Auteur/autrice : Myosotis

  • Cuba vamos a bailar la salsa ….

    Danseuse

     

    Et quand je reviens, promis, j'essaye d'être plus assidue….

  • M. et Mme Rêve

    Ce fut un weekend bien occupé. 

    Le vendredi soir, on a cassé le cochon-tirelire pour notre étoilé annuel. L'élu de cette année a été le Sea Grill d'Yves Mattagne. Serions-nous devenus blasés? Malgré les multiples découvertes dans l'assiette – une meringue de betterave rouge, un cube de granité au café, une mousse de yuzu, un pétale de radis – , ce ne fut pas l'éblouissement de nos premières fois chez Bon bon. Bien sûr c'est un bon restaurant, mais très en dessous de nos attentes. 

    Tout était bon, sans plus, mais l'addition était franchement salée par rapport à ce que nous avons mangé. Et l'originalité n'était pas au rendez-vous. En prime un service obséquieux, dépourvu de classe, robotisé, et surtout totalement non chaleureux. Une étoile de trop, certainement….

    Samedi matin, petite démonstration culinaire à l'institut culturel coréen. Sans trop d'intérêt si ce n'est que, malgré son air très critique, l'attention soutenue de l'Homme m'a confortée dans l'idée qu'il aimerait vraiment suivre un vrai cours de cuisine alors qu'il prétend fermement le contraire.

    Samedi soir, pièce de théâtre en italien à l'institut culturel italien (décidément !). Spectacle bon enfant et bon exercice de compréhension à l'audition.

    Et cerise sur le gâteau, le dimanche après-midi: un spectacle époustouflant des danseurs Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault, M. et Mme Rêve.

    Partis d'une phrase de Ionesco "Tout ce que nous rêvons est réalisable.», ces deux chorégraphes extraordinaires ont monté un spectacle avec les ingénieurs de Dassault Systèmes qui unit le monde de la danse et de la 3D, de l’expression corporelle et de la programmation logicielle.

    C'était tout simplement magique. Emouvant. Poétique. A couper le souffle.

  • Journées de fin d’hiver

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    Lundi: Uyen, ma petite princesse du Mékong qui nous a quittés le mois dernier pour rejoindre une autre agence, se languit de nous. Nous sommes allées la rejoindre pour un lunch trop rapide et nous avons eu un gros moment de nostalgie. C'est dans ces moments-là que je sais que j'ai créé une équipe qui représente quelque chose, même s'ils ne s'entendent pas tous comme larrons en foire, je sais qu'il y a entre eux une cohésion qui n'existe pas nécessairement ailleurs. 

    Mardi: Petite journée annuelle avec Anaïs pour fêter ses 26 printemps. Comme toujours, ce fut un pur bonheur. Je ne dirai jamais assez à quel point des journées comme celles-là me font plaisir. Elle a choisi le restaurant en fonction du dessert, un moelleux au chocolat incomparable, elle a choisi un parfum au nom d'Alba di Seoul, et on a marché, flâné toute la journée au hasard des vitrines et des boutiques.  Elle est gaie, pétillante, drôle et le temps file avec elle.

    Mercredi: Semaine de vacances, les amis sont au ski, l'Homme a mal au genou, on fait l'impasse sur le badminton ce soir. Du coup, impasse aussi sur le petit moment hebdomadaire chez papa et maman, entre le boulot et le badminton. Je les appelle pour annuler et j'entends bien le "comme c'est dommage !". Pas une déception majeure mais un "comme c'est dommage" qui en fait, résonne chez moi aussi. Ces moments me sont devenus aussi agréables que je le suppose pour eux. 

    Jeudi: Cet homme qui est mon chef, qui est une crème d'homme, bon comme le pain, gâche sa vie et celle des autres, et la mienne en l'occurence, de par sa paranoïa aiguë. Il me propose ce matin de l'accompagner à une réunion importante mais vu le boulot, je décline l'offre, sauf bien sûr s'il souhaite que je l'accompagne. Non, sa proposition était juste amicale. Mais à midi, le directeur me demande de venir et ce n'est pas une invitation, c'est une demande expresse. Du coup, cet homme qui est mon chef le prend très mal, comme un signe de défiance du directeur qui ne le considérerait pas capable de défendre seul la position des ressources humaines. Et me voilà envoyée seule parce que, vexé, il s'est désisté, alors que je voulais être dispensée, travailler sur ce qui était urgent. Et surtout, surtout, le voilà qui me boude pendant 48 heures. Et je ne sais pas encore si lundi, il sera revenu à des sentiments meilleurs. 

