Auteur/autrice : Myosotis

  • Terrains de « je »

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    Quand j'y pense, j'ai vraiment eu une enfance de rêve. J'ai joué dans les endroits les plus farfelus et je me suis prise au jeu d'en faire la liste.

    L'appartement qui m'a vue grandir de 6 à 10 ans n'avait qu'une seule chambre que je partageais avec Swiss'Sis. Mes parents dormaient dans le salon et Swiss'Sis n'était qu'un bébé. Alors je me suis inventée une salle de jeux dans la cave de l'immeuble. Je ne me souviens plus trop de la configuration des lieux mais je me souviens de quelques paires de chaussures de maman et de l'une de nos anciennes voisines dont une paire couleur rouille à bouts très pointus. J'adorais déjà me déguiser et la cave était ma maison. Avec le recul, je me dis que cette cave devait être particulièrement rassurante parce que, plus tard, dans les autres maisons où j'ai habité, même adulte, je n'ai jamais aimé descendre seule dans la cave.

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    A la même époque, je me suis fait des amis dans le quartier et j'ai beaucoup joué dans la rue. Voilà bien un terrain de jeux qui est devenu locus non gratus et que rares sont les enfants qui jouent dans la rue en Belgique, surtout depuis l'affaire D.. Mais pour moi, ce fut un terrain de jeu fabuleux. Il suffit d'un peu d'imagination – et je n'en ai jamais manqué – et l'Institut de Santé Publique ci-dessus devenait un loft sur trois niveaux avec une chambre à l'arrière dans un nid de verdure. J'ai passé là des mercredis après-midi de rêve.

    Puis quand Sis'cile s'est annoncée, nous avons déménagé dans un appartement deux chambres et un salon immense. Un palais à mes yeux. Avec en prime une immense toilette que je considérais comme un luxe suprême après les toilettes dans la cage d'escalier de l'appartement précédent. Là, j'ai remplacé la cave par une mansarde au neuvième étage de l'immeuble. Outre le plaisir un peu coupable de prendre l'ascenseur toute seule, j'ai vécu là des moments inoubliables avec Swiss'Sis, puis Sis'cile, répétant à l'envi mon rêve de devenir institutrice, préparant scrupuleusement mes cours (j'ai encore quelque part ces grands cahiers de préparation de cours de français, d'histoire, de géographie, de calcul), alignant les élèves  sur un meuble, ouvrant les tiroirs pour mieux les asseoir, rédigeant moi-même les petits mots d'excuse des parents pour l'une ou l'autre absence, organisant aussi pour eux la visite médicale et tant d'autres choses que j'ai aujourd'hui sans doute oubliées. 

    Et puis, il y a eu les multiples terrains de jeux à la campagne. Le paradis sur terre pour enfants. Il y a bien sûr le jardin de la maison avec ses trois pelouses, la grande, la petite et la plus petite, appartements respectifs de la grande, de la moyenne et de la petite, droit d'aînesse oblige. Les chemins de pierre en guise de rues, de carrefours, où nos vélos faisaient office de voitures, les mariages organisés à grands coups de déguisement (les mêmes cérémonies ont été répétées par mes propres enfants), les soupes d'herbes et de terre, les branches pleureuses du cerisier du Japon en guise de tentures. Il y a eu le grenier de cette même maison – avant qu'une partie ne soit transformée en chambres – où j'avais élu domicile d'un club de jeunes (mes soeurs, une cousine et une voisine tout au plus) aux règles très strictes, aux murs tapissés de posters encartés dans Salut les Copains et qui représentaient à mes yeux le summum de la liberté.

