Catégorie : Il était une fois moi

  • Peut mieux faire

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    Trois mots, juste trois mots. Une espèce de tatouage cérébral. Trois mots qui m'auront marquée au bic rouge des enseignants. Ancrés dans ma vie pour toujours. L'effort n'était jamais à la hauteur des espérances des professeurs, des parents. Une espèce de Poulidor du parcours scolaire. 

    Peut-être effectivement que j'aurais pu donner plus. Mais il y avait autre chose dans la vie. Les jeux, les livres, les rêveries, les amitiés. Tout ça, ça prend du temps. 

    Mais j'ai gardé cette profonde certitude que je n'étais pas à la hauteur. Jusqu'au syndrôme de l'imposteur parfois, dans la carrière professionnelle. Qui pousse à se donner au-delà du nécessaire parce que finalement le salaire mirobolant n'est pas justifié et qu'il faut en faire beaucoup plus pour le mériter. Encore aujourd'hui à un an de la retraite, il refait surface certains jours de doute, lorsque le sujet n'est pas maîtrisé à 200%. C'est d'autant plus embarrassant quand on n'est absolument pas doué de la capacité de broder, de parler pour ne rien dire, de tourner autour du pot aux roses.

    Alors que tout le monde me loue pour mon expertise, que certains me consultent pour ma sagesse (sic !), m'encensent pour mon savoir-faire, je reste dubitative. 

    Et là, ce matin, quelqu'un venu de nulle part, à qui je disais que "peut mieux faire" résumait toute ma vie, m'a dit: Si on peut mieux faire, c'est que c'est déjà bien.

    Mais pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

  • Temps d’écran

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    L'autre soir, mon smartphone, communément appelé "doudou", tellement il ne quitte pour ainsi dire jamais ma main, à l'instar des bouts de chiffon ou autres lapins, singes (comme le copain Cosaque de Sappho) ou oies sauvages (comme la copine Olga de Jules), mon smartphone donc affichait un record de 7h55 de temps d'écran pour une journée commencée à 7h30 et finie à 23h30. La moitié de ma journée rivée à mon écran miniature. De quoi me faire un peu peur. Je me savais complètement accro mais là j'ai dépassé mon propre entendement.

    Et pourtant, je ne suis pas du tout asociale. Sur la même journée, j'ai passé deux heures avec Sappho et ses parents, j'ai rendu visite à Mamy L. pendant une heure, j'ai passé une heure avec Marc et Sis'Cile pour rendre visite à la voiture vintage de mon papa qui dort depuis 30 ans dans un garage et boire un verre dans la foulée pour discuter de l'avenir de cet ancêtre, j'ai passé une heure et demie en tête à tête avec l'Homme à discuter de tout et de rien et plis particulièrement d'un weekend en Ecosse pour célébrer les 50 ans de Joséphine. J'ai aussi repassé pendant une heure, cuisiné pour les repas du jour et pour les prochains lunches, pris un long bain. En d'autres termes, je n'ai pas du tout eu l'impression d'être en mode adolescente avachie dans le fauteuil, les yeux hypnotisés, Kaaptivée par un Smart Python qui me susurre "Aie confiance, crois en moi, que je puisse veiller sur toi".

    Qu'est-ce que je peux bien faire pendant 8 heures sur un smartphone ? Tout. Alors, oui, je suis un peu beaucoup accro à Instagram, je peux aller relever le compteur quinze fois par jour si ce que j'ai à faire ne me plaît pas. Oui, je collectionne des images sur Pinterest et je les regarde ensuite avec beaucoup de plaisir. Oui, je joue avec mes soeurs, mon beau-frère et ma fille à un quizz en ligne mais le temps est limité à 6 questions jusqu'à ce que le partenaire ait lui même répondu à 6 questions, délai qui peut atteindre 24 heures si ce dernier est moins accro ou plus occupé, c'est selon. Et je précise que ce quizz est instructif, j'apprend tous les jours. Je cherche la signification d'un mot, une date de naissance, une explication sur un phénomène scientifique, médical ou autre sur Wiki and co.  Pour le reste, je consulte les mails, la météo (dix fois par jour, on ne sait jamais que les prévisions auraient changé pendant le déjeuner), je compte mes pas et le le nombre d'escaliers montés (ainsi que la moyenne sur l'année, sinon ce ne serait pas drôle) – je peux pousser l'honnêteté jusqu'à avouer qu'il m'est arrivé de retourner dans mon bureau si j'ai oublié mon smartphone avant de monter les deux étages qui mènent au Directeur – parce que bien sûr, aussi intelligent soit-il, mon téléphone ne compte mes pas et mes volées d'escaliers que s'il les monte avec moi. Enfin et surtout, je consulte régulièrement mes 97 listes qui régulent ma vie. Là, je sens que je suis à deux doigts de me faire recommander les urgences digitales.