    Vendredi: Journée exécrable donc, en prise à une bouderie ridicule, un évitement qui va jusqu'à la porte fermée à clé et l'échappée par la porte de derrière de manière à bien se garder de me croiser. Je déteste ces journées là qui me minent malgré moi.

    Samedi: Petit concert avec Maïté, JD et Anaïs. Après un dîner rapide avec les mêmes et Quentin et sa belle. Il ne manquait que Simon, retenu par le ballon rond. Une soirée comme je les aime.

    Dimanche: Un dimanche sans surprise, repassage, lasagne au poisson, rangement des outils, recherche peu fructueuse d'un logement de vacances, un peu de blog, devoirs de portugais pour demain et prête à repartir pour une semaine. 

     

  • Les enfants

     

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    Dans ma vie de maman, j'ai eu deux périodes de grandes craintes par rapport à l'avenir. L'adolescence et l'envol du nid. 

    Aucune angoisse avant la naissance, aucun stress lorsque Maïté est arrivée; c'est comme si j'avais été maman toute ma vie. Elle ne m'a jamais semblé fragile, je n'ai jamais eu peur de la casser. Et bien sûr, s'occuper d'une deuxième et d'un troisième m'a semblé un jeu d'enfant. 

    Par contre, dès que mes enfants ont atteint l'âge de douze-treize ans, les inquiétudes sont apparues comme des petites bulles à la surface d'un lac tranquille: peur des drogues douces et dures, peur des révoltes, peur de l'échec scolaire, peur des dérapages, peur de la sexualité non contrôlée, peur de la maternité pour les filles ou de la paternité pour Quentin, peur de l'alcool, peur de la violence, peur de perdre tout contrôle mais plus que tout peur de perdre tout contact. Je crois qu'on a connu avec ces enfants-là un peu de toutes bulles d'inquiétudes mais au final, nous avons eu la chance de garder une communication aussi ténue soit-elle parfois, qui nous a permis de naviguer vaille que vaille dans les eaux troubles de cette période.

    Et puis, j'ai aussi eu peur pour leur vie d'adulte. Trouveraient-ils la vie dont ils rêvaient et qui les rendraient heureux ? Je ne sais pas si nous les avons bien conseillés dans leur choix d'études, si nous avons bien fait de les laisser faire ce qu'ils voulaient tout en insistant pour décrocher un diplôme, histoire d'avoir quelque chose en poche au moment de faire des choix et de s'en servir soit comme sésame, soit comme assurance-coup dur. Mais toutes mes craintes de ne pas les voir heureux se sont évanouies aujourd'hui que je les vois tous les trois épanouis et rayonnants d'amour.

    C'était l'anniversaire d'Anaïs et pour la première fois, nous étions huit. Quentin nous a ramené l'octave qui complète la mélodie du bonheur et j'ai passé une soirée totalement béate. Ca durera le temps que ça durera – que sera sera – mais j'aurais tort de bouder mon bonheur.

  • Vivre ensemble

     

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    Je ne sais plus trop où j'en suis. Les événements de ces dernières semaines me laissent perplexe. J'ai longtemps voulu croire à la bonté innée de l'être humain. Je suppose que ça m'arrangeait. Mademoiselle Bisounours préfère regarder la vie avec des lunettes étoilées sur le nez.

    Mais depuis la semaine dernière, les lunettes se sont un peu embuées. 

    Je me raccroche à ce que je peux. L'amour sans failles et la tendresse des miens, de l'Homme, de mes enfants, de mes parents, de mes soeurs, de mes amis proches. Ces signes d'affection si palpables, si tactiles, si chaleureux.

    Et je continue de chercher dans les gestes anodins – sont-ils si anodins ? – dans la vie  de tous les jours des signes que la bienveillance existe encore. Dans la porte tenue et le sourire qui l'accompagne, dans le bonjour du chauffeur de bus, dans la place offerte d'un petit mot gentil, dans la pile de livres offerts par mes collègues pour mon anniversaire, dans les réactions de soutien à une copine de blog qui se fait insulter, dans les souhaits d'anniversaire de tous les horizons, dans la bienveillance de l'un qui s'inquiète de la santé de l'autre….

    Je regarde le sapin de Noël que nous n'avons toujours pas démonté. Les autres années, à pareille date, je piaffe pour qu'on le démonte parce que Noël est bien passé, qu'il est temps de passer à autre chose. Et là, je n'y arrive pas, comme si je voulais croire que Noël peut durer encore.