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    Enfin, il y a eu le terrain fascinant de l'épicerie de mon grand-père qui m'offrait un studio meublé non occupé, destiné à la propriétaire de l'épicerie en vue de sa retraite et où j'avais le droit de jouer si je n'abimais rien. Le studio était meublé de manière terriblement kitsch avec une chambre à coucher aux placards intégrés – le summum du luxe à l'époque – et un lit totalement recouvert de tissu assorti au couvre-lit – un lit de princesse à mes yeux d'enfants -; une cuisine équipée dans une véranda donnant sur le jardin et un petit salon minuscule.  Peut-on imaginer un terrain de jeux plus magique pour une petite fille ? Et pour compléter la félicité de mes dix ans, j'avais le droit de "faire mon marché" dans l'arrière-boutique du magasin à quelques pas de là en traversant la cour d'où je ramenais dans "mon" studio des boîtes de petits pois, de corned beef (?) et des paquets de poudre à lessiver grandeur nature ! 

    Tous ces terrains de jeux restent ancrés dans mes souvenirs de manière tenace et je donnerais cher pour revivre un seul instant de ce bonheur d'enfant.

  • Quart de siècle

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    Voilà donc la deuxième qui atteint le quart de siècle. Après Maïté, il y a 16 mois, c'est Anaïs qui coupe le siècle en quatre. Pour ne pas faillir à la tradition, nous passons la journée ensemble. C'est notre journée. Après tout, elle fête son arrivée sur cette planète mais ensemble, nous fêtons un moment qui n'a appartenu qu'à nous. Un moment de douleur indicible et de bonheur inimaginable avant de le vivre. La fusion de deux sentiments totalement contradictoires dont la mémoire ne garde finalement que le deuxième.

    La veille de son arrivée, je confectionnais amoureusement des coeurs en carton de toutes tailles et de toutes couleurs et je les suspendais dans un bouquet de branches nues pour célébrer la St Valentin. Sa naissance était prévue pour le 11 février. Elle avait un peu de retard et je la souhaitais – un peu bêbêtement – pour le 14. Mais elle a frappé discrètement à la porte le soir du 12. Je me suis précipitée dans un bain, pensant naïvement freiner ses ardeurs pendant 24 heures. Je ne voulais pas y aller, je ne voulais plus sortir de ce bain, au grand dam et stress du papa qui a déployé le peu de diplomatie dont il est capable pour sortir sa baleine bien-aimée de la baignoire.

    Je suis arrivée en boudant à la clinique. On a passé la nuit à l'attendre et au petit matin, à l'heure où tout le monde se lève pour aller travailler, elle s'est présentée au monde, de fort méchante humeur ou, pour le moins, déjà en râlant. 

    Fatiguées toutes les deux de cette longue nuit difficile, nous avons dormi une bonne partie de la journée. Moi, j'aurais bien dormi la nuit suivante aussi mais elle, elle ne l'entendait pas de cette oreille et elle a adopté un rythme qui ne correspondait pas vraiment au mien. Nous avons vécu toutes les deux sur ce mode asynchrone pendant quelques mois et nos deux hypersensibilités combinées n'ont pas amélioré le tableau.

    Mais quand les tempêtes se sont apaisées au bout de quatre mois, l'attachement viscéral qui nous lie est devenu indestructible et je n'en reviens pas que nous ayons déjà passé 25 ans ensemble, tant le temps nous a filé entre les doigts. 

    Dans quelques mois, elle quittera le nid et ne vivra plus sous mon "moi" mais d'un coup d'"elle", on saura où se trouver.

     

  • En attendant le printemps

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    Lundi: Retour au bureau après un weekend mouvementé qui suivait une sérieuse altercation avec mon chef. Pour la première fois de ma vie, vendredi, j'ai crié sur ce chef. Je n'imaginais même pas que c'était possible. Mais ses accès de colère répétés, initiés à partir d'un petit rien, un petit grain de sable dans l'engrenage de sa paranoïa – et moi qui me trouve toujours quelque part sur un des crans de cet engrenage – ont brisé en éclats de voix mon self contrôle légendaire. Bien sûr, je ne m'en suis pas remise de toute la journée, de tout le weekend. Je n'ai pas dormi ou très peu, j'ai même réveillé l'Homme en pleine nuit après un cauchemar dont je ne me souviens plus. J'ai rédigé des lettres mentales pour demander ma démission, puis ma mutation. J'ai envisagé la semaine off pour ne plus retourner au bureau le lundi. Et puis voilà, on ne se refait pas. Lundi matin, j'étais là, fidèle au poste, prête à redémarrer une nouvelle semaine. Et lui, et bien, comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était passé. Ce n'est pas "on efface tout et on recommence", non, c'est "rien à effacer, page blanche, on continue….".

