Catégorie : Jeux

  • Rock and drôle

    IMG_7273

    Six semaines de pioux à la campagne. A raison de trois, cinq ou six à la fois. Selon les semaines. C’est rock and drôle. La première semaine, ils étaient trois. Deux frères et une cousine. J’avais préparé un paquet d’activités, me disant que ces trois là se retrouvaient dans cette configuration pour la première fois et que c’était pas gagné. Et bien pas du tout. Ils ont passé une semaine extraordinaire. Le plus grand s’occupait des deux plus petits ou les laissait jouer ensemble un petit temps. A aucun moment, je n’ai dû sortir de jeux de mon sac à malices.

    La deuxième semaine, c’était un peu plus compliqué. L’aînée rentrait d’un camp de Baladins et comme tous, dans ces cas-là, a été envahie par le blues de l’atterrissage le premier jour. Au grand dam de son cousin qui n’attendait qu’elle pour que les vraies vacances commencent. Heureusement, le deuxième jour, le bonheur de la cousinade a repris le dessus. Mais malgré tout la différence d’âge entre l’aînée (8 ans) et le plus petit de cette troupe (4 ans) s’est fait sentir. Le matin, ils arrivaient à jouer seuls, l’après-midi j’ai sorti mes cartes.

    La troisième semaine, numéro 6 est arrivée. Ses deux ans et demi ne l’ont aucunement empêchée de se mêler à la bande. Elle n’a eu visiblement aucune intention de se laisser écarter. »Ma aussi » était sa devise.

    Pendant ce temps, l’Homme assure les courses, les repas et réussit à consacrer un peu de temps au jardin et à la remise en état des volets. Il n’a peut-être plus 20 ans ni 30 mais il assure bien. Moi j’arrive même à nettoyer un peu la maison et je garantis le repassage de tout ce beau monde.

    C’est rock and drôle parce que oui, c’est fatigant et en même temps, il ne se passe pas un jour où je suis reconnaissante à mes enfants de me laisser les leurs tout ce temps parce que oui, c’est tellement drôle. Même quand je me fâche, je ris in petto. Enfin, pas toujours, mais presque.

    Pour six, l’organisation devient quasi militaire.

    Chaque matin, six sets de vêtements sont prêts, histoire d’éviter les choix personnels du t-shirt qui est bien sûr l’avant-dernier de la pile qui, ça ne ratera pas, s’écroulera comme un château de cartes. Et ça, multiplié par 6 tous les jours, non merci. Chaque matin, c’est petit déjeuner tartines confiture. Oui mais, ils ont le choix entre beurre, pas beurre, confiture de reine-claudes, gelée de pommes, gelée de mûres, gelée de groseilles. Et bien sûr, à chaque tartine, la commande change. Puis il y a ceux qui ne répondent pas tout de suite, la tête encore dans les nuages, ceux qui changent d’avis alors que j’ai déjà commencé à beurrer – non pas beurre -, ceux qui veulent de la gelée de pommes sur le côté gauche de la tartine et de la reine-claude sur le côté droit, ceux qui veulent la même chose que l’autre – mais moi j’ai déjà oublié -, etc….

    Chaque matin et chaque soir, il y a le brossage des dents et la guerre des dentifrices – « c’est le mien qu’il a pris », « j’arrive pas à pousser », « je trouve pas mon dentifrice », « elle a pris ma brosse à dents ». Celui qui combine le pipi et le brossage de dents, celle qui part systématiquement dans la chambre pour se brosser les dents, celui qui est trop petit pour cracher dans l’évier et qui en met partout, celui qui poursuit les autres avec sa brosse à dents électrique.

    Chaque soir, il y a le choix de l’histoire à raconter et la place à se faire sur les genoux, à côté de moi ou derrière moi. Chaque soir, le choix de la chanson pour chacun et les autres qui m’aident pour les paroles quand je cale, ou ceux qui musent un autre air pour me distraire. Chaque soir, les doudous à trouver, les gourdes à remplir.

    Et du matin au soir, des jeux d’intérieur, des jeux d’extérieur, des jeux d’eau, des jeux de rôles, des courses, des moments d’ennui, des dessins animés les jours de pluie.

    Bref, bien fatigant mais bien rigolo aussi.