    Mais comme tous les fous, je me sens tout à fait normale. Comment donc faisais-je au temps béni non connecté ? Et bien, je collectionnais les images que j'aimais et que je découpais consciencieusement, je les gardais et les contemplais dans une régulière béatitude. Je jouais déjà à des quizz dans les magazines, je feuilletais compulsivement les dictionnaires et les encyclopédies – quand je ne les recopiais pas tout simplement -, j'écrivais tous les jours à ma meilleure amie après l'école alors que je venais de la quitter et que j'allais la retrouver le lendemain matin. Bon d'accord, pour la météo, je regardais par la fenêtre (oui papa, je faisais ça)  mais pour mes pas et les escaliers, je les comptais déjà pour m'occuper sur le chemin de l'école, puis plus tard en montagne pour me donner du courage. Si si. Et pour les listes, elles existaient en version papier. Et elles régulaient déjà ma vie. Mais ça, ce sera pour un autre billet ….. 😉

     

  • Deuzan

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    Tu es juste incroyable. Deuzan déjà. Et déjà une personnalité bien trempée. Séduisante sans en faire trop, charmeuse naturelle, il suffit que tu souries, coquine, pour que tous les coeurs s'ouvrent. Tes petites dents de perle et l'eau de mer capturée dans tes yeux font fondre les plus endurcis.Tu sais exactement ce que tu veux et surtout ce que tu ne veux pas. 

    Tu cours comme un joueur de rugby, tu joues au ballon avec les pieds et avec la tête (enfin, sans le faire exprès vraiment), pas avec les mains. Il faut dire qu'à la crèche, il y a une majorité de petits mecs autour de toi.

    Je pourrais te regarder jouer à faire semblant toute la journée, je ne m'en lasse pas. Et tu parles, tu parles, tu parles, un vrai moulin. Certains pourraient s'en lasser, moi non. Je me repasse en boucle les quelques videos prises au vol où tu te racontes des histoires.

    Tu aimes faire tout toute seule et je dois dire que tu te débrouilles vraiment bien pour t'habiller et te déshabiller, pour manger et boire proprement. Tes petites mains sont d'une précision assez étonnante pour une petite fille de ton âge.

    J'adore te lire des histoires et t'écouter reconnaître ce que tu as retenu ou même me faire découvrir de petits détails qui m'avaient, à moi, complètement échappé.

    Tu chantes "Le monde entier est un cactus" de Jacques Citron et tu imites la Piaf à s'y méprendre. Tu chantes et tu m'enchantes. 

    Tu es drôle, tu me fais rire, tu as l'âge que je préfère par-dessus tout, tu as deuzan.

  • Le coffre

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    La veille d'un 6 décembre au milieu des années 60, je l'ai entendu distinctement monter lourdement l'escalier. Nous n'avions pas de cheminée, alors forcément il devait l'emprunter pour venir déposer les jouets que nous avions espéré, Françoise et moi. Enfin, elle, elle était encore trop petite pour attendre quelque chose mais moi, oui, je savais qu'il viendrait mais quand je l'ai entendu, je n'ai pas bougé le moindre petit orteil et suis bien restée sous les couvertures, sous peine de rompre le charme.