     Mardi: "And by the way, I apologise for Friday". Voilà, fin de journée, mardi, les excuses sont arrivées. Comme si de rien n'était. Je ne le changerai pas. Il est trop âgé pour cela. Je n'ai même pas pu en placer une pour lui faire prendre conscience du ridicule de sa réaction mais surtout de l'impact que cela peut avoir sur moi et dont il n'a pas la moindre idée; il était tellement occupé à noyer ses excuses sous un flot de paroles marmonnées que j'ai abandonné l'idée même.

    Le soir, Le Jeu des Cigognes, une pièce de théâtre extraordinaire, plutôt mal reçue par la critique et tièdement accueillie par le public, mais que nous, unaniment, nous avons adoré. Le jeu de l'actrice qui jouait une personne atteinte de dysphasie sémantique-pragmatique était époustouflant. Une des meilleures pièces de la saison.

    Mercredi: Ils m'ont fait un cadeau tout simplement extraordinaire. La carte qui accompagnait le cadeau disait: "Bytes volant, scripta manent". Voilà quelques années que je vis dans la crainte que le site qui héberge mon bien-aimé blog se plante, mette la clé sous le paillasson ou disparaisse soudainement de la toile. L'impression de mes pages et photos fait partie de ma to-do-list mais l'ampleur de la tâche, croissante au fur et à mesure des années, imprime un mouvement de coucou suisse à cette tâche qui revient périodiquement en haut de la liste. Mais ils l'ont fait ! Ils m'ont offert pour mon anniversaire un premier recueil des années 2006-2007 de Myosottises. C'est tout simplement magique. Relire ces articles qui ont déjà sept ans comme on lit une histoire et se dire que cette histoire c'est la vôtre a quelque chose de particulièrement émouvant. Ils n'imaginent même pas à quel point leur cadeau m'a touchée en plein coeur.

    Jeudi: Nos amis ont eu un jour des bébés. Et voilà que ces bébés font des bébés eux aussi. Avons-nous déjà passé la main ? Où est passé le temps béni où, pleins d'énergie, nous tenions trois petites mains à la fois ? La naissance du petit Gabriel m'a laissé des sentiments mélangés, empreints à la fois de joie et de nostalgie.

    Vendredi: Le matin, je rappelle à mon chef la vanité des titres que l'on nous donne dans l'administration et dont certains se rengorgent: "What's in a name ?". Qu'avons-nous à faire d'un titre, d'un nom ? Le midi, je déjeune avec H., trois mois après le début de sa chimiothérapie et cela m'a fait du bien de la retrouver même si ce n'était que pour le temps d'un déjeuner. On discute de tout et un moment, la discussion dévie sur l'importance ou non des patronymes, les enfants qui portent le nom du papa ou de la maman, et elle me (ré)cite: "What's in a name? that which we call a rose, By any other name would smell as sweet;" Je me rends compte que je connais ce vers mais mes classiques m'échappent. Le soir, nous assistons à une représentation de Romeo et Juliette où les Capulet sont francophones et les Montaigu néerlandophones. Et là, "Wat stelt een naam voor? Een roos zou met een andere naam net zo zoet geuren." Et voilà, la boucle était bouclée, les classiques ont retrouvé leur place dans leur tiroir de mon cerveau. Et j'ai souri de tant de coïncidences.

