’eau de partout. Rafraîchissant ! Tout ça pour ne trouver finalement qu’un seul cadeau. Autant rentrer !
    • A mon retour, je trouve une Anaïs passablement traumatisée. Elle s’est fait agressée dans le métro par un type un peu pas bien qui lui a allongé une droite entre les deux omoplates en l’insultant assez malpoliment. Maïté qui l’accompagnait s’est chevaleresquement interposée mais elle a bien cru qu’elle se prendrait une gauche entre les deux yeux cette fois.
    • Plus tard, je suis partie rejoindre maman au théâtre mais dans un endroit totalement inconnu, entre la gare du Midi et l’école vétérinaire. Au bout de nulle part. Toujours sous la pluie, sous le même parapluie perméable, avec le même pantalon assoiffé. Personne pour m’indiquer mon chemin. Claude m’appelle et je lui répond assez désagréablement, pestant, rageant d’être perdue et probablement en retard. Si j’avais su qu’il m’appelait pour me donner des nouvelles de Papy L. ….
    • Les résultats de toute une semaine de tests à l’hôpital ne sont pas terribles. Papy L. a le même bulletin que moi à l’école: "Peut mieux faire". Mais à l’inverse de moi dont les points n’étaient pas assez hauts, ses taux à lui sont trop élevés: trop de créatinine, carotides trop bouchées, artères rénales aussi. J’aurais pu être plus sympa avec Claude….
    • Je rentre du théâtre, on parle un peu de Papy L. Maïté ressort chercher des cigarettes. Elle rentre dans l’immeuble et trois types s’engouffrent en courant derrière elle et courent quatre à quatre dans la cage d’escalier en semant, tels le Petit Poucet, des gouttes de sang. Maïté nous signale tout de suite que "ce n’est peut-être pas tout à fait normal". On n’a pas le temps de réagir que quelqu’un tambourine sur la porte d’entrée de l’immeuble tout en sonnant chez nous. Le videophone nous montre une dizaine de mecs baraqués comme des armoires à glace, supporters anglais de Tottenham en visite chez nous pour un match Tottenham-Anderlecht qu’ils ont suivi sur grand écran et arrosés dans le quartier. Une bagarre, comme souvent ces soirs-là, et les voilà à la poursuite des trois fugitifs réfugiés dans notre cage d’escalier. On descend, explique à ces dix devenus quinze format "Quinze de France" version anglaise que "this is a private house" que "no, you cannot enter", que "no, there is no escape door behind". Après quelques tentatives d’intimidation, ils se sont retirés mais restés à distance dans l’attente de voir sortir les trois échappés.

    En attendant, nous, on ne sait toujours pas ce qui se cache dans notre cage d’escalier. Au coin de la rue, un combi de flics. Je vais les chercher. A leurs roues, un type à terre, visiblement mal en point, et probablement victime de nos fugitifs. J’explique la situation aux policiers qui, pour une fois, comprennent vite et réagissent au quart de tour. Ils débarquent dans notre hall d’entrée, écoutent une nouvelle fois les explications, scrutent les tâches de sang et se souviennent sans doute qu’une des leurs a été abattue il y a deux jours dans le cadre d’un hold up. Ils sortent le gilet pare-balles, dégainent leur revolver et nous demandent de verrouiller la porte et moi, je voudrais bien rentrer chez moi, je ne me sens pas l’âme de Audrey Raines et mon Jack Bauer de mari a laissé son Laguiole à la maison. C’est ce qu’on a fait discretos en crapahutant dans l’escalier derrière les Robocops. Vingt minutes plus tard, sans éclats et sans pétard, les trois supporters anglais un peu confits ont été menottés et embarqués. Peut-être que finalement, nous leur avons évité un règlement de compte 15 contre 3.Ps_police_fans

    Avec tout ça, une journée de boulot comme aujourd’hui, c’est dix fois plus reposant….