    Le matin, au réveil, il y avait parmi les jouets laissés par le Grand Saint, un magnifique coffre à jouets, en forme de maison. Il s'ouvrait par le toit. On pouvait se cacher dedans et regarder par la petite lucarne. Il était beau et je ne me lassais pas de le regarder. J'ai repensé au pas lourd de Saint Nicolas dans l'escalier et je me suis dit qu'en effet, ce coffre ne devait pas être très léger sur son dos.

    Un quart de siècle plus tard, le coffre a repris du service pour ranger les jouets de mes enfants. Un matin d'automne,  petite Anaïs commençait à se mettre debout et s'agrippait à tout ce que ses petites mains pouvaient atteindre. Le coffre ouvert offrait une jolie prise. Mais sous les oscillations imprimées au coffre par la petite exploratrice, le toit à moitié ouvert s'est brusquement refermé sur les petits doigts agrippés. Petites larmes et gros chagrin; petits points de suture et grosse frayeur de la maman. 

    Un demi-siècle plus tard, le revoilà dans la cuisine de Bonnie pour ranger tous les jouets qui s'accumulent quand Sappho et Jules débarquent. Toujours fidèle au poste, il est toujours aussi beau. 

    Est-ce qu'il se souvient de moi ? Ce n'était pourtant pas il y a si longtemps.

  • Nostalgies

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    Sur la route des vacances, on oscille entre Radio Nostalgie et l'Info Trafic. Ca roule plutôt bien. Les vieux morceaux s'enchaînent et mon esprit vagabonde. Il y a les morceaux que j'adore, les morceaux qui ne me parlent en rien et puis, il y a les morceaux qui éveillent une image. Toujours la même. Je veux dire, une chanson bien spécifique fait naître un souvenir bien particulier. 

    Juste quelques-uns, entendus là sur la route:

    Like a virgin de Madonna: Je suis à Turin. J'ai laissé mari et enfants à grands regrets à Bruxelles. L'Homme a dit que c'était une opportunité en or, qu'on devait partir, ce serait bien pour les enfants, cette ouverture sur autre chose. Moi, je ne voulais pas mais je me suis laissée faire. Mais il fallait que les enfants terminent l'année scolaire, le temps que je passe la période d'essai. Pas la peine de déménager toute une famille si on ne me gardait pas à l'issue de cette période. Donc, pendant neuf mois, j'ai fait l'aller retour Bruxelles-Turin et obtenu de travailler trois jours sur place et deux jours à distance, histoire de ne pas me priver de trois petits enfants, si petits, que les trois jours hebdomadaires de sevrage me restent encore en travers du coeur, 25 ans plus tard. 

    Madonna donc. Il faut préciser que ce nouveau boulot n'était que la prolongation du précédent et que je n'étais pas seule à partir. Nous étions 30 collègues à quitter Bruxelles et à nous retrouver pendant quelques temps, logés dans le même hôtel, accolé au bureau, le temps de trouver un logement plus permanent. Trente garçons et filles entre 20 et 35 ans. Tous célibataires et plein de fougue. Sans enfants. J'en avais 35 et 3 enfants. Après le boulot, on se retrouvait tous au bar de l'hôtel. Et Silvana chantait Madonna. Dansait Madonna. Et me subjuguait. Ce morceau reste à jamais associé à cette courte période d'insouciance en contradiction avec mon statut de maman de 3 jeunes poussins.

    Roxane de Sting: J'ai 20 ans. La vraie insouciance cette fois. Je ne dois penser à rien d'autre qu'à mes études et mes amours. Je fais des pauses à la cafetaria qui n'est rien d'autre qu'un deux-pièces au premier étage d'une vieille maison délabrée. On boit de la bière, beaucoup, on joue aux cartes, on rigole. On chante aussi. Tout le répertoire des chansons d'étudiants. Et on revisite les tubes du moment. Ro-xaaaaan est devenue Weeeeeb-ster du nom d'un petit bouclé un peu timide qui se faisait chambrer chaque fois qu'il passait le bout de son nez à la porte de la cafetaria. Je ne chante plus jamais Ro-xaaan d'ailleurs mais bien le nom de ce type dont je me demande bien d'ailleurs ce qu'il est devenu.