    Samedi: Une journée comme je les aime: petit marché le matin, deux menus nouveaux testés sur la journée et plutôt réussis, une expo visitée à deux – c'est si rare – quelques belles oeuvres d'art, de celles qui vous vont droit au coeur; et une soirée poker avec les enfants. Pur bonheur.

    Dimanche: Repas de dimanche, sept services, à table de midi à vingt heures. Chez et avec uniquement des collègues de l'Homme et leurs femmes. Epuisée. Mais contente de voir l'Homme dans un autre contexte. Très rare. 

    Les jours se suivent et ne se ressemblent pas du tout. Et pendant ce temps-là, imperceptiblement, les jours rallongent, l'hiver s'éloigne et le printemps se prépare….

     

     

  • Zapping pong

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    Depuis plus de quinze ans, je travaille en mode zapping. Mais ces dernières années, le ping pong s'est accéléré. Je lis un mail, le téléphone sonne, je réponds en faisant signe à la personne qui passe la tête dans l'entrebaillement de la porte; quand je raccroche, je note vite ce dont je dois me souvenir de la conversation téléphonique, j'écoute la personne qui ne souhaite me déranger que trente secondes, je lui donne l'information souhaitée; je commence à traiter le mail lu, j'ouvre un dossier pour compléter les chiffres demandés; je vois l'heure et je réalise que j'ai une réunion dans 15 minutes; je prépare ce dont j'ai besoin, le téléphone sonne, je réponds tout en imprimant des documents nécessaires pour la réunion; j'ouvre un autre document pour répondre à mon interlocuteur à l'autre bout de la ligne; je fais signe de la tête à mon chef qui me demande si je suis prête à partir pour la réunion.

    Pendant la réunion, j'arrive plus ou moins à me concentrer mais au bout de 5-10 minutes, je pense à autre chose que je note sur un post it pour ne pas oublier et chasser l'idée de mon esprit et me concentrer à nouveau sur ce qui se dit. Mais le phénomène se répète à intervalles réguliers. Je quitte toujours une réunion avec une liste de choses à faire qui n'ont rien à voir avec ce qui a été discuté.

    Et ma journée se poursuit sur le même mode.

    Quinze ans et plus de ce régime et j'en suis arrivée à ne plus pouvoir rien faire ou presque en mode continu. Non seulement dans ma vie professionnelle mais surtout dans ma vie privée. Quand je range ma maison, je ne me concentre pas sur une pièce, un meuble, un tiroir ou un lave-vaisselle à vider. Je saute du coq à l'âne ménager, je porte un papier dans le sac poubelle ad hoc, là je trouve un verre sale oublié, je le porte au lave-vaisselle, je range le livre de cuisine oublié là et du coup, j'en ouvre un autre et commence à noter les ingrédients nécessaires à une autre recette sur la liste de courses. Quand on regarde un film, je ne peux pas le regarder tout simplement sans faire autre chose, comme en cet instant précis par exemple, où j'écris ce billet. Je lis deux livres en même temps, un le soir dans mon lit, l'autre dans le métro. En vacances, plus fort encore, je lis trois livres et un magazine en même temps, un chapître de chaque livre, un roman, un essai philosophique, un magazine sérieux ou futile. Je ne peux plus fonctionner autrement et je m'en inquiète un peu. 

    Mais finalement, ce comportement me ressemble. Je papillonne en quelque sorte. Et cet effet papillon n'est pas nécessairement fait pour me déplaire.

     

     

     

  • Un moment si doux

    Sir Lawrence Alma-Tadema (1836-1912) Paradis terrestre

     

    Pour la troisième année consécutive, j'ai passé mon anniversaire à Paris avec ma maman. Rien que du bonheur. Deux expos cette fois: la première consacrée à Raymond Depardon, intitulée "Un moment si doux". Pouvait-on rêver meilleur titre pour cette journée à nous deux ? C'est l'exposition qu'elle voulait voir, les photos de ce photographe et maître du film documentaire. L'exposition était consacrée essentiellement aux photographies en couleur de Depardon ou plutôt même à la couleur dans les photographies de Depardon. En France, en Ethiopie, au Chili, principalement. Des photos magnifiques. 