    Fleur bleue envers et contre tout. Mais un peu désabusée malgré tout….

  • C’est reparti

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    Jeudi: Premier jour de l'an. Plus on vieillit, plus ça devient difficile d'émerger après le réveillon du Nouvel An. On s'est amusés comme des petits fous, couchés à quatre heures du mat' et le lever ce matin est plutôt pénible. Le dos cassé, les yeux gonflés de fatigue, il faut bien mettre un pied puis l'autre au sol et se diriger au radar vers la salle de bains. Secouer le fils et l'Homme pour qu'ils se lèvent. Tradition oblige, c'et la tournée des grands-parents. Tradition numéro 2, chez Papy et Mamy B., c'est choucroute au menu. Rien de tel pour se remettre en selle. La veille déjà, on avait sacrifié à la tradition roumaine de Claudia et Livio qui mangent du chou farci à la nouvelle année. De quoi se préparer une chou-ette année. Puis poursuivre la tradtion chez Mamy L. avec des petits choux à la crème le coeur de l'an crème fraîche, au secours. Retour à la maison, soirée tranquille au coin du feu.

    Vendredi: Premier essai de gnocchi maison. L'Homme passe dans mon dos et me demande ce que je fais. Et, curieusement, il ne s'en mêle pas. Au contraire, il me dit "Si tu réussis ça, chapeau !". Mais il ne prend pas les commandes. Que se passe-t'il ? Je ne le reconnais plus. Lui qui veut tout régenter, il me laisserait réaliser quelque chose en cuisine sans y mettre son grain de sel ? Et bien oui. Peut-être cette attitude fait-elle partie de ses résolutions du 1er janvier ? J'en doute fort, pour la bonne et simple raison que l'Homme ne prend jamais de bonnes résolutions, il fait déjà tout bien (!). Et ma foi, ces gnocchi aux fines herbes n'étaient pas mauvais du tout, peut-être un peu trop mous, mais tout à fait honorables pour un premier essai.

    Samedi: Habiter en ville présente de nombreux avantages et même si je manque de vert, je ne regrette pas notre choix. Du moins tant qu'on travaillera. Mais parfois, on s'en mord les doigts. Les nuits où les fêtards deviennent odieux, s'invectivent, s'injurient, cassent les tables et les chaises, ces nuits là, je deviens une moi enfouie qui remonte à la surface, la "moi" qu'on prive de sommeil, hargneuse, harpie, prête à cogner. Je me lève de fort méchante humeur. Mais par chance, c'était aujourd'hui le premier jour des soldes. Et malgré la pluie incessante de cette vilaine journée, l'Homme m'a proposé de m'emmener dans ma boutique préférée. Enfin disons la boutique où la dame s'occupe de moi comme une Barbie. Elle me fait essayer la moitié du magasin, elle sait ce que j'aime et ce qui m'ira, elle me force à passer des trucs que je n'aime pas du tout sur cintre et qui sur moi, tombent parfaitement. Cette petite futée qui a bien dix-quinze ans de plus que moi, toute en élégance, a le chic pour me dénicher la pièce la plus chère de sa boutique, l'air de rien. Et hop, emballé c'est pesé. Me voilà avec un beau manteau gris à capuchon dans lequel j'ai l'air d'une petite fille (sic). A 6 jours de mes 55 balais, c'est toujours bon à prendre, même si un peu incongru.

    Dimanche: Et voilà, plus qu'une fois dormir et on retourne à l'école travailler. Pas dans la joie et l'allégresse mais c'est la vie. Pour la première fois depuis très très longtemps, j'ai pris congé les deux jours qui précédaient Noël, ce qui, compte tenu de la fermeture du bureau entre Noël et Nouvel An, m'a valu deux semaines complètes de vacances. Un vrai régal. D'accord, on a été bien occupés avec les préparatifs de Noël, Noël, la soirée du Nouvel An, le jour de l'An mais à part ça, hormis le chantier ponçage qui s'éternise, à part le blocus de Quentin, du temps rien que pour moi, du rangement la journée, des petits plats nouveaux, blog et bouquins le soir au coin du feu. Franchement, c'était bien. Au point d'en faire une bonne résolution pour 2015. Un peu plus de temps non programmé.