    On est rentrés pour fêter l’anniversaire de Quentin ce mercredi et celui de Maoh dimanche. Pour ramener Sappho et Lémoni qui partent pour l’ile de Groix. Pour permettre à Jules de faire les examens préopératoires avant l’amygdalectomie de la semaine prochaine.

    On retourne à la campagne dimanche soir avec deux enfants seulement. Les deux doigts dans le nez, ça. Enfin pas devant les enfants tout de même 😉

  • Et j’ai pleuré, pleuré, pour qu’ils reviennent

    IMG_6151

    Voilà deux semaines intenses qui viennent de s’écouler. Deux semaines avec de cinq à six petits pioux de 2 à 7 ans pendant les vacances scolaires. Ah oui, bien sûr, c’est fatigant, bien sûr, il m’arrive de perdre patience de et de hausser le ton au point de m’érailler la voix, bien sûr, mes nuits sont plus trouées qu’une tranche d’Emmental, bien sûr le manque de sommeil m’achève à la fin du séjour mais je le dis haut et fort – au cas où mes enfants me lisent – : je donnerais volontiers un an de ma vie (à décompter si possible à partir de 95 ans disons) pour qu’on ne me retire pas ce privilège de les avoir tous ensemble pendant les vacances scolaires au lieu de les envoyer en stage. Le retour sur investissement pour la grand-mère est mille fois supérieur à celui d’une éventuelle sociabilisation des enfants en stage.

    Je ne peux pas dire – comme on le lit souvent – que j’aime encore plus mes pioux que mes propres enfants. Vraiment pas. J’aime mes enfants comme Picsou aime ses pépites, un peu sauvagement comme une louve, et ils me le rendent infiniment. Mais ces petits là me ramènent à ce monde fascinant de l’enfance et je profite de chaque minute.

    C’était la première fois aussi que Maoh s’éloignait de ses parents plus d’une nuit et ce fut une réussite. Il a adoré faire partie de la bande de cousins pendant tout ce temps. Sappho s’est collée à lui la nuit pour qu’il soit rassuré, pas une seule fois elle n’a rechigné parce qu’elle ne dormait pas au troisième étage des lits superposés, privilège lié au droit d’ainesse. Mais elle a souvent mené les jeux pendant la journée, quitte à décider pour tout le monde les rôles assignés, sans laisser d’espace à celui qui avait quelques velléités de choix.

    Jules a été super calme. Il nous a quittés quelques jours pour un weekend à Londres avec ses parents et n’a eu de cesse de ramener un cadeau pour chacun des cousins.

    Samuel a mangé comme un bébé ogre, ce qui n’était pas gagné. Il me fait rire comme personne.

    Lémoni s’est chopé la varicelle et s’est laissé prêter aux soins à la pâte d’argile avec une patience d’ange (facilitée par quelques extraits de dessins animés tout de même).

    Amalia est arrivée en deuxième semaine et je suis fière de comprendre tout son charabia, ce qui n’était pas gagné non plus. Elle oscille entre le NON des terrible twos et le charme des enfants qui connaissent bien leur pouvoir.

    Oona n’a pas encore fait partie du clan des sept mais elle est venue les weekends avec ses parents. Elle a démarré la marche et ça c’est aussi une merveille.

    La maison été remplie de leurs jeux, de leurs cris, de leurs rires, de leurs chansons, de leurs disputes, de leurs pleurs pendant deux semaines. Le dernier jour, l’Homme s’est subitement payé une belle gastro et s’est retrouvé cloué à l’oreiller. Tous les parents ont rembarqué leurs enfants sauf Sappho et Lémoni qui devaient rentrer avec nous. Je les ai donc ramenées en train et suis revenue illico au chevet du malade. Mais en arrivant, j’ai trouvé la maison propre et rangée (merci les enfants) mais surtout horriblement vide. Et j’ai pleuré comme une madeleine le manque d’eux. C’était un peu ridicule mais incontrôlable. En fait, le terme chicouf ne me correspond pas vraiment…..