     

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    On a enchaîné tout de suite avec une deuxième expo, celle que j'avais, moi, retenue: "Désirs et volupté à l'époque victorienne", sur la peinture d'artistes anglais célèbres à l'époque de la reine Victoria qui font de la beauté un absolu et un art de vivre. Le genre de peintures devant lesquelles je peux rester des heures en contemplation….. si seulement il y avait une chaise….

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    Après deux expos, on a enchaîné avec les soldes au Printemps. Mais avant, il fallait absolument se requinquer avec un bon café crème dans les deux seuls fauteuils d'un pseudo-bar au rez-de-chaussée du magasin. J'étais fatiguée avant elle. Je ne sais pas comment elle fait. Bon, sans doute qu'elle se retient de dire sa fatigue. D'abord parce qu'on l'a élevée comme ça, ensuite parce qu'elle ne veut pas en perdre une miette. Depuis toujours. Ou plutôt depuis qu'elle est à la retraite. Comme si elle rattrapait le temps "perdu" en travaillant. Elle court toujours d'une exposition à l'autre, d'une excursion à un musée ou d'un concert à un film d'auteur. Elle veut tout savoir, retient tout et son insatiabilité me fascine.

    Après cette pause-café, on a fait le tour de quelques rayons, elle s'est offert un chapeau et moi…. un manteau, pas franchement bon marché mais voilà, c'était mon anniversaire….

    On a bouclé le périple en retrouvant une boulangerie qui vend des confitures particulières et si moi, j'ai craqué pour la confiture Cohn-Bendit au chanvre, elle a jeté son dévolu sur la confiture DSK à l'orange et au bois-bandé. Maman !! Incorrigible.

    Retour en TGV, regonflée par tous ces moments si doux. Et cerises sur le gâteau, l'Homme et tous les enfants m'attendaient un verre de champagne à la main à la maison. Autre moment très doux.

     

     

  • Gris

     

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    La couleur des tourterelles

    La couleur des souris 

    La couleur de l'acier

    La couleur de l'anthracite

    La couleur de la flanelle

    La couleur des mines peu accueillantes

    La couleur de l'ivresse

    La couleur de la matière qui carbure

    La couleur de la carte d'immatriculation

    La couleur des meilleures crevettes qui soient

    La couleur de certains vins

    La couleur de tous les chats la nuit

     La couleur des éminences qui conseillent en secret

     

  • Le poids des nuages

     

     

     

    Combien pèse un nuage ? Des tonnes. Vous avez bien lu : des tonnes. Plus le nuage est étendu, plus il contient de particules d'eau et de glace. Avec une densité d'eau d'environ 0,5 g/m3 un nuage de 100 km3 pèse jusqu'à 500 000 000 kilos. Autrement dit des dizaines de milliers de poids-lourds ou d'enclumes. Mais si le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, il ne risque pas pour autant de nous tomber sur la tête. La masse volumique de l'air présent autour des nuages est plus élevée que la leur (1,007 kg/m3 contre 1,003 kg/m3), et ils sont maintenus en l'air par les courants verticaux. Quand les gouttelettes deviennent trop lourdes pour flotter, elles sont évacuées. Ce phénomène régulateur est simplement appelé "la pluie".

    Et moi qui croyais qu'on pouvait se coucher sur un nuage comme sur une couette de plumes…..

  • 2013

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     Malgré les dernières semaines un peu pénibles, je le reconnais, ce fut une belle année.

    On a fait un voyage absolument magnifique et je garde à l'esprit un kaleidoscope d'images hautes en couleurs de ces trois semaines intenses au Pérou.

    J'ai revu Amsterdam avec mes sorcières bien-aimées.