    The battle of Jericho des Golden Gospel Singers: Je suis à nouveau à Turin. L'Homme et les enfants m'ont rejointe. L'Homme fait l'aller-retour entre Bruxelles et Turin à son tour pendant quelques mois. Au printemps suivant, je n'y tiens plus, lui non plus, il prend une pause carrière de quelques années et joue les papas au foyer au grand bonheur de tous, sauf moi peut-être qui aurais secrètement préféré le scenario renversé. Probablement à cause de ce manque des enfants à jamais imprimé dans ma peau. Ce sont néanmoins les années de la vie douce en Italie. L'appartement est vaste, chaque enfant a sa chambre, la terrasse est une pièce de vie à part entière. Le boulot n'est pas simple, j'ai accepté un job au-dessus de mes compétences mais on m'a tellement seriné que je me sous-estimais que j'ai fini par y croire. Je l'ai payé par après mais c'est une autre histoire. En attendant, la vie était douce. Pas d'heures supp', le temps de prendre un cappuccino le matin entre copines/futures sorcières, lunch avec l'Homme le midi, des enfants dorés comme des brioches, gais comme des pinsons, heureux comme des poissons dans l'eau dans cette bulle de bonheur. Le premier ordinateur, les débuts d'Internet, le jeu video en famille – le papa qui joue à Tomb Raider et les enfants qui jouent les supporters sur ses genoux ou dans son dos -. Pas de mp3 encore, mais un lecteur CD à cinq platines, le luxe. Et The Battle of Jericho qui tourne presque en boucle pendant qu'on range la maison, en sautillant au-dessus des rayons de soleil qui rentrent par les porte-fenêtres et baignent la maison entre ombre et lumière. 

    Bye bye Baby des Bay City Rollers: J'ai 15 ans. Je suis à la mer avec elle. C'est ma meilleure amie. Celle qu'on adore par dessus tout à l'adolescence, qu'on quitte à quatre heures à la fin des cours et à qui on écrit une lettre le soir parce qu'entretemps on a mille choses à lui dire. Ses parents m'ont invitée à passer une semaine avec eux à la mer pendant les vacances de Pâques. On parle jusqu'à plus soif. On se promène, on saute depuis la digue dans le sable, des sauts d'une hauteur inimaginable, on n'a peur de rien à cet âge là. On a repéré deux frères plutôt mignons. Etienne et Stéphane. Elle choisit Etienne, moi Stéphane. Il est né le 1/9, moi le 9/1. C'est un signe indéniable que nous sommes faits l'un pour l'autre. Nous sommes bêtes comme le sont les ados. Elle a acheté une eau de toilette au parfum très frais. Eau jeune. J'adore. Et les Bay City Rollers passent en boucle.

  • Middelkerke

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    J'en rêvais depuis des années. Mais l'Homme ne voulait pas m'accompagner. Il ne voulait plus en entendre parler. Je n'avais jamais un moment à moi où je pouvais envisager y aller sans lui. Avec mes tous nouveaux mercredis après-midi, l'occasion était toute trouvée. Alors j'ai rajouté un mercredi matin et je suis partie. 

    J'ai pris le train qui m'a amenée jusqu'à Ostende, puis j'ai pris le tram de la côte jusqu'à Middelkerke, la plage de mon enfance. Je voulais retrouver chaque maison, chaque appartement où, année après année, j'ai passé un bout d'été, avec mes parents, mes grands-parents, mes soeurs et d'autres membres de la famille, en géométrie variable selon les années. 

    Je n'ai rien retrouvé. Tous les lieux de location où j'aurais pu respirer un peu de parfum d'enfance avaient disparu. Tous les immeubles à appartements qui bordent la côte, toutes les villas en lotissement à l'intérieur des terres, m'étaient totalement inconnus, voire hostiles. Même le Casino, emblème, s'il en est, de cette station balnéaire, a été rasé il y a trois mois. Dépit total. 