  • Threenager

    IMG_9206

    Crédit photo @Sis'Cile

    C'est le mot que sa maman a trouvé pour qualifier "cet enfant de mai qui ne fait que ce qui lui plait". Elle ne pouvait pas mieux trouver.  Ce petit bout d'homme, pas plus haut que trois pommes, a un sourire et des yeux enjôleurs. Il vous susurre "je t'aime" comme personne parce qu'il a compris qu'il vous fait fondre comme une boule chocolat sur un cornet tenu par un enfant gourmet, pas gourmand. Il murmure "non" avec la même candeur et la même douceur, dès que vous lui demandez de faire quelque chose ou tout simplement d'obéir. Il connait aussi toutes les ficelles pour vous faire rire et détourner votre attention de ses bêtises.

    Il est indépendant et ne veut rien faire comme les autres. Il ne cherche pas à être meilleur. Si son frère, qui lui n'aspire qu'à cela, crie "J'ai gagné ! ", il crie avec le même enthousiasme et la même jubilation "j'ai perdu !". 

    Alors quand sa maman a décidé d'organiser son anniversaire sur le thème de Peter Pan, il n'a pas du tout aspiré à endosser la tenue du petit garçon qui ne voulait pas grandir, il a voulu se déguiser en Michel, le petit dernier de la famille Darling, celui qui traine son nounours partout derrière lui.

    C'était le plus réussi des anniversaires, tant tout le monde a mis du sien pour réussir les costumes de Peter Pan, Capitaine Crochet, Michel, Monsieur Mouche et l'enfant perdu, pour faire de trois planches, une couverture et un vieux drap, un bateau fantastique, et pour couronner le tout un gâteau merveilleux. 

    C'était magique ! Happy 3 mon Sam Sam !

     

     

     

  • Le coffre

    IMG_3816

     

    La veille d'un 6 décembre au milieu des années 60, je l'ai entendu distinctement monter lourdement l'escalier. Nous n'avions pas de cheminée, alors forcément il devait l'emprunter pour venir déposer les jouets que nous avions espéré, Françoise et moi. Enfin, elle, elle était encore trop petite pour attendre quelque chose mais moi, oui, je savais qu'il viendrait mais quand je l'ai entendu, je n'ai pas bougé le moindre petit orteil et suis bien restée sous les couvertures, sous peine de rompre le charme.

    Le matin, au réveil, il y avait parmi les jouets laissés par le Grand Saint, un magnifique coffre à jouets, en forme de maison. Il s'ouvrait par le toit. On pouvait se cacher dedans et regarder par la petite lucarne. Il était beau et je ne me lassais pas de le regarder. J'ai repensé au pas lourd de Saint Nicolas dans l'escalier et je me suis dit qu'en effet, ce coffre ne devait pas être très léger sur son dos.

    Un quart de siècle plus tard, le coffre a repris du service pour ranger les jouets de mes enfants. Un matin d'automne,  petite Anaïs commençait à se mettre debout et s'agrippait à tout ce que ses petites mains pouvaient atteindre. Le coffre ouvert offrait une jolie prise. Mais sous les oscillations imprimées au coffre par la petite exploratrice, le toit à moitié ouvert s'est brusquement refermé sur les petits doigts agrippés. Petites larmes et gros chagrin; petits points de suture et grosse frayeur de la maman. 

    Un demi-siècle plus tard, le revoilà dans la cuisine de Bonnie pour ranger tous les jouets qui s'accumulent quand Sappho et Jules débarquent. Toujours fidèle au poste, il est toujours aussi beau. 

    Est-ce qu'il se souvient de moi ? Ce n'était pourtant pas il y a si longtemps.

  • Tisser sa toile

     

    Web_electricity

    Comment c'était avant ? Avant la toile ?

    Je me souviens qu'enfant, mon papa me ramenait des cartes perforées. J'aimais ces languettes de papier légèrement cartonnées, qui ressemblaient à de larges immeubles, plutôt bas de plafond, et aux multiples fenêtres. J'imaginais les fenêtres allumées et la vie des habitants rentrés chez eux. Oui, je sais, j'ai toujours eu une imagination fertile. Mais j'étais à mille lieues d'imaginer à quoi ces cartes pouvaient bien servir ni qu'elles étaient l'ancêtre de ce qui transformerait ma vie de manière considérable.

    Longevity2

    Plus tard, adolescente ou jeune adulte, je me suis découvert une passion pour les Lunapark à la mer du Nord et pour les premiers jeux videos. Mon préféré avançait en ouvrant la bouche pour dévorer des pac-gommes tout au long d'un labyrinthe sans se faire attraper par je ne sais plus quoi.