    J'ai découvert un coin de la Normandie que je ne connaissais pas.

    J'ai vu l'île de Murano sous un jour complètement différent, j'ai découvert Udine et Trieste, une autre Italie.

     Je suis retournée dans mes chères montagnes valaisanes.

    Cela fait un an que Maïté est partie et on a trouvé un nouveau rythme. Bien qu'encore aux études, elle prend son envol artistique à tout petits coups d'aile, d'une foire d'art à une autre. Et pour vivre, elle vend toujours des glaces et des chocolats. 

    Anaïs a terminé ses études de gestion hôtelière et entame des études en sciences du travail. Elle aussi a pris son envol professionnel et a passé trois mois de rêve en stage chez Véro où elle s'est éclatée. Simon l'a rejointe et ils vivent tous les deux au cinquième étage mais elle aussi sera bientôt partie. D'ici quelques mois, ils auront trouvé un appartement loin de ce centre-ville que Simon abhorre.

    Quentin, lui, ne s'envole pas du tout. Non seulement, il fait plutôt du sur-place au niveau études mais il  est aussi rentré au bercail. Je ne vais pas me plaindre de cette bonne humeur doublée de bon humour permanent à la maison mais mon bonheur serait à son comble s'il donnait quelques signes de progression.

    J'ai poursuivi les cours de portugais mais sans Anaïs, qui a préféré recommencer sa première année avec Simon.

    Pour le reste, j'entends bien et je vois bien, quoi qu'on en dise, je ne suis pas en trop mauvaise forme si ce n'est une tension trop élevée. Je ferais mieux de faire comme certains: lâcher la pression et hurler un bon coup au lieu d'accumuler toutes ces tensions à l'intérieur. C'est malin.

    Mais dans l'ensemble, 2013, ce fut encore et toujours l'amour, l'amitié, à donner, à recevoir, la famille, les amis. Beaucoup de tendresse et de sérénité. 

    Et je pense que 2014 s'annonce fantastique !

     

  • C’est Noël, bordel !

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    Lettre à une rosse de Noël

    Je sais que tu ne lis pas ce blog et j'hésite encore à t'envoyer cette lettre par la voie normale. Voilà 30 ans que je t'invite à passer Noël chez moi parce que j'aime ça, les Noël en famille. Et tu fais partie de ma famille. Ces trente dernières années, tu n'es pas la seule à avoir plombé l'ambiance – c'est normal, les plombages d'ambiance font partie inhérentes des réunions de famille, et plus on est de fous, plus on prend le risque de disjoncter – mais toi, tu as la palme d'or. Au point qu'avant Noël, on s'inquiète tous quelques semaines à l'avance, de la météo de tes humeurs pour le soir de Noël. Celui ou celle que le sort désigne pour t'offrir un cadeau demande à remettre le petit nom dans le chapeau et les courageux qui osent se jeter à l'eau tergiversent mille fois avant de se décider et une fois le cadeau acheté, se torturent à l'idée d'avoir mal choisi.

    Cette année, c'était moi et j'étais sûre d'avoir choisi un collier et un foulard que tu aimerais. Je suis allée dans ton magasin préféré, j'ai choisi les deux pièces dans les couleurs que tu adores. Je n'étais pas à côté de toi quand tu as ouvert le paquet mais j'ai vu, catastrophée, que tu tournais et retournais dans tes mains le foulard et le collier avec une moue dépitée; j'ai compris tout de suite que j'avais fait fausse route. Tu as murmuré quelques mots à ta voisine qui disaient "Mais ce n'est pas possible, ils me détestent, ils me détestent….". Je sais que tu ne le penses pas, mais tu l'as dit. Tu es venue vers moi et tu m'as rendu le collier en disant: "Je suis désolée mais ce n'est pas possible, vraiment, je n'aime pas du tout. Désolée." J'ai bredouillé: "Mais ce sont tes couleurs…" et tu as montré les perles blanches entre les perles de tes couleurs avec une moue dégoûtée et pour mettre fin rapidement à cette torture, j'ai promis d'aller l'échanger.