    Lundi: Et c'est reparti ! Bonne année les collègues, gros bisous, un petit café à la machine et hop c'est reparti. Même pas mis de l'ordre sur mon bureau-usine à papier. Une de mes meilleures collaboratrices nous quitte à la fin du mois et je dois trouver activement comment la remplacer. Déjà que je n'ai pas encore synthétisé l'annonce de son départ avant Noël. Ca me plombe tout de suite le moral. Et ce matin, j'ai embrassé trois enrhumées. Du coup, ce soir, je me sens déjà fiévreuse. Enfin, j'ai quand même courageusement repris le chemin du cours de portugais. Mais mes bonnes résolutions de coucher tôt tombent à l'eau dès le premier jour. 

    Mardi: Déjeuner avec un morceau de galette des rois à nous trois. Pas de fève. Tea time au bureau: on partage trois galettes des rois à 25. Et qui se coiffe d'une couronne ? C'est mwâââââ….. Et re-belote ce soir pour terminer la galette de ce matin. Et c'est Quentin le roi. Mais après tout ça, je me sens comme une princesse avec un gros poids.

    Mercredi: Je n'ai pas pensé que la semaine de rentrée se terminerait comme ça. Impossible de travailler après avoir entendu l'ignominie de ce mercredi matin. L'attentat contre Charlie Hebdo nous a laissé sans voix. J'ai lu et entendu le meilleur et malheureusement le pire. Et je ne sais pas ce qui m'atterre le plus.

     

  • Charlie’s angels

    Je n'ai pas de mots. Alors je les emprunte à Stéphane De Groodt:

     

    Au nom de vils desseins, ils caricatuent. Charliberté, je crie ton nom !

     

        

      

     

  • 2014

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    Une année entre gris clair et gris foncé. Je ne peux pas dire que ce fut une mauvaise année. Mais elle a eu un parfum de crabe un peu trop prononcé. Le papa de JD, Nanou et puis, et puis Hanka, mon Hanka, notre Hanka. De l'écrire, j'en ai encore les larmes au coeur. Nous nous sommes retrouvées mardi dernier, les 4 sorcières sans elle pour la première fois. Je leur ai offert à chacune une de ses paires de boucles d'oreille et un collier pour Véro (qui l'a accepté en souvenir d'elle, même si elle n'aime pas porter les bijoux de quelqu'un de décédé). Je la sentais vraiment parmi nous à ce moment là et je sais que c'est ce qu'elle aurait voulu que je fasse. Mission accomplie. Et nous avons fixé le prochain congrès en avril. On voulait aller au Mont St Michel mais c'est tellement compliqué à atteindre pour la Turinoise. Alors ce sera Turin, berceau de notre rencontre et la Sagra di San Michele (qui n'est pas sans lien avec le Mont St Michel).

    Mais 2014 c'est aussi la Provence, la Camargue enfin, Copenhague sublime, un joli weekend à Paris avec Maîté et JD et last but not least Venise en amoureux et la découverte magique de Torcello.

    C'est aussi 30 ans d'amour fou. Je n'arrive même pas à imaginer que le temps soit passé si vite. 

    Anaïs s'est envolée elle aussi pour d'autres cieux et nous voilà à trois seulement. Mais paradoxalement, je vois presque plus mes filles depuis qu'elles ont quitté la maison. Soit elles viennent manger quand leur moitié est occupée ailleurs, soit ils passent ensemble au détour d'un passage downtown. Et tous ces moments sont bons à prendre. Et il y a maintenant ces rendez-vous à sept qui sont encore autant de pépites, le déménagement d'Anaïs et Simon puis celui de Maïté et JD dans leur nouveau palace, les anniversaires, la St Nicolas.

    Je poursuis les cours de portugais, j'ai repris des cours d'espagnol en ligne. Je poursuis vaille que vaille les cours de Pilates, je néglige le yoga et je maintiens le badminton autant que je peux. 

    J'en ai fait encore et toujours un peu trop mais je ne veux même pas renoncer. J'en veux encore et toujours plus. 

    Toujours plus de théâtre, de cours de langues, de sport, de lectures, de voyages, mais aussi d'amour, d'amitié, de temps à donner, de tendresse, de bonheur.

    2015, attention, me voilà !

     

  • Le grand concert de Noël

     

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    Depuis 30 ans, c'est pareil. Noël se passe chez nous, tout le monde se retrouve chez nous autour du sapin, des cadeaux et de la table. Mais avant cela, nous sommes quelques musiciens à nous retrouver en cuisine pour préparer le grand concert de Noël.

    Il y a l'Homme, le chef d'orchestre qui monopolise également le piano à lui tout seul, ou presque. Il y a Swiss Sis, premier violon, qui donne le la, accorde les violons de l'orchestre et fait en sorte que tout le monde ait sa partition sous les yeux et à la bonne page. Et il y a nous, les musiciens qui donnent le meilleur d'eux-mêmes.