    Seule la Poste Centrale existait toujours. Disons le bâtiment extérieur. A l'intérieur, plus de poste, et surtout plus de cabines téléphoniques insonorisées par de grandes plaques trouées qui me fascinaient, petite, pendant que j'attendais ma grand-mère qui appelait Bruxelles ou peut-être Eupen. Après avoir attendu patiemment que la préposée nous indique la cabine où le numéro demandé nous attendait au téléphone. Qui pouvait imaginer qu'un jour on appellerait la terre entière où qu'on soit, dans son fauteuil, au bord de la mer, dans la montagne ou en pleine brousse à l'aide d'un téléphone intelligent à peine plus grand qu'un jeu de cartes.

    Mais cette Poste Centrale a été transformée en Musée d'Histoire de la Côte et j'y ai finalement retrouvé quelques vestiges de mes années mer-veilleuses. 

    Puis j'ai marché marché sur la plage, sans but, mais heureuse d'être là.

    J'ai repris le train, un peu déçue, un peu contente. Perdue dans mes pensées, je ne me suis pas rendu compte que je devais changer de train à Gand et je me suis retrouvée perdue en pleine campagne flamande entre Gand et Anvers. J'ai prévenu l'Homme, un peu dépitée et lui qui n'écoute que son coeur de Zorro quand il s'agit de me retrouver, a enfourché illico sa Peugeot Tornado pour un périple de 90 minutes à ma recherche.

    J'ai bouquiné au soleil presque couchant sur un quai de gare désert, finalement pas si mécontente de ma journée.

  • Lips tic

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    Aussi loin que remonte ma mémoire, je crois que j'ai toujours aimé ça. Petite fille, je faisais semblant. On avait ces mini mini tubes de rouge à lèvres pour faire comme les jolies dames. 

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    Vers 17 ans, quand je suis tombée amoureuse de l'Homme, j'imaginais que les baisers devaient être parfumés et je me suis empressée d'acheter un baume pour les lèvres au parfum de fraise. Je n'aurais jamais pensé qu'un homme n'aime pas embrasser des lèvres collantes, et encore moins au goût fruité.

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    Mais cela ne m'a pas freiné dans mes envies de lipstick. Je les ai toujours choisis roses et brillants. J'en ai partout, dans la salle de bains, dans mon sac, sur mon bureau; il ne faut surtout pas que j'en sois privée. J'en mets au moins dix fois sur la journée. Le matin, dans la salle de bains, dans la voiture, dans le bus, au bureau, en réunion, en rue, au théâtre, en tête à tête avec un collègue ou même avec le directeur. C'est devenu un (lips) tic. Cela fait tellement partie de moi que c'en est devenu un sujet de gentille moquerie à mon égard. Mes sorcières bien-aimées en ont fait un moment clé de leur discours pour mes 50 ans et une de mes collègues a fait dessiner par Maïté mon portrait au rouge à lèvres.

    Si je vous dis que les premiers bâtons de rouge à lèvres ont été commercialisés par Guerlain sous le nom "Ne m'oubliez pas", ça ne vous rappelle rien ?  

     

     

     

  • Chez Tante Danielle, il y avait……

    Il y avait de quoi se soigner. Des pastilles Pulmoll qui ressemblaient aux petites crottes de ses lapins, cachés derrière le grillage en treillis; de l'onguent Vickx dont elle enduisait le haut de la poitrine et sur lequel elle appliquait en guise d'emplâtre des carrés de tissu de récupération, bien chauds; des pastilles Valda à l'eucalyptus.

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    Il y avait des livres merveilleux dont, entre autres, Les aventures de Sylvain et Sylvette, Petzi et toute la collection des petits livres d'or…..

     

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    Il y avait des tasses aux couleurs pastel et nacrées. Elles me faisaient rêver et visiblement mes soeurs étaient sous le même charme parce que nous avons toutes les trois les mêmes tasses dans nos armoires, rachetées dans l'une ou l'autre brocante.

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    Il y avait la télévision, boîte magique inconnue pour moi jusqu'alors sauf chez mon grand-père. Et j'ai toujours eu un faible pour la jolie poupée Claire, ses grands yeux aux longs cils et son petit chat Bigoudi. 

     

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    Il y avait des cuisinières jouets où je préparais des mixtures de soupe aux herbes absolument immondes. 