    L'année dernière aussi, tu as fustigé mon fils parce que tu t'es vite rendu compte en ouvrant son cadeau que ce n'était pas lui qui s'était déplacé et qu'il avait délégué l'achat à quelqu'un d'autre. 

    De temps en temps, on fait mouche mais si souvent on se trompe. Toi-même si souvent….

    Et c'est le grand débat entre toi et moi, choisir entre l'hypocrisie du "merci, c'est trop gentil" alors que non vraiment sans façon et la franchise assassine du "il faut me détester pour m'offrir ça", il y a certainement un juste milieu que nous pourrions trouver. Tout le monde peut se tromper et les commerçants intelligents le savent d'ailleurs très bien et vous proposent spontanément le carton d'échange. Mais il y a la manière…..

    Et si Noël est une fête de famille, c'est aussi une fête de paix et de (ré)conciliation. Et c'est pour cela, plus que tout autre chose, que je t'en veux, tu m'empêches de vivre cette journée en paix et en douceur.

    Heureusement, il y l'avant et l'après. L'avant avec Swiss'Sis, Anaïs et l'homme pour préparer Noël et l'après avec Sis'Cile, les parents et mes enfants.

    Sans eux, je passerais Noël aux Caraïbes, sans dinde, sans sapin et surtout…. sans cadeaux !

  • Depuis la dernière fois….

    Books

     

    Peste et choléra – Patrick Deville 

    Au fond du vieux cerveau résonne la phrase de Pasteur comme une injonction : « Il me semblerait que je commet un vol si je passais une journée sans travailler. »

    ***
     
    Yersin aime l'ordre et le luxe, parce que le luxe c'est le calme. Que le pire dans la misère exécrée c'est de toujours être importuné. De ne jamais pouvoir être seul.
     
    *** 
     
    Un individualiste comme souvent le sont les altruistes. C'est plus tard, de trop aimer les hommes, qu'on devient misanthrope.

    ***

    Il apprend cette habitude des Anglais de construire des adjectifs avec des initiales, des acronymes. On invente cette année-là, sur les lignes maritimes, le mot "posh", qui signifie plus ou moins dandy ou très à la mode, à partir de "port out, starboard home", "bâbord aller, tribord retour", parce qu"il est très chic de modifier le bord de sa réservation en fonction de la direction du navire, afin de toujours jouir par son hublot à l'aller comme au retour, du paysage changeant des côtes, quand les autres, ceux qui ne sont pas posh, et n'ont pas prévu le coup, ne voit que de l'eau.

    ***

    C'est la vie qui veut vivre, abandonner au plus vite ce corps qui vieillit pour bondir dans un corps nouveau, et, ces corps, la vie au passage les rétribue de leur involontaire contribution à sa perpétuation par la menue de l'orgasme. Rien ne naît de rien. Tout ce qui naît doit mourir. Entre les deux, libre à chacun de mener la vie calme et droite d'un cavalier en selle. Ce vieux stoïcisme que retrouve Spinoza et la force immanente de lavie qui seule demeure. Ce pur principe, cette nature naturante à quoi tout retourne. La vie est la farce à mener par tous.

     

    Les deux messieurs de Bruxelles – Eric-Emmanuel Schmidt

    Quand un homme et une femme s'unissent, ils subissent une intense pression extérieure : leur vie commune est à la fois encouragée et imposée, des modèles règnent, une philosophie commande. En revanche, quand deux hommes se mettent en ménage, ils s'aventurent sur un terrain peu balisé, d'autant que la société refuse souvent leur union, ou, lorsqu'elle la tolère, n'en attend rien. Il y a une paradoxale liberté à vivre ce qui est interdit ou méprisé.