    Toute la batterie de cuisine est mise à contribution, de la mandoline aux cuivres. Le rythme va crescendo; on commence a cappella, le premier soir, on feuillette les nouvelles et les anciennes partitions, on choisit les morceaux, on annote les pages, et note après note, on compose le menuet du jour. Le deuxième jour, on discute beaucoup plus qu'on ne joue mais malgré tout, on y va adagio. Le troisième mouvement, plus question de lambiner, on y va allegro et à la fin, c'est toujours la course.

    Nous sommes un quintet d'enfer, nous, les Swiss et Anaïs qui nous rejoint à la fin du deuxième acte. Et nous faisons appel à une artiste indépendante qui nous livre chaque année, au grand bonheur du chef, ses cannelés de Sis'Cile de Bordeaux.

    Parfois nous prend la crainte de faire un four mais trente ans de scène, ça laisse un peu d'assurance malgré le trac.

     Et quand enfin, on sort les flûtes, on sait que le rideau va se lever et que nous pourrons lancer la musique.

     J'aime ce concert prénatal qui nous donne du temps ensemble. J'ai besoin de cette musique familiale (fa mi à do ré) avant la veillée de Noël pour étouffer l'angoisse sourde qui se réveille chaque année un peu plus fort depuis le départ de Papy L. Cette année encore, nous sommes tous là mais l'année prochaine ? Bien sûr, les parents ont un âge qui les rapproche d'une désertion à Noël mais les six quinqua autour de la table ne sont pas à l'abri non plus. J'aimerais ne pas y penser mais c'est plus fort que moi. Et ça me gâche le plaisir ! Alors je monte le son du concert…..

     

     

     

  • Emotions

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    Elle me parle de son fils. Je lui dis "Ton fils Rodrigo ?" Et son sourire qui s'illumine me renvoie tout l'écho de ce prénom donné à son petit dernier qu'elle a quitté il y a bientôt dix ans pour s'exiler de l'autre côté de l'Atlantique pour assurer un avenir décent à ses trois enfants. Elle est tout simplement extraordinaire.

    Je lis "Réparer les vivants" de Maylis de Kerégual et je dois m'arrêter de temps en temps. Surtout quand je lis dans le bus. Je me projette trop dans cette maman qui doit donner le jour même de l'accident de son fils son accord pour le don d'organes. Il est cérébralement mort et le temps presse si on veut transplanter des organes en bonne santé. Mais comment accepter que son fils est mort alors que son coeur bat, qu'il est là tout chaud, alité comme s'il était simplement endormi. Je ne suis plus qu'une boule d'émotions.

    Elle travaille au "bureau de maman" pour quelques mois. Cela ne se passe pas sans mal parce que, même si ce bureau est une grande famille – on ne compte plus les cousins, neveux, maris, femmes, soeurs, frères, filles, tantes, nièces, cousines des uns et des autres dans cette boîte -, la position de sa maman offre trop le flanc à la critique. Mais elle tient le coup malgré les difficultés. Elle vient parfois le midi un petit quart d'heure, rien que pour nous deux, elle passe encore le soir avant de partir, vite un coucou furtif. Et puis un soir, un baiser rapide sur la tête de sa maman assise de dos. Et le chef de sa maman se retrouve tout ému d'avoir surpris ce baiser aussi discret que naturel.

    C'est notre dernier jour de travail. Ce soir, on ferme la boutique pour deux semaines. Et chacun part dans sa famille, ici à Bruxelles, ou en France, qui en Grèce, qui en Italie. On s'embrasse, on se souhaite tout le meilleur pour Noël, on promet de se retrouver en plein forme l'année prochaine. Et lui le chef bougon, si parano qu'il croit toujours qu'on le dénigre à chaque fois qu'on lui tourne le dos ou que tout le monde lui en veut, il m'embrasse aussi mais me retient un peu plus longtemps dans ses bras et je comprends, émue, qu'il reconnaît enfin ma loyauté et mon affection pour lui. 

    Ils sont trois animateurs de radio/TV et ils se sont engagés pour un marathon de cinq jours d'animation 24 heures sur 24, enfermés dans un cube de verre sur une place à Liège, ne se nourrissant que de liquides, et animant sans relâche une action pour récolter des fonds pour les 40 000 enfants de familles vivant sous le seuil de pauvreté en Belgique. Ils sont tout simplement géniaux. Et émouvants de générosité.