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     Il y avait une trancheuse manuelle pour trancher le pain qu'elle achetait une fois chez un boulanger, une fois chez l'autre, "pour ne pas faire de jaloux". Et avant de trancher, elle traçait une croix avec un couteau sur le dos de la grosse miche pour bénir le pain ou tout au moins remercier le Seigneur de ce pain quotidien.

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    Il y avait l'atelier de Padi, l'ébéniste, dont l'odeur enivrante de la sciure de bois me grisait et dont les copeaux me donnaient l'impression d'être autant de boucles. Il y avait l'enclos pour les poules et la réserve de maïs à leur distribuer. Il y avait les toilettes extérieures avec un petit losange en guise de bouche d'aération. Il y avait le grenier à foin, si chaud quand le soleil tapait au plus fort de l'été. Il y avait le local où on entreposait les pommes de terre et les légumes. 

    Il y avait les chambres cocons dans le grenier pour leurs deux filles, la blonde et la brune, toutes deux institutrices que j'adorais aider dans la préparation de leurs cours. Elles me donnaient les crayons à tailler et les feuilles à ronéotyper, magique !

    Il y avait les tartines au beurre salé et à la gelée de groseilles, trempées dans un café plutôt lavette que Clooney, les crêpes à la bière à la cassonade brune, la Piedboeuf à laquelle les enfants avaient droit, l'armoire aux biscuits, les petits verres à Martini et les Tucs.

    Chez Tante Danielle, il y avait tout ça, tous ces petits bouts de vie qui sont devenus des petits bouts de moi, totalement intacts et inaltérables, quelques unes des racines de mon bonheur d'aujourd'hui.

  • Quand il était chanteur…

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    Quand il était chanteur, il a accompagné toute une série de petits moments de ma vie. Des moments drôles, d'autres premiers émois d'adolescente, d'autres encore des moments d'interrogation.

    J'avais onze ans quand il prétendait faire n'importe quoi pour un flirt et être prêt à tout pour un simple rendez-vous. Mais quand il disait être prêt à faire des folies pour arriver dans mon lit et faire un petit tour entre mes draps, je rougissais jusqu'aux oreilles et je fredonnais lalala plutôt que les vraies paroles de la chanson, que je connaissais pourtant pertinemment bien.

    Je n'en avais guère plus quand il chantait les mérites de Marianne et je m'imaginais une jolie Parisienne, maman de 5 enfants, qui répétait à qui mieux mieux "Ca ira !". Je pensais qu'elle devait ressembler à la mienne qui n'arrêtait pas de répéter "Ca va passer !" à chaque plainte ou petit bobo.

    J'avais treize ans et j'étais horrifiée de l'entendre régler les arrangements du divorce. Donner la gosse à ses parents, le temps de faire le nécessaire ! J'en étais totalement bouleversée, c'était comme si c'était moi qu'on confiait aux grands-parents le temps de se retourner. Et le pompon c'était de conseiller de faire un demi-frère à Stéphanie ! Je me projetais tellement dans ce qui pour moi représentait à l'époque une catastrophe nucléaire que je n'en revenais pas qu'on puisse chanter cette chanson le sourire aux lèvres.

    J'ai appris à aimer les oies sauvages avec le chasseur et j'ai découvert le Loir et Cher où on marche dans la boue et où il y a des chevaux et des hiboux.

    J'ai découvert Dylan et Donovan grâce à lui. J'ai mis un peu plus de temps à savoir qu'il existait une île de Wight. Je pensais qu'il disait que ce qui était bien était bien, right is right.

    A seize ans, il m'a fait planer, en boucle et dans le noir.

    Mais ma préférée restera pour toujours celle qu'on chantait à trois la dernière année où j'ai partagé une chambre avec Sis'Cile et Swiss'Sis et qu'on prenait tellement de plaisir à dire et répéter "Ma pauvre Cécile…… !". Elle avait cinq ans et adorait entendre son nom dans une chanson. Je ne sais pas, par contre, ce qu'elle pensait du "ma pauvre" dans sa petite tête bouclée.

    Voilà, Mick Jagger est toujours là, lui, et je ne sais pas si Sylvie Vartan a déjà fait ses adieux mais Delpech, lui, a rejoint les étoiles qu'il nous invitait à regarder.