     

    Deluxe-pacman-7

     

    Et puis, un jour, en Italie, l'Homme a ramené un ordinateur Compaq. Je trouvais que c'était une folie, comme toujours lorsqu'on achète quelque chose qui dépasse une certaine somme. Mais il n'a pas fallu longtemps pour que je morde à pleines dents dans ce nouveau monde. C'est là que tout a commencé: les DVD en italien, les disquettes, les zip, les jeux éducatifs pour enfants, Tomb Raider, Pin Ball et …. la toile.

    Quand on lançait la connexion avec le modem, cela faisait un bruit d'enfer, la connexion prenait un temps fou, parfois elle n'aboutissait pas et il fallait recommencer et au bout d’une trentaine de bzzzzzz tchong idong idong criiiiii, on arrivait sur le net « Bienvenue, vous avez des e-mails ! ». 

    Aujourd'hui, le wi-fi a envahi les maisons, les espaces publics et les lieux de vacances. Plus jamais sans ma toile.

    Prehistoricgoogling

    Est-ce que c'était mieux avant ? Est-ce qu'on prenait plus le temps de vivre ? Peut-être. En attendant, moi, je sais que je suis chaque jour émerveillée de trouver la définition d'un mot, son étymologie, sa traduction,  son orthographe et ce dans toutes les langues sans devoir attendre d'être à la maison pour ouvrir un dictionnaire ou pire, attendre d'aller un jour dans une bibliothèque. 

    Je suis fascinée par cette application de ouf qui reconnaît le morceau de musique qui passe dès les premières mesures.

    Je suis ravie de pouvoir écouter toute la musique que j'aime – et ça en fait des morceaux ! – de manière aléatoire pendant des heures, sans pour autant choisir 5 CDs en mode aléatoire ou plus tôt encore, écouter un disque à la fois. 

    La puissance documentaire d’internet a augmenté ma vision du monde dans des proportions inimaginables. Plus que des réponses, la toile nous a conditionnés à ne plus jamais refuser de nous demander comment, qui et pourquoi. 

    D'accord je dois me contrôler; maintenant que j'ai reçu un smartphone, je le considère un peu comme mon doudou. Ma vie s'arrête presque si je ne l'ai pas à portée de main. Et je dois tout faire pour ne pas devenir asociale et mal élevée comme ceux qui, sans prévenir et sans raison, baissent la tête et glissent leur index ou leur majeur impudemment sur l'écran de leur téléphone.

    D'accord, je dois ne pas devenir frénétique avec Candy Crush, Pinterest et …. la météo (je finis par refuser de croire qu'il pleut si mon application me dit qu'il fait plein soleil – et comme me dit papa "regarde par la fenêtre !!").

    Mais je ne résiste pas au plaisir de satisfaire ma curiosité partout et en toute heure (oui, je dors avec mon smartphone sur la table de nuit), d'échanger quelques messages rapides ou moins rapides avec mes filles où qu'elles soient et de googler à tout va.

    Oui, je suis tout engluée dans la toile et je risque de me faire manger toute crue mais en aucun cas, je ne regrette d'avoir connu cet avant et cet après Internet.

     

  • Terrains de « je »

    DSC_0335

    Quand j'y pense, j'ai vraiment eu une enfance de rêve. J'ai joué dans les endroits les plus farfelus et je me suis prise au jeu d'en faire la liste.

    L'appartement qui m'a vue grandir de 6 à 10 ans n'avait qu'une seule chambre que je partageais avec Swiss'Sis. Mes parents dormaient dans le salon et Swiss'Sis n'était qu'un bébé. Alors je me suis inventée une salle de jeux dans la cave de l'immeuble. Je ne me souviens plus trop de la configuration des lieux mais je me souviens de quelques paires de chaussures de maman et de l'une de nos anciennes voisines dont une paire couleur rouille à bouts très pointus. J'adorais déjà me déguiser et la cave était ma maison. Avec le recul, je me dis que cette cave devait être particulièrement rassurante parce que, plus tard, dans les autres maisons où j'ai habité, même adulte, je n'ai jamais aimé descendre seule dans la cave.