     

    Loin des mosquées – Armel Job

     Les mariages sont censés se passer au soleil, comme les enterrements sous la pluie ou dans la grisaille. Quand ce n'est pas le cas – c'est-à-dire très souvent -, on a l'impression que quelque chose cloche. Comme une erreur de mise en scène. Les gens endeuillés se reprochent d'avoir laissé leur chagrin s'évader à la première éclaircie venue. La noce est contrariée par la pluie. Tout devrait être parfait, ce jour-là. Pour paraître content tout de même, il faut prendre sur soi. Et l'on s'en tire avec un faux proverbe du style : "Mariage pluvieux, mariage heureux".

     

    La vraie couleur de la vanille – Sophie Chérer

    De l'autre côté, loin là-bas vers le nord, c'est l'Europe, Edmond, c'est la France. Je t'y emmènerai un jour. Un botaniste doit connaître le printemps en Europe. C'est la plus belle saison du monde pour nous. Imagine. Tu vois ces forêts qui nous entourent ? De toute part, les coteaux ruisselaient d'otangers, de manguiers, de goyaviers, de frangipaniers, de palmistes, de tamarins, d'arbustes toujours verts, et jaunes, roses et violets, multicolores. Plus loin, sur les hauteurs, les vacoas, les filoas et les fanjans s'ébrouaient dans la brise.

    – Imagine-les sans rien ! Plus une seule feuille aux branches, pas une fleur, pas un fruit, plus un seul chant d'oiseau. Du silence. Une couleur uniforme, partout. Un gris marron couleur de boue. Des troncs et des branches rabougris. Du bois nu, du bois noir, du bois comme mort. Il fait froid. C'est-à-dire que…. l'air…. l'air devient comme l'eau des cascades d'ici, quand tu te baignes dedans. Comme quand tu appuies ton visage contre une fenêtre, tôt le matin. Ta peau frissonne, picote. Le ciel est bouché. Certains jours il en tombe comme des fleurs minuscules, transparentes, glacées, qui disparaissent quand on essaie de les attraper mais s'accumulent et deviennent blanches quand elles touchent le sol. Alors elles ressemblent à une croûte de sucre, et crissent et craquent quand on marche dessus. C'est la neige.

    – La neige, répéta Edmond, qui trouvait que ce mot était comme une fleur.

    – Mais ça, ce n'est pas le printemps. C'est ce qui vient avant et qui n'existe pas ici. L'hiver. Oui, le printemps commence toujours par l'hiver, par le manque, par l'attente, le désir du printemps. D'abord on ne voit rien. On ne note aucun changement. Le premier signe, c'est l'odeur. Comme quand une femme s'apprête à entrer dans la pièce et que les mouvements de ses jupes envoient des bouffées de son parfum au-devant d'elle. Ca sent la vie. Ensuite, on aperçoit, au ras du sol, et puis à hauteur d'yeux, au bout des rameaux, des pousses fraîches, des bourgeons. Les Grecs appelaient ce mois, le huitième mois de leur année, le mois d'Anthestérion, ce qui veut dire la fabrique des fleurs. Tout devient peu à peu vert tendre et orangé, couleur de miel, et rose, et blanc. Les jours rallongent, le soleil se lève de plus en plus tôt, se couche de plus en plus tard. Un matin, avant l'aube, c'est une fanfare. Une explosion. Un concert de milliers d'oiseaux. Ils sont revenus. Les plantes elles-mêmes deviennent animales. Les fleurs des noisetiers s'appellent des chatons, d'ailleurs. Les peupliers se mettent à moussser, comme des toisons d'agneaux nouveau-nés. On a envie de les flatter. Les fleurs surgissent comme des cadeaux. Celle des iris ! l'ai d'être emballées dans du papier de soie. Celle des coquelicots ! pliées comme des gants de peau souple dans des coquilles de noix. On a envie de les garder. Mais le printemps ne peut pas s'enfermer. Il passe….