     

  • Tisser sa toile

     

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    Comment c'était avant ? Avant la toile ?

    Je me souviens qu'enfant, mon papa me ramenait des cartes perforées. J'aimais ces languettes de papier légèrement cartonnées, qui ressemblaient à de larges immeubles, plutôt bas de plafond, et aux multiples fenêtres. J'imaginais les fenêtres allumées et la vie des habitants rentrés chez eux. Oui, je sais, j'ai toujours eu une imagination fertile. Mais j'étais à mille lieues d'imaginer à quoi ces cartes pouvaient bien servir ni qu'elles étaient l'ancêtre de ce qui transformerait ma vie de manière considérable.

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    Plus tard, adolescente ou jeune adulte, je me suis découvert une passion pour les Lunapark à la mer du Nord et pour les premiers jeux videos. Mon préféré avançait en ouvrant la bouche pour dévorer des pac-gommes tout au long d'un labyrinthe sans se faire attraper par je ne sais plus quoi.

     

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    Et puis, un jour, en Italie, l'Homme a ramené un ordinateur Compaq. Je trouvais que c'était une folie, comme toujours lorsqu'on achète quelque chose qui dépasse une certaine somme. Mais il n'a pas fallu longtemps pour que je morde à pleines dents dans ce nouveau monde. C'est là que tout a commencé: les DVD en italien, les disquettes, les zip, les jeux éducatifs pour enfants, Tomb Raider, Pin Ball et …. la toile.

    Quand on lançait la connexion avec le modem, cela faisait un bruit d'enfer, la connexion prenait un temps fou, parfois elle n'aboutissait pas et il fallait recommencer et au bout d’une trentaine de bzzzzzz tchong idong idong criiiiii, on arrivait sur le net « Bienvenue, vous avez des e-mails ! ». 

    Aujourd'hui, le wi-fi a envahi les maisons, les espaces publics et les lieux de vacances. Plus jamais sans ma toile.

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    Est-ce que c'était mieux avant ? Est-ce qu'on prenait plus le temps de vivre ? Peut-être. En attendant, moi, je sais que je suis chaque jour émerveillée de trouver la définition d'un mot, son étymologie, sa traduction,  son orthographe et ce dans toutes les langues sans devoir attendre d'être à la maison pour ouvrir un dictionnaire ou pire, attendre d'aller un jour dans une bibliothèque. 

    Je suis fascinée par cette application de ouf qui reconnaît le morceau de musique qui passe dès les premières mesures.

    Je suis ravie de pouvoir écouter toute la musique que j'aime – et ça en fait des morceaux ! – de manière aléatoire pendant des heures, sans pour autant choisir 5 CDs en mode aléatoire ou plus tôt encore, écouter un disque à la fois. 

    La puissance documentaire d’internet a augmenté ma vision du monde dans des proportions inimaginables. Plus que des réponses, la toile nous a conditionnés à ne plus jamais refuser de nous demander comment, qui et pourquoi. 

    D'accord je dois me contrôler; maintenant que j'ai reçu un smartphone, je le considère un peu comme mon doudou. Ma vie s'arrête presque si je ne l'ai pas à portée de main. Et je dois tout faire pour ne pas devenir asociale et mal élevée comme ceux qui, sans prévenir et sans raison, baissent la tête et glissent leur index ou leur majeur impudemment sur l'écran de leur téléphone.

    D'accord, je dois ne pas devenir frénétique avec Candy Crush, Pinterest et …. la météo (je finis par refuser de croire qu'il pleut si mon application me dit qu'il fait plein soleil – et comme me dit papa "regarde par la fenêtre !!").

    Mais je ne résiste pas au plaisir de satisfaire ma curiosité partout et en toute heure (oui, je dors avec mon smartphone sur la table de nuit), d'échanger quelques messages rapides ou moins rapides avec mes filles où qu'elles soient et de googler à tout va.

    Oui, je suis tout engluée dans la toile et je risque de me faire manger toute crue mais en aucun cas, je ne regrette d'avoir connu cet avant et cet après Internet.