    B80V1678

    A la même époque, je me suis fait des amis dans le quartier et j'ai beaucoup joué dans la rue. Voilà bien un terrain de jeux qui est devenu locus non gratus et que rares sont les enfants qui jouent dans la rue en Belgique, surtout depuis l'affaire D.. Mais pour moi, ce fut un terrain de jeu fabuleux. Il suffit d'un peu d'imagination – et je n'en ai jamais manqué – et l'Institut de Santé Publique ci-dessus devenait un loft sur trois niveaux avec une chambre à l'arrière dans un nid de verdure. J'ai passé là des mercredis après-midi de rêve.

    Puis quand Sis'cile s'est annoncée, nous avons déménagé dans un appartement deux chambres et un salon immense. Un palais à mes yeux. Avec en prime une immense toilette que je considérais comme un luxe suprême après les toilettes dans la cage d'escalier de l'appartement précédent. Là, j'ai remplacé la cave par une mansarde au neuvième étage de l'immeuble. Outre le plaisir un peu coupable de prendre l'ascenseur toute seule, j'ai vécu là des moments inoubliables avec Swiss'Sis, puis Sis'cile, répétant à l'envi mon rêve de devenir institutrice, préparant scrupuleusement mes cours (j'ai encore quelque part ces grands cahiers de préparation de cours de français, d'histoire, de géographie, de calcul), alignant les élèves  sur un meuble, ouvrant les tiroirs pour mieux les asseoir, rédigeant moi-même les petits mots d'excuse des parents pour l'une ou l'autre absence, organisant aussi pour eux la visite médicale et tant d'autres choses que j'ai aujourd'hui sans doute oubliées. 

    Et puis, il y a eu les multiples terrains de jeux à la campagne. Le paradis sur terre pour enfants. Il y a bien sûr le jardin de la maison avec ses trois pelouses, la grande, la petite et la plus petite, appartements respectifs de la grande, de la moyenne et de la petite, droit d'aînesse oblige. Les chemins de pierre en guise de rues, de carrefours, où nos vélos faisaient office de voitures, les mariages organisés à grands coups de déguisement (les mêmes cérémonies ont été répétées par mes propres enfants), les soupes d'herbes et de terre, les branches pleureuses du cerisier du Japon en guise de tentures. Il y a eu le grenier de cette même maison – avant qu'une partie ne soit transformée en chambres – où j'avais élu domicile d'un club de jeunes (mes soeurs, une cousine et une voisine tout au plus) aux règles très strictes, aux murs tapissés de posters encartés dans Salut les Copains et qui représentaient à mes yeux le summum de la liberté.

    IMG_5359.JPG

    Enfin, il y a eu le terrain fascinant de l'épicerie de mon grand-père qui m'offrait un studio meublé non occupé, destiné à la propriétaire de l'épicerie en vue de sa retraite et où j'avais le droit de jouer si je n'abimais rien. Le studio était meublé de manière terriblement kitsch avec une chambre à coucher aux placards intégrés – le summum du luxe à l'époque – et un lit totalement recouvert de tissu assorti au couvre-lit – un lit de princesse à mes yeux d'enfants -; une cuisine équipée dans une véranda donnant sur le jardin et un petit salon minuscule.  Peut-on imaginer un terrain de jeux plus magique pour une petite fille ? Et pour compléter la félicité de mes dix ans, j'avais le droit de "faire mon marché" dans l'arrière-boutique du magasin à quelques pas de là en traversant la cour d'où je ramenais dans "mon" studio des boîtes de petits pois, de corned beef (?) et des paquets de poudre à lessiver grandeur nature ! 

    Tous ces terrains de jeux restent ancrés dans mes souvenirs de manière tenace et je donnerais cher pour revivre un seul instant de ce bonheur d'enfant.

  • En attendant le printemps

    Scille neige 2

    Lundi: Retour au bureau après un weekend mouvementé qui suivait une sérieuse altercation avec mon chef. Pour la première fois de ma vie, vendredi, j'ai crié sur ce chef. Je n'imaginais même pas que c'était possible. Mais ses accès de colère répétés, initiés à partir d'un petit rien, un petit grain de sable dans l'engrenage de sa paranoïa – et moi qui me trouve toujours quelque part sur un des crans de cet engrenage – ont brisé en éclats de voix mon self contrôle légendaire. Bien sûr, je ne m'en suis pas remise de toute la journée, de tout le weekend. Je n'ai pas dormi ou très peu, j'ai même réveillé l'Homme en pleine nuit après un cauchemar dont je ne me souviens plus. J'ai rédigé des lettres mentales pour demander ma démission, puis ma mutation. J'ai envisagé la semaine off pour ne plus retourner au bureau le lundi. Et puis voilà, on ne se refait pas. Lundi matin, j'étais là, fidèle au poste, prête à redémarrer une nouvelle semaine. Et lui, et bien, comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était passé. Ce n'est pas "on efface tout et on recommence", non, c'est "rien à effacer, page blanche, on continue….".

     Mardi: "And by the way, I apologise for Friday". Voilà, fin de journée, mardi, les excuses sont arrivées. Comme si de rien n'était. Je ne le changerai pas. Il est trop âgé pour cela. Je n'ai même pas pu en placer une pour lui faire prendre conscience du ridicule de sa réaction mais surtout de l'impact que cela peut avoir sur moi et dont il n'a pas la moindre idée; il était tellement occupé à noyer ses excuses sous un flot de paroles marmonnées que j'ai abandonné l'idée même.

    Le soir, Le Jeu des Cigognes, une pièce de théâtre extraordinaire, plutôt mal reçue par la critique et tièdement accueillie par le public, mais que nous, unaniment, nous avons adoré. Le jeu de l'actrice qui jouait une personne atteinte de dysphasie sémantique-pragmatique était époustouflant. Une des meilleures pièces de la saison.

    Mercredi: Ils m'ont fait un cadeau tout simplement extraordinaire. La carte qui accompagnait le cadeau disait: "Bytes volant, scripta manent". Voilà quelques années que je vis dans la crainte que le site qui héberge mon bien-aimé blog se plante, mette la clé sous le paillasson ou disparaisse soudainement de la toile. L'impression de mes pages et photos fait partie de ma to-do-list mais l'ampleur de la tâche, croissante au fur et à mesure des années, imprime un mouvement de coucou suisse à cette tâche qui revient périodiquement en haut de la liste. Mais ils l'ont fait ! Ils m'ont offert pour mon anniversaire un premier recueil des années 2006-2007 de Myosottises. C'est tout simplement magique. Relire ces articles qui ont déjà sept ans comme on lit une histoire et se dire que cette histoire c'est la vôtre a quelque chose de particulièrement émouvant. Ils n'imaginent même pas à quel point leur cadeau m'a touchée en plein coeur.

    Jeudi: Nos amis ont eu un jour des bébés. Et voilà que ces bébés font des bébés eux aussi. Avons-nous déjà passé la main ? Où est passé le temps béni où, pleins d'énergie, nous tenions trois petites mains à la fois ? La naissance du petit Gabriel m'a laissé des sentiments mélangés, empreints à la fois de joie et de nostalgie.

    Vendredi: Le matin, je rappelle à mon chef la vanité des titres que l'on nous donne dans l'administration et dont certains se rengorgent: "What's in a name ?". Qu'avons-nous à faire d'un titre, d'un nom ? Le midi, je déjeune avec H., trois mois après le début de sa chimiothérapie et cela m'a fait du bien de la retrouver même si ce n'était que pour le temps d'un déjeuner. On discute de tout et un moment, la discussion dévie sur l'importance ou non des patronymes, les enfants qui portent le nom du papa ou de la maman, et elle me (ré)cite: "What's in a name? that which we call a rose, By any other name would smell as sweet;" Je me rends compte que je connais ce vers mais mes classiques m'échappent. Le soir, nous assistons à une représentation de Romeo et Juliette où les Capulet sont francophones et les Montaigu néerlandophones. Et là, "Wat stelt een naam voor? Een roos zou met een andere naam net zo zoet geuren." Et voilà, la boucle était bouclée, les classiques ont retrouvé leur place dans leur tiroir de mon cerveau. Et j'ai souri de tant de coïncidences.

    Samedi: Une journée comme je les aime: petit marché le matin, deux menus nouveaux testés sur la journée et plutôt réussis, une expo visitée à deux – c'est si rare – quelques belles oeuvres d'art, de celles qui vous vont droit au coeur; et une soirée poker avec les enfants. Pur bonheur.

    Dimanche: Repas de dimanche, sept services, à table de midi à vingt heures. Chez et avec uniquement des collègues de l'Homme et leurs femmes. Epuisée. Mais contente de voir l'Homme dans un autre contexte. Très rare. 

    Les jours se suivent et ne se ressemblent pas du tout. Et pendant ce temps-là, imperceptiblement, les jours rallongent, l'hiver s'éloigne et le printemps se prépare….

     

     

  • Prise au vent

    DSC_1332

    J'aime le vent. L'homme ne me croira pas mais oui, j'aime le vent. Même si je suis frileuse. Je n'aime pas me promener sur la plage en bikini, faire des allers-retours le long de l'eau, par jour de grand vent sous prétexte que la peau se tanne encore mieux. Non, moi j'aime le vent quand je suis bien couverte de la tête aux pieds. Alors là oui, je peux en profiter pleinement.

    Pas de bol, neuf fois sur dix, "on" ne me propose une promenade en plein vent ou une partie de cerfs-volants qu'en été par grand vent frais. Alors forcément "on" croit que je n'aime pas le vent.

    Alors cette fois, j'ai profité de la journée qui nous était offerte avec Cat, Mitch, Charlotte et Jérémy, à Royan. Une journée de grand vent, où on avait le droit -voire l'obligation – d'être bien couverts et où, pour la première fois de ma vie, j'ai pu prendre les commandes du cerf-volant. 

    Le nez au vent, les yeux rivés vers le cerf-volant, j'ai aimé chercher la prise au vent, lui permettre de s'élever d'un coup et de tout faire pour le maintenir en l'air. Tendre les fils, lâcher un peu de lest, exercer un léger mouvement qui se décuple là-haut. Le garder en vol stationnaire puis brusquement lui imprimer des mouvements de "huit". Donner du mou à la ligne lorsque le bel oiseau pique du nez vers la terre. L'engager à redécoller. Virevolter inlassablement. Sensation d'intense liberté. J'aurais pu rester là des heures.

    DSC_1336

  • Maxwell coffee-loving bear

    Je l'ai retrouvé 🙂 Internet est un trésor….

    Ici et là:

     

    Je n'ai qu'une envie. Le racheter.

  • Jules a dit: « Move »

    Hier, comme toujours à pareille époque depuis près de 10 ans, nous avons assisté au concert de djembé de Quentin. Cette fois, Jules, le prof, avait mis ses petits pas dans les grands pas de Mousta Largo. L'ambiance bon enfant est pourtant restée la même et malgré la présence de la star, ce concert annuel est resté la fête des enfants.

    Une vraie fête des enfants: de huit heures à minuit, une trentaine d'enfants de 1 à 7 ans se sont approprié l'espace entre la scène et le premier rang et n'ont pas perdu une once de leur énergie. Toute la soirée, ils ont dansé, couru, tourné, virevolté, tapé des mains, tapé des pieds, joué à Jacques a dit en dansant, menant le jeu à tour de rôle, dansé en rondes, bougé sur les rythmes africains, gambadé comme de petites chèvres, sautillé, se sont trémoussés sur la musique de Mousta. Dans l'ordre et dans le désordre, un deux trois, tiercé toujours gagnant. Inlassables, infatigables, inépuisables. Seuls, à deux, à trois, en groupe. Changeant au gré du rythme et de leur envie, des invitations de l'un ou de l'autre, d'un mouvement plus attirant chez l'un ou l'autre. Une énergie, un dynamisme, une vitalité qui appartiennent en propre aux enfants. 

    Et il m'est venu une idée tout à fait folle, que je ne réaliserai jamais parce que je n'en aurai ni l'audace ni…. l'énergie: mais pourquoi ne pas proposer à mes collègues à l'heure du lunch, comme nous avons le cours de Pilates ou de yoga, des cours de ré-création, comme quand nous étions petits: recréer cet univers de danse sans pause pendant une heure, virevolter, sauter sur un pied, à pieds joints, à la corde, au plafond, bondir et rebondir sur un trampoline, cabrioler. Plus cardio que ça, y'a pas. On serait épuisés au bout d'une heure – je suis d'ailleurs certaine que plus d'un(e) s'arrêterait au bout d'un quart d'heure – mais on en ressortirait revigoré. On peut rêver…..

    Quelques photos empruntées à Sis'Cile et Clara: 

    6a00d83453c79169e20120a600f155970c 

    6a00d83453c79169e20120a5aa5456970b 

    6a00d83453c79169e20120a5aa